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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-1177-9
  • ISSN: 2262-2004
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-3998-8.p.0059
  • Publisher: Rougerie
  • Parution date: 12-07-2012
  • Periodicity: Annual
  • Language: French
Free access
Support: Digital
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COMPTES RENDUS

Roger GUICHEMERRE, Quatre pOèteS dU XVIIe siècle. Mal-
herbe. Tristan L'Hermite. Saint-Amant. Boileau. P., SEDES, 1991,
17,5 X 11,5, 251 p.

Des quatre poètes ici étudiés, à destination des étudiants de
l'enseignement supérieur —les analyses précédées chacune d'une
esquisse biobibliographique —; seule l'neuvre de Malherbe est
présentée dans son ensemble. Pour les trois autres, l'auteur s'en
tient aux Plaintes d'Acante de Tristan, à la Suite des tEuvres et
à la Seconde Pnrtie des t~uvres de Saint-Amant, et aux neuf
premières Satires de Boileau. Au sujet des 73 stances des Plaintes
d'Acante, Roger Guichemerre avait montré déjà (dans Du Baroque
aux Lumières, p. 40-47) que Tristan s'est beaucoup inspiré des
< Sospiri di Ergasto s de Marino, dans ses Idilli pastari. Mais
s'il y a identité du sujet et des thèmes, si les imitations de détail
sont nombreuses, une différence foncière apparaît, que souligne
R. Guichemerre  : il y a chez Marino « une imagination sensuelle s,
c un réalisme plus authentique s que chez Tristan, « esprit précieux,
intellectuel et abstrait s. Sans s'attarder au commentaire qui
accompagne les Plaintes dans l'édition de 1633 (sur ces Annota-
tions, voir les études de Gisèle Mathieu-Castellani dans les

Quaderni del seicento francese, 1987, p. 145-154, et de Françoise

Graziani dans les C.T.L'H., 1990, p. 23-39), R. Guichemerre
analyse ensuite les c autres oeuvres s du recueil  : poèmes galants
et poèmes de circonstance. Aux premiers appartiennent le célèbre
Promenoir et maints sonnets qui sont dans nombre d'anthologies.
c Poésie amoureuse d'inspiration pétrarquiste ~ certes, par «  l'idéa-
lisation de la -femme aimées allant c de pair avec le thème de
la souffrance de l'amant s. Mais Tristan y ajoute sa marque
originale  : c ses accents d'une sensibilité délicate a, c une certaine
effusion élégiaque au contact de la nature s, servis par un instinct
profond des ressources du langage, subtilité précieuse, virtuosité
rythmique, sens de l'harmonie... Belle incitation, pour ceux qui les
ignoraient, à se familiariser ensuite avec La Lyre et les Vers
héroïques.

Amédée CARRIAT.


Gisèle MATHIEU-CASTELLANI, Anthologie de la poésie amou-

reuse de l'âge baroque [1570-1640]. Vingt poètes maniéristes et
baroques. P., L.G.F., Le Livre de Poche classique, 1990, 16,5 X 11,

478 p.

Le xtxe siècle finissant, en réhabilitant Tristan après plus de
deux siècles d'oubli, avait surtout célébré en lui un c précurseur
de Racine s. Mais c'est à notre siècle qu'il appartenait de rendre
justice à l'oeuvre lyrique du poète  ; or voici que la belle et succu-
lente Anthologie de la poésie amoureuse de l'âge baroque,
composée par Gisèle Mathieu-Castellani, fait de Tristan le dernier
nommé, dans l'ordre chronologique, d'une famille de c vingt poètes
maniéristes et baroques x. Tous ont en commun de puiser leur
aliment dans le riche terreau légué par la Renaissance, et irrigué
par le pétrarquisme, mais aussi de contester audacieusement
l'héritage et de prendre leurs distances vis-à-vis des modèles,

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60 antiques notamment, non par caprice iconoclaste, mais parce qu'il
leur faut se situer dans un monde en tumulte, où les croyances
s'affaiblissent et où l'individu doit s'affirmer face à un groupe
dont la cohésion est durablement compromise. Mais, selon Gisèle
Mathieu-Castellani, le discours maniériste — et c'est du côté
du maniérisme qu'elle place Tristan en compagnie de Desportes,
de La Roque, d'Etienne Durand et de Théophile de Viau —
diffère du discours baroque et passe par d'autres modalités
d'énonciation  ; le poète maniériste est tourmenté par une incer-
titude essentielle, exprime son refus d'indiquer un sens évident
et unique, se complaît dans le jeu des apparences et du « faire
semblant >. Pas étonnant que la figure de Tristan hante la pensée
de notre critique, lorsqu'elle brosse pour nous le portrait du poète
de la famille maniériste  : « Non seulement il est ce sceptique qui
s'interroge, questionnant la question, comme Montaigne, mais il
devient aussi cet illusionniste qui crée des tableaux de fantaisie,
se livrant auz caprices de son imagination sans chercher dans
les miroitants reflets du monde sensible autre chose que des
reflets, l'ombre d'une fleur vermeille, l'ombre du liquide miroir... >.
Il ne nous reste qu'à tourner quelques pages pour retrouver les
subtilités troublantes du Promenoir des deux amants, du Bain
empoisonné ou du Soupir ambigu, poésie « délibérément moderne >
où « Tristan aime à construire des simulacres, la passion de
l'artificiel l'engageant à jouer, sur la scène où toujours Eros se
déguise, le rôle d'un régisseur malicieux et troublé >.

Jean-Pierre CHAWEAU.

Jacques MOREL, Agréables mensonges. Essais sur le théâtre
français du XVlle siècle. Préface de Alain Viala... Postface de
Geneviève Boisard. Ouvrage préparé par Georges Forestier, avec
la collaboration de Christian Biet, Patrick Dandrey et Alain
Viala. P., Klincksieck, 1991, 24 X 16, 463 p.

Sans attendre une plus longue recension qui en sera faite dans
le n° XIV des C.T.L'H., on doit tout de suite souligner ici
l'importance qu'occupe Tristan dans ce recueil de plus de cin-
quante études : une quarantaine de pages au total. Les plus
anciennes (1951, 1965) le replacent parmi les thèmes («  Mise en
scène des songes >, p. 35-44) ou les formes («  Les stances tra-
giques >, p. 61-72) du théâtre de son temps. Dans les études de
la décennie 1980, Tristan est étudié pour lui-même («  Tristan
poète tragique >, p. 197-204  ; « Songes tristaniens a, p. 205-210  ;
«  A propos d'un héros mélancolique  : Araspe, dans la Panthée
de Tristan >, p. 211-214  ; « Grisante et Panthée >, p. 369-374).
C'est à Panthée, on le voit, que va la dilection particulière de
J. Morel  : parce que « ses paradoxes sont équilibre entre l'éblouis-
sement et l'angoisse que fait naître, en cette vie, la sombre et
rayonnante autorité des passions >.

A. C.





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