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Comptes rendus de lecture

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261
COMPTES RENDUS DE LECTURE


GAUDIN François (dir.), La lexicographie militante. Dictionnaires
du XVlile au XIXe siècle, Préface par Alain Rey, Paris, Honoré
Champion, 2013, coll. «  Lexica —Mots et Dictionnaires ; 24  »,
355 pages — ISBN  :978-2-7453-2530-3.

L'ensemble des textes réunis par François Gaudin sous le titre La lexico-
graphie militante. Dictionnaires du XPIII~ au XII siècle rend compte d'une
réflexion collective marquée notamment par la tenue d'un colloque coorganisé
à l'université Paris Diderot-Paris 7 en décembre 2006 par le Centre interlangues
d'études en lexicologie, le Centre d'histoire culturelle des sociétés contempo-
raines (iJniversité de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et le laboratoire
Métadif' (iJniversité de Cergy-Pontoise). L'ouvrage met en lumière, à travers
la lecture des dictionnaires, les liens qui existent entre les mots et les enjeux
sociaux, culturels et identitaires. S'il se situe essentiellement aux confins de
l'analyse de discours et de l'histoire culturelle des dictionnaires, il intéresse
aussi la lexicologie puisque le mot est au centre du genre textuel qu'il analyse.

François Gaudin a souhaité réunir dans ce volume des contributions
montrant que l'idée admise au moins depuis la seconde moitié du xxe siècle
selon laquelle les dictionnaires doivent transmettre de manière objective le
patrimoine linguistique et culturel ne concorde pas toujours avec celle que
révèle l'analyse de la pratique lexicographique. Certains dictionnaires se
révèlent en effet comme de véritables ouvrages militants, explicitement ou de
manière plus discrète selon les contraintes exercées par la censure. Les lexico-
graphes ne sont pas toujours des descripteurs objectifs de la langue  :ils ont
souvent utilisé leurs dictionnaires, à travers le choix des nomenclatures, des
exemples, des illustrations, comme un moyen de faire passer leurs croyances,
leur idéologie, leurs combats. L'idée d'une objectivité lexicographique néces-
saire pour satisfaire aux qualités qu'exigerait un « bon » dictionnaire est ici
fortement bousculée et, finalement, on doit se demander si les dictionnaires,
comme les encyclopédies, ne sont pas avant tout des « miroirs du monde  »

1 Aujourd'hui intégré dans le LDI (UMR 7187, CNRS, Université Paris 13,
Sorbonne Paris Cité et Université de Cergy-Pontoise).

Cah. Lexicol. 105, 2014-2, p. 261-274

262 selon la belle expression d'Alain Rey (Miroirs du monde. Une histoire de
l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007).

La préface d'Alain Rey présente, en onze pages, une très intéressante
analyse de la notion de militantisme, que la tradition rattache davantage aux
discours encyclopédiques qu'aux descriptions lexicographiques, présentant
ainsi cet ouvrage comme une référence dans ce domaine encore peu exploré.
En effet, s'il y est question de militantisme, c'est dans une acception qui, loin
d'être limitée à l'idéologie, englobe, beaucoup plus largement, toute descrip-
tion dictionnairique qui, présentant par définition « une image construite de
la langue  », sort des chemins de la doxa pour exprimer un autre discours, non
moins construit. Le militantisme, qui peut s'y exprimer de manière ouver-
tementpolémique (Pierre Leroux, Pierre Larousse, Maurice Lachâtre), peut
aussi être masqué quand l'exercice du pouvoir et de la censure l'exigent
(Furetière). A. Rey fait encore remarquer que l'intérêt des analyses succes-
sives d'ouvrages lexicographiques précis permet d'observer que le militan-
tismepeut aussi se cacher derrière une certaine neutralité (Henri Béjoint sur
la Cyclopædia de Chambers) et qu' il peut prendre des aspects différents dans
un même texte (Sylvain Auroux sur l'Encyclopédie de Diderot ou Chantal
Wionet sur le Dictionnaire de Trévoux). Quant aux aspects militants des
ouvrages lexicographiques de Pierre Larousse, Pierre Leroux, Jean Reynaud
ou encore Maurice Lachâtre, ils sont plus caractéristiques  :proudhoniens pour
le premier, saint-simoniens pour les deux autres, enfin «  socialo-communo-
anarchistes par syncrétisme  »(Rey, p. 15) pour le dernier.

Les différentes contributions (340 pages au total) sont regroupées
en trois parties correspondant à trois points de vue complémentaires  : (a)
historique («  À travers les siècles  », p. 25-144), (b) géographique («  À
travers l'espace  », p. 147-259), et (c) linguistique («  À travers les mots  »,

p. 263-340).

Le parcours dans le temps (a), du début du xvlrle à la fin du xrxe siècle,
offre un large échantillon de convictions, qui met en valeur le lien souvent
indissociable qui existe entre le lexicographe et le citoyen. Cette période
de deux siècles a ceci de très particulier  : « Avant, la parole émancipatrice
passe par d'autres voies éditoriales ; après, la revendication d'objectivité se
généralise dans une lexicographie devenue affaire d'entreprise » (Gaudin,
p. 23). C'est donc dans la production lexicographique de ces deux siècles
(aussi bien dans les notices que dans les paratextes) qu'il est possible de
saisir l'engagement et le militantisme des lexicographes, qu'il soit social,
politique, religieux, linguistique... Dans cette première partie sont analysés,
en France excepté dans le premier article, des encyclopédies ou dictionnaires
particuliers  : La Cyclopædia d'Ephrâim Chambers (Henri Béjoint, p. 25-51) ;
la Grande Encyclopédie et le « militantisme rationaliste  » de leurs auteurs
(Sylvain Auroux, p. 53-66) ; le Dictionnaire de Trévoux (1704-1771) (Chantal
Wionet, p. 67-76), marqué par le souhait des jésuites lexicographes d'une

263 « langue publique  », « dans l'occurrence du présent sans cesse à construire
et à réinventer » (p. 76), à l'opposé de l'idéologie du dictionnaire de l'Aca-
démie de 1694 attachée à décrire « une langue commune  », académique,
qui «  se donne comme "pure origine" [...] et s'applique à la dénégation de
l'autre » (ibid.) ;1'Encyclopédie nouvelle de Pierre Leroux et Jean Reynaud
(Armelle Le Bras-Chopard, p. 77-88) ; 1'ceuvre de Pierre Larousse, lexico-
graphe et éditeur (Jean-Yves Mollier, p. 89-115) ;enfin, le Dictionnaire des
dictionnaires de Mgr Guérin et l'Encyclopédie Universelle du x~ siècle
(p. 117-143), entre lesquels Frédéric Loliée fut le lien et dont Jean Pruvost
fait ici davantage une présentation inédite et complète qu'il n'insiste sur les
aspects militants. C'est une approche théorique et transversale que présente
Sylvain Auroux, dans son article «  Le militantisme rationaliste  : Ce que
nous apprennent les encyclopédistes sur la théorie (et l'histoire) des diction-
naires  ». Partant de l'initiative de d'Alembert et Diderot de donner à l'ency-
clopédie la forme d'un dictionnaire, il montre que cette mutation se présente
comme une réponse au problème épistémologique de l'ordre encyclopédique,
celui du dictionnaire se révélant multiple (tableau figuré des connaissances
avec les domaines, corps de l'article avec son plan, renvois).

La deuxième partie (b) analyse la mise en ceuvre du militantisme
lexicographique àtravers les traditions de quelques pays. Manuel Alvar
Ezquerra dresse un vaste panorama de l'histoire de la lexicographique
espagnole, abordé du point de vue de la subjectivité et du militantisme visible
dans les dictionnaires, à l'opposé de l'autocensure dont l'histoire est encore
à faire (p. 149-162). Deux chapitres sont consacrés à la tradition allemande

« La lexicographie du domaine germanique » (p. 163-194), où Colette Cortès
montre, à travers un passionnant parcours historique, que « La langue n'est
pas militante en soi, mais [qu'] elle est de toutes les luttes idéologiques et
identitaires qui y inscrivent leurs marques, notamment sur le plan lexical  »
(Cortès, p. 163), puis l'évolution « De la lexicographie militante à la lexico-
graphie résistante  »dans l'Allemagne des xrxe et xxe siècles (Marie-Claire
Hoock-Demarle, p. 195-208), notamment avec l'entreprise lexicographique
des frères Grimm et les résistances, pendant le IIIe Reich, contre un pouvoir
qui s'empare de «  la langue du peuple  » et la trahit (contre la Zingua Tertü
Imperii (LTI), celle de Victor Klemperer). Et, même si l'on élargit l'horizon
géographique, on retrouve ce rôle du dictionnaire comme vecteur d'idéo-
logie et de combat, qu'il s'agisse de la lexicographie hébraïque contempo-
raine àtravers le Grand Dictionnaire de la langue hébraïque d'Eliezer Ben
Yéhuda (1855-1922), lexicographe qui a milité pour un hébreu vivant par le
dictionnaire, pour une culture juive moderne et nationale (Georges Sarfati,
p. 209-232) ou encore de la lexicographie kurde (Salih Akin, p. 233-248).
Également plus lointain géographiquement mais plus proche linguistiquement
de nous, le Dictionnaire québécois d'aujourd'hui de Jean-Claude Boulanger

264 révèle, à travers l'analyse que lui consacre Jean Quirion (p. 249-259), toute
la dimension du nationalisme lexicographique québécois.

La troisième partie (c) est celle qui intéresse plus particulièrement
le lexique, qu'il s'agisse des « mots de l'anticléricalisme » (Jacqueline
Lalouette, p. 265-280), de la lexicographie coloniale et de l'altérité
africaine notamment à travers le dictionnaire et la grammaire du wolof de
Jean Dard et l'ceuvre lexicographique de Louis Faidherbe (Papa Alioune
Ndao, p. 281-306), de la féminisation dans les dictionnaires du xrxe siècle à
une époque où émerge le féminisme social et politique (Chrystel Breysse,
p. 307-322) ou encore du « militantisme néologique dans les dictionnaires
du xrxe siècle  » (Jean-François Sablayrolles, p. 323-340).

Mais revenons sur ces deux derniers articles, qui rejoignent plus direc-
tement les préoccupations des lexicologues.

C. Breysse, dans son article intitulé « L'abeille  :Roi ou Reine ?
Attendre la féminisation dans les dictionnaires du xlxe siècle  », a choisi de
s'intéresser aux choix concernant la féminisation, aussi bien lexicaux que
définitionnels, des dictionnaires de Maurice Lachâtre, de Pierre Larousse,
de Napoléon Landais et de Dupiney de Vorepierre. La lectrice ou le lecteur
ne seront pas surpris de voir que, à travers des analyses portant sur la
sphère privée (adultère, mariage, célibataire...), la sphère professionnelle
(afficheur, ambassadeur, banquier, blanchisseur...) et la sphère citoyenne
(citoyen, député, élection, émancipé, émanciper... ), «  la palme de la fémini-
sation revient à Maurice Lachâtre  », qui n'hésite pas à faire figurer dans
les entrées la forme au féminin  :dans le Dictionnaire universel (1853), sur
1 400 termes relatifs à la désignation des hommes et des femmes, seuls 153
sont présentés uniquement au masculin  ! Elle observe par ailleurs que les
dictionnaires étudiés ont pris position, de manière plus ou moins affirmée,
dans les débats idéologiques de leur siècle. Ils ont ainsi contribué à élaborer
«  le cadre conceptuel dans lequel les femmes auront à s'imposer  ». La tâche
se poursuit d'ailleurs encore dans nos dictionnaires contemporains. Nous
noterons à ce propos que, dans un dictionnaire, un phénomène langagier
ne peut être réduit à donner une image de la société. Il encourage aussi les
usagers à adhérer à une évolution de la langue qui participe à celle de la
société  :comment les femmes peuvent-elles y trouver leur place si les mots
pour dire ces nouvelles réalités n'existent pas dans les dictionnaires  !

C'est à travers les préfaces et les articles « néologie » et « néologisme »
de sept dictionnaires du xrxe siècle que J.-F. Sablayrolles analyse les positions
prises par les lexicographes en les confrontant aux pratiques lexicographiques
à travers un corpus constitué par les 261 premiers mots des 650 notés dans Le
Petit Robert informatisé comme apparus entre 1848 et 1856 («  Le militan-
tisme néologique dans sept dictionnaires du xrxe siècle  », p. 323-340). Son
analyse révèle que Pierre Larousse, soucieux de constituer une encyclopédie
de toutes les connaissances, est le lexicographe le plus ouvert à la néologie.

265 Pour cette étude, l'auteur a pris soin de distinguer la date d'apparition du
néologisme et le moment de sa divulgation qui marque la fin de son statut,
les deux pouvant ne pas côincider, même si les indications données par les
dictionnaires ne sont pas toujours suffisantes pour établir ces datations. Il
dégage aussi quatre degrés dans le militantisme néologique  :réticent, voire
hostile aux néologismes (l'Académie), peu favorables (Soulice ; Noël et
Chapsal, dont les dictionnaires, de moindre volume, sont destinés à l'ensei-
gnement), assez ouverts (Gazier; Littré; Hatzfeld, Darmesteter et Thomas),
très accueillant (Larousse). Enfin, l'étude fait ressortir une grande cohérence
entre les déclarations d'intention, avouées ou implicites, des lexicographes
et leurs pratiques.

Un « Index des noms propres  » et un « Index des mots et notions  »
aideront à parcourir l'ouvrage si l'on souhaite en faire une lecture plus
ponctuelle ou rechercher des informations précises, ce à quoi ne manquera
pas aussi d'inciter ce volume si riche en informations et si dense en réflexions.


Christine JACQUET-PFAU

Collège de France

et LDI (UMR 7187) CNRS,

Université Paris 13, Sorbonne Paris

Cité et Université de Cergy-Pontoise




GONZÂI.ES REY Isabel (dir.), Outils et méthodes d'apprentis-
sage en phraséodidactique, Fernelmont (Belgique), EME éditions,
coll. « Proximités-Didactique  », 2014, 321 pages — ISBN  :978-2-

8066-0985-4.

Pour les spécialistes de la phraséodidactique, l'ouvrage dirigé par Isabel
Gonzâles Rey permet de faire le point sur la discipline. Ce volume composé
de quinze contributions en français aborde l'enseignement-apprentissage des
figés d'une langue maternelle ou étrangère et tout ce qui a trait à la didac-
tique de leur traduction. Ces deux axes y sont traités avec la perspective des
outils et des méthodes actuellement disponibles pour les formateurs et pour
les formants. Comme le signale I. Gonzâles Rey dans son introduction, il est
désormais important d'équiper la phraséodidactique d'outils et de méthodes
capables de la rendre vraiment utile aux enseignants de langues étrangères et
aux traductologues. Tous ces éléments conditionnent fortement les prises de
décision des enseignants en ce qui concerne les propositions pédagogiques et
les apprenants dans la mise en place de compétences phraséologiques actives.

Les articles sont répartis en trois grandes parties même si le plan du
volume suit en réalité deux grands axes  : (i) la phraséodidactique comme

266 domaine d'application de la phraséologie ; (ii) les outils et méthodes
d'apprentissage des unités phraséologiques employés dans la didactique des
langues et des littératures et dans leur traduction.

La première partie («  La phraséodidactique  »), la plus courte, aborde
cette discipline comme domaine d'application de la phraséologie. Différents
angles d'étude de la phraséodidactique ysont développés, notamment la
place que peuvent occuper les unités phraséologiques dans la didactique des
langues ou les compétences phraséologiques que peuvent acquérir les appre-
nants (Stefan Ettinger, Dominique Legallois, Jean-Louis Dufays). L'article
de Stefan Ettinger est de ce point de vue intéressant puisqu'en partant de
son expérience personnelle d'apprenant de langues étrangères il précise le
problème de l'emploi actif et/ou de connaissances passives des phrasèmes.
Son introduction anecdotique sur les mésaventures qu'il a connues à ce titre
en France et en Espagne vient parfaitement illustrer les difficultés d'emploi
des phrasèmes. Sa contribution tente de répondre à deux questions délicates,
en adoptant clairement la distinction établie par Gonzâles Rey en 2007 (La
didactique du français idiomatique)  :quels phrasèmes faut-il apprendre et
à quel niveau de formation faut-il commencer à enseigner les phrasèmes ?
La réponse qui se dégage de la lecture de son article est l'autoapprentissage.
Enfin, on apprécie également les recommandations de l'auteur qui viennent
ponctuer chacune de ses parties (et facilement reconnaissables àleur formu-
lation  : « Retenons maintenant l'essentiel de ce chapitre » ; « Essayons de
résumer en quelques mots ce chapitre qui par sa complexité nous a agacés et
un peu déroutés  » ;etc.), notamment sur les compétences à acquérir et sur les
divers moyens d'y parvenir dans le cadre d'un enseignement-apprentissage
des langues ou d'un apprentissage autonome.

L'article de Dominique Legallois expose quant à lui les arguments
selon lesquels il est possible de considérer les unités phraséologiques comme
des unités aptes à illustrer, pour les apprenants, le fonctionnement grammati-
cal général des langues. L'auteur conclut en affirmant que ces unités consti-
tuent des ressources à privilégier en didactique.

Enfin, Jean-Louis Dufays fait le point sur la place que les clichés
de langage occupent au sein des expressions figées, sur les critères qui
permettent de les reconnaître dans un texte et sur les différents effets de
lecture qu'ils sont susceptibles de dégager. Le cliché se caractérise par « son
caractère figuré et connoté —c'est originellement un trait de style —, et par
son ambivalence axiologique [...] ("l'aurore aux doigts de rose", "la ligne
bleue des Vosges", etc.) » (p. 61-62).

La deuxième partie («  Outils et méthodes en phraséodidactique des
langues et des littératures  ») comporte six articles consacrés aux outils et
aux méthodes d'apprentissage en phraséodidactique des langues générales,
des langues de spécialité et des littératures. Cette partie s'ouvre sur un article
intéressant de Vilmos Bârdosi, qui dresse un panorama assez complet des

267 dictionnaires phraséographiques en langue, un des domaines appliqués de
la phraséologie. L'auteur y aborde notamment les nombreux problèmes
théoriques et pratiques dans les dictionnaires phraséologiques papier. Pour
lui, un dictionnaire phraséologique doit avant tout miser sur la quantité et
sur la qualité des informations linguistiques, sociolinguistiques, didactiques
et typographiques. Il revient ainsi sur certains points, comme les critères de
sélection des phrasèmes à inclure dans un ouvrage phraséolographique ou
la structuration du matériel sélectionné. En effet, l'une des questions impor-
tantes dans le traitement lexicographique des figés est celle de l'identifica-
tion et de la délimitation des phrasèmes au niveau scientifique. Que doit
enregistrer un dictionnaire en tant que phrasèmes ? À noter  :l'auteur propose
une bibliographie déjà conséquente sur les recherches en lexicographie et
phraséographie.

Les autres articles qui composent cette partie s'articulent autour
de thèmes divers  :les ressources de la toile de textes littéraires et de leurs
traductions pour l'élaboration de corpus parallèles bilingues à des fins
phraséodidactiques (Àngeles Solano Rodriguez); l'utilisation d'outils insti-
tutionnels comme le portfolio européen des langues en didactique des langues
étrangères (Eva Iïïesta Mena); l'apprentissage des expressions idiomatiques
en espagnol langue étrangère (Florence Detry). Les deux derniers articles
sont consacrés à la didactique des collocations transdisciplinaires en langue
de spécialité  :les écrits scientifiques universitaires (Cristelle Cavalla) et les
écrits scolaires en Sciences de la Vie et de la Terre (Claire Nicolas).

La dernière partie («  Outils et méthodes en phraséodidactique de la
traduction  »), qui s'inscrit toujours dans le cadre des outils et des méthodes
utilisés dans la didactique des figés, aborde cette fois-ci le problème de la
traduction. On y trouve une présentation générale des instruments et des
techniques de traductologie en matière de parémies, c'est-à-dire ces énoncés-
textes àvaleurgnomique du type « Après la pluie, le beau temps  » (Julia Sevilla
Muïïoz), et des études sur les structures comparatives (Anda Râdulescu), sur
le défigement des figées dans la poésie (Yauheniya Yakubovich) et sur l'inter-
jection dans les livrets d'opéra (Ascensiôn Sierra Soriano).

L'article de Gabriela Scurtu et Daniela Dinca, qui clôt cette partie,
porte sur l'agencement des mots dans les textes juridiques, notamment les
collocations verbales en français juridique. À partir d'un corpus formé d'un
ensemble de textes monolingues et bilingues liés au droit civil et au droit
communautaire, les auteures proposent une démarche méthodologique pour
former des étudiants roumains en traduction spécialisée dans le domaine
juridique. L'un des principaux intérêts des stratégies d'enseignement des
collocations verbales proposées est de les aborder notamment par le biais
d'exercices lexicaux et d'analyses en contexte.

Cet ouvrage très agréable à lire montre une belle homogénéité théma-
tique, celle des figés du français par le biais de l'enseignement et de la

268 traduction. L'ouvrage n'a pas tenté de cacher la complexité du domaine,
notamment au niveau de la notion même de figé dont les dénominations sont
d'ailleurs nombreuses dans l'ouvrage  : figés, phrasèmes, unités phraséolo-
giques, expressions figées, locutions, etc.

On peut néanmoins regretter l'absence d'articles davantage basés sur
l'informatique, notamment sur les outils informatiques utilisés en traitement
automatique des langues, qui peuvent jouer un rôle fondamental aussi bien
dans l'approche de l'enseignement-apprentissage des langues que dans celle
de l'enseignement de la traduction.

Malgré ces réserves mineures, l'ouvrage dirigé par Isabel Gonzâles
Rey constitue un document dont la lecture est indispensable à ceux qui
veulent mieux comprendre le domaine de la phraséodidactique comme aux
spécialistes qui s'intéressent à la didactique des expressions figées et à leur
traduction.


Aude GREZKA

LDI (UMR 7187), CNRS, Université

Paris 13, Sorbonne Paris Cité

et Université de Cergy Pontoise

aude.grezka@ldi.univ-paris 13.fr




TUTINAgnès et GROSSMANN Francis (dir.),L'écritscientifique
du lexique au discours. Autour de Scientext, Rennes, Presses
universitaires de Rennes, coll. « Rivages linguistiques  », 2013,
241 pages — ISBN  :978-2-7535-2846-8.

Les études linguistiques du français scientifique sont encore trop rares
et ce fait suffit pour saluer la parution de ce recueil consacré aux discours
écrits spécialisés. Issu d'un programme de recherche fondé sur l'exploita-
tion d'un corpus important, l'ouvrage présente de nombreuses innovations
méthodologiques, ouvrant ainsi des perspectives descriptives qui à leur tour
invitent à des prolongements didactiques. Le but principal des linguistes
qui ont participé à ce volume est de rendre compte du français et, dans une
moindre mesure, de l'anglais scientifiques, mais aussi de fournir les outils
méthodologiques susceptibles de permettre toutes sortes d'exploitations.
Le groupe responsable de ce travail est composé de trois équipes univer-
sitaires  : le Laboratoire de linguistique et de didactique du français langue
étrangère et maternelle (LIDILEM) de Grenoble 3, coordinateur du projet,
le Laboratoire Littérature, langage, société de l'université de Chambéry, et
l'équipe Linguistique de corpus (LiCorn) de l'université de Bretagne-Sud. Le
corpus exploité dans le cadre du projet est déjà connu des chercheurs français

269 qui s'intéressent aux discours scientifiques, car il s'agit d'une version révisée
de Scientext sur lequel les directeurs de la publication se sont appuyés dans le
cadre de nombreuses publications antérieures'. Le corpus français de Scientext
(près de cinq millions de mots, trois familles de disciplines, articles et thèses)
augmenté d'un corpus d'anglais biomédical (neuf millions de mots) consti-
tuent l'essentiel du volume. Deux autres corpus complémentaires, plus réduits,
complètent l'ensemble  :l'un comporte des travaux d'apprenants français qui
rédigent en anglais, l'autre des évaluations de propositions de communica-
tions. L'ensemble est annoté pour la morphologie, pour la syntaxe (au moyen
de Syntex, de Didier Bourrigault), et pour la structure de l'article, le tout selon
les recommandations en vigueur (XML-TEI).

Dans l'introduction, les directeurs de la publication présentent le
projet, fruit d'une collaboration universitaire, qui préfigure sans doute l'évo-
lution de l'organisation de la recherche en linguistique en France, tout en la
situant dans le contexte de la recherche déjà réalisée sur le sujet, en particulier
sur le français scientifique. Elle fournit également un aperçu synoptique de la
méthodologie qui sera exploitée dans le cadre du programme de recherche,
ce qui est bien utile dans la mesure où plusieurs chapitres supposent une
certaine connaissance des tenants et aboutissants de la méthode. Elle montre
bien la cohérence de l'ensemble du recueil  :l'exploration des constantes et
des variantes dans l'écrit scientifique, les différences et les ressemblances
entre disciplines (surtout proches), ainsi que des applications (surtout didac-
tiques). Le tout illustre la démarche indiquée dans le sous-titre  : on part du
lexique, pris dans un sens large, pour mieux appréhender les régularités au
niveau discursif.

Les dix chapitres sont répartis en trois sections d'importance inégale
les six premiers, avant tout méthodologiques, visent à déterminer les expres-
sions linguistiques révélant le positionnement et le raisonnement du scienti-
fique — doctorant ou confirmé —auteur d'articles ou de thèses. Deux chapitres
sont ensuite consacrés à des applications didactiques (ce qui ne doit cepen-
dant pas laisser penser que les premiers chapitres n'ont pas d'implications
pédagogiques sous jacentes), et les deux derniers s'ouvrent sur des questions
discursives et textuelles, voire sur des considérations qui dépassent le cadre
strictement linguistique.

Le premier chapitre, signé d'un des deux directeurs de la publication,
Agnès Tutin, donne le ton de l'ensemble de l'ouvrage. Intitulée «  La phraséo-
logie transdisciplinaire des écrits scientifiques ;des collocations aux routines
sémantico-rhétoriques  », cette étude part du lexique scientifique général —déjà
passablement étudié en soi en particulier par l'auteure —pour proposer une
typologie des séquences polylexicales, qui s'inspire des cadres sémantiques

1 Le site Scientext (SCientext.msh-alpes.fr/Scientext-situ comporte une bibliogra-
phie exhaustive. La base Scientext est en libre accès.

270 de Fillmore. Elle distingue quatre catégories  :les séquences polylexicales
à fonction référentielle, dont les collocations lexicales (à l'exclusion bien
entendu des termes, qui relèvent par définition de la sphère domainière), les
marqueurs de discours et les séquences à fonction interpersonnelle —toutes
susceptibles de repérage semi-automatique dans le corpus —ainsi que les
routines sémantico-rhétoriques, qui font l'objet d'un approfondissement
particulier. Ces routines sont des formules qui permettent au scientifique
d'expliquer, d'évaluer, de persuader. On apprend que ce genre de « zonage
argumentatif » a déjà fait l'objet d'études en TAL, exemple encourageant de
collaboration interdisciplinaire au niveau de l'organisation de la recherche.
Un des points forts de ce chapitre est le caractère transdisciplinaire, qui est
modélisé en faisant ressortir les rôles sémantiques et surtout la possibilité
d'établir des grammaires locales —par exemple la façon d'indiquer la filia-
tion intellectuelle dans un écrit scientifique. L'auteure annonce la poursuite
de l'expérimentation en l'étendant à d'autres disciplines scientifiques et à
d'autres langues de spécialité.


La contribution de Geoffrey Williams et Chrystel Million, qui
travaillent exclusivement sur l'anglais, se distingue des autres en propo-
sant un outil lexicographique destiné aux scientifiques francophones devant
rédiger en anglais. Dans « Les verbes et la science  :construction d'un diction-
naire organique2  », ils présentent les grandes lignes du E Advanced Learner's
Dictionary of Yerbs in Science à l'aide de l'analyse de l'entrée probe (verbe
et substantif). La méthodologie fait appel à deux outils qui s'appuient sur les
suites lexicales  : le réseau collocationnel et la résonance collocationnelle. Le
premier «  se compose des collocats d'un nceud donné ainsi que des collo-
cats de chaque collocat du nceud  » (p. 49). La résonance collocationnelle,
moins facile à expliciter, fait l'objet de définitions légèrement divergentes,
mais qui peuvent être résumées par le transfert à une lexie donnée d'aspects
d'usages précédemment rencontrés, comme dans le cas de l'amorçage lexical
(lexical priming de Hoey), auquel elle est étroitement apparentée. Celle de
leur exemple, probe, est suggérée par une étude de l'évolution sémantique
du mot telle qu'elle est donnée dans un grand dictionnaire historique de
l'anglais  :les différents sens qui sont attestés au cours de son histoire gardent
ainsi une « résonance  »que l'on retrouve à la fois dans la langue générale
(illustrée ici par des extraits du British National Corpus) et dans la langue de
la médecine. Les relations collocationnelles sont représentées, pour le nom
et pour le verbe, par une série d'illustrations sous forme de constellations qui
donnent un aperçu des combinaisons possibles, tout en privilégiant celles qui

2 Le dictionnaire est qualifié d'organique dans la mesure où il « croît » naturelle-
mentpar le biais des relations collocationnelles puisées dans le corpus. Celui-ci,
Bio-Med Corpus, qui a déjà fait l'objet de publications, comporte quelque
33 millions de mots tirés de 8 945 articles de biologie et de médecine.

271 sont prototypiques. Ces illustrations sont développées dans le dictionnaire
(qui est à la fois alphabétique et notionnel), permettant —dans le cas de probe
de déterminer dans quelles grandes catégories sémantiques l'unité lexicale
figure. Ce chapitre est très riche du point de vue de l'exploitation pédago-
gique des corpus importants de langue de spécialité, mais le lexicologue peut
regretter l'absence d'illustration de l'article probe dans le dictionnaire, en
particulier pour évaluer son ergonomie.

L'étude de la citation et de sa présentation dans les écrits scientifiques
est de toute évidence une question majeure, surtout du point de vue pédago-
gique, notamment pour des scientifiques qui ne s'expriment pas dans leur
langue maternelle. Elle a déjà fait l'objet de plusieurs études, en particu-
lier àpartir de méthodes inspirées de la bibliométrie, bien que celles-ci ne
permettent guère de distinguer citations positives et négatives, sans parler
d'autocitations. Magda Florez, dans « La citation positionnée dans l'écrit
scientifique  », examine celles où l'auteur prend position par rapport à la
citation dans un sous-corpus d'articles et de thèses de trois disciplines en
sciences humaines pris dans Scientext, en faisant particulièrement attention
aux structures syntaxiques et sémantico-syntaxiques et s'interroge sur les
possibilités d'identifier de manière semi-automatique ce travail de repérage.
Trois schémas de la citation positionnée sont postulés  :schéma de citation à
sujet auteur (lorsque l'auteur prend en charge une idée, un objet scientifique),
schéma de citation à objet et source thématisés (lorsque l'objet scientifique
est le sujet du verbe étudié) et schéma de citation à source thématisée (lorsque
le texte source figure en tête de phrase). Il s'avère que les citations position-
nées ne sont pas très fréquentes (moins de vingt pour cent dans la plupart
des cas) mais que l'on observe des différences significatives à la fois d'une
discipline des sciences humaines à une autre et entre les articles et les thèses.

L'article de Francis Grossmann, « Les verbes de constat dans l'écrit
scientifique  », poursuit l'étude des verbes stratégiques de la communication
scientifique, ici les «  constatatifs  »  :observer, constater, voir, remarquer,
noter, s'apercevoir..., apriori autant de synonymes, mais qui se distinguent
en contexte assez nettement du point de vue à la fois syntaxique et séman-
tique. Les constructions personnelles ou impersonnelles, voire le choix entre
nous et on, ne sont pas distribuées au hasard, mais en fonction du sémantisme
du verbe constatatif, qui se dégage de cette étude.

Non moins essentiels aux écrits scientifiques, les verbes causatifs
constituent l'objet d'étude de Monika Bak Sienkiewicz et d'Iva Novakova,
considérés sous l'angle de la subjectivité  : en effet, les études linguistiques
montrent bien le positionnement du scientifique dans l'expression de la
causalité, confirmant ainsi le point de vue souvent exprimé de la part de la
philosophie. Dans « Le raisonnement dans les textes scientifiques  : le cas
des verbes causatifs  », ce sont les verbes transdisciplinaires du raisonne-
mentcausal qui sont thématisés. Du point de vue textuel, ces verbes figurent

272 surtout dans la partie « développement  » de l'article de recherche. Comme
d'autres études faisant partie de ce projet, les différences entre disciplines,
aussi bien que les ressemblances, sont thématisées  :ici ce sont les grands
domaines —sciences humaines, expérimentales et appliquées —qui sont pris
en compte. Les constructions verbales analysées sont réparties selon une
typologie allant de la plus compacte à la moins compacte (lexical — un seul
mot simple, morphologique — un mot dérivé ou construction du type faire
faire). Le type de construction verbale causative est analysé selon la partie
du texte dans laquelle elle figure (introduction, développement, conclu-
sion) et surtout par grands domaines. Ici les différences sont frappantes au
point que certains choix lexicaux semblent déterminés par l'appartenance à
un domaine donné (activer en biologie, favoriser en psychologie, etc.); le
raisonnement concernant la causalité, particulièrement développé dans la
partie « développement  », est néanmoins présent dans l'ensemble du texte.
Cet article est particulièrement riche, non seulement par l'analyse appro-
fondie qui est présentée, mais aussi par les apports de différentes théories
linguistiques, explicites ou implicites. À ce propos on pense à la prosodie
sémantique des linguistes anglo-saxons, qui trouveraient dans les exemples
présentés ici autant d'illustrations de leur théorie.

Achille Falaise a développé le logiciel ScienQuest, qui permet d'inter-
roger en ligne le corpus Scientext. Dans « Exploitation linguistique de corpus
arborés d'écrits scientifiques à l'aide du logiciel ScienQuest  », il rend compte
de l'utilisation effective de cet outil et esquisse les améliorations prévues — à
tester par des non-informaticiens  !

L'article d'Alice Henderson, «  Le positionnement à travers la mention
de l'auteur dans les écrits universitaires anglais d'étudiants français de
premier cycle  :implications pédagogiques  », est le premier de la série didac-
tique. Après avoir passé en revue les conseils prodigués dans les guides de
style de l'anglais académique (souvent peu précis, voire contradictoires),
l'auteure examine l'emploi de we et de I ainsi que des verbes d'opinion
exemplifiés dans des rédactions d'étudiants anglicistes francophones.
Ceux-ci sont divisés en deux groupes, l'un qui formule une problématique
sur la civilisation, en deuxième année de licence, et l'autre sur la politique
linguistique, en troisième année. Il s'avère que l'emploi des pronoms person-
nels évolue effectivement entre la deuxième et la troisième année, l'étu-
diant apprenant à mieux prendre en compte les besoins du lecteur, mais la
fréquence d'emploi reste bien supérieure à ce qui est recommandé dans les
manuels. La conclusion prône une approche pédagogique contrastive qui tient
compte de l'exploitation d'autres corpus d'anglais académique.

Cristelle Cavalla et Mathieu Loiseau («  Scientext comme corpus
pour l'enseignement  ») reprennent cette idée de corpus authentiques adaptés
à des fins pédagogiques, qui seraient à leur avis bien plus développés en
anglais qu'en français, d'où leur proposition d'étoffer Scientext d'un outil

273 pédagogique, FULS (Formes et Usages des Lexiques Spécialisés) consul-
table en ligne par les étudiants en Français langue étrangère et par leurs
enseignants.

Tout en relevant directement de la problématique des discours
académiques, l'article de Françoise Boch, Fanny Rinck et Aurélie Nardy
se distingue des autres chapitres de ce recueil dans la mesure où c'est le
contenu plutôt que la forme de l'expression qui compte. Dans « Les outils de
Scientext au service de l'expertise de la proposition de communication  », il
est question des évaluations du comité scientifique pour un colloque de jeunes
chercheurs. Du point de vue linguistique, les auteurs s'attachent à analy-
ser les formes d'adresse qu'emploient les évaluateurs dans leur rapport  : il
s'avère que je est plus fréquent dans les évaluations positives et vous dans les
négatives. Ce que retient le lecteur, toutefois, concerne davantage le contenu

les critères invoqués par les évaluateurs sont ambigus et les attentes ne sont
pas précisées. Nos auteurs considèrent que ce sont là les causes véritables
du dysfonctionnement de cette étape clé dans la carrière du jeune chercheur.

Marie-Paule Jacques exploite Scientext du point de vue de la structura-
tion de l'article de recherche en sciences humaines, en analysant la forme des
intertitres. Dans « Structure textuelle de l'article scientifique  », elle examine
dans une dizaine d'articles de trois disciplines des sciences humaines (traite-
ment automatique du langage, sciences de l'information communication,
sociologie) extraits du corpus. Le modèle de l'article de recherche est bien sûr
le fameux IMRaD3 des sciences expérimentales, mais il s'avère que l'usage
qu'en font les trois disciplines « humaines  » est plus varié  : si certaines
maintiennent une structuration proche de celle des sciences dures, d'autres
—surtout la sociologie —adoptent une stratégie de présentation de l'argumen-
tation en segments condensés qui constituent les intertitres. L'auteure estime
que c'est surtout l'objet de la recherche qui conditionne cette configuration.
Elle donne en conclusion des pistes de recherches ultérieures  :l'analyse
des routines phraséologiques qui seraient consultables et plus généralement
exploitables à partir de la base Scientext.

Comme nous l'avons signalé, ce recueil porte essentiellement sur
le français, tout en consacrant une place importante à l'anglais. Il serait
intéressant, dans le cadre de futurs travaux, d'explorer l'aspect contrastif
des ressources à la fois lexicales et informatiques; d'ailleurs certains auteurs
l'envisagent expressément dans leurs contributions. Certaines thématiques
qui reviennent dans le livre se prêtent particulièrement bien à un traitement
comparatif  :les verbes de la science par exemple, déjà explorés dans cette
optique il y a un certain temps, du moins pour l'informatique (cf. Kübler
et Foucou 2003 ;Kübler et Frérot 2003), aussi bien que les verbes porteurs
d'une métaphore dans les deux langues. Vandaele (2002) et Vandaele et

3 Introduction —Matériel et méthode —Résultats (and) Discussion, p. 199.

274 Lubin (2005) montrent bien comment, par le biais de la traduction, l'anglais
influence le français. Certaines questions précises posées dans le livre trouvent
au moins un début de réponse dans les études contrastives. Travaillant sur la
causalité, Kübler et Volanschi (2012), par exemple, ont mis en évidence une
prosodie sémantique différente pour to cause en anglais et causer en français.

Comme dans tout recueil de ce genre, on constate une certaine disper-
sion des centres d'intérêt  :certains, par exemple, ne relèvent pas strictement
du français scientifique (ni de l'anglais) entant que tels, mais plutôt de l'envi-
ronnement de la recherche universitaire analysé sous un angle linguistique.
Malgré cette réserve, on doit saluer un travail à la fois très pertinent dans le
cadre de l'enseignement supérieur français et prometteur en termes d'innova-
tionméthodologique. On peut formuler le souhait que les chercheurs concer-
néspoursuivent leurs travaux, entre autres, en direction de projets contrastifs.


John HUMBLEY

CLILLAC-ARP (EA 3967), Université Paris Diderot

LDI (UMR 7187), CNRS, Université Paris 13,

Sorbonne Paris Cité et Université de Cergy Pontoise

johnhumbley@aol.com



BIBLIOGRAPHIE

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specialised translation, or how a lexico-grammatical theory of language can help
with specialised translation  », in A. Boulton, S. Carter-Thomas et E. Rowley-
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KÜBLER Natalie et FOUCOU Pierre-Yves (2003)  : «  Teaching English Verbs With
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KÜBLER Natalie et FRÉROT Cécile (2003)  : « Verbs in specialised corpora : From
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VANDAELE Sylvie (2002), « Métaphores conceptuelles en traduction biomédicale
et cohérence  », TTR (Traduction, terminologie, rédaction), 15 (1), p. 223-239.

VANDAELE Sylvie et LUBIN Leslie (2005)  : « Approche cognitive de la traduction
dans les langues de spécialité  :vers une systématisation de la description de
la conceptualisation métaphorique  », META, 50 (2), p. 415-431.