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Glossaire

  • Type de publication: Chapitre d’ouvrage
  • Ouvrage: La Traduction aujourd’hui. Le modèle interprétatif
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  • Pages: 181 à 188
  • ISBN: 978-2-8124-4609-2
  • ISSN: 0035-2136
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4610-8.p.0181
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Collection / Revue: La Revue des lettres modernes
  • Série: Cahiers Champollion, n° 9
  • Date de parution: 06/05/2015
  • Dernière édition: 2006
  • Langue: Français

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Accès libre
Support: Numérique
181 GLOSSAIRE
JE me suis largement inspirée pour établir ce glossaire de deux termino- logies, l'une établie par J. Delislel, l'autre par C. Laplace2, qui défi- nissent les notions développées depuis une vingtaine d'années dans le cadre de la Théorie Interprétative de la Traduction.
À l'exception de traductologie, repris aux Canadiens, qui marque l'auto- nomie de notre domaine, les chercheurs du Centre de recherche en traduc- tologie de l'ÉSIT résistent à la tentation de créer des néologismes. Ce glos- saire est néanmoins nécessaire car, en l'absence de standardisation de la terminologie linguistique, nous nous sommes vu obligés d'apporter nos propres définitions à certains termes ;cela augmente sans doute le nombre de mots de forme identique mais de signification légèrement différente que l'on trouve dans les disciplines du langage, mais nous nourrissons l'espoir que les termes tels que nous les employons, s'ils parviennent à se stabiliser, permettront aux traductologues de mieux se comprendre entre eux.
Affectif (voir aussi Cognitif)
Selon Piaget3  : La vie affective et la vie cognitive sont [donc] inséparables, quoique distinctes. Elles sont inséparables parce que tout échange avec le milieu suppose à la fois une structuration et une valorisation, mais elles n'en restent pas moins distinctes, puisque ces deux aspects de la conduite ne peuvent se réduire l'un à l'autre. C'est ainsi que l'on ne saurait rai- sonner, même en mathématiques pures, sans éprouver certains sentiments et que, inversement, il n'existe pas d'affections sans un « minimum N de compréhension ou de discrimination et plus loin  :... les éléments perceptifs ou intellectuels que l'on retrouve dans toutes les manifestations émotion- nelles intéressent la vie cognitive comme n'importe quelle autre réaction perceptive ou intelligente. Ce que le sens commun appelle « sentiments N et

1. 7. DELISLE, L11 Traduction raisonnée (op. cit.).
2. C. Lnri.ncE, Théorie du langage et théorie de la traduction (op. cit.).
3. 7. PIAGET, Za Psychologie de l'intelligence (op. cit.), p. 12.

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182 « intelligence  », en les considérant comme deux « facultés  » opposées l'une à l'autre, sont simplement les conduites relatives aux personnes et celles qui portent sur les idées ou les choses  :mais en chacune de ces conduites interviennent les mêmes aspects affectifs et cognitifs de l'action, aspects toujours réunis en fait et ne caractérisant donc nullement des facultés indé- pendantes.
Ambiguité(s)
Une phrase est dite « ambiguë  » lorsque le contexte verbal ne suffit pas à imposer aux vocables une signification unique parmi plusieurs possibles. Exemple  :The secreaary says she is sick  : Le (ou la  ?) secrétaire dit qu'elle (la secrétaire ou quelqu'un d'autre  ?) est malade. L'ambiguïté est un phénomène abondamment observé en traduction automatique.
Aucune ambiguïté n'apparais dans les discours ou les textes, lorsque les auditeurs lecteurs possèdent des compléments cognitifs pertinents. Une ambiguïté peut être voulue par un auteur ;elle fait alors partie de son vou- loir dire et est respectée en traduction.
Bagage cognitif
L'intégralité du savoir notionnel et émotionnel qu'un individu acquiert à travers
1. son vécu personnel (savoir empirique),
2. le langage (ce qu'il apprend par la lecture, l'enseignement, les conver- sations, la télévision, etc.),
3. sa propre réflexion.
4. et bien entendu sa connaissance d'une ou plusieurs langues.
En anglais, les expressions World Knowledge («  connaissance du monde  ») et Encyclopaedic Knowledge («  connaissance encyclopédique  ») correspondent à notre bagage cognitif et Background Knowledge à notre bagage cognitif pertinent.
L'épaisseur de la compréhension d'un discours ou d'un texte dépend de l'étendue du bagage cognitif pertinent. En l'absence de recours au bagage cognitif, la traduction devient transcodage.
Cognitif (voir aussi Affectif]
Cognitif est utilisé comme adjectif de « connaître  » et comme substantif le cognitif.
Le cognitif est toujours simultanément affectif, aussi nous contentons- nous souvent du terme cognitif pour désigner le cognitif/affectif. Nous uti- lisons dans le même sens le couple notionnel/émotionnel.
Compléments cognitifs
Éléments pertinents, notionnels et émotionnels, du bagage cognitif et du
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183 contexte cognitif qui s'associent aux significations linguistiques des dis- cours et des textes pour constituer des sens. Ils sont aussi indispensables à l'interprétation de la chaîne sonore ou graphique que la connaissance lin- guistique.
Compréhension
La « compréhension » s'entend parfois de la langue  ;nous appliquons ce terme aux discours et aux textes. Comprendre une langue, c'est reconnaître dans un énoncé des règles et des mots  : il ne peut s'en dégager qu'une vir- tualité de sens.
Par opposition à la langue, la compréhension d'un texte ou d'un discours est un processus qui dégage le sens d'une chaîne sonore ou graphique grâce à l'association de significations linguistiques et de compléments cognitifs.
Connotation
La connotation désigne la charge affective des mots au niveau de la langue ; au niveau du discours certains vocables se chargent d'une affecti- vité individuelle qui peut être différente.
Les connaissances linguistiques du traducteur l'informent sur les conno- tations linguistiques, ses compléments cognitifs lui font comprendre l'émo- tion qu'un auteur attache à certains vocables.
Contexte
Le mot contexte est de plus en plus fréquemment utilisé en français avec la signification de l'anglais context. Dans ce sens, contexte désigne les cir- constances qui entourent un texte, de près (circonstances d'émission d'un discours) ou de loin (ensemble de la situation historique, sociale, écono- mique mais aussi personnelle dans laquelle ce texte a vu le jour). Il s'agit de l'entourage non linguistique dans lequel un énoncé est produit ou reçu.
Contexte verbal (en anglais  : co-text)
Nous nous efforçons de conserver son sens français au mot contexte, mais par souci de clarté nous y ajoutons souvent l'adjectif verbal. Le contexte est l'entourage linguistique d'une unité lexicale.
Le contexte verbal exclut l'apparition de la plupart des virtualités de signification des mots. Il correspond à la perception par empans visuels ou auditifs.
Contexte cognitif
La lecture d'un texte procure un savoir qui s'ajoute à celui que contient déjà le bagage cognitif. Ce savoir cumulatif se déverbalise mais reste pré- sent en mémoire sous forme non verbale et aide le traducteur à comprendre son texte.
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184 Le stock mnésique constitué au cours de la compréhension d'un texte correspond à des connaissances détaillées ; elles sont généralement de courte durée, laissant place au bout d'un temps à un amalgame plus général.
Correspondances (voir aussi le chapitre Équivalences et correspondances°)

La correspondance est la relation qui s'établit entre les significations de langues différentes (exemples donné par Delisle  : [E] literature = [F] litté- rature, documentation, documents, publications, etc. ). Les correspondances trouvent leur utilité dans l'enseignement des langues comme en linguistique contrastive ;elles rendent possible la confection de dictionnaires bi- ou mul- tilingues. Dans la traduction des textes, les correspondances de nombres, d'appellations, de termes techniques sont données a priori. Les autres cor- respondances que peut détecter l'étude contrastive d'un original et de sa tra- duction découlent des équivalences de sens, elles existent seulement a pos- teriori.
Déverbalisation
La déverbalisation est le stade que connaît le processus de la traduction entre la compréhension d'un texte et sa réexpression dans une autre langue. Il s'agit d'un affranchissement des signes linguistiques concomittant à la saisie d'un sens cognitif et affectif.
Discours
« Discours  » a parfois le sens de « discours oral  », ici le plus souvent il est synonyme de « texte  ».
Empan
Champ de la perception correspondant, pour l'oral, à une durée de quelques secondes de défilement de la chaîne sonore et, pour l'écrit, à 7 ou 8 vocables de perception visuelle quasi simultanée. Dans cet empan se for- ment les unités de sens qui fusionnent progressivement en des sens plus vastes. La perception par empans exige la connaissance parfaite d'une langue. Lorsque celle-ci est insuffisante pour autoriser une lecture courante et que le lecteur s'attarde sur les mots, l'effet de la perception par empans est contrarié ; il se produit un questionnement sur les significations, qui fait apparaître de la polysémie et des ambiguïtés. S'agissant de l'oral, la com- préhension tombe au niveau du déchiffrage des sonorités linguistiques et le sens n'apparaît que très partiellement.
Équivalences (voir aussi le chapitre Équivalences et correspondances°)
Sont équivalents des discours ou des textes ou des segments de discours ou de textes lorsqu'ils présentent une identité de sens, quelles que soient les divergences de structures grammaticales ou de choix lexicaux.

180 'voir supra, pp. 399
185 Explicite /implicite (voir aussi Synecdoque) Les langues n'explicitent qu'une partie des concepts qu'elles désignent, les discours et les textes une partie seulement des idées qu'ils expriment.
Le mot qui désigne une réalité concrète ou abstraite n'en signifie qu'une facette. Ainsi [F] tire-bouchon = [D] Korkenzieher. En français, on tire un objet qui a pour fonction de boucher, sa matière étant implicite ; en alle- mand, on tire (ziehen) du liège (Korken) qui possède implicitement la fonc- tion de boucher. Les deux mots désignent le même objet mais les signifi- cations explicites ne se recouvrent pas.
Les auteurs eux aussi n'explicitent qu'une partie de leur vouloir dire  ;les discours et les textes comportent une grande partie d'implicite qui corres- pond au savoir partagé entre interlocuteurs ; ceux-ci y puisent leurs com- pléments cognitifs.
Le même sens ne s'exprime pas dans un même rapport explicite/impli- cite dans différentes langues.
Interprétation
Nous utilisons ce mot dans des sens qui varient avec le contexte, aussi bien dans le sens de « compréhension » d'un texte ou d'un discours, que dans le sens de « traduction orale » d'un discours oral (interprétation de conférence).
Interpréter
Nous utilisons ce mot dans le sens de « comprendre ce que veut dire un auteur » et, s'agissant de l'oral, de restituer ce vouloir dire sous une forme qui le rend compréhensible à une personne d'une autre culture.
Le terme n'est pas utilisé dans son acceptation péjorative de fausser, déformer.
Langue
La « langue » a fait l'objet d'un si grand nombre de définitions qu'il n'est pas nécessaire d'en ajouter une de plus (voir cependant p. 77). En traductologie, le niveau langue est celui de la traduction qui ne s'intéresse qu'aux mots, motivations, phrases, compte non tenu de compléments cognitifs. (Voir aussi Traduction linguistique.)
Paramètres discursifs
Ce sont les circonstances extérieures à la chaîne sonore ou graphique d'où se dégagent des éléments de connaissance qui s'ajoutent au bagage cognitif pré-existant, au contexte cognitif concommitant et aux compétences lin- guistiques  :informations concernant l'auteur, le destinataire original et celui de la traduction, l'époque, le lieu et les circonstances de production d'un texte. Ces éléments font partie des compléments cognitifs.

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186 Polysémie État d'un signifiant recouvrant plusieurs significations clairement distin- guées par l'autochtone. (Exemple  : [E] country recouvre la notion de pays et de campagne.) On classe aussi dans la catégorie « polysémie  », des mots dont les diverses significations ne sont pas clairement perçue par l'autoch- tone mais apparaissent en traduction. Exemple  : [D] wenn = [F] si ou quand, [F] pourquoi = [D] warum ou wozu, etc.
Sémantique
Généralement, étude des significations linguistiques (lexicales et gram- maticales) au niveau des énoncés. Dans ce sens, la sémantique n'intéresse pas directement la traductologie.
Sens
Mot clé de la Théorie Interprétative de la Traduction. Pour le traducteur produit de la synthèse des significations linguistiques et des compléments cognitifs pertinents d'un segment de texte ou de discours.
Le sens résulte de la déverbalisation de la chaîne sonore (ou graphique)
au moment où connaissances linguistiques et compléments cognitifs fusion- nent. Le sens correspond à un état de conscience. Il est à la fois cognitif et affectif.
Signification
En français, signification et sens sont synonymes. En traductologie, nous les distinguons
Sens, voir ci-dessus.
Signification s'applique à des mots et à des phrases isolées. La significa- tion des phrases résulte des significations lexicales et grammaticales. Les significations lexicales sont décrites dans les dictionnaires Elles relèvent de la langue et représentent un « pouvoir signifier » non actualisé. Dans les phrases, elles sont déterminées par le contexte verbal autant que par leur signification initiale au plan de la langue ;dans les discours, elle le sont en outre par le domaine cognitif et par la particularité d'emploi d'un auteur. Les significations pertinentes des mots sont le produit de ces détermina- tions. Seules les significations pertinentes participent à la formation du sens.
Synecdoque
Terme emprunté à la rhétorique. Il désigne la figure par laquelle on prend une partie pour exprimer le tout. La synecdoque se manifeste dans les langues lorsque les motivations des mots n'explicitent qu'une partie du concept désigné Ainsi [F] riroir désigne l'objet tiré, [D] Schub~ade l'objet poussé.

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187 La synecdoque se manifeste également dans le discours. Exemple tiré de Cannery Row  :The ties were pulled down a little -Ils avaient défait leur cravate. Dans l'image totale de noeuds défaits et de cravates tirées vers le bas la tra- duction française désigne la cause, l'anglais le résultat.
Le fait que différentes langues exigent des synecdoques différentes pour désigner les mêmes objets concrets ou abstraits est une des raisons pour les- quelles une traduction par correspondances généralisées n'est pas possible.
Texte
Produit de l'interaction entre un traducteur et la matérialité d'une chaîne graphique ou sonore, texte désigne aussi bien le discours oral que le texte écrit. Objet dynamique de compréhension, il dépasse le cadre de la langue et de la parole, objets statiques de savoir.
Traduction
Ce mot recouvre des notions fort différentes selon la nature de l'opéra- tion en cause.
La traduction interprétative transmet des discours ou des textes. Décrite dans cet ouvrage, elle consiste à transférer des sens identiques d'une langue à l'autre dans l'équivalence des formes. Dans ce type de traduction, traducteurs et interprètes prennent conscience des sens d'un discours ou d'un texte (phase de déverbalisation) puis, agissant sur le sens comme s'il s'agissait de leur propre vouloir dire, le réactualisent en un nouveau dis- cours dans une langue différente (phase d'expression). La traduction inter- prétative n'est pas ce qu'il est convenu d'appeler une traduction « libre  », caractérisée par un grand nombre d'omissions et d'ajouts et par de nom- breux réagencements de l'ordre des idées4.
La traduction linguistique, que nous nommons aussi transcodage, cherche à établir des correspondances d'une langue à l'autre. Elle ne prend en principe en ligne de compte que les significations préassignées à la langue de départ et les règles grammaticales de la langue d'arrivée. Ce type de traduction ne serait réalisable de façon généralisée que si les langues étaient des codes dont les unités pouvaient se substituer les unes aux autres ; en fait, s'agissant de textes, la transmission des significations enfreindrait très rapidement les contraintes de la langue d'arrivée. Certains compléments cognitifs interviennent spontanément dès que le transfert ponctuel de signi- fications s'avère insatisfaisant par rapport à la langue d'arrivée. On classe également sous le mot traduction des opérations qui ne visent pas des textes mais cherchent à expliquer la langue de départ  :ainsi la traduction litté- rale. Celle-ci peut être amenée à restituer un mot «  au pied de la lettre  » en
4. 7. DELISLE, La Traduction raisonnée (op. cit.), p. 48.
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188 traduisant ses motivations ; [D] Tischbein  : « jambe de table  », en français pied de table. Elle peut aussi avoir à restituer la signification de chacune des composantes d'une locution figée. L'allemand Eulen nach Athen bringen signifie littéralement Apporter des chouettes à Athènes, alors que le sens s'exprimerait en français par Porter de l'eau à la rivière. La traduction lit- térale ne porte jamais sur l'ensemble d'un texte.
La traduction mot à mot, utilisée essentiellement en traduction interli- néaire, sert à mettre en évidence les structures de la langue de départ.
Transcodage
Autre appellation de la traduction linguistique.
Unité de sens
État de conscience résultant de l'action conjuguée de connaissances lin- guistiques et extra-linguistiques sur un empan auditif ou visuel. L'unité de sens est délimitée par le moment où apparaît la compréhension. Observable en interprétation simultanée, l'unité de sens existe pareillement dans la lec- ture courante d'un écrit mais est moins facile à discerner en raison de la fixité de l'écrit et de la possibilité d'attardement sur un vocable ou sur une phrase. Les unités de sens se chevauchent et se fondent les unes dans les autres pour former des sens.
Vouloir dire
État de conscience pré-verbal qui entraîne de façon nécessaire l'émission de paroles. Il est pour l'orateur/scripteur ce qui sera le sens pour l'audi- teur/lecteur. Contrairement à la pensée, le vouloir dire est objectivement saisissable à travers les significations linguistiques pertinentes associées aux compléments cognitifs.












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