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Résumés

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  • ISBN: 978-2-406-08594-2
  • ISSN: 2261-1851
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-08594-2.p.0345
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Mise en ligne: 02/07/2019
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Résumés

Julien Ferrant et Tiphaine Guillabert-Madinier, « Introduction. Le temps des Réformes : la crise du verbe ou la Renaissance du langage »

Dun Dieu-logos, le langage est linstrument décisif de connaissance et de médiation. La crise religieuse du xvie siècle met ainsi en cause lautorité de lÉglise sur la parole. La rénovation du langage emprunte deux voies : lune fait éclater les codes jusquà faire participer tout le corps, lautre vise au contraire à neutraliser les débordements. Ce foisonnement, dont lhorizon est aussi de démêler la vérité du mensonge, trouve ses confins dans une transmission orthodoxe du mystère divin.

Tiphaine Guillabert-Madinier, « Le langage carnavalesque de Luther. Faux-pas hérétique ou jeu de masque prophétique ? »

Grâce au jeu cynique et à la polysémie du vocabulaire, Luther retourne laccusation dhérésie contre lÉglise, tandis quil se présente lui-même dans le rôle du fou enthousiaste et du prophète. À lassaut de la parole dautorité, il ne se bat pas avec les armes de ladversaire, la rhétorique scolastique, ce qui serait déjà lui reconnaître une certaine légitimité, mais comble daudace, il manie lart dun langage nouveau, dans le domaine religieux, rompant sans cesse avec les codes pour mieux dénoncer le mal.

José Emilio Burucua et Santiago Francisco Peña, « La poésie macaronique et lesprit de réforme. Le Baldus de Folengo »

Linvention dune langue et dune littérature macaroniques en Italie sépanouit comme une forme plaisante et académique de raillerie de lépique qui produit en 1517 un chef-dœuvre, le poème héroï-comique Baldus, composé par le moine bénédictin Teofilo Folengo (1491-1544). Étant donné quà partir de la deuxième édition de 1521, la présence du religieux dans le poème devient 346de plus en plus importante, on analysera des passages où la religion occupe une place centrale dans le fil de laction.

Guillaume Alonge, « La langue des évangéliques. Du Dialogue en forme de vision nocturne (1524) au Beneficio di Cristo (1543) »

Larticle porte sur une comparaison entre le langage adopté par les membres de lévangélisme en France et en Italie. On constate lexistence dun langage commun, fondé sur des termes, des images et des références scripturaires similaires. Le tableau qui se dessine est alors celui dun évangélisme à léchelle européenne qui trouve dans le groupe de Marguerite de Navarre et de Lefèvre dEtaples un centre de rayonnement spirituel aussi bien à lintérieur quà lextérieur des frontières du royaume.

Matteo Al Kalak, « Retour à la Parole. Langues anciennes et contestation religieuse dans lItalie du xvie siècle : le cas de Modène »

Cet article examine le cas de la « communauté hérétique » de Modène bien connue mais jamais étudiée en tant que tel. Les philologues humanistes qui la dirigent opèrent une véritable « révolution » en propageant parmi le menu peuple lenseignement des langues anciennes. La diffusion du texte sacré parmi les classes les plus humbles, sans un contrôle de sa traduction et de son interprétation, conduit à une fragmentation doctrinale et au développement de doctrines plus radicales.

Nathalie Szczech, « Ravir les fidèles aux ténèbres. Langage et stratégies discursives au sein du groupe de Neuchâtel »

Cette contribution analyse les stratégies discursives et éditoriales qui traversent les imprimés publiés par une équipe de réformateurs organisée par Guillaume Farel et connue sous le nom de groupe de Neuchâtel. Dans un rapport paradoxal avec lhéritage évangélique, le groupe, qui entend ravir les fidèles aux ténèbres romaines, allie impératif didactique, audace, effets de surprise et provocations, pour combattre lordre romain mais aussi dépasser les partisans dune réforme humaniste sans rupture.

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Geneviève Gross, « Des index à la dispute. Investir le vulgaire pour former le fidèle (1524-1536) »

Cet article sintéresse à lemploi du vernaculaire comme facteur dunité et marqueur identitaire dune communauté. Un emploi qui rentre dans le discours de légitimation des acteurs de la déchirure religieuse face au rôle denseignement quils entendent endosser et à leur revendication dune Église « nouvelle ». Les pratiques de transmission étudiées à partir de lexemple des index interrogent laccès du populaire au texte biblique, signe du renouveau évangélique et de la décléricalisation de lenseignement.

Julien Ferrant, « Noël Béda ou le langage de la croix »

Cet article propose une plongée dans lunivers mental du célèbre syndic Noël Béda afin de révéler sa propre conception du langage véritable. Nominaliste et disciple de la devotio moderna, il fait du « langage de la croix », son langage matriciel. Le Christ de la Passion devient comme une icône intérieure à laquelle il conforme toute sa vie, depuis lemploi du latin scolastique, langue volontairement rude comme un cilice, jusque la chair de son existence tragique et de son corps devenu parole.

Antoine Roullet, « Dieu à lexclamatif. Usages de la parole, de lécrit et posture dévote dans les oraisons jaculatoires (Espagne, xvie-xviie siècles) »

Ce chapitre sintéresse à une forme de prière commune, loraison jaculatoire, qui permet dinvestir le rapport entre foi et langage à partir de la tension entre mise en scène du corps, écriture et oralité. Ces formes de prière courtes, parfois à peine exprimées, très stéréotypées, dévoile les attentes et les contraintes qui pèsent sur la mise en scène de la parole dans son rapport au texte sacré, entre improvisation inspirée et récitation servile.

Robin Briggs, « Catholiques et protestants. Les langages du mal »

Le schisme religieux du xvie siècle donna lieu à des polémiques acharnées, fondées sur le raisonnement par analogie et la rhétorique. On y trouve un clivage binaire entre le bien et le mal, avec une conviction providentielle dans les actions dun Dieu immanent. Les confessions rivales demandaient une transformation du moi, inaccessible à la grande majorité destinée aux 348enfers. Dans ce monde enchanté le diable rôdait partout, et on pensait même entendre sa voix par le moyen des exorcismes.

Lucia Felici, « Le langage féminin de lhérésie dans lItalie du xvie siècle »

Cet article aborde la situation des femmes hétérodoxes dans lItalie du xvie siècle, et leur possibilité de communiquer leurs idées en comparaison avec le reste de lEurope réformée. Bien que minoritaires, elles ont su diffuser des doctrines évangéliques dans tous leurs espaces de vie. La plupart nont pas cherché à sémanciper de leurs conditions subalternes mais ont utilisé leur prétendue faiblesse dentendement comme argument pour se dérober aux accusations dhérésie et mieux répandre ainsi leurs idées.

Elena Bonora, « Comprendre et décrire un autre monde. Le voyage dun nonce dans lEurope des confessions et du pluralisme religieux (1560-1562) »

Lextraordinaire voyage de lévêque vénitien Commendone à travers lAllemagne, la Bohême et la Flandre visait à annoncer le concile et à renouer avec lempereur un dialogue interrompu sous le pape inquisiteur Paul IV. Or Commendone et son entourage découvrirent une société redessinée par la paix dAugsbourg. Quel langage ont-ils utilisé pour décrire à Rome les affrontements confessionnels et les expériences de coexistence légalisée ? À quels nouveaux concepts ont-ils eu recours pour accomplir leur mission ?

Laura de Mello e Souza, « Malléables, récalcitrants, démoniaques. Les images des Indiens du Brésil dans les langages de la colonisation et de la lutte religieuse au xvie siècle »

Au xvie siècle, les écrits produits par des européens partis en Amérique Portugaise ou par des catholiques fervents restés en Europe témoignent des efforts réalisés pour traduire mœurs et croyances nouvelles. Mais face à des êtres humains jusquà alors inconnus, à des mœurs et des situations inouïes, il a fallu moduler les mots, utiliser des néologismes et même inventer des langues, comme la « langue générale » des jésuites du Brésil, afin de mener à bien « la mission chrétienne » dans le monde.

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Massimo Firpo, « Le langage des images et lhérésie dans le cinquecento italien. Propagande ou identité ? »

Cet article étudie la présence et la signification des images philo-réformées et cryptées dans lItalie du xvie siècle. Des images rares parce quelles sont le fruit de la tradition iconographique, du rôle incontournable du commanditaire, de la rigueur grandissante de la répression et de la condamnation des images sacrées par la Réforme protestante. Ainsi peut-on parler dun « nicodémisme figuratif » qui trahit les identités clandestines plus quil ne favorise un véritable prosélytisme.

Pierre Tenne, « La musique et lineffable à la lumière des réformes de Henri III »

Sous le règne troublé de Henri III, la cour de France connaît deux processus concernant la musique et les politiques de lineffable dès la fin du xvie siècle. Le premier, observable dans le cadre de la création de lOratoire de Notre-Dame de Vie Saine, est celui dune structuration nouvelle de lhumanisme musical et courtisan, évoluant vers une logique plus « discursive ». Le second est une institutionnalisation monarchique des corporations de chantres et ménétriers.

Damien Tricoire, « Le langage du corps. Théâtralisations jésuites et entreprise de conquête spirituelle »

Dans la continuité de lhistoriographie la plus récente, cet article souligne le rôle essentiel du travail de conviction mené par les ordres de la Réforme catholique dans le succès du catholicisme à lépoque moderne, en analysant un aspect de loffensive rhétorique jésuite. Deux phénomènes intimement liés sont ici étudiés : la conception théâtrale du culte et les réflexions sur lutilisation du corps comme média de la communication religieuse dans le cadre des congrégations mariales jésuites.

Nicolas Richard, « Des rêves mystiques en trois langues. Le carnet dErnest Platejs z Platenštejna (1586-1637) – autour du manuscrit VII G 11 du Klementinum praguois »

Le prélat Jan Arnošt Platejs ze Platenštejna (1586-1637), mort évêque élu dOlomouc en 1636, est une des figures catholiques majeures des pays de la Couronne de Bohême pendant la révolte des États – où il subit une captivité 350très dure pour avoir tenté de résister avant dêtre un des principaux acteurs de la recatholicisation du pays. Cet article étudie un aspect méconnu de sa personnalité : sa vie spirituelle et mystique, dont témoigne le ms. VII G 11 conservé au Klementinum, à Prague.

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