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Préface

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  • ISBN: 978-2-406-06675-0
  • ISSN: 2108-9884
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-06677-4.p.0009
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 21/11/2018
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Préface

Parmi les savants qui œuvrèrent au Jardin du Roi devenu Muséum dHistoire naturelle en 1793, on se souvient des noms de Buffon, Jussieu ou Lamark ; celui de Thouin, en dépit de la rue qui porte son nom, située non loin du Jardin des Plantes auquel il consacra sa vie, est quasiment inconnu et le café le Tin-Thouin (au numéro un de sa rue), a été rebaptisé, pour mieux séduire le chaland, café Descartes. André Thouin, cependant, a eu un rôle primordial dans le développement du Jardin des Plantes à une période cruciale de son histoire, celle de la Révolution. Cest ce que met en lumière Yvonne Letouzey qui, grâce à son imposante biographie, Le Jardin des Plantes à la croisée des chemins avec André Thouin (1747-1824) (1989), a fait mieux connaître cet homme modeste, à la personnalité attachante : elle examine les facettes de son œuvre, en qualité de jardinier du Roi, directeur du Muséum, commissaire de la république, professeur de culture, et souligne la richesse des nombreux documents manuscrits rassemblés par ses soins.

Plus récemment, plusieurs historiens des sciences ont rappelé limportance de lœuvre de Thouin dans le domaine de lhistoire naturelle, comme Lorelai Kury dans son Histoire naturelle et voyages scientifiques (1780-1830) (2001) ou Emma C. Spary, Le jardin dUtopie, lhistoire naturelle en France de lAncien Régime à la Révolution (2005) : cette dernière a, en particulier, exploité labondante correspondance de Thouin, déjà signalée par Y. Letouzey et visualisé dans une série de cartes lampleur de ce réseau de correspondance botanique en France, en Europe et hors dEurope. Récemment, Yves Lacour, dans La République naturaliste. Collections dhistoire naturelle et Révolution française (1789-1804) (2014), a souligné le rôle joué par Thouin dans la constitution des collections naturalistes françaises à partir des confiscations opérées en France, dans lEurope septentrionale puis lItalie du Nord pendant lépoque révolutionnaire.

Le Voyage dans la Belgique et la Hollande fut publié en 1841 et léditeur a alors pris soin de lexpurger de presque toutes les références aux événements 10révolutionnaires de 1794-1795, période au cours de laquelle Thouin a écrit son journal. La tenue dun journal ressortissait dailleurs à sa mission de commissaire de la République « à la recherche des objets de sciences et arts répandus dans les pays occupés par les armées du Nord et de Sambre-et-Meuse ». En donnant une nouvelle édition de ce texte, dont malheureusement le manuscrit na pas été retrouvé, nous avons voulu replacer ce récit de voyage dans son contexte historique. Cest pourquoi nous publions en annexe certains des rapports envoyés régulièrement à Paris par les commissaires. Nos recherches respectives sur les voyageurs français et les voyageurs britanniques en Hollande sous lAncien Régime et le début du xixe siècle nous permettent également de situer ce texte dans le cadre de la littérature de voyage et plus spécifiquement dans la tradition des « voyages de Hollande », qui, du côté français, véhiculent depuis le seizième siècle, limage dun pays créé de toutes pièces par lhomme, riche, moderne, tolérant. Le récit de voyage de Thouin reprend ces thèmes, leur conférant un lustre nouveau du fait de la minutie de son enquête qui est celle dun naturaliste passionné de botanique, dun républicain désireux de rassembler toutes les informations utiles à son pays, en particulier dans le domaine de lagriculture ; cest aussi celle dun homme des Lumières, pénétré dun idéal dutilité sociale et, à ce titre, sintéressant spécialement aux institutions pénitentiaires et charitables, mais aussi à tout ce qui peut assurer le bien-être des gens les plus humbles. À une période où la circulation des personnes est sérieusement perturbée par la guerre, le Voyage dans la Belgique et la Hollande de Thouin, par la précision de ses observations, constitue un témoignage précieux sur la Belgique et les pays rhénans et surtout sur la Hollande des années 1794-1795.

Nous remercions tous ceux qui nous ont aidé dans cette entreprise : Chantal Fourneau (Musée de la Ville dEaux, Spa), René Rohrkamp (Archives dAix-la-Chapelle), Bert Sliggers (Teylers Museum, Haarlem), Hans et Nettie van der Tak, Ed van der Vlist (Bibliothèque Royale / Koninklijke Bibliotheek, La Haye) ainsi que les conservateurs du MNHN qui ont aimablement mis à notre disposition linventaire des correspondants dAndré Thouin. Nous sommes particulièrement redevables à Gerard Thijsse du Musée dhistoire naturelle de Leiden (Naturalis Biodiversity Center), pour sêtre penché sur la graphie, souvent erronée, des noms latins des plantes citées dans le Voyage.