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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-1192-2
  • ISSN: 2262-2004
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4013-7.p.0096
  • Éditeur: Rougerie
  • Date de parution: 31/12/2006
  • Périodicité: Annuelle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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COMPTES RENDUS

David Lee RUBIN (dir.) et al., La Poésie franfaise du premier
17` siècle : Textes et contextes [Gunter Narr Verlag, 1986], 2nde
éd., revue et augmentée avec la collaboration de R. T. Corum,
Charlottesville, Rookwood Press, 2004, 404 p.

On peut se réjouir de voir reparaître l'anthologie dirigée par
D.L. Rubin en 1986, augmentée de quatre poètes  : Sarasin,
Scarron, Saint Pavin et Cyrano de Bergerac. Elle donne notam-
ment àlire, dans une orthographe modernisée, quelques poètes
trop rares, comme Sigognes, César de Nostredame, Jean
Auvray ou Etienne Durand. Elle s'ouvre sur une série de trois
brefs essais de R. Nicolich, F.J. Hausmann et Cl. Abraham. Les
choix de poèmes sont quant à eux souvent présentés et annotés
par des spécialistes des poètes ou de la période (dont M. Alco-
ver pour Cyrano, A. Génetiot pour Scarron et Sarasin, J. Bailbé
et Ch. Wentzlaff-Eggebert pour Saint-Amant, mais aussi C.
Grisé, A. Canut et J.-P. Chauveau pour Tristan, etc. ), l'annota-
tion étant le plus souvent précise et utilement placée. Chaque
section consacrée à un poète contient une bibliographie sélec-
tive. Enfin, si le nombre total des auteurs présentés demeure
modeste (20), c'est bien un échantillon représentatif d'une
poésie variée, surprenante et peu connue que propose cette
anthologie : il est rare en effet que les satyriques, en l'occur-
rence par la présence de Sigognes, soient insérés dans les
anthologies de la période.

L'étude de R. N. Nicolich sur la « fortune critique de la poésie
du premier 17` siècle » propose un parcours historiographique
qui met en lumière les périodes de disgrâce et d'engouement
connues par cette poésie. On passe ainsi en revue l'émergence de
la notion de « baroque » dans les années 1950; les débats qui
s'ensuivirent ; le renouveau de l'érudition qui s'est emparée de
certaines oeuvres (celles de Régnier, de Malherbe, de Tristan ou
encore de Théophile et de Saint-Amant par exemple) et a donné
lieu à leur publication; jusqu'à la méthode d'analyse proposée
par D. L. Rubin dans The Knot of Artifice (1981), selon laquelle
il faut dépasser l'impression de dispersion suscitée par beaucoup
des textes des auteurs de la période et parier sur une unité
secrète, cachée, tissée dans leur trame.

F.-J. Hausmann propose une analyse du « langage littéraire »
de la période pour mettre en évidence ce qu'il considère comme
l'avènement d'une langue classique en France. Il examine des
extraits de discours liminaires pour illustrer, en diachronie, l'évo-
lution des pratiques linguistiques, l'impulsion donnée par
« l'usage de la cour », mais aussi le rôle de Malherbe, dont il cite

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97 un long extrait de ses remarques sur Desportes (élégie XVII),
dans l'évolution du français.

Cl. Abraham, enfin, donne un « aperçu de la versification fran-
çaise du 17° siècle ». Il s'agit de donner un « outillage » au lec-
teur. II observe donc le travail sur le matériau sonore, et recense
les formes et les types de vers employés, relevant des vers à deux
coupes, une fixe et une secondaire ainsi que des tétramètres
parmi les alexandrins, et rappelle le lien intrinsèque d'une partie
de cette poésie avec la musique.

Si les questions posées par ces trois essais, à visée clairement
pédagogique, sont encore agitées aujourd'hui, ils n'en souffrent
pas moins d'un déficit d'actualité théorique et critique. Les
enjeux historiographiques et la construction de catégories litté-
raires (« baroque » et « classicisme » sont couramment contestés
et tendent à disparaître graduellement du langage critique), les
modalités d'institution de palmarès littéraires (par exemple :
Malherbe avait-il une doctrine ? a-t-il influencé autant qu'on l'a
dit ?); l'évolution de la langue (quels étaient en fait les enjeux
des discours sur la langue, leur part d'autoreprésentation ?) la
mise en question de la notion de cour (est-ce un lieu, des gens,
une institution ?); l'étude de la versification, suite aux travaux de
B. de Cornulier et du Centre d'Études Métriques de Nantes, a
beaucoup évolué et remis en question certaines descriptions des
mètres français, dont la notion de coupe secondaire, fausse, en
effet; toutes ces questions demeurent au coeur des recherches
dix-septiémistes de ce début de 21°siècle, mais ont été largement
renouvelées depuis 1986.

On regrette enfin, puisqu'il s'agit d'une réédition, que des
coquilles n'aient pas été corrigées (ainsi, p. 117 : lire « Biblio-
thèque » et non pas « Bibiothèque ») et qu'on ~'ait pas ajouté,
sinon un glossaire, du moins une table des incipits. De même, on
ne peut que déplorer que les bibliographies, différemment pré-
sentées selon les auteurs (parfois de manière chronologique, par-
fois selon les noms d'auteurs), n'aient pas été actualisées : la
référence la plus récente concernant Tristan remonte à 1991.

Guillaume Peureux

La Mariane de Tristan l'Hermite, éd. Ruggero CAMPAGNOLI,
Eric LYSOE, Anna SONCINI FRATTA, Seminari pasquali di
analisi testuale, Seconde série 1, Bologne, Club, 2003.

Cette édition publie les actes d'un séminaire organisé conjoin-
tement par le Dipartimento di Lingue e Letterature Straniere
Moderne (Università degli Studi di Bologna) et le Centre de
Recherche sur l'Europe littéraire (Université de Haute-Alsace).


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98 Ce séminaire entièrement consacré à la Mariane de Tristan s'est
tenu l'année du quatrième centenaire de la naissance de Tristan,
au Centre européen de rencontres de Lucelle (Haut-Rhin). Il
contient notamment les interventions d'universitaires bien
connus des Amis de Tristan : Daniela Dalla Valle, Roger Guiche-
merre, ou Guillaume Peureux.

Cet ouvrage présente trois volets : le texte des conférences, le
résumé des discussions et enfin un mini cd-rom sur lequel on
peut trouver le texte intégral de la pièce et son lexique classé par
ordre alphabétique puis par thèmes (corps et couleurs). Ce der-
nier volet ne présente que des listes de mots sans analyses mais
constituent une solide base de données, constituée par Eric
Lysoe. Les deux premiers volets opposent deux visions de la
Mariane : à l'approche classique des interventions portant sur les
personnages, la structure, un thème récurrent dans l'oeuvre de
Tristan (la mélancolie) ou chez les auteurs classiques (la déme-
sure) s'opposent les tentatives de lectures plus modernes, libé-
rées des commentaires des contemporains de Tristan, proposées
lors des discussions soit par les conférenciers, soit par les audi-
teurs. Ces tentatives quoique contestées par certains conféren-
ciers, ont le mérite de proposer des éclairages nouveaux sur la
pièce (sociologique, psychanalytique ou sémantique), ce qui
n'est pas toujours le cas des interventions qui s'appuient en
grande partie sur les apports des travaux de Jacques Schérer et de
sa Drarrcaturgie classique.

Les conférenciers ont eu visiblement pour souci commun de
réfléchir sur des questions générales avec une préférence atten-
due pour Hérode et Mariane. Ils s'appuient régulièrement sur les
jugements de critiques contemporains de Tristan. Sont ainsi
convoqués à plusieurs reprises Corneille, Mairet, Scudéry, les
Pères Rapin, Caussin et Le Moyne. La question de la nature de la
pièce de Tristan est également plusieurs fois posée par certains
sans qu'on ne puisse vraiment la définir : la Mariane est-elle une
pièce humaniste ou classique ? À ce duel maintes fois relevé,
Daniela Dalla Valle (« Mariane : le titre de la pièce et le nom du
personnage ») préfère ajouter un troisième pôle : la Mariane
pourrait aussi être qualifiée en partie de tragédie chrétienne.
Mais au final, l'unité de la pièce semble moins venir de sa nature
que d'un thème donnant à l'intrigue sa cohérence : mélancolie
pour G. Peureux (« Parole, images, action. La Mariane, tragédie
de la mélancolie érotique ») ou démesure pour Ch. Mazouer
(« La Démesure dans la Mariane de Tristan »). L'unité peut aussi
naître de sa structure même, une articulation autour de deux per-
sonnages essentiellement, Mariane et Hérode (R. Guichemerre,
Daniela Dalla Valley.

À plusieurs reprises, les conférenciers montrent ainsi la foca-

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99 lisation de la pièce sur le personnage d'Hérode : même si Roger
Guichemerre (« Les Personnages de Mariane ») prend soin de
montrer la place de personnages secondaires comme Salomé,
tous s'accordent à souligner le paradoxe du titre qui donne de
l'importance à Mariane alors que sa présence sur scène est fort
discrète au regard des scènes dédiées à Hérode (notamment
Daniela dalla Valley. La victoire est sans doute donnée à Hérode,
même si certains nous assurent de l'équilibre entre Hérode et
Mariane, voire de l'importance de Mariane. Ch. Mazouer voit
dans la pièce une tension entre deux formes de démesure qui la
font progresser, la monstruosité d'Hérode et la violente haine de
Mariane. Mais les discussions viennent montrer que cette déme-
sure est surtout soutenue par le seul Hérode. Si Dominique Mon-
cond'huy (« I,a Mariane : une Dramaturgie de la femme
illustre »), en s'interrogeant sur la représentation littéraire de la
femme forte, démontre comment Mariane correspond aux des-
criptions des femmes fortes ou illustres de Le Moyne ou Scudéry
et comment Tristan tente dans sa tragédie de se conformer aux
modèles connus de cette femme exemplaire, l'effacement scé-
nique de Mariane, relevé par les autres conférenciers, vient sou-
ligner le désaccord entre la finalité du dramaturge et la réalité de
sa pièce. L'existence dramaturgique du personnage, décrite très
précisément par Daniela Dalla Valle et Roger Guichemerre pré-
sente Mariane comme un personnage fondamental pour l'in-
trigue et la construction d'Hérode. G. Peureux, quant à lui,
achève de réduire la place du personnage féminin et voit la
mélancolie d'Hérode, manifestée notamment dans ses songes,
contaminer les autres personnages et structurer toute l'intrigue.

Ces multiples lectures restent très classiques, on le compren-
dra, et n'apportent pas de véritables nouveautés sur la Mariane à
l'exception des interventions de Dominique Moncond'huy et de
Charles Mazouer qui utilisent des angles d'éclairage inusités sur
Tristan : si des intervenants ont déjà beaucoup écrit sur le sujet et
ne peuvent indéfiniment renouveler leur propos (Daniela Dalla
Valle ), on regrette que certaines conférences ne fassent que résu-
mer pour des néophytes la pièce (Roger Guichemerre) ou ne
prennent pas le temps d'analyser précisément les images repérées,
pourtant qualifiées de fondamentales. Le relevé des images de la
mélancolie ou de la démesure sert certes à démontrer la justesse
de l'approche mais ne propose pas d'interprétations du texte, il se
limite au seul effet dramaturgique ou simplement tragique de ces
images. Si l'effet sur le spectateur, la nature de la pièce, le sens
des caractères sont primordiaux pour les dramaturges classiques
et le public du dix-septième, le lecteur moderne a dépassé ces
questions dont il a trouvé les réponses depuis longtemps.

Véronique Adam


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100 D. Moncond'huy, Histoire de la littérature française du XVII
siècle, Pans, Champion (Unichamp-Essentiel n° 16), 2005, 272 p.

Parue dans une collection destinée à un large public, cette
nouvelle Histoire de la littérature française du dix-septième
siècle constitue une sorte de synthèse des travaux de recherches
les plus récents publiés sur le sujet. Excluant les représentations,
héritées de l'époque de Lanson, qui visent à construire l'image
du « Grand Siècle », jugeant tout aussi simplificatrice l'idée, plus
récente, qui consiste à réduire le dix-septième siècle à la succes-
sion du « baroque » et du « classicisme », D. Moncond'huy se
propose de montrer la complexité qui caractérise cette période de
l'histoire littéraire, par un examen attentif des genres et du
contexte (culturel, idéologique...) dans lequel ils se développè-
rent.

Les lecteurs des Cahiers seront sans doute heureux de consta-
ter que la place accordée à Tristan dans cet ouvrage est loin
d'être négligeable, et surtout que la diversité de son oeuvre est
prise en considération. En effet, D. Moncond'huy le présente
dans son introduction comme le type même du polygraphe, qui
ne se spécialisa dans aucun genre (p. 10), avant de l'évoquer
dans un développement consacré à la poésie (« De La Céppède à
Tristan L'Hermite », p. 153-155), parmi les imitateurs de Marino
et les disciples de Malherbe, mais par la suite il rappelle aussi
que l'écrivain a connu ses plus grands succès au théâtre et qu'il
est un des principaux dramaturges de sa génération (p. 165). Pré-
sent également parmi les auteurs auxquels le critique choisit de
consacrer une notice dans la première section de son « Petit atlas
littéraire du siècle », il figure encore dans la rubrique suivante
avec trois de ses oeuvres, Les Amours, La Lyre et La Mariane
(écrite successivement avec deux orthographes différentes !,
p. 222 et 226). On regrettera néanmoins que Le Page disgracié,
dont le critique souligne au passage l'originalité (« un roman
marginal important, de caractère autobiographique  », p. 222 ), et
qu'il date par erreur de 1641, ne fasse pas à lui seul l'objet d'une
notice. Enfin, le tableau chronologique situé à la fin du volume
mentionne, parmi les ceuvres de poésie non dramatique Les
Amours, La Lyre et Les Uers hérdiques, parmi les pièces de
théâtre La Mariane et La Mort de Sénèque, et parmi les « fictions
en prose » Le Page disgracié. C'est dire l'importance, toute rela-
tive certes, que D. Moncond'huy reconnaît à Tristan dans la lit-
térature de son siècle, mais surtout le portrait qui se dégage de
lui montre une nouvelle fois qu'il est impossible de le classer
dans une catégorie précise.

Sandrine Benegard


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101 ÉCRIVAINS DE THÉÂTRE, 1600-1649. Documents réunis et
présentés par Alan Howe, à partir des analyses de Madeleine
Jurgens. Avant-propos de Gérard Ermisse et préface de Jean
Mesnard, Paris, Centre historique des Archives nationales, coll.
« Documents du Minutier central des notaires de Paris », 2005.
Un vol. 21,5 x 15 cm de 340 p.

Après Le Théâtre professionnel à Paris, 1600-1649, paru en
2000, Alan Howe nous offre un nouveau volume réalisé à partir
de l'inventaire des fonds du Minutier central des notaires pari-
siens opéré par Madeleine Jurgens entre 1949 et 1970. Quelques
documents étaient déjà connus, comme le rappelle l'introduction
(p. 3 et 7) en signalant les études déjà parues de M. Jurgens et
E. Maxfield-Miller sur Molière ou Jean-Baptiste l'Hermite, et de
l'auteur lui-même sur Corneille, Rotrou ou Tristan (voir les
CTLH n°24, 2002 ). Mais le désir d'offrir un outil de travail
exhaustif a conduit à les reprendre de manière à réunir en un seul
volume la totalité des minutes notariées parisiennes concernant
les auteurs en question, au nombre de vingt-cinq au total.

Le livre se compose de deux grandes parties : dans la pre-
mière, des « notices et analyses » rangées par ordre alphabétique
d'auteur (de Baro à Villiers) présentent une synthèse des infor-
mations apportées par les documents, suivie d'un résumé de
chaque pièce retrouvée. Dans la seconde, on trouve, organisée
cette fois selon un ordre chronologique, la transcription intégrale
des actes les plus intéressants du Minutier. À la suite, une « table
des analyses » (par ordre chronologique), une bibliographie et un
index des noms de personnes permettent un maniement aisé du
volume.

Les documents mis au jour touchent aux aspects les plus
variés de la vie des auteurs : contrats de mariage, inventaires de
biens, promesses, quittances.., pour la dimension « privée » de
ces actes; contrats avec des éditeurs, contrats entre libraires, pour
les actes relatifs à leurs activités comme auteur. Le propos est de
permettre une meilleure connaissance de la biographie de chacun
(leur charge ou office, leur situation financière, etc. ), de leur car-
rière (les relations avec leur protecteur en particulier), et de leurs
oeuvres (chronologie de publication, succès, mesuré notamment
aux conditions plus ou moins avantageuses selon lesquelles est
monnayé tel ou tel écrit). Plus généralement, c'est un « aperçu de
l'évolution du statut de l'auteur dramatique au cours de la pre-
mière moitié du XVII~ siècle » (« Introduction », p. 5) que vise
l'ouvrage.

De fait, au-delà du goût de l'anecdote ou du détail biogra-
phique, ce volume met à la disposition des curieux et des cher-
cheurs des pièces permettant de revenir sur bien des idées reçues
et des points obscurs. Pour Tristan, par exemple, un contrat passé

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102 avec Cardin Besongne le 7 avril 1645 pour l'impression de La
Mort de Chrispe nous apprend qu'outre un nombre conséquent
d'exemplaires non reliés, l'éditeur s'engage à verser à l'auteur
l'importante somme de 400 livres, acceptant de plus de différer
la publication de manière à laisser encore plusieurs semaines
d'exclusivité à la troupe de l'Illustre Théâtre qui la jouait alors.
De tels indices sont bien le signe qu'une valeur commerciale cer-
taine est attribuée au texte. Dès lors on ne peut plus, montre clai-
rement A. Howe (p. 203), continuer d'affirmer comme le veut la
tradition critique que la pièce n'eut que peu ou pas de succès.
Plus largement, on rencontre au fil de ce volume quantités d'in-
formations précieuses sur les pratiques auctoriales de l'époque
moderne, comme les modalités selon lesquelles les auteurs négo-
cient la valeur de leurs écrits (souvent en contraste frappant avec
les déclarations de modestie et de détachement agrémentant les
préfaces du temps); on y trouve aussi de nombreuses pistes
permettant de mieux comprendre la condition des hommes de
lettres : leur insertion dans les maisons aristocratiques, leurs
réseaux d'amitié et d'affaires, leurs stratégies familiales ou
encore la question, souvent délicate, de leurs noms et signatures
(voir par exemple les remarques sur l'évolution de la signature
de Théophile, de « Theophile Deviau » à « Theophile » , p. 225 ).

La richesse d'ensemble du volume étant incontestable, nous
signalerons toutefois deux réserves. Tout d'abord, on mention-
nera des doutes sur une analyse : l'intérêt que Tristan porte à
l'embellissement des Heures de la Sainte trerge, manifeste à
travers trois actes de 1644-1645 réglant l'aide financière que le
secrétaire des finances de Gaston d'Orléans, Michault, apportait
au poète pour la publication du livre permet-elle de déduire aisé-
ment « la sincérité des sentiments religieux » du notre auteur
(p. 205) ? Il semble que, tout au plus, ces actes permettent d'in-
sister sur l'attention portée par Tristan à la publication d'une
oeuvre de prestige, la publication de vers religieux comptant alors
beaucoup dans une carrière de poète. Ensuite, certaines informa-
tions gagneraient à une mise en perspective qui tiendrait plus
compte des avancées récentes de la recherche en matière d'his-
toire sociale des professions lettrées. Les relations de protection
et de clientélisme (voir les travaux d'Alain Viala et de Christian
Jouhaud), ou encore le rôle joué par les parents et les réseaux
amicaux dans la vie d'homme d'affaires qu'était aussi nécessai-
rement celle d'homme de lettres (voir les travaux de Nicolas
Schapira), lisibles dans nombre de ces documents notariés, s'en
trouveraient grandement éclaircis — et, avec eux, la place si para-
doxale dans la société d'Ancien Régime de cette occupation sans
statut juridique fixe ni reconnaissance institutionnelle achevée
qu'est l'activité lettrée. On terminera, enfin, en se demandant si
bien des « actes » ici répertoriés ne mériteraient pas d'être consi-


102

103 dérés non comme le simple reflet des situations des auteurs en
question, mais, de manière plus dynamique, comme partie pre-
nante d'opérations menées par ceux-ci ou du moins certains
d'entre eux — et avec les moyens propres de l'écrit, même s'il
s'agit d'écrits au statut et aux lieux de circulation tout autres que
leurs oeuvres —pour agir dans le monde social et y transformer
leurs positions.

Mathilde Bombant



























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