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Hic incipit quartus liber / Ici commence le quatrième livre

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  • ISBN: 978-2-406-10537-4
  • ISSN: 2261-0804
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-10537-4.p.0608
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Mise en ligne: 17/07/2020
  • Langues: Français, Latin
Accès libre
Support: Numérique
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Hic incipit quartus liber

[ 1] At non Alchitoe (1). Hic incipit quartus liber cuius mutationes sunt hee : mutatio Dircetis Babilonie in piscem. Filia Dircetis in columbam. Nais venefica in piscem. Mors Pirami et Tisbe. Mora de albis in nigra. Martis et Veneris adulterium. Mutatio Leucothoes in virgam. Mutatio Clicie, Orchami filia, in Elyostrophum. Dampnis, filius Idei, in saxum. Syton de viro in feminam et econverso. Celmus in adamantem. Fongi in populos Caretas. Crocus in florem sui nominis. Salmacis et Hermofroditus insimul, in semivirum, in fonte. Meneides Thebane in vespertiliones. [2] Tele Mineydum in vineas et hederas. Athamas et uxor sua de sanis in insanos. Ino et filius suus in deos maris. Comites Ynonis, quedam in saxa, quedam in arbores, quedam in aves. Cadmus et uxor sua in serpentes. Interfectio Gorgonis. Gute Gorgonee in serpentes. Athlas in montem. Coralli virge in lapides. Crines Gorgonis in serpentes, et in hoc terminabitur liber iste.

[ 3] De nominibus Bachi. Singula discutias ex greco nomine Bachi / et discussa potes appropriare mero. De morte Pirami. Alba prius morus nigredine mora colorans / signat quod dulcis mors in amore latet. De vulcano. Ver Venus est, estas Vulcanus, captus adulter / Aptomnus nobis dans aliena bona. De Leucothoe. Sol accusator fit amator Cipridis ira, / annum retrogrado dum novat ille pede.

1 Mutatio3 Clicie] # Clicie ms. Dampnis] Dampnidum ms. feminam] femina ms. Celmus] Celinus ms. Salmacis] Calmacis ms. | 3 nomine] nomina Ghisalberti appropriare mero Ghisalberti] apparere merum ms. morus] mors ms. LeucothoeexEleucothoems.

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Ici ­commence le quatrième livre

[1]At non ­Alchitoe(« Mais non Alcithoé »). Ici ­commence le quatrième livre dont les métamorphoses sont les suivantes : métamorphose de Dercétis de Babylone en poisson. La fille de Dercétis en colombe. La magicienne Naïs en poisson. Mort de Pyrame et Thisbé. Passage de la mûre du blanc au noir. Adultère de Mars et Vénus. Métamorphose de Leucothoé en baguette (­dencens). Métamorphose de Clytie, fille ­dOrchamus, en héliotrope. Daphnis, berger de ­lIda, en rocher. Sithon ­dhomme en femme et inversement. Celmis en diamant. Des champignons en peuple des Curètes. Crocus en fleur portant son nom. Salmacis et Hermaphrodite ensemble en demi-mâle dans la fontaine. Les Thébaines filles de Mynias en chauves-souris. [2] Les toiles des Myniéides en vigne et en lierre. Athamas et sa femme, de sains ­desprit en fous furieux. Ino et son fils en dieux marins. Les ­compagnes ­dIno, les unes en rochers, ­dautres en arbres, ­dautres en oiseaux. Cadmus et sa femme en serpents. Meurtre de la Gorgone. Les gouttes de sang de la Gorgone en serpents. Atlas en montagne. Les tiges de corail en pierres. Les cheveux de la Gorgone en serpents. Et ­cest là-dessus que se termine ce livre.

[3]De nominibus Bachi (« Les noms de Bacchus ») : « tu peux discuter un par un tous les noms de Bacchus qui viennent de son nom grec, et une fois que tu les as discutés tu peux les appliquer au vin. » De morte pirami (« Mort de Pyrame ») : « le mûrier ­dabord blanc qui colore ses mûres de noir signifie ­quon trouve une douce mort dans ­lamour. » De vulcano (« Vulcain ») : « Vénus est le printemps, Vulcain ­lété, ­lamant adultère pris au piège est ­lautomne qui nous donne les biens des autres saisons. » De Leucothoe (« Leucothoé ») : « le Soleil accusateur devient amant par la colère de Cypris, quand il renouvelle ­lannée en faisant un pas en arrière. »

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[4]De clicie versa in solsequium. Intiba solsequium cithoretaque sponsaque Solis / friget et ad solis lumina versa riget. De fonte salmacis. Cellula matricis fons fertur Salmacis in quo / infans ­conceptus Hermofroditus erat. De Cerbero et Hercule. Cerberus est terra que carnes devorat ; huius / tres partes mondi dic caput esse triplex. / Alcide mondus oblatrat quem sibi subdit, / virtutis ­cultor intima monstra domans. [5]De tribus furiis Inferni. Mentes, verba, manus sordent. Athletho flagellat / mentes, Tesiphone verba, Megera manus. De tribus iudicibus Inferni. Mens Minos, vox est Radamantus et Eacus actus ; / tres sunt et torquent crimina trina reis. De Ticio Gigante. Est Ticius sudans circa mondana iecurque / corrodens vultur cura reffertur edax. De tantalo. Tantalides similis tibi, Tantale, vivit avarus / et sitit in pleno quem fugit id quod habet. [6]De sisipho. Sisiphus est si quis onerosa negocia curat, / pronus et imperii pondere stratus humi. De Ysyone. Volvitur instabilis Ysyon, institor errat / transfuga discurrit statque caditque vagus. De Belidibus. Belides aut sumunt aut perdunt flumina, sumunt / et perdunt statim que fugitiva petunt. De Ynoe et ­comitibus suis. Yno submersa moritur, dure lapidescunt, / et volucrum cetus est fugitiva cohors.

4 Intiba] intuba ms. cithoretaque] cichoreaque Ghisalberti quo] qua Ghisalberti | 5 verba1] membra ms. tribus iudicibus]tribus tribus iudicibusms. sitit] sitis ms. | 6 pronus Ghisalberti] pondus ms. humi] humi est Ghisalberti statim] fatue Ghisalberti fugitiva1Ghisalberti] fugitivat ms. dure] dire Ghisalberti cetus Ghisalberti] sexus ms.

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[4]De Clicie versa in solsequium (« Clytie transformée en tournesol ») : ­« lendive, le tournesol, la ­chicorée, et aussi la fiancée du Soleil ont froid et se figent, tournés vers la lumière du soleil. » De fonte salmacis (« La fontaine de Salmacis ») : « la fontaine de Salmacis est, dit-on, la chambre de la matrice, dans laquelle ­lenfant ­conçu est Hermaphrodite1. » De Cerbero et Hercule (« Cerbère et Hercule ») : « Cerbère est la terre qui dévore les chairs ; on peut dire que ses trois têtes sont les trois parties du monde. Le monde aboie ­contre ­lAlcide, mais il le soumet à son autorité, celui qui ­cultive la vertu en domptant ses monstres intimes. » [5]De tribus furiis inferni (« Les trois Furies de ­lEnfer ») : « les esprits, les mots, les mains sont souillés. Alecto torture les esprits, Tisiphone les mots, Mégère les mains2. » De tribus iudicibus inferni (« Les trois juges des Enfers ») : « Minos est ­lesprit, Rhadamante est la voix, Éaque est ­laction. Ils sont trois qui déroulent les trois chefs ­daccusation pour les accusés. » De Ticio gigante (« Le géant Tityos ») : « Tityos peine autour des biens mondains et le vautour qui lui ronge le foie se rapporte au souci dévorant. » De tantalo (« Tantale ») : « Le Tantalide te ressemble, Tantale, il vit en avare, et il a soif au milieu de ­labondance, lui que fuit ­leau ­quil a à sa portée. » [6]De Sisipho (« Sisyphe ») : « Sisyphe est celui qui croûle sous de lourds soucis. Il se penche, terrassé par le poids de son pouvoir. » De Ysyone (« Ixion ») : « Ixion roule sans se fixer, il erre ­comme un marchand ambulant, court de tous côtés ­comme un transfuge, et ne ­sarrête que pour tomber ­comme un vagabond. » De Belidibus (« Les petites-filles de Bélus ») : « les petites-filles de Bélus puisent et perdent ­leau, puisent et perdent et recherchent aussitôt ce qui ­senfuit. » De Ynoe et ­comitibus suis (« Ino et ses ­compagnes ») : « Ino meurt noyée, sa troupe fugitive devient de dures pierres ou un groupe ­doiseaux. »

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[7]De Iove et Dane. Iupiter est aurum, cum Danem decipit auro ; / eius custodes munere fallit amans. De Athlante, ut habetur in pastorali carmine ­contra hereticos. Est Athlas doctor, ortus scola, pagina multa / virgultum pomum, clara sophia nitet, / ex auro ramus fulget sapientia, sudor / est dracho quem docti mens superare studet. / Septem germane quarum sunt aurea poma, / sunt artes septem quas rutilare vides. / Fert Athlas celum dispensans dogmata celi / que fertur Perseus subripuisse sibi. [8]De tribus filiabus Phorci. Unicus est oculus regnum quod tres habuere / quod sibi submittit bellica dextra viri. / Est Gorgon ­cultrix terre ­communeque nomen / est tribus hiisque magis ore Medusa nitet. / Conformes lapidi facit esse Medusa stupore / de rutilante ­coma quemque rigere facit. / Gorgona sed Perseus superat, cuius sibi regnum / subiugat et calcat sub pede dulce malum.

7 Danem Ghisalberti] Dane ms. eius] cuius Ghisalberticarmine]criminems. hereticos] execos Ghisalberti sapientia] sapientie Ghisalberti vides Ghisalberti] videre ms. celum dispensans Ghisalberti] celum ms. sibi Ghisalberti] sic ms. | 8 regnum] regimen Ghisalberti Medusa stupore] stupore ms. de] dum Ghisalberti

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[7]De Iove et Dane (« Jupiter et Danaé ») : « Jupiter est ­lor, il trompe Danaé avec de ­lor ; ­lamant corrompt les gardiens de sa belle par des présents. » De Athlante, ut habetur in pastorali carmine ­contra hereticos (« Atlas, tel ­quil est dépeint dans le chant pastoral ­contre les hérétiques3 ») : « Atlas est un savant, le jardin est son école, la jeune pousse étincelle dans ses nombreuses pages, le fruit dans sa lumineuse sagesse ; le rameau ­dor éclate par son savoir, sa sueur est le dragon que ­lesprit du sage travaille à vaincre. Les sept sœurs qui possèdent les pommes ­dor sont les sept arts que ­lon voit briller ; Atlas porte le ciel, ­cest-à-dire les enseignements du ciel que Persée, dit-on, ­saccapara. » [8]De tribus filiabus Phorci (« Les trois filles de Phorcus ») : « leur œil unique est le pouvoir ­quelles possédaient toutes les trois et que la main belliqueuse du héros soumit à sa domination. La Gorgone ­cultive la terre. Elles ont le même nom toutes les trois, mais Méduse est plus célèbre à cause de sa tête. Méduse pétrifie de stupeur avec sa rutilante chevelure et rend rigide tout homme (qui la regarde), mais Persée triomphe de la Gorgone dont il soumet le pouvoir et écrase sous son pied le doux mal. »

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IV 1

Partem istam parti preambule ­continuabitis sic dicentes : Com Pentheus a parentibus suis liberatus et ab matre et matertera accisus fuisset et hoc bene cognitum a pluribus ­fuisset, unde verum est quod populus incepit colere ­festa Bachi, sed tantum Alchitoe ­com sororibus suis ­festam Bachi ­despiciebat.

1* Alchitoe : proprium ; Myneias : de genere Miney ; orgia : ­festa ; censet : iudicat.

IV 2

Fabula talis est : ­com Pentheus a matre et sororibus matris laceratus fuisset, omnis populus incepit pro timore colere ­festum Bachi, sed tamen Alchitoe com sororibus suis noluit sacra colere, imo dixit quod Bachus non erat filius Iovis. Quamvis sacerdos dixisset quod ­festum Bachi coleretur, multi non ­festum laudaverunt et nomina diversa sic tribuerunt, que in littera ­continentur, et, ­com ita facerent, sorores Alchitoe dixerunt : Necesse est nobis aliquid facere et dicere aliquid quod non sinat vobis tempora videri ­longa. Hoc Alcithoe.

2-7*

2 accipienda : colenda ; dei : Bachi ; temeraria : stulta. 3 progeniem : de progenie. 4 impietatis : pravitatis. 6 (7T) serta ­comis : piliola capitibus ; frondentes : plenos fronde. 7 (6T) pectora : sua ; crinales : crinibus ; solvere : removere.

[f. 79v]

IV 8

Audientes alie dixerunt : Necesse est ut tu dicas primo fabulam ­tuam. Com hoc dixissent, dubia fuit quod diceret, quia multas fabulas cognoscebat. Ad ultimum incepit dicere de Piramo et Tisbe ; hic incipit : piramus et tisbe.

8* sevam : crudelem ; fore : esse ; numinis : dei.

2 noluit] voluit ms.

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IV 1

Vous joindrez cette partie à la partie qui précède en disant : « ­comme Penthée ­sétait séparé de ses proches et avait été découpé par sa mère et sa tante, et que le fait était parvenu à la ­connaissance de plusieurs, il est vrai ­qualors le peuple ­commença à honorer les fêtes de Bacchus, sauf Alcithoé et ses sœurs qui les dédaignaient. »

IV 2

La fable est la suivante : ­comme Penthée avait été démembré par sa mère et les sœurs de sa mère, tout le peuple ­commença par peur à honorer la fête de Bacchus, mais Alcithoé et ses sœurs ­sy refusèrent, disant que Bacchus ­nétait pas le fils de Jupiter. Bien que le prêtre ait ordonné ­dhonorer la fête de Bacchus, beaucoup ne ­lapprouvèrent pas et lui attribuèrent divers noms, qui sont ­contenus dans le texte et, ­constatant cela, ses sœurs dirent à Alcithoé : « il nous faut faire quelque chose, raconter quelque chose qui nous permette de ne pas trouver le temps long ». ­Cest ce que fit Alcithoé.

[f. 79v]

IV 8

Les autres qui ­lécoutaient lui dirent : « il faut que tu ­commences à nous raconter une fable ». À ces mots elle hésita sur la fable ­quelle raconterait, parce ­quelle en ­connaissait beaucoup ; finalement elle ­commença à raconter celle de Pyrame et Thisbé. Ici ­commence le récit de Pyramus et Tisbé (« Pyrame et Thisbé »).

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IV 9-30

De honore Bachi

Bachum (11) : a bachor-ris, quia facit hominem bachare quando nimium potat. Bromium : a bromin, quod est ­consumere, quia ­consumit sensus hominum. Lieum : a ligo-gas, quia ligat linguam et mentem hominis.

9-11*

9 vaticinatus : dixerat ; Parent : ­concedunt ; -que : et ; -que : et. 10 -que : et ; infectaque : incepta et ; pensa : fusos ; reponunt : ­conservant. 11 Thuraque : incensa et ; vocant : appellant ; Bromium : proprium ; Lyeum : proprium.

IV 12

Ignigenam dicitur, quasi igne ­genitum, quia, quando Iupiter genuit Bachum, secundum fabulas Semelem, matrem eius, fulminavit. Satumque iterum : quia bis natus fuit, unde appellant eum bimatrem, quia duas matres habuit, eo quod putatur. Quando mater fulminata fuit, iunctus fuit femori patris sui et ibi nutritus.

12* ignigenamque : genitum igne vocant et ; solumque : unicum et ; bimatrem : duas matres habentem.

IV 13-16

[ 1] Niseus (13dicitur a Nyseide civitate, ubi precipue colitur. Tyoneus : a teneo-tenes, quia tenet sensum hominis, vel a Tyoneo filio suo. Leneo (14) : a lenio-nis, quia lenit hominem. Consitor uve (14) : quia primo ­culturam uvarum docuit et vicium. Nitileus (15) : a niteri, quod est vigilare, quia in eius sacrificiis noctu solebant vigilare. Hyeleus (15) : ab Helyde civitate, ubi maxime habundat vinum. [2]Parens (15dicitur a pareo-pares, quia reddit hominem ebrium et titubantem et utrique parti parentem ; Hyacus (15) : ab hio-as, quia reddit hominem sopitum ; Euam (15) : ab eu, quod est bonum, et uva-uve, quasi bona uva. Et que preterea (16) : quamvis ista nomina habeas apud nos, tamen secundum Grecos,apud illos, secundum proprietates diversas, multa nomina habes, o Bache.

9-30 potat] potant ms. | 12 putatur] putantur ms. | 12* genitum ex gemitum ms. | 13-16.1 lenit] lenis ms.

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IV 9-30

­L honneur rendu à Bacchus

Bachum (« Bacchus ») : de bacchor -ris (« être dans les délires de Bacchus »), parce ­quil fait délirer ­lhomme qui boit trop. Bromium (« Bromius ») : de bromin4 (« action de dévorer »), ­cest-à-dire « détruire », parce ­quil détruit les sens des hommes. Lieum (« Lyéus ») : de ligo-gas (« lier ») parce ­quil lie la langue et ­lesprit de ­lhomme.

IV 12

Il est dit Ignigenam (« né du feu »), ­comme « engendré par le feu » parce que, quand Jupiter engendra Bacchus, selon les fables, il foudroya Sémélé, sa mère. Satumque iterum (« deux fois fils »), parce ­quil naquit deux fois, aussi ­lappelle-t-on bimatrem (« à deux mères »), parce ­quil eut deux mères, à ce que ­lon croit. Quand sa mère fut foudroyée, il fut joint à la cuisse de son père et y fut nourri.

IV 13-16

[1] Il est appelé Niseus (« enfant de Nysa »), du nom de la cité de Nysa, où il est particulièrement honoré. Tyoneus (« Thyonée ») : de teneo-tenes (« tenir »), parce ­quil ­sempare des sens de ­lhomme, ou à cause de Thyonée son fils. Leneo (« Lénéus ») : de lenio-is (« adoucir »), parce ­quil adoucit ­lhomme. Consitor uve (« planteur de vigne ») : parce ­quil a le premier enseigné la ­culture de la vigne et le vice du vin. Nitileus (« Nyctélius ») : de niteri (« faire effort »), ­cest-à-dire veiller, parce que les gens veillaient ­dhabitude la nuit pendant ses sacrifices. Hyeleus (« Élélée ») : du nom de la cité ­dÉlys5, où le vin pousse en abondance. [2] Il est dit Parens (« père ») de pareo-pares (« obéir ») parce ­quil rend ­lhomme ivre et le fait tituber et obéir ­dune manière ou ­dune autre ; Hyacus (« Iacchus »), du verbe hio, as (« ouvrir la bouche ») parce ­quil fait dormir ­lhomme ; Euam (« Évhan »), de eu qui signifie « bon » et uva-uve (« grappe de raisin »), autrement dit « bonne grappe de raisin ». Et que preterea (« Et (les noms) ­quen outre ») : à côté de ces noms que tu portes chez nous, ô Bacchus, ­daprès les Grecs, tu portes chez eux de nombreux noms en fonction de tes diverses caractéristiques.

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13-19*

13 his : nominibus supradictis ; inde tonsus : non tonsus propter longitudinem, vicium ; Tyoneus : proprium ; 14 genialis : naturalis ; 15 -que : et ; Hyeleus : additur ; -que : et ; parens : additur ; Yacus : additur ; Euam : additur nominibus supradictis. 16 etque : illa nomina ; preterea : adduntur ; Graias : grecas. 17 plurima : multa ; Liber : o tu Bache ; enim : certe ; inconsumpta : pura. 18 tu : es ; formosissimus : valde pulcher. 19 ­conspiceris : cerneres ; sine cornibus : aliquando Bachus dicitur esse cornutus propter potationem, vicium.

IV 20-23

Oriens (20), quasi dicat : Per universum mondum tu ­veneraris. Decolor (21) dicit propter Ethiopes qui sunt apud Nilum et sunt diversi coloris quo ad illos, quia sunt nigri. Penthea (22) : hic narrantur miracula et probitates Bachi ; primo de Pentheo quem, ut superius ­continetur, fecit occidi a matre et sororibus matris. Tyrrenaquemittis (23) in equor, quia hoc totum superius ­continetur de fabulatione Acestis ad Penthea.

20-24*

20 virgineum : virginis ; caput : tuum ; tibi : ­com ; adusque : usque ad illam partem. 21 decolor : de diversis coloribus ; qua : parte ; tingitur : lustratur ; India : patria illa ; Gange : fluvio. 22 Penthea : proprium nomen ; tu : o ; bipenniferum : bipennem gerentem ; Ligurgum : proprium. 23 sacrilegos : exco(mmun)icatos ; mactas : sternis ; Tirrena : a Tyro ; equor : mare. 24 biiugum : duorum iugorum ; insignia : nobilia.

IV 25

Colla premis lincum : quia linces erant picte in lancea Bachi. Bache Sathyrique : quia sacerdotisse et Satyri libenter potant vinum atque senes. Per Bachas intelligimus vetulas bene potantes ; per Satyros homines terrenis inhyantes.

17* tu Bache] tir Bache ms. | 19* cornutus] cornutum ms. potationem] putationem ms. | 20-23 Nilum] nidos ms. probitates ex proprietates ms. | 21* tingitur]cingiturms. | 25 potantes] potates ms.

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19 sine cornibus (« sans cornes ») : quelquefois Bacchus est dit cornu à cause de la boisson, du vice.

IV 20-23

Oriens (« ­lOrient »), autrement dit : « tu es vénéré dans le monde entier ». Il dit Decolor (« basanée ») à cause des Éthiopiens qui vivent au bord du Nil et sont ­dune couleur différente de celle des Indiens, car ils sont noirs. Penthea (« Penthée ») : ici sont racontés les miracles et les qualités de Bacchus ; ­dabord au sujet de Penthée ­quil fit tuer par sa mère et les sœurs de sa mère, ­comme il est raconté plus haut. Tyrrenaque mittis (« tu jettes les Tyrrhéniens ») dans la mer : ­cest le récit qui est entièrement ­contenu plus haut dans ­lentretien entre Acétès et Penthée.

IV 25

Colla premis lyncum (« Tu écrases la nuque des lynx ») : parce que des lynx étaient peints sur la lance de Bacchus. Bache sathyrique (« les Bacchantes et les Satyres ») : parce que les prêtresses et les Satyres boivent volontiers du vin, et les vieillards aussi. Par les Bacchantes nous ­comprenons les vieilles femmes qui boivent beaucoup, par les Satyres les hommes qui aspirent aux biens de ce monde.

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25-27*

25 Bache : sacerdotisse ; secuntur : te. 26 -que : et ; senex : antiquus ; ferula : baculo ; artus : membra. 27 pando : curvo ; heretasello : asinulo suo.

IV 28-32

Quocumque ingrederis (28) : adhuc exequitur de laudibus Bachi dicens quod, ubicumque habitant, iuvenes et mulieres et mimi com timpanis suis habitant. Placcatus mittis (31) : hic exequitur quomodo Hysmenides Bacho sacrificabant et dicuntur Hismenides mulieres tebane ab Hymeno fluvio ibi decurrente. Sole Mineides (32) : dicuntur a Mineo patre vel rege. Iste sole ­festum Bachi non celebrabant, imo opera die ­festi faciebant.

28-32*

28 iuvenilis : iuvenior sonat ; et una : pariter. 29 feminee : mulierum ; voces : sonant ; -que : et ; timpana : instrumenta illa ; palmis : sonant ; sonat. 30 ­concavaque : cavata et ; sonant : re(sonant) ; buxus : sonat. 31 Placatus : pacificatus ; Hismenides : mulieres ; tebane add. alia manus. 32 iussaque : a sacerdote et ; colunt : venerantur.

IV 33-41

Despectus Bachi a Myneidibus

33-43*

33 intempestiva : incompetenti ; ­festa : tua ; Minerva : Pallade. 34 lanas : pectinibus suis ; pollice : suo. 35 tele : sue ; famulas : suas ; -que : et ; laboribus : penis ; urgent : ­constringunt. 36 E quibus : Minedibus. 37 dum : quamdiu ; ­commenta : ficta. 38 quoque : certe ; melior dea : melior dea quam fit Bachus ; inquit : dixit. 39 manuum : nostrarum ; levemus : re(levemus). 40 -que : et ; videri : haberi. 41 referamus : dicamus. 42 Dicta : sua ; probant : laudant ; -que : et ; narrare : dicere fabulam. 43 Illa : soror ; multis : pluribus ; referat : dicat ; plurimanorat : multa noverat.

28-32 Quocumque]quicumquems. habitant1] habitat ms.

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IV 28-32

Quicumque ingrederis (« Où que tu entres ») : il poursuit encore sur les louanges de Bacchus, disant que, où ­quils habitent, les jeunes gens, les femmes et les mimes y vivent avec ses tambourins. Placatus mittis (« Apaisé et bienveillant ») : ici il poursuit sur la façon dont les femmes de ­lIsménus sacrifiaient à Bacchus. Ce sont les Thébaines qui sont appelées « Isménides » du nom du fleuve Isménus qui coule à Thèbes. Sole Mineides (« Seules les Myniéides ») : elles tirent leur nom de leur père, le roi Mynias. Elles seules ne célébraient pas la fête de Bacchus, mais ­sadonnaient à leurs travaux pendant le jour de fête.

IV 33-41

Les Myniéides méprisent Bacchus

38 melior dea (« divinité meilleure ») : meilleure déesse que Bacchus.

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IV 45-46

De Dirceti

[1] Dircetis fuit regina Babilonie que pulcritudine sua pretulit se mulieribus palestinis et propter hoc mutata fuit in piscem. Filia vero illius, istis irata, voluit se suspendere, sed miseratione deorum mutata fuit in columbam. Per Dircetim debemus intelligere superbum vel habemus superbiam. Babilonia erat quia omnis superbia in finem ad ­confusionem ducitur. [2] Dicitur aliter mutari in piscem, id est ad ultimum humiliata fuit et submersa ad modum piscis, qui in aqua submergitur. Frangit enim Deus omne superbum. Quod, com respiceret filia eius, id est successores illius et religiosi, voluit se suspendere, id est ad celestia se humiliando erigere. [3] In columbam dicitur mutata esse, quia ita simplex fuit sicut columbe et quod in turribus habitat. Nichil est nisi quod qui se humiliat exaltabitur.

45-46*

45 Dirceti : o tu ; versa : mutata ; velantibus : tegentibus ; artus : membra. 46 Palestini : illius loci.

IV 47-48

De filia Dircetis

47-48*

47 anmagis : cogitat utrum dicat ; sumptis : captis. 48 Egerit : perfecerit ; annos : vel cogitat utrum dicat.

IV 49

De mutatione iuvenum in pisces et ninphe

[ 1] Nais an ut : Nais una erat que, secundum quosdam, iuvenes in pisces mutabat cantu suo et potatione pessima herbarum ; tamen ad ultimum miseratione deorum mutata fuit similiter in piscem. Secundum alios dicitur quod iuvenes secum volentes ­concombere precipitabat in fontem et ad ultimum unus veniens illam precipitavit. [2] Nais venefica dicitur meretrix mereticum. Homines vero veneficiis suis, id est suis blandiciis venenosis, in pisces mutabat, id est ad nichilum deducebat, bonis suis illos spoliando, donec idem passa est a suis lecatoribus similiter et bonis omnibus viduata.

45-46.1 ­­confusionem] ­­confusione ms. | 45-46.2 voluit] noluit ms. | 45-46.3 simplex fuit] simplices fuerunt ms. | 45* tegentibus] regentibus ms. | 49tit. ninphe] nimphas ms.

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IV 45-46

Dercétis

[1] Dercétis était une reine de Babylone qui pour sa beauté se plaça au-dessus des femmes de Palestine : pour cette raison elle fut changée en poisson. Sa fille quant à elle, émue par cette métamorphose, voulut se pendre, mais les dieux par pitié la changèrent en colombe. Par Dercétis nous devons ­comprendre ­lorgueilleux, ou ­lorgueil. Elle était de Babylone parce que tout orgueil est ­conduit finalement à la ­confusion. [2] On dit autrement ­quelle fut changée en poisson ­cest-à-dire finalement humiliée et noyée ­comme le poisson qui ­simmerge dans ­leau. Car Dieu brise tout orgueilleux. Quant au fait que, en la voyant, sa fille (­cest-à-dire ses successeurs, qui étaient pieux), voulut se pendre, cela signifie ­quelle voulut ­sélever vers les cieux en ­shumiliant. [3] On dit ­quelle fut changée en colombe, parce ­quelle était aussi simple ­quune colombe et que celle-ci habite dans les tours. Cela revient à dire que celui qui ­shumilie sera exalté.

IV 47-48

La fille de Dercétis

IV 49

Métamorphose en poissons des jeunes hommes, puis de la nymphe

[1]Nais an ut (« Ou ­comment une Naïade ») : la Naïadeétait une nymphe qui, selon certains, changeait les jeunes hommes en poissons par son chant et en leur faisant absorber des plantes maléfiques, mais à la fin les dieux par pitié la changèrent également en poisson. Selon ­dautres, elle précipitait dans sa source les jeunes gens qui, dit-on, voulaient coucher avec elle, mais finalement il y en eut un qui, en arrivant, la précipita elle-même dans la source. [2] La Naïade empoisonneuse est, dit-on, la putain des putains6. En vérité elle changeait les hommes en poissons par ses poisons, ­cest-à-dire par ses cajoleries vénéneuses, ­cest-à-dire ­quelle les réduisait à néant, en les dépouillant de leurs biens, ­jusquà ce ­quelle souffrît la même chose de ses prétendants qui pareillement la dépouillèrent de tous ses biens.

624

49-50*

49 cantu : in cantatione. 50 iuvenilia : iuvenum ; pisces : vel cogitat utrum dicat.

IV 51-52

De mutatione pomorum

51-54*

51 donec : usque ad tempus quo. 52 ut : qualiter ; sanguinis : mortis ; arbor : que tincta fuit sanguine Pirami quando se et Piramus occisi fuerunt. 53 placet : fabula ; vulgaris : ­communis. 54 orsa : incepit ; lana : et hoc dico.

IV 55

Incipit fabulatio Myneidis primo de Piramo et Tysbe

[f. 80r]

[1] Fabula talis est : Piramus et Tysbe civitate Babilonia manxerunt ibique domos ­contiguas habuerunt. Com autem amor illorum tempore crevisset, per foramen utrique domui †ex(tra)ti† in pariete loquebantur ­communi, sed, quia custodes habebant, non poterant adinvicem velle suum facere. [2] Constituerunt ad ultimum quod custodes suos deciperent, unde nocte adveniente factum est ita : ­com Tysbe primo exisset, venit ad arborem in qua debebant fieri pacta et, ­com sedisset, venit quedam leena, qua veniente, Tysbe fugit in antrum. [3] Com leena potavisset, invenit vittam Tysbes et illam laniavit. Piramus post veniens, vidit vestem cruentatam et putavit amicam suam esse mortuam propter amorem sui, et, arripiens gladium, sese propria manu interfecit. [4] Tysbe, post hoc veniens, invenit amicum suum mortuum et eodem telo sese similiter interfecit ; tum ad ultimum in ­commemoratione illorum poma alba facta fuerunt nigra ad illum locum.

55-56*

55 Piramus : proprium ; Tysbe : proprium. 56 altera : Tysbe fuit.

52* occisi fuerunt] cidi fuit ms. | 53* fabula] fabulo ms. | 55tit. Myneidis] Minei ms. | 55.2 ­­com sedisset] ­­comsedisset ms. antrum] atrum ms. | 55.4 nigra] nugra ms.

625

IV 51-52

Métamorphose des fruits

IV 55

Début de la première fable de la Myniéide : Pyrame et Thisbé

[f. 80r]

[1] La fable est la suivante : Pyrame et Thisbé vivaient dans la cité de Babylone et y avaient des maisons ­contiguës. Comme leur amour avait grandi avec le temps, ils se parlaient par un trou de la paroi qui était ­commune à leurs deux maisons. Mais, ­comme ils avaient des gardiens, ils ne pouvaient accomplir leurs désirs mutuels. [2] Finalement ils décidèrent de tromper leurs gardiens, et ­cest ce qui se passa à la tombée de la nuit. Comme Thisbé était sortie la première, elle arriva à ­larbre sous lequel ils devaient engager leurs serments et, ­comme elle ­sétait assise, elle vit venir une lionne et ­senfuit dans une grotte. [3] La lionne, qui ­sétait approchée pour boire, trouva le ruban de Thisbé et le déchira. Pyrame, arrivant ensuite, vit le vêtement ensanglanté et pensa que son amie était morte à cause de son amour pour lui. Alors, tirant son épée, il se tua de sa propre main. [4] Thisbé, en revenant, trouva son ami mort et se tua pareillement de la même épée. Finalement, en souvenir ­deux, les fruits qui étaient blancs devinrent noirs à cet endroit.

626

IV 57

Veritas per totam fabulam potest haberi usque ad mutationem pomorum vel fructus arboris, sed quod dicitur quod de albo in nigrum mutatus fuit, nihil est dictu nisi quod fructus qui prius erat viridis, factus fuit maturus tempore mortis Pirami et Tysbes. Contiguas (57) : ­contingue sunt res que se tanguunt ­continue, que ad unum punctum perveniunt. Gradus vicinia (59) : gradus amoris habentur per hunc versum : « visus et alloqutum ­contactus basia factum ».

57-59*

57 ­contiguas : propinquas ; ubi : in civitate. 58 struxisse : ­condidisse ; Semiramis : regina illa ; urbem : civitatem. 59 Noticiam : amoris ; gradus : amoris ; fecit : illis.

IV 60-67

Amor Pirami et Tysbes et celata loqutio eorum per signa.

Nemo sciebat amores Pirami et Tisbes quia signis et nutibus loco sermonis utebantur, unde proverbium dicitur generale : « Quando magis ignis tegitur, tanto magis estuat ». Sic, quanto amores magis celantur, tanto magis nutriuntur. Fissuserat (65) : tangit locum in quo ­conveniebant pariter Piramus et Tisbes, et dicit quod erat iuxta foramen parietis quod nemo perceperat, sed quid non sentit amor (68), quasi dicat : Nichil est quod ab amantibus non bene ­percipiatur.

60-67*

60 tempore : adveniente ; Tede : maritagii ; iure : lege. 61 patres : sui ; non potuerunt vetare : quod ad ultimum coierunt se morte sua. 62 ex equo : equalitate. 63 abest : deficit ; -que : et. 64 quoque : quanto ; estuat : caleficit. 65 tenui : parva ; rima : crepatura ; olim : ­condam. 66 utrique : domui. 67 Id vicium : illa rima ; nulli : non ulli homini ; secula : per longum tempus ; notatum : cognitum.

57 haberi] heri ms. maturus ex matura ms. | 57* ­­continguasex­­contigasms. in civitate] incite ms. | 60-67tit. celata] celala ms. | 61* vetare]vatarems. | 62* equoex quo ms.

627

IV 57

La fable peut être tenue pour vraie dans sa totalité, ­jusquà la métamorphose des fruits ou du fruit de ­larbre, mais le fait que de blanc, dit-on, il devint noir, revient à dire que le fruit qui était ­dabord vert arriva à maturité à ­lépoque de la mort de Pyrame et Thisbé. Contiguas (« Contiguës ») : sont ­contiguës des choses qui se touchent tout du long, et qui parviennent au même point. Gradus vicinia (« le fait ­dêtre voisins (leur fit franchir les premières) étapes ») : les étapes de ­lamour sont ­contenues dans ce vers : « la vue, ­laveu, la caresse, le baiser, ­lacte ».

IV 60-67

Amour de Pyrame et Thisbé et ­conversations cachées à travers des signes

Personne ne ­connaissait les amours de Pyrame et Thisbé parce ­quils usaient de signes et de mouvements de têtes au lieu de discours, ­comme le dit le proverbe de façon générale : « plus le feu couve, plus il brûle. » Ainsi, plus les amours sont cachées, plus elles grossissent. Fissus erat (« Il y avait une fente ») : ­lauteur traite du moment où Pyrame et Thisbé prirent une décision ­commune. Il dit ­quil y avait tout près dans la paroi un trou que personne ­navait remarqué, mais Quid non sentit amor (« Que ne perçoit pas ­lamour ? »), autrement dit : « il ­nest rien qui ne soit bien remarqué par les amants ».

628

IV 68

[1] Moralitas talis est : Piramus et Tisbe, id est peccatores, in Babilonia, id est in ­confusione et miseria nutriti, habuere domos ­contiguas in nutricula nequicie. Sese adamaverunt propter delectationem carnis ; per foramen loquebantur, quia amor illicitus per fraudulentas loqutiones decipitur et nutritur. [2] Nocte adveniente, Babilonia egressi sunt, quia, in ignorancia delicti sui ­confidentes, verumptamen aliquantulum penitentes, Babiloniam, id est ­confusionem, deseruerunt. [3] Sub moro voluerunt latitare, id est sub dulcedine carnali semper putaverunt vivere. [4] Tisbe prior venit ad arborem, quia mulieres primo decipiuntur et facilius quam homines, sed, pre timore leene venientis, fugit in antrum, quia morte adveniente peccatum reliquit. [5] Vitta cecidit, id est cingulum vel velum pudoris, quam lea, id est mors, laceravit, quia, adveniente morte vel senectute, cessat possessio. [6] Piramus, ultimo adveniens quia non tam cito deceptus, vidit vittam laniatam, id est velum castitatis amice sue a morte laceratam, vel possessionem pulcritudinis a senectute devastatam ; sese interfecit sicut peccatores desperati et ita Tisbe desperata sese interfecit, vel hoc est quod dicitur.

68-72*

68 sentit : percipit ; vidistis : foramen. 69 vocis : loqutionis ; tute : secure ; illud : foramen. 70 murmure : sermones blandi ; minimo : parvo. 71 hinc : ex una parte ; illinc : ex alia parte. 72 inque : aliquando ; oris : sui ; quia aliquando hanelitus oris adinvicem capiebant.

IV 73

Invide  : ecce quomodo litigabant ­com pariete more amantum. Loquentes dicebant : Quare, o paries, nobis obstas ? Utinam quod sineres nos corpore iungi ! Verumptamen regraciari debemus tibi quia per te loquimur ­adinvicem.

73-77*

73 dicebant : illi ; quid : cur ; amantibus : nobis ; obstas : noces. 74 Quantum : quasi dicat ­magnum. 75 vel : saltem ; oscula : basia ; pateres : patefacta esses. 76 sumus : imo gracili sumus ; debere : aliquid dicimus. 77 quod : quia vel ideo ; amicas : amicabiles.

68.1 nutricula] nutritura ms. | 68.2 Babilioniam] Babilonia ms. | 68.6 laniatam] laniatem ms. possessionem] possessione ms.

629

IV 68

[1] La moralité est la suivante : Pyrame et Thisbé, ­cest-à-dire des pécheurs, élevés dans Babylone, ­cest-à-dire dans la ­confusion et la misère, avaient deux maisons ­contiguës parce ­quils nourrissaient leur débauche. Ils ­saimèrent à cause du plaisir de la chair, et se parlaient par la fente, parce que ­lamour interdit est trompé et nourri par les ­conversations perfides. [2] Ils sortirent de Babylone à la tombée de la nuit, parce que, ­sils se fiaient au fait que leur faute était ignorée, ils avaient tout de même quelques remords ; ils quittèrent Babylone, ­cest-à-dire la ­confusion. [3] Ils voulurent se cacher sous un mûrier, ­cest-à-dire ­quils pensèrent vivre toujours dans le plaisir de la chair. [4] Thisbé arriva la première sous ­larbre, parce que les femmes sont trompées en premier et plus facilement que les hommes ; mais, par peur de la lionne qui ­sapprochait, elle ­senfuit dans une grotte parce ­quà ­lapproche de la mort elle abandonna le péché. [5] Son ruban tomba, ­cest le lien ou le voile de la pudeur, que la lionne, ­cest-à-dire la mort, déchira, parce que, à ­lapproche de la mort ou de la vieillesse, il ­ny a plus de jouissance. [6] Pyrame, arrivant à la fin parce que trompé moins vite, vit le ruban déchiré, ­cest-à-dire le voile de la chasteté de son amie déchiqueté par la mort, ou la jouissance de sa beauté dévastée par la vieillesse ; il se tua ­comme les pécheurs désespérés, et Thisbé pareillement désespérée se tua, ­cest du moins ce qui est raconté.

72 oris (« de leurs bouches ») : parce que parfois ils échangeaient le souffle de leurs bouches.

IV 73

Invide (« Jaloux ») : voici ­comment ils querellaient la paroi à la façon des amoureux. En parlant, ils disaient : « pourquoi, paroi, nous fais-tu obstacle ? Si seulement tu nous laissais nous rejoindre. Mais nous devons te remercier parce que nous nous parlons à travers toi. »

630

IV 78

Com illi, ut supradictum est, loquti fuissent, nox venit, unde quisque, tam Piramus, quam Tisbe, basiavit parietem a parte sua, unde die adveniente ad locum solitum coierunt, et, prius multa loquti, statuerunt ire ; sicut moris est amantum, pacta nocte facere.

78-84*

78 Talia : supradicta ; diversa : diversa dicit quia non erant in eadem sede. 80 quisque : ita quod quisque dedit sue parti. 81 Postera : crastina ; ignes : quia antiquitus fiebant nocte ignes super montes iuxta villas, ut via et villa cognoscerentur ab alienigenis. 83 coiere : ­convenere locum. 84 questi : illi Piramus et Tisbe ; silenti : vel sequenti.

IV 85

Pactum Pirami et Tysbes de deceptione custodum suorum

Custodes dicit, quia antiquitus pueri divitum in custodia tradebantur.

85-86*

85 fallere : decipere ; custodes : suos ; -queexcedere : et statuunt. 86 ­comque : et statuunt ­com ; quoque : similiter.

IV 87

Nolebant errare per campum latum, ideo locum determinatum posuerunt.

IV 88-90

Describit actor locum in quo debebant ­convenire Piramus et Tisbes, et dicit quod erat sub quadam moro que tunc temporis poma alba ferebat, sed, ut inferius ­continetur, mutata fuerunt in nigra.

88-90*

88 ­conveniant : statuunt quod ; Nini : illius regis ; subumbra : statuunt quod. 89 niveis : candidis ; uberrima : fertilis. 90 ardua : alta ; morus : proprium ; gelido : frigido.

IV 91

Quia antiquitus putabant quod nox adveniret a mari occidentali, eo quod dies ibi desinit propter occasum solis.

78 locum] locus ms. | 88-90 mutata mutta ex muttata ms.

631

IV 78

Ils ­sétaient donc entretenus, ­comme on ­la dit ; la nuit vint, alors chacun ­deux, tant Pyrame que Thisbé, embrassa la paroi de son côté ; puis au lever du jour ils se retrouvèrent au lieu habituel et, après avoir beaucoup parlé, ils décidèrent ­daller, à la façon des amants, se faire des promesses nocturnes.

78 diversa (« diverses ») : il dit « diverses » parce ­quils ­nétaient pas au même endroit. 80 quisque (« chacun ­deux ») : parce que chacun ­deux donna (des baisers) de son côté. 81 ignes (« les feux ») : parce ­quautrefois il y avait la nuit des feux sur les collines près des maisons, pour permettre aux étrangers de reconnaître la route et les maisons7.

IV 85

Pyrame et Thisbé ­conviennent de tromper leurs gardiens

Il dit Custodes (« les gardiens ») parce ­quautrefois les familles riches ­confiaient leurs enfants à garder.

IV 87

Ils ne voulaient pas ­ségarer dans un vaste espace, mais décidèrent ­dun lieu précis.

IV 88-90

­Lauteur décrit le lieu dans lequel devaient se retrouver Pyrame et Thisbé, il dit que ­cétait sous un mûrier dont les fruits à cette époque-là étaient blancs mais, ­comme il le raconte ensuite, devinrent noirs.

91 tarde (« lentement ») :parce que ce jour-là leur sembla paresseux.

IV 91

Parce ­quautrefois on pensait que la nuit arrivait de la mer par ­louest, ­cest pourquoi le jour finit ici à cause du coucher du soleil.

632

91-92*

91 Pacta : per ­confirmationes ; placent : sibi ; lux : dies ; tarde : quia tediosa fuit illis dies illa. 92 precipitatur : mergitur illa dies ; aquis : mari.

IV 93-96

Progressio Tisbes ad tumulum Nini

Quia mulieres callidiores sunt hominibus, Tisbe primo egressa est et venit ad locum nominatum et actor solvit antipofore. Aliquis diceret : Quomodo ausa est venire ? ; ­Sola, respondit. Audacem faciebat amor (96) : per amorem erat audax.

93-96*

93 Callida : decipiens ; cardine : hostio. 94 suos : custodes ; adopertaque : tecta et ; vultum : os suum. 95 tumulum : tumbam ; -que : et ; sedit : re(sedit). 96 audacem : tutam et securam ; faciebat : illam ; ecce : in presenti ; recenti : novo.

IV 97

Oblita : ab oblivio-nis, id est circumdo-das, unde oblita, id est circumdata.

*98 depositura : remotura.

IV 99

Quam procul : Tisbe, videns leenam, incepit fugere pre timore, unde in fugiendo cecidit sibi vitta, quam leena laceravit.

100-101*

100 obscurum : nigrum et secretum ; antrum : foveam. 101 dumque : quando et ; velamina : et victam ; reliquit : desiit.

[f. 80v]

IV 102

Quia magnam partem aque potavit ad hoc quod sitis sua extingueretur.

102-104*

102 Ut : postquam ; seva : crudelis ; sitim : suam ; multa : magna. 103 dum : quando ; forte : a casu. 104 ore : suo ; cruentato : sanguinolento ; amictus : tecturas.

93-96tit. Nini] vini ms. | 102 Quia] ora ms.

633

IV 93-96

Progression de Thisbé ­jusqu au tombeau de Ninus

Parce que les femmes sont plus rusées que les hommes, Thisbé sortit la première et vint au lieu dit. ­Lauteur résout les questions par anthypophore. ­Quelquun pourrait demander : « ­comment osa-t-elle venir ? – Seule, répond-il. Audacem faciebat amor (« ­Lamour la rendait audacieuse ») : par amour elle était audacieuse.

IV 97

Oblita (« imprégnée ») : ­doblivio-nis (« oubli »), ­cest-à-dire circumdo-das (« placer autour »), donc oblita, ­cest-à-dire « entourée ».

IV 99

Quam procul (« Laquelle, de loin ») : Thisbé, voyant la lionne, se mit à fuir de peur, et en fuyant elle laissa tomber son ruban, que la lionne déchira.

[f. 80v]

IV 102

Parce ­quelle but une grande quantité ­deau pour étancher sa soif.

634

IV 105-107

Progressio Pirami ad bustum Nini

Serius (105) : tangitur hic quod homines non sunt ita callidi sicut mulieres in hoc, quod prior Piramus exivit et, com vidisset vestigia leene, timuit propter illud quod non erat verum, sed postea magis timuit.

105-107*

105 Serius : tardius ; alto : profundo. 106 fere : lee ; expalluit : pallidus fuit. 107 Piramus : proprium est.

IV 108-115

Hic ­continetur lamentatio Pirami de amica sua dicentis : Heu mihi, quia amica mea per me mortua ­est, et hec est ratio : O tu miseranda, ego te huc iussi venire et non veni, quare vellem quod similiter leones occiderent ­me.

108-114*

108 inquit : dixit ; perdet : destruet ; amantes : nos. 109 equibus : amantibus ; illa : nos ; dignissima vita : dignissimum esset ut nos pariter viveremus. 110 anima : vita ; te : o tu. 111 metus : timore ; iussi : dixi. 112 necprior : primo ; divellite : lacerate. 113 scelerata : excommunicata ; ­consumite : lacerate ; viscera : mea. 114 o : vos ; habitatis : estis ; ruppe : saxo.

IV 118-120

De morte Pirami

Proverbium generale est illud, unde Chatho : « Nam timidis et suspectis aptissima mors est ». Piramus vestem amice sue accepit, flens super illam et basians eam, quasi vere esset amica sua mortua, et pro dolore nimio ense suo proprio sese interfecit.

115-120*

115 timidi : timorosi ; est : interest ; optare : cupere ; necem : mortem ; Velamina : vestes. 116 tollit : erigit ; pacte : dicte ; fert : portat ; 117 utque : postquam et ; note : cognite ; vesti : Tisbes.118 inquit : dixit ; quoque : similiter. 119 quoque : ferro ; dimisit : posuit ; ylia : viscera ; ferrum : ensem. 120 Necmora : non fuit ; vulnere : plaga.

105-107tit. Nini] vivi ms. | 105-107 exivit] et exivit ms.

635

IV 105-107

Progression de Pyrame vers le tombeau de Ninus

Serius (« Plus tard ») : il est ici question du fait que les hommes ne sont pas aussi rusés que les femmes, en ce que Pyrame sortit le premier8 et, ayant vu les traces de la lionne, eut peur en ­simaginant ce qui ­nétait pas vrai, mais eut ensuite encore plus peur.

IV 108-115

Ici on trouve la lamentation de Pyrame sur son amie : « Hélas, pauvre de moi, dit-il, mon amie est morte par ma faute ! » et la raison est la suivante : « Ô malheureuse, je ­tai fait venir ici et je ne suis pas venu, ­cest pourquoi je voudrais que les lions me dévorent ­comme toi. »

IV 118-120

Mort de Pyrame

­Cest un proverbe ­commun, ­quon lit chez Caton : « Car la mort ­convient bien à ceux qui sont dans la crainte et dans le soupçon. » Pyrame prit le vêtement de son amie, pleurant sur le tissu et ­lembrassant, ­comme si son amie était vraiment morte ; et par excès de douleur il se tua de sa propre épée.

636

IV 121-124

Actor facit ­comparationem de cruore a corpore Pirami emicante ad fistulam aquam iacentem, dicens : Sicut fistula aliquantulum perforata aquas iacit ex habundantia interiore a longe, sic cruor e plaga Pirami emicabat, et, quia sanguis ita alte emanavit, tinxit fructum arboris, et ita poma prius alba facta fuerunt ­nigra.

121-127*

121 iacuit : cecidit ; humo : terre ; cruor : sanguis ; emicat : salit. 122 aliter : secus ; quam : fit ; viciato : corrupto ; fistula : niel gallice. 123 scinditur : laceratur ; tenui : parvo. 124 eiaculatur : iacit ; atqueictibus : et percussionibus. 125 fetus : fructus ; cedis : sanguinis ; atram : nigram. 126 vertuntur : mutantur ; radix : arboris. 127 purpureo : rubicondo ; poma : vel mora.

IV 128-136

Com Tisbe pro timore fugisset leene, noluit amicum suum defraudare ; immo, quamvis adhuc esset exterrita, venit ad locum nominatum, et, ­com venisset, dubitavit, quia poma vel fructus iamque erant mutati, et, ­com dubitaret, vidit amicum cruentatum, unde magis mota est, et facit actor ­comparationem de illa ad mare pacificatum quod aliquando per ventum movetur.

128-137*

128 metu : timore ; nondum : non adhuc ; posito : remoto ; ne fallat : quod non decipiat ; amantem : Piramen. 129 illa : Tisbe ; iuvenemque : Piramen et ; animo : desiderio ; requirit : querit. 130 quanta : quam magna ; victarit : victaverit ; gestit : cupit. 131 Utque : postquam sed ; cognovit : vidit. 132 sic : taliter ; an [] dubitat : dubitat utrum ; hec sit : arbor illa sub qua debebant ­convenire. 133 cruentum : sanguinolentum. 134 membra : Pirami ; solum : terram ; retroque : pre timore. 135 gerens : habens ; exorruit : fremit ; equoris : maris ; instar : ad similitudinem. 136 quod : mare ; exigua : parva ; summum : ingens ; stringitur : percutitur ; aura : vento. 137 remorata : aliquamtulum morata ; amores : amicum proprium suum Piramen.

128-136 leene] lanians ms. noluit] voluit ms. cruentatum] calatrantem ms. | 128* remoto] remoro ms. | 132* arbor ex an arbor ms.

637

IV 121-124

­Lauteur ­compare le sang qui jaillit du corps de Pyrame à un tuyau qui rejette de ­leau : « Comme un tuyau un peu perforé, dit-il, jette de ­leau à longs jets parce ­quil en ­contient en abondance, ainsi le sang jaillissait de la plaie de Pyrame et, ­comme il giclait en hauteur, il teinta les fruits de ­larbre : ­cest ainsi que les mûres, ­dabord blanches, devinrent noires. »

IV 128-136

Thisbé avait fui par peur de la lionne, mais elle ne voulait pas faire faux bond à son ami ; au ­contraire, ­quoiquencore terrorisée, elle revint au lieu dit, et une fois arrivée, elle hésita, parce que les fruits ou le fruit avaient déjà changé de couleur. Pendant ­quelle hésitait, elle vit son ami ensanglanté et en ­conçut une intense émotion, ­cest pourquoi ­lauteur la ­compare à une mer calme que le vent soulève par intervalles.

638

IV 138

Indignos dicit propter pulcritudinem suam, et tam pulchra erant quod indigna verberamine erant.

138-141*

138 claro : magno ; plangore : percussione ; lacertos : brachia. 139 ­comas : capillos ; amplexa : vera ; amatum : vel amantes Pirami. 140 vulnera : amici ; lacrimis : suis ; cruori : sanguini. 141 gelidis : frigidis ; vultibus : ore ; figens : supponens.

IV 142-146

Com aliquantulum Tisbe moram fecisset et dubitaret utrum esset amicus Piramus an non qui moriebatur, ad ultimum cognovit quod ille erat, unde incepit lamentare et lacerare capillos et percutere brachia sua, et multum flevit et clamavit : O Pirame, ­Pirame. Ille, quamvis dormiret sompno mortis, pre nimia dilectione vultus et oculos moriens erexit – et sic tangitur magnus et dulcis amor – et iterum clausit, mortuus.

142-147*

142 Pirame : o tu ; casus : infortunium ; ademit : removit. 143 Pirame : o ; carissima : amica. 144 nominat : appellat ; exaudi : audi ; vultus : ora ; attolle : leva. 145 Tisbes : amice sue ; gravatos : clausos. 146 erexit : levavit ; -que : et ; recondidit : clausit ; illa : ibi est maxima noticia amoris. 147 Que : etiam.

IV 148-150

Videns Tisbe amicum suum pro amore illius morientem, bene cognovit quod amor illum occiderat ; voluit etiam pro illo similiter mori, unde dixit : Sicut amor mei et tua manus te destruxit, sic amor tui et mea manus me destruet, quia ego fui causa tue mortis et ero socia ab amore mei nisi per mortem, quia tecum ­moriar.

Ebur (148), id est vaginam de ebore factam.

148-151*

148 ebur : vaginam ; inquit : dixit. 149 perdidit : occidit ; infelix : miser ; unum : pariter. 150 hoc manus : talis mea ; amor : talis est ; dabit : mihi ; vulnera : mortem. 151 extinctum : te mortuum ; leti : mortis.

138 pulchra erant] pulchra erant pulcra ms. | 142-146 dormiret] dormire ms.

639

IV 138

Il dit indignos (« qui ne ­lont pas mérité ») à cause de leur beauté : ses bras étaient si beaux ­quils ne méritaient pas ­dêtre frappés.

IV 142-146

Après avoir un peu tardé et hésité à reconnaître son ami Pyrame dans ­lhomme qui mourait, Thisbé finit par ­comprendre que ­cétait lui, et ­commença à pleurer, à ­sarracher les cheveux, à se frapper les bras, elle versa de nombreuses larmes et ­sécria : « Pyrame, ô Pyrame ! » Lui, qui dormait du sommeil de la mort, devant cet excès ­damour souleva son visage et ses yeux tout en mourant – ­cest ainsi ­quil est question de la grandeur et de la douceur de ­lamour – puis les referma, mort.

146 illa (« elle ») : on a là une grande ­connaissance de ­lamour.

IV 148-150

Thisbé, voyant son ami qui mourait par amour pour elle, sut bien que ­lamour ­lavait tué ; elle voulut alors mourir pour lui de la même façon : « ­comme ­lamour de moi et ta main ­tont détruit, dit-elle, ainsi ­lamour de toi et ma main me détruiront : ­jai été la cause de ta mort et je serai ta ­compagne amoureuse, mais seulement par ma mort, car je meurs avec toi. »

ebur (« ­livoire »), ­cest-à-dire le fourreau en ivoire.

640

[f. 81r]

IV 152-153

Quasi diceret : Tu non poteras separari ab amore meo nisi per amorem ; certe neque per mortem separaberis, quia tecum ­moriar.

152-153*

152 morte : sola ; revelli : separari. 153 nec : non.

IV 154-161

Invocatio Tisbes duplex est : primo a parte corporis ad patres, secundo a parte anime ad arborem vel ad deos dicens ; exorat patres suos ut ossa sua ­com ossibus amici sui Pirami sepeliantur et quod fructus arboris in ­commemoratione mortis nigri fiant.

155-161*

155 miseri : tristes ; -que : et ; illius : Piramus ; parentes : patres. 156 ut quos : quod nos ; novissima : ultima. 157 ­componi : sepeliri. 158 At tu : et o. 159 nunc : in presenti ; mox : ­consequenter ; tectura : corpus ; duorum : mei et amici mei. 160 signa : insignia ; tene : habe ; cedis : mortis ; pulos : nigros ; aptos : ­competentes. 161 fetus : fructus ; gemini : duplicis ; monumenta : in ­commemoratione ; cruoris : mortis.

IV 158

Miserabile dicit quod miserandum erat de morte illius.

IV 162-163

De morte Tisbes

Ita loquta est Tisbe, ut superius ­continetur.

Finita invocatione et petitione, Tisbe accepit ensem amici sui et incubuit supra illum, et ita mortua fuit. Tamen dei assenserunt precibus mutando poma ; parentes assenserunt illud, quia, post ­combustionem, ossa illorum simul sepulta fuerunt.

162-163*

162 mucrone : ense. 163 tepebat : quia nuper erat extractus de vulnere Pirami.

158 dicit ex dixit ms.

641

[f. 81r]

IV 152-153

En ­dautres termes : « tu ne pouvais pas être arraché à mon amour sinon par amour ; et certes ce ­nest pas par la mort que tu me seras arraché, car je mourrai avec toi. »

IV 154-161

­Linvocation de Thisbé est double : elle ­sadresse ­dabord à leurs pères pour ce qui ­concerne leurs corps, puis à ­larbre ou aux dieux pour ce qui ­concerne leur âme ; elle prie leurs pères ­densevelir ses ossements avec ceux de son ami Pyrame, et elle demande que les fruits de ­larbre deviennent noirs en souvenir de leur mort.

IV 158

Il dit miserabile (« digne de pitié ») parce ­quil fallait ­sapitoyer sur sa mort.

IV 162-163

Mort de Thisbé

Thisbé prononça les mots qui sont ­contenus plus haut.

Ayant terminé son invocation et sa prière, elle saisit ­lépée de son ami et se jeta dessus. ­Cest ainsi ­quelle mourut. Mais les dieux accédèrent à ses prières en changeant la couleur des fruits ; et les pères y accédèrent car, après les avoir brûlés, ils enterrèrent ensemble leurs ossements.

163 tepebat (« était tiède ») : parce quelle venait dêtre extraite de la blessure de Pyrame.

642

IV 164

Ecce ratio quare pretenditur quod preces exaudite fuerunt.

164* Vota : preces ; parentes : suos.

IV 165

Ita loquta fuit illa soror et nunc sic sermonem finierat.

165-166*

165 ubi : ­com ; permaturit : perfecte ; ater : niger. 166 quodque : illud et ; rogis : ab ignibus ; superest : remanet : urna : vase.

IV 167

De ­confabulatione Leucothoes

[1] Fabula talis est : ­com prima Mineidum, que ab actore non nominatur, operando fabulam suam dixisset de morte Pirami et Tisbes et de mutatione pomorum alborum in nigris, tam cito Leucothoe incepit dicere de amore Solis, cuius talis est fabula : Mars adamavit Venerem, uxorem Vulcani, filii Iunonis. [2] Phebus, hoc precipiens, primo monstravit forefactum Vulcano. Vulcanus vero, faber existens, fecit cathenas graciles et medicatas ; quibus in thoro positis et Venere ­com Marte coeuntibus, capti fuerunt. Vulcanus vero illos in stupro monstravit deis, unde riserunt. [3] Venus vero, videns se lesam a Phebo, illum fecit amare, et amavit Leucothoen, unde ad hoc, ut haberet rem ­com illa, elegit sibi noctem et mutavit se in speciem Eurimones et in specie divina habuit rem ­com illa. [4] Clicerie vero, que prius erat amica Phebi, invidit, et hoc dixit Orchamo, patri Leuchothoes. Pater illam autem infodit vivam, et sic mortua fuit. [5] Phebus, volens illam revocare in vitam, non potuit ; tamen corpus eius mutavit in virgam thuream et ­concubitus Clicies desiit. [6] Illa autem, irata, tantum flevit quod ad ultimum miseratione deorum mutata fuit in solsequium, et hoc est quod dicitur usque ad illum locum.

643

IV 164

Voilà la raison pour laquelle on prétend que ses prières furent exaucées.

IV 165

Voilà ce que raconta la première sœur, ­cest ainsi ­quelle avait alors terminé son récit.

IV 167

Récit de Leucothoé 9

[1] La fable est la suivante : alors que la première des Myniéides, que ­lauteur ne nomme pas, avait, tout en travaillant, choisi de raconter la mort de Pyrame et Thisbé et le changement de couleur des fruits, de blancs en noirs, aussitôt Leucothoé ­commença à parler des amours du Soleil, dont la fable est la suivante : Mars tomba amoureux de Vénus, la femme de Vulcain, fils de Junon. [2] Phébus le découvrit et révéla le premier à Vulcain le forfait. Alors Vulcain, qui était forgeron, fabriqua des chaînes légères et magiques10 et les dissimula dans le lit. Quand Vénus et Mars ­sunirent, ils furent emprisonnés. Alors Vulcain montra leur honte aux dieux, qui en rirent. [3] Mais Vénus, voyant ­quelle avait été trahie par Phébus, le rendit amoureux : il aima Leucothoé, et pour ­sunir à elle il préféra la nuit ; il prit ­laspect ­dEurynomé11 et ­sunit à elle en reprenant son aspect divin. [4] Clytie, qui avait été auparavant ­lamie de Phébus, fut jalouse et le dit à Orchanus, le père de Leucothoé. Celui-ci ­lenterra vivante et elle mourut. [5] Phébus voulut la ramener à la vie, en vain. Alors il métamorphosa son corps en une tige ­dencens et cessa de coucher avec Clytie. [6] Celle-ci, désespérée, pleura tellement ­quà la fin les dieux eurent pitié ­delle et la changèrent en tournesol. ­Cest ce qui est raconté ­jusquà cet endroit.

644

IV 168

[1] Moralitas talis est : Mars Venerem amasse dicitur. Quia aliquando vir fortis in Venerem dissolvitur, virtus aliquando ­complexa corrupta est amplexu Veneris, id est libidinis, sole teste apparet, id est veritatis iudicio rea esse cognoscitur. [2] Que siquidem virtus, prava ­consuetudine, illicito fervore quasi cathena astringitur quam Vulcanus dicitur fabricavisse, quia maritus Veneris dicitur Vulcanus, quia Vulcanus interpretatur calor, et in calore corporis et ciborum Venus maxime nutritur. [3]Leucothoe (168), id est anima ­contemplativa, de Phebo, id est de sapientia, diligitur ; vacando sapientie, mutata est in virgam thuris, id est bonum ex se emisit opinionis odorem. [4] Sed Clicie (256), id est anima peccatrix, prius ab Appolline, id est a sapientia, amata in flore innocentie ; postea, desipiens, fingitur mutari in florem, id est in rem que fere nullius valoris est, vel sic dicitur quod anima peccatrix ab Appolline primo adamata fuit tempore innocentie ; tamen, aliquantulum desipiens, colligitur in odio ab ipso. [5] Tamen revertens, novem diebus flevit, id est penitens fuit ; mutatur in florem odoriferum, id est referta virtutibus dicitur, et dicitur elyostrophium ab elyos, quod est sol, et trophi, quod est ­convertere, quasi ­conversa ad solem, id est ad suum creatorem.

168.1 virtus] vir virtus ms. iudicio] indicio ms. | 168.4 colligitur] collitur ms. | 168.5 in florem] florem ms.

645

IV 168

[1] La moralité est la suivante : Mars, dit-on, aima Vénus, parce que parfois ­lhomme courageux est détruit en Vénus. Parfois aussi la vertu, ­lorsquelle est embrassée, est corrompue par ­létreinte de Vénus, ­cest-à-dire du plaisir charnel. Elle est révélée par le témoignage du soleil, ­cest-à-dire ­quelle est reconnue coupable par la révélation de la vérité. [2] Car cette vertu, dépravée par une relation amoureuse, est enchaînée par une ardeur interdite ­comme par la chaîne que, dit-on, Vulcain fabriqua, parce que Vulcain est le nom du mari de Vénus, que Vulcain est interprété ­comme la chaleur, et que Vénus se nourrit surtout de la chaleur du corps et de la nourriture. [3]Leucothoé (« Leucothoé »), ­cest-à-dire ­lâme ­contemplative, est aimée de Phébus, ­cest-à-dire la sagesse. En se ­consacrant à la sagesse, elle devint une tige ­dencens, ­cest-à-dire ­quelle exhala le parfum de ses bonnes pensées. [4]sed Clitie (« Mais Clytie »), ­cest-à-dire ­lâme pécheresse, qui avait auparavant été aimée ­dApollon, la sagesse, quand elle était dans la fleur de son innocence, perdit la sagesse, et ­lon invente ­quelle fut changée en fleur, ­cest-à-dire en quelque chose qui ­na presque aucune valeur ; ou ­lon dit que ­lâme pécheresse fut ­dabord aimée ­dApollon au temps de son innocence, mais, ayant quelque peu perdu la sagesse, fut haïe de lui. [5] Cependant elle reprit ses esprits et pleura pendant neuf jours, ­cest-à-dire fit pénitence ; elle est changée en fleur odorante, ­cest-à-dire ­quelle fut, dit-on, emplie de vertus ; ­lhéliotrope tire son nom ­dhélios, le soleil, et de trophi, qui signifie « tourner » : pour ainsi dire « tournée vers le soleil », ­cest-à-dire vers son créateur.

646

167-188*

167 Desierat : loqui soror illa ; fuit : parva mora fuit ; orsa : incepit. 168 dicere : fabulam suam ; Leucothoe : proprium nomen ; tenuere : abscultavere ; sorores : vel sorores tenuere voces nichil dicendo donec fabulam finisset. 169 quoque : similiter ; siderea : clara ; luce : sua. 170 cepit : id est decepit ; referamus : dicamus. 171 Veneris : illius dee ; Marte : illo deo ; putatur : creditur et verum est quia videt omnia primus. 172 deus : scilicet Phebus. 173 Indoluit : tristis fuit ; facto : adulterio ; Iunonigene : genito Iunone ; marito : Vulcano ; quia Iupiter excussit caput suum et nata fuit Pallas ; Iuno percussit vulvam et natus est Vulcanus. 174 furta : adulterium. 175 mens : audacia ; fabrilis : faber erat. 176 excidit : cecidit ; Extimplo : protinus. 177 lumina : visum ; fallere : decipere. 178 elimat : facit limando ; tenuissima : parva ; 179 stamina : fila ; summo : alto ; tigno : chevron gallice. 180 utque : quod etiam ; leves : parvi ; momenta : mociones. 181 lecto : Martis et Veneris ; collocat : ponit ; apte : apte. 182 Ut : postquam ; ­coniunx : Venus ; adulter : Mars. 183 viri : Vulcani ; paratis : factis. 184 ambo : Vulcanus, Venus ; deprensi : capti. 185 Lemnius : Vulcanus ; extemplo : protinus ; valvas : portas ; eburnas : ex ebore factas ; valve dicuntur a volvo -is, quia undique volvuntur. 186 admisitque : suscepit et ; deos : omnes ; Illi : Vulcanus et Venus. 187 atque : et ; tristibus : immo letis ; optat : cuperet. 188 superi : dei ; turpis : aliquis vellet superesse in opere Veneris, ut erant.

IV 189-199

De amore Leucothoe et Phebi

[1] Veritas potest sic haberi : Phebus, quidam iuvenis, Martem et Venerem, quasi quendam iuvenem com meretrice ­communi, tamen maritata, adinvenit, unde marito suo revelavit, et ille maritus, hos pariter inveniens, ligavit et multis divitibus monstravit. [2] Tamen ille Phebus, id est iuvenis, ad ultimum unam amavit. [3] Quod ­compertum a patre, illam vivam, quasi ferus, tumulavit, et ibi virga turea plantata fuit, et illam quam amaverat, reliquit, unde pro dolore illa mortua fuit et iuxta illam solsequium inventum fuit. Et hoc est quod dicitur de mutationibus.

189-199.1 haberi] heri ms. | 189-199.3 Quod ­­compertum] quo cum parte ms.

647

168 sorores (« les sœurs ») : ou bien les sœurs retinrent leurs paroles en ne disant rien ­jusquà la fin du récit. 171 putatur (« on pense ») : il est vrai ­quil voit tout le premier. 173 marito (« à son mari ») : parce que Jupiter secoua la tête et Pallas naquit ; Junon secoua sa vulve et Vulcain naquit. 185 valve (« les battants de portes ») tirent leur nom de volvo-is (« rouler »), parce ­quils sont roulés ­dun côté et de ­lautre. 188 turpis (« honteux ») : il y en eut un qui aurait voulu accomplir ­lacte ­damour, ­comme Mars et Vénus.

IV 189-199

Amour de Leucothoé et de Phébus

[1] La vérité peut être ­considérée ­comme telle : Phébus, un jeune homme, trouva Mars et Vénus, un jeune homme avec une femme publique, qui était pourtant mariée, et révéla le fait au mari, lequel, découvrant à son tour les amants, les enchaîna et les montra à de nombreux hommes puissants. [2] Mais Phébus, le jeune homme, tomba finalement amoureux ­dune jeune fille. [3] Le fait fut découvert par le père, qui enterra cruellement la jeune fille vivante ; là fut plantée une tige ­dencens. Puis Phébus abandonna celle ­quil avait aimée auparavant, et qui mourut de douleur : ­cest près de son corps que fut trouvé le tournesol. Voilà ce qui est dit sur ces métamorphoses.

648

190-199*

190 Exigit : petit ; indicii : exhibitionis ; cithereia : Venus a Citheronte monte ubi colitur. 191 illum : Phebum ; lesit : monstravit. 192 lesit : vulneravit ; pari : tali ; Yperione : o tu, Phebe. 193 forma : pulchritudo ; color : lux ; prosunt : certe nichil. 194 Nempe : certe ; ignibus : fervoribus. 195 ureris : cremaris ; igne : amore ; novo : et tu. 196 Leucothoem : virginem illam ; spectas : cernis ; una : sola, quasi dicat : Debes cernere ; tu solum cernis ­Leucothoem. 197 modo : aliquando ; Eoe : orientali. 198 temperius : cito ; modo : aliquando ; serius : tarde ; incidis : cadis ; undis : mari. 199 spectandi : videndi ; brumales : frigidas ; porrigis : protendis.

[f. 81v]

IV 200

Deficis interdum : sol dicitur pati eclipsim quando luna est interposita ad solem recto dyametro et luna tunc obstat, et ita quandoque sol non potest ad nos radios suos recte dirigere, et tunc dicitur pati eclipsim, quamvis de se nonquam sit obscurus.

200-208*

200 interdum : aliquando. 201 obscurus : pallens ; terres : stupefacis. 202 Nec : et non ; quod : ideo ; 203 obstiterit : nocuerit ; hunc : talem. 204 Diligis : amas ; hanc : Leucothoem ; unam : solam ; Climene : proprium ; Rodos : proprium. 205 Eoe : orientalis ; genitrix : mater ; Circes : proprium. 206 -que : et ; 207 ­concubitus : amores ; habebat : quia dolebat eo quod amplius nolebat amare illam. 208 Leucothoe : proprium ; multarum : puellarum.

IV 209

Gentis odorifere : de gente Sabeorum, sed postquam (210) : facit actor declarationem suam, dicens quod, sicut mater Leucothoes omnes de gente sua vincebat pucritudine, ita Leucothoe matrem suam pulcritudine superavit.

200 pati] par ex para ms. eclipsim ex aeclipsim ms. | 201* pallens] palleus ms. | 207* nolebat] nolebas ms.

649

[f. 81v]

IV 200

Deficis interdum (« Parfois tu ­téclipses ») : on dit que le soleil subit une éclipse quand la lune ­sest interposée en ligne droite devant le soleil et fait donc obstacle (à sa lumière), donc quand le soleil ne peut diriger directement vers nous ses rayons, et alors on dit ­quil subit une éclipse, bien ­quil ne soit pas obscur en lui-même.

207 habebat (« elle ressentait ») : parce ­quelle souffrait ­dautant plus ­quil ne voulait plus ­laimer.

IV 209

Gentis odorifere (« De la nation qui produit les parfums ») : de la nation des Sabins, mais postquam (« après que ») : ­lauteur déclare que, ­comme la mère de Leucothoé évinçait par sa beauté toutes les femmes de sa nation, de même Leucothoé surpassa sa mère en beauté.

650

209-211*

209 quam : Leucothoem ; formosissima : pulcherrima. 210 Eurimone : proprium ; filia : Leucothoe. 211 quam : quantum ; cunctas : vincebat mulieres ; tam : tantum ; filia : Leucothoe.

IV 212-213

Rexit septimus. Nota : Demogorgon fuit primus et summus deorum ; genuit Celium ; Celius genuit Saturnum ; Saturnus te Iovem et alios III ; Iupiter genuit Epaphum ; Epaphus genuit Belum ; Belus genuit Danaen ; Danae genuit Persea ; Perseus genuit Alchimenem ; Alchimenes genuit Orchamum, et ita numeratur septimus a Belo.

212-213*

212 Rexit : gubernavit ; Orchamus : proprium ; isque : iste. 213 numeratur : dicitur.

IV 214

Axe sub : facit cronographiam, in quo tempore habuit rem Phebus ­com Leucothoe, et dicit quod fuit nocte.

214* Hesperio : in occidente.

IV 215

Ambrosia est herba celestis et delicata, et inde dicitur ambro-onis lecator, et inde ambronius-a- um, ad ambronem ­competens.

215-216*

215 Ambrosiam : proprium ; gramine : herba ; ea : ambrosia ; diurnis : longuis. 216 membra : corpora ; ministeriis : serviciis ; reparatque : retro ponit et.

IV 217-233

Quomodo Phebus habuit rem com Leucothoe

Com nox esset, Phebus intravit thalamum amice sue.

Com Phebus, Leucothoem querens in matris speciem mutatus, illam invenit inter duodecum socias, sicut mater filiam, illam basiavit, postea dixit : Eatis retro, ego volo loqui ­com filia mea in ­­consilio ; tunc ille recesserunt.

212-213 Danaen] abata ms. | 214 Phebus] Iupiter ms. | 217-233 nox] vox ms. speciem] specie ms.

651

IV 212-213

rexit septimus (« Il régnait [] au septième rang ») : noter que Démogorgon fut le premier et le plus grand des dieux ; il engendra Célius, Célius engendra Saturne, Saturne ­tengendra, Jupiter, avec trois autres enfants, Jupiter engendra Épaphus, Épaphus engendra Bélus, Bélus engendra Danaé, Danaé engendra Persée, Persée engendra Archiménès, Archiménès engendra Orchamus, qui est donc le septième depuis Bélus12.

IV 214

Axe sub (« Sous la voûte du ciel ») : ­lauteur établit la chronologie du moment où Phébus ­sunit à Leucothoé, et précise que ­cétait la nuit.

IV 215

­Lambroisie est une plante céleste délicate, qui tire son nom ­dambro-onis, « gourmand », et donc ambronius-a-um (« de gourmand »), « qui appartient au gourmand ».

IV 217-233

Comment Phébus ­s unit à Leucothoé

Comme il faisait nuit, Phébus entra dans la chambre de son amie.

Comme Phébus, qui avait pris ­lapparence de sa mère pour chercher Leucothoé, la trouva entourée de douze ­compagnes, il ­lembrassa ­comme une mère embrasse sa fille, puis dit : « Allez-vous en, je veux parler seule à seule avec ma fille », et elles se retirèrent.

652

217-225*

217 Dumque : quando et ; ibi : in oriente ; quadrupedes : equs. 218 -quevicem : et dum cursum ; deus : Phebus ; amatos : vel amantis. 219 versus : mutatus ; Hermiones : proprium ; faciem : similitudinem ; genitricis : matris Leucothoes. 220 bissex : duodecim ; famulas : socias ; lumina : lune. 221 levia : suavia ; ducentem : filantem. 222 ubi : postquam ; ceu : sicut ; oscula : basia ; nate : filie. 223 ait : dixit ; archana : secreta ; famule : o ; discedite : recedatis ; neve : non. 224 eripite : removete ; arbitrium : voluntatem ; matri : mihi. 225 Paruerant : famule ­concesserant ; thalamo : et hoc dico ; deus : Phebus ; teste : aliquo.

IV 226-227

Longum dixit metior : quia sol a principio anni usque ad terminum non cessat eundi in girum et iterum ad punctum sibi deputatum revertitur. Per quem videt (227) : quia die illuminat nondum de se luna ; claritatem ab illo recipit, que nocte mondum illuminat.

226-232*

226 longum : magnum. 227 omnia : ille ; perquem : ego sum ille ; tellus : terra. 228 oculus : lux ; places : mihi ; Pavet : timet ; illa : Leucothoe ; metuque : timore. 229 remissis : lassatis. 230 ipse : talis ; decuit : illam ; Nec : et non. 231 in veram : in formam ; speciem : divinam ; nitorem : splendorem. 232 atvirgo : sed Leucothoe ; inopino : subito ; visu : dei, quia mortalitas non potest pati ex insperato et subit nitorem celi.

IV 234-236

Quomodo Clicie vulgavit adulterium Leucothoes

Clicie, videns Leucothoem a Phebo amatam, mota fuit invidia, unde, ad Orchamum veniens, tale stuprum invidia renarravit, et hoc quia illam prius adamaverat. Pater vero Leucothoes illam vivam efodit, quamvis multas excusationes sibi diceret eficaces.

225* ­­concesserant] ­­concessant ms. | 226-227 illuminat ex illuminet ms. | 234-236tit. Leucothoes ex Leucothotoes ms. | 234-236 stuprum] stuprum quod ms. invidia] q invidia ms. illam2] illa ms.

653

IV 226-227

Longum dixit metior (« Je mesure, dit-il, la longueur… ») : parce que le soleil, du début à la fin de ­lannée, ne cesse de tourner et revenir au point qui lui est assigné. per quem videt (« par qui (la terre) voit ») : parce que le jour la lune ­néclaire pas encore par elle-même : elle reçoit de lui la clarté dont elle enlumine le monde la nuit.

232 visu (« par la vision ») : parce ­quun mortel ne peut le supporter de façon inattendue et ­quelle subit ­léclat du ciel.

IV 234-236

Comment Clytie divulgua ­l adultère de Leucothoé

Clytie, voyant que Leucothoé était aimée de Phébus, en ­conçut de la jalousie et, venant trouver Orchamus, lui raconta par jalousie ­lopprobre de Leucothoé, parce que Phébus ­lavait aimée ­dabord. Le père de Leucothoé ­lenterra vivante, malgré les nombreuses excuses effectives ­quelle lui présenta.

654

234-236*

234 Invidit : invidia mota fuit ; neque : non ; enim : quia ; illa : Clicie nec celestia opera. 235 solis : Phebi ; stimulataque : dolens et. 236 vulgat : manifestat ; parenti : Orchamo patri Leuchotoes.

IV 237-240

Quomodo Orchamus tumulavit Leucothoem vivam

Ferox animo, immansuetus corpore, crudus vel crudelis operatione, et talis erat Orchamus pater Leucothoes.

237-240*

237 indicat : monstrat ; ille : pater ; immansuetus : crudelis. 238 -que manus : et suas ; ille :sol. 239 vim : violentiam ; tulit : fecit ; alta : profunda. 240 crudus : crudelis ; humo : terra ; tumulumque gravis : tumbam et ponderose ; harene : sabuli.

IV 241-244

Defossa Leucothoe a patre suo, Phebus tumulum dissipavit, ut iterum illam a morte liberaret, et, com vidisset quod non poterat, dicit actor ex parte sua quod non fuit tam tristis post mortem filii sui Phetontis quantum erat tunc de morte amice sue Leucothoes.

241-244*

241 Dissipat : lacerat ; hunc : tumulum ; radiis : suis ; Yperione : proprium ; iter : viam. 242 quo : itinere ; promere : elicere. 243 nec : et non ; enectum : agravatum. 244 tollere : levare ; nimpha : o tu ; -queexangue : et sine sanguine.

[f. 82r]

IV 245

Phebus dicitur habere quatuor equos propter quattuor proprietates diei, unde versus : « Erubet Eous aurora, pallet Echous, / fervet Pirous, se mergit aquis Philogeus ».

237-240tit. Orchamus] Oechamus ms. vivam] vivum ms. | 245 aquis] aqui ms.

655

IV 237-240

Comment Orchamus ensevelit Leucothoé vivante

­Dun cœur farouche, ­dune personnalité féroce, cruel et inhumain par cet acte : tel était Orchamus, le père de Leucothoé.

IV 241-244

Leucothoé avait été enfouie par son père. Phébus dispersa le monceau de terre pour la libérer de la mort. Il vit ­quil ­ny arrivait pas : ­lauteur ajoute en aparté ­quil ne fut pas aussi malheureux après la mort de son fils Phaéton ­quil ­létait de la mort de son amie Leucothoé.

[f. 82r]

IV 245

On dit que Phébus avait quatre chevaux à cause des quatre propriétés du jour, ­doù les vers : « Éoüs rougeoie à ­laurore, Éthoüs est pâle, Pyroüs brûle, Philogée plonge dans la mer. »

656

245-250*

245 Nil illo : non aliquid ; fertur : dicitur ; moderator equorum : id est Phebus. 246 dolencius : plus dolens ; ignes : post fulminationem Phetontis filii sui. 247 Ille : Phebus ; quidem : certe ; gelidos : frigidos ; artus : membra. 248 queat : possit ; temptat : cupit. 249 fatum : dispositio. obstat : nocet, quia non fatatum erat quod mortuos suscitaret. 250 odorato : odorifero.

IV 251

Tamen etherea  : ex quo ita est, quod non potest suscitari. Tamen tanges etherea, quia tu mutaberis, et, ­com hoc dixisset et corpus nectare sparsisset, tam cito virga thurea de tomba surrexit, in qua iam corpus mutatum erat.

251-252*

251 prequestus : vel prius questus ; dixit : maximam lamentationem fecit. 252 corpus : Leucothoes.

IV 253-255

Quomodo Leucothoe mutata fuit in virgam thuream

253-255*

253 delicuit : distillavit ; madefecit : humetavit. 254 virgaque : una et ; sensim : ­communiter ; actis : agitatis. 255 -que : et ; cacumine : ­culmine ; rupit : laceravit.

IV 256-258

Quamvis Clicie posset excusari per amorem et per dolorem quem habuerat ex suspectione pelicis supradicte, tamen Phebus, ­contra illam graviter iratus, noluit illam plus habere ­concubinam.

256-258*

256 dolorem : suum. 257 poterat : excusare ; amplius : magis. 258 lucis : Phebus ; adit : petit ; Veneris : luxurie ; modum : finem.

251 quia] qui ms. | 253-255 thuream] ­­chiream ms. | 256-258 noluit] voluit ms.

657

249 Parce ­quil ­nétait pas fixé par les destins ­quil pût ressusciter les morts.

IV 251

Tamen etherea (« cependant dans ­léther ») : donc ­cest un fait ­quil ne peut la ressusciter. Tamen tanges etherea (« cependant tu atteindras ­léther »), parce que tu seras métamorphosée. Et ­comme en disant cela il répandait le nectar sur son corps, une tige ­dencens monta aussitôt de la tombe : ­cest en cette tige que son corps avait déjà été transformé.

IV 253-255

Comment Leucothoé fut changée en tige ­d encens

IV 256-258

Bien que Clytie pût être excusée à cause de son amour et de la douleur ­quelle avait ressentie en découvrant cette rivale, pourtant Phébus, gravement irrité ­contre elle, ne voulut plus partager sa couche.

658

IV 259-261

Com videret Clicie quod Phebus illam non amplius adamaret, ita fuit tristis quod ex eo tempore neque bibit neque ­comedit.

259-265*

259 Tabuit : defecit. 260 Iove : aere. 261 incopta : sine ornatu ; capillis : capillorum. 262 perque : per novem dies ; expers : sine parte ; undequecibi : aque et ­comestionis. 263 pavit : quia tantummodo lacrimas bibit iuxta illud plorans, ploravit in nocte et lacrime eius in maxillis eunt. 264 nec : et non ; spectabat : cernebat. 265 dei : Phebi ; illum : Phebum.

IV 266

Pro nimia assuetudine dicunt gentes quod membra heserunt ad terram et mutata fuerunt in herbam.

266* Membra ferunt : homines dicunt ; coloris : de vultu suo.

IV 267

Exangues dicit quia herba illa est alba per respectum ad alias et pallida, scilicet solsequium.

267-268*

267 luridus : pallidus ; exangues : sine sanguine ; ­convertit : mutavit. 268 parte : floris ; violeque : illi flori et ; ora : Leucothoes.

IV 269-270

De mutatione Clicies in solsequium

269-270*

269 illa : Leucothoes ; suum : amicum. 270 vertitur : inclinatur ; amorem : antiquum ; quia, quando sol oritur, apperit florem suum ; quando est in occidente, claudit iterum.

261* incoptaexincorruptams. | 263* eius] eus ms. | 267 alba ex herba alba ms. | 270* apperit] appit ms.

659

IV 259-261

Voyant que Phébus ne ­laimerait plus, Clytie fut si malheureuse ­quà partir de ce moment-là elle cessa de boire et de manger.

263 Parce ­quaprès cela elle ne but que les larmes ­quelle versait, elle pleurait toute la nuit et les larmes coulaient sur ses joues.

IV 266

On dit que, ­comme elle était restée trop longtemps immobile, ses membres ­sattachèrent à la terre et elle devint une plante.

IV 267

Il dit exangues (« exsangues ») parce que cette plante est blanche par rapport aux autres, et pâle, ­comme le tournesol.

IV 269-270

Métamorphose de Clytie en tournesol

270 Parce que, quand le soleil se lève, elle ouvre sa fleur ; quand il se couche, elle la referme.

660

IV 271

Finis fabule Leucothoes

Loquta fuit hactenus Leucothoe, unde universa multitudo sororum de tali mutatione ceperunt mirari. Pars dicebat : Dei possunt omnia facere, sed Bachus non est de illis qui omnia facere ­possunt. Hoc totum dicebant ad vituperium et dedecus Bachi.

272-273*

272 Pars : supradicta ; fieri : esse facta ; pars : una. 273 credunt : vel dicunt ; illis : deis ; qui omnia facere possunt.

IV 274-388

De fabula Alchitoes

De Dampnide

Poscitur : finitissupradictis, Alchitoe a sororibus petita est , que dixit : Non dicam vobis de Dampnide, qui fuit pastor troianus et mutatus fuit in ­lapidem. Talis est fabula : Dampnis habuit uxorem Acrimoniam. Aliam, ipsa vivente, duxit et adamavit, unde Acrimonia, irata, mutavit illum in lapidem. Totum est veritas usque ad mutationem, sed quod mutavit eum in lapidem debet intelligi in puteum precipitavit eum et obruit ­lapidibus, sed et ita fingitur mutatum esse.

274-278*

274 Poscitur : a sororibus ; Alchitoe : proprium ; postquam : quando ; siluere : tacuere ; sorores : que mirabantur de supradictis mutationibus factis. 275 que radio : navete gallice. Textor habet radium, radium rota et radium sol. 276 vulgatos : ­communes ; taceo : non dico ; et tamen dicebat. 277 Dampnidis : propriis ; quem : Dampnim. 278 tantusdolor : de mutatione sua.

IV 279-280

De Sytone

Syton. Fabula talis est : Syton fuit amasius Iovis qui aliquando erat vir, aliquando femina, et hoc donum de Iove habuerat. Debet intelligi quod erat vir ita dissolutus quod aliquando erat subiectus, aliquando subiciens in operatione dissolutionis carnis.

274-388 petita est ] petita # ms. in lapidem3] lapidem id est ms. debet intelligi ante et ita fingitur collocavit ms. mutatum] mutat ms. | 279-280tit. Sytone] Synone ms.

661

IV 271

Fin du récit de Leucothoé

Leucothoé parla ­jusquà ce moment-là, et toutes les sœurs sans exception13 se prirent ­détonnement pour une telle métamorphose. Une partie ­dentre elles disait : « les dieux peuvent tout faire, mais Bacchus ­nest pas de ceux qui ont tout pouvoir. » Elles disaient tout cela pour souligner les défauts de Bacchus et lui faire honte.

IV 274-388

Récit ­d Alcithoé

Daphnis

Poscitur (« On demande ») : les récits précédents étant terminés, ses sœurs demandèrent (une fable) à Alcithoé, qui dit : « je ne vous parlerai pas de Daphnis, berger troyen qui fut changé en pierre ». La fable est la suivante : Daphnis était marié à Acrimonie. Mais, du vivant de sa femme, il en épousa une autre, ­quil aima : aussi Acrimonie, irritée, le changea en pierre. Tout est vrai ­jusquà la métamorphose : ce changement en pierre doit être ­compris ainsi : « elle le précipita dans un puits et le recouvrit de pierres », et ainsi on imagina ­quil avait été métamorphosé.

274 sorores (« les sœurs ») : elles ­sétonnaient des métamorphoses ­contenues dans les récits précédents. 275 Le tisserand a un rayon, la roue a un rayon, le soleil a un rayon.

IV 279-280

Sithon

Syton (« Sithon »). La fable est la suivante : Sithon fut aimé de Jupiter ; il était tantôt homme, tantôt femme, et avait reçu ce don de Jupiter. On doit ­comprendre ­quil menait une vie si dissolue ­quil était tantôt dominé, tantôt dominant pendant ­lacte de débauche charnelle.

662

279-280*

279 necloquar : et non dicam ; ut : quantum ; ­condam : aliquo tempore ; novato : re(novato) ; quia hoc erat ­contrarium nature, quod hec faceret. 280 Ambiguus : dubius ; modo : aliquando ; modo : aliquando ; Syton : proprium.

IV 281

De Celmo

Celmus (282) : quidam puer erat et maxime pueros diligebat, pre ceteris Iovem, sed, com esset adultus, pro nimia indignancia nolebat eos videre nec amabat, unde miseratione deorum mutatus fuit in lapidem qui dicitur adamas. Hoc totum est veritas usque quod dicitur mutatum, sed sic nichil est nisi quod durus erat in anima per respectum ad tempora preterita.

281* quoque : similiter ; ­condam : aliquo tempore.

IV 282

De Curretis

Currete sunt populi in quibus fungi pluviales maxime fuerunt, et ipsi dicuntur cubitales, unde ab illis dicuntur nasci, sed nichil est nisi quod in paludibus habitant et nutriuntur.

282* Celme : o tu ; largo : magno ; satos : natos ; Curretas : populos ; ymbre : pluvia a fungis.

IV 283

De Crocu et Milace

Crocon et Milax fuerunt duo iuvenes filii regis, qui, pulcritudine sua elati, deis se pretulerunt, unde mutati fuerunt in flores, qui gallice dicuntur saffren. Quod nil est nisi quod propter formam suam superbierunt, et illa cito preteriit, sicut flos ille qui valde caducus est, unde Ovidius : « occulte fallitque etas volatilis » (X 519).

279* ­­contrarium] ­­contra iui ms. | 281tit. Celmo] Celino ms. | 281 Celmus]Celinusms. preterita ex preeterita ms. | 282tit. Curretis] currentis ms. | 282* Celme]Celinems. | 283 occulte ex labitur occulte ms. etas ex vocalis etas ms.

663

279 Parce que ce ­comportement était ­contraire aux lois de la nature.

IV 281

Celmis

Celmus (« Celmis ») :Celmis était un garçon qui aimait beaucoup les garçons, en particulier Jupiter, mais, devenu adulte, trouvant cela trop indigne, il refusa de les voir et de les aimer. Par pitié les dieux le changèrent en une pierre qui porte le nom de diamant14. Toute cette histoire est vraie ­jusquau moment où ­lon dit ­quil fut métamorphosé, ce qui ­nest rien ­dautre que le fait ­quil ­sétait endurci par rapport au passé.

IV 282

Les Curètes

Les Curètes sont un peuple chez qui des champignons appelés « coudes » étaient très abondants à cause des pluies. On dit que les Curètes sont nés de ces champignons, mais ­cest seulement parce ­quils vivent et se nourrissent dans des régions marécageuses.

IV 283

Crocus et Smilax

Crocon (« Crocus ») et Smilax était deux jeunes fils de roi qui, remarquables par leur beauté, se préférèrent aux dieux : ils furent changés en une fleur ­quon appelle en langue romane « safran ». Cela ne signifie rien ­dautre que cela : ils ­senorgueillirent à cause de leur beauté, mais celle-ci ­sévanouit vite, ­comme une fleur qui est toute fanée, ­doù le vers ­dOvide : « le temps qui ­senvole en secret et nous échappe ».

664

283-287*

283 Crocon : puerum ; versum : mutatum ; Milace : puero. 284 animos : vestros. 285 Unde : qua de causa ; infamis : male famosa. 286 Salmacis : factus est ; enervet : debilitet ; artus : membra tangencia. 287 Causa : principium, motivum.

IV 288

De Salmace

[ 1] Mercurio puerum. De Salmaci talis est fabula : Mercurius adamavit Venerem et ­com illa ­concubuit et genuit Hermofroditum. Iste puer erat stultus, patriam suam deseruit et [f. 82v] alibi in loco non cognito morabatur. Com autem ibi quodam tempore morabatur, vidit ibi stagnum et ibi voluit se balneare. [2] Quedam ninpha, illum videns, multum adamavit et multa verba blanda et deceptoria dixit, ut illum ad Venerem secum posset allicere ; tamen non potuit. Com hoc vidisset, finxit se abire et in dumo latuit. [3] Ille, volens se balneare, tegmina sua movit et in latices abiit, unde nimpha exarsit et secum in aquis saliit et per violenciam ipsum cepit, et, ­com teneret, ille repugnavit et illa tantum fecit quod habuit rem com illo violenter, et, ­com teneret eum in amplexu Veneris, rogavit deos ut numquam de cetero a tali statu separarentur, et dei sibi assenserunt. [4] Ille Hermofroditus rogavit ut quicumque fontem illum intraret, semivir exiret, et hoc dei sibi ­concesserunt, et sic facta sunt usque illuc : finis erat dictis (389).

288-303*

288 puerum : quendam ; Cytereide : id est Venere. 289 Naiades : nimphe ; Ideis : troianis ; antris : foveis. 290 facies : forma ; qua : forma ; materque paterque : Venus et Mercurius et. 291 cognosci : pro pulcritudine ; nomenquoquetraxit : similiter habuit, quia dicitur Hermofroditus, et dicitur ab Hermes, quod est interpres, et frodos, quod est Venus, quasi filius interpretis et Veneris. 292 Is : puer ; quincania : quindecim annos habuit. 293 deseruit : reliquit ; udaque : silva et ; altrice : nutrice. 294 ignotis : non cognitis ; ignota : non cognita. 295 minuente : abreviante ; laborem : penam.

286* artus]arcusms. | 288.4 exiret] exire ms. sunt] fuit ms.

665

IV 288

Salmacis

[ 1] Mercurio puerum (« un enfant que Mercure »). La fable de Salmacis est la suivante : Mercure aima Vénus et coucha avec elle ; il engendra Hermaphrodite. Cet enfant était stupide, il quitta sa patrie et [f. 82v] ­sattarda ailleurs, dans un lieu inconnu de lui. Comme il ­sy attardait un certain temps, il vit un lac où il eut envie de se baigner. [2] Une nymphe le vit et tomba amoureuse de lui. Elle lui tint de nombreux propos caressants et trompeurs pour pouvoir ­lattirer avec elle vers les plaisirs de ­lamour, mais en vain. Voyant cela, elle fit semblant de ­sen aller et se cacha dans un buisson. [3] Lui, qui voulait se baigner, enleva ses vêtements et ­séloigna dans ­leau. La nymphe ­senflamma et le rejoignit ­dun bond dans ­leau. Elle le saisit violemment. Comme elle le tenait, il lui résista. Mais elle fit tant ­quelle ­sunit à lui par la force. Pendant ­quelle le tenait dans cette étreinte amoureuse, elle demanda aux dieux de les garder définitivement unis dans cet état, et les dieux le lui accordèrent. [4] Alors Hermaphrodite demanda que tout homme qui entrerait dans cette source en ressorte à moitié mâle, et les dieux le lui accordèrent. ­Cest ce qui est raconté ­jusquaux mots finis erat dictis (« ­cétait la fin du récit »).

291 nomenquoquetraxit (« il tira aussi son nom ») : parce ­quil ­sappelle Hermaphrodite, du nom ­dHermes, « ­linterprète », et de Frodos, ­cest-à-dire Vénus, en ­dautres termes le fils de ­linterprète et de Vénus.

666

296 Illic : in hoc loco ; etiam : certe ; propinquas : proximas. 297 Carras : civitates ; adit : petit ; adumum : profundum. 298 solum : terram ; limphe : aque ; canna : roses gallice ; palustris : in palude crescens. 299 non steriles : sine fructu ; ulve : herbe ; iunci : herbe. 300 prospicuus : clarus ; liquor : aqua ; ultima : margines ; vivo : viridi ; 301 cinguntur : lustrantur. 302 Nimpha : una ; apta : ­competens ; arcus : quia non erat venatrix, ymo occiosa labitur. 303 flectere : talis.

IV 305

Totum istud potest esse veritas, quia in rei veritate in quibusdam partibus transmarinis est quidam fons infamis ; quando aliquis se abluit, fit tam cito femina seu semivir, iuxta quem isti ­convenerunt.

305* fama : opinio.

IV 306

[1] Venus interpretatur hic mondana ­concupiscentia carnalis, quam Mercurius adamans, id est predicans, eloquens ut illam, quia pessima, evocaret ; generavit filium Hermofroditum, qui interpretatur in mondanas fallacias ­facundus. Hic patriam deseruit, id est heremita factus fuit vel religiosus. [2] Tamen, ­com alibi moraretur, vidit stagnum aque lucentis, id est cognitionem minime habuit, et Salmacis, id est nimpha prudencie, illum adamavit, et dicitur a sale, quod est sapientia, et matrix , quod est scientia vel custos, quasi custos sapiencie. Tamen pugnavit, quia, quanto religiosior, tanto dyabolus fallacior. [3] Tamen in stagno cepit, id est in amaritudine flectus ; nudus, id est nuda ­consciencia, illum stabilem fecit, et sic semivir, non vir perfectus ad iactationes et stulticias mondi nec mulier ad labilitatem in peccatis, sed vir, id est virtuosus ­contra tentamenta ; mulier, id est simplex et humilis ad pacienciam. Talis est fons de quo dicitur.

305 est] et ms. quando] quodem ms. | 306.1 predicans] predicas ms. mondanas fallacias facundus] mondanos fallacii facundum ms. | 306.2 et matrix quod est scientia] # quod est scientia ms.

667

302 Parce que, ­nétant pas une chasseresse, elle glisse dans ­loisiveté.

IV 305

Tout cela peut être la vérité, parce ­quen réalité dans certains endroits de la mer il y a une source mal famée : quand ­quelquun ­sy baigne, il devient aussitôt efféminé ou semi-mâle, selon celui ­quils ont ­convenu ­dêtre.

IV 306

[1] Vénus ­sinterprète ici ­comme le désir charnel du monde, ­quaima Mercure, le prédicateur, qui utilise son éloquence pour la rappeler à lui, elle qui est pleine de vices. Elle engendra un fils, Hermaphrodite, qui ­sinterprète ­comme « disert sur les tromperies de ce monde ». Il quitta sa patrie, ­cest-à-dire ­quil devint ermite ou religieux. [2] Mais, ­comme il ­sattardait ailleurs, il vit un lac ­deau claire, ­cest-à-dire ­quil manqua ­dintelligence. Salmacis, la nymphe de la prudence, ­laima : son nom vient de sale, « sel », qui est la sagesse, et matrix, « matrice », ce qui est la science ou le gardien, en ­dautres termes « la gardienne de la sagesse ». Cependant il se débattit parce que, plus ­lhomme est religieux, plus le diable est trompeur. [3] Cependant elle le prit dans le lac, ­cest-à-dire dans ­lamertume des larmes. Il était nu, ­cest-à-dire que sa ­conscience était pure. Elle le rendit ferme, et donc demi-mâle, non pas un homme parfait pour les vanités et les sottises du monde, ni une femme encline à glisser dans les péchés, mais un homme, vertueux ­contre les tentations, une femme, simple et humble ­jusquà la patience. Telle est la source de ce qui est dit.

668

306-315*

306 Salmaci : o tu ; iaculum : unum ; pictas : nobiles ; sume : cape ; 307 duris : nostris ; misce : ­coniunge. 308sumit : capit ; pictas : capit. 309 miscet : ­coniungit. 310 sedmodo : tantummodo ; formosos : pulcros ; perluit : lavat ; artus : membra. 311 citheriaco : a loco ; a Cithereo monte ubi buxus maxime habundat. deducit : petit ; crines : capillos. 312 deceat : pulchrum fit ; undas : quia speculabatur se sepe. 313 nunc : aliquando ; perlucenti : nitido : circondata : tecta ; amictu : veste. 314 aut : etiam ; aut : vel ; herbis : lectis, de gramine factis. 315 legit : colligit ; quoque : certe ; forte : casu ; legebat : colligebat ; flores legebat ­considerando viam celestem.

IV 316-319

Quomodo Salmacis amavit Hermofroditum

Aliter potest dici allegoria : Hermofroditus, id est religiosus iuvenis, a Salmaci, id est a meretrice, amatus est. Multum renuit, et tamen, deceptionibus illius deceptus, in peccatum cecidit, quia sic nudus peccator gratia dei efficitur, unde quisquis perfecte in laqueos meretricis cadit, proprie semivir est, quia de se ipso non est dominus. Illa forte flores legebat : occiosa erat, quia in mondanis delectationibus morabatur. Hoc est quod dicitur.

316-319*

316 visum : illum. 317 Nec : et non ; tamen : tancito ; adiit : peciit ; si : quamvis ; adire : petere. 318 amictus : vestes. 319 formosa : pulchra.

IV 320-328

Quomodo Salmacis loquta fuit com Hermofrodito

Hic ostenditur quomodo Salmacis adulabatur ­com Hermafrodito puero, ut posset eum allicere ad libidinem secum ; primo a parte speciositatis, postea a parte generis.

316-319tit. Hermafroditum] Hermafroditus ms. | 316-319a1] ad ms. forte flores] # flores ms.

669

311 citheriaco (« du Cytore ») : du nom du Mont Cytore, où les buis poussent en abondance. 312 Parce ­quelle se ­contemplait souvent. 315 legebat (« Elle cueillait ») : elle cueillait des fleurs en ­contemplant la voûte céleste.

IV 316-319

Comment Salmacis aima Hermaphrodite

On peut proposer autrement une allégorie : Hermaphrodite, un jeune homme religieux, fut aimé par Salmacis, une femme publique. Il la repoussa longtemps, mais, trompé par ses ruses, il tomba dans le péché, parce que celui qui est privé de la grâce de Dieu devient pécheur. Et quiconque tombe ­complètement dans les lacets ­dune courtisane est proprement la moitié ­dun homme, parce ­quil ­nest plus maître de lui. Un jour elle cueillait des fleurs : elle était oisive, parce ­quelle ­sattardait dans les plaisirs de ce monde. Voilà ce qui est dit.

IV 320-328

Comment Salmacis ­s adressa à Hermaphrodite

Ici est montré ­comment Salmacis, pour pouvoir ­lattirer avec elle dans les plaisirs amoureux, flattait le jeune Hermaphrodite, ­dabord du point de vue de sa beauté, ensuite du point de vue de sa naissance.

670

320-324*

320 sicorsa loqui : taliter incepit. 321 sue : sive ; Cupido : deus amoris ; hoc dicit propter pulcritudinem suam, sed beatitudo sua provenit a tanto filio quantus est. 322 sive es : vel tu ; qui : illi. 323 felix : est ; fortunata : beata ; profecto : certe. 324 qua : aliqua ; nutrix : est felix ; eo quod mamillas eius tetigisti.

IV 325

Sed longe, quasi dicat : Si tu habes sponsam, illa est valde beata et beatior quam mater tua vel soror vel nutrix tua, quia tu facis illi ludum per quem beata est illa, et, si habeas aliquam, ego peto te quod furtive habeas rem mecum. Si non habeas, ego peto te quatinus sim tua ­sponsa.

325-328*

325 longe : id est pre omnibus mulieribus. 326 qua : aliqua ; sponsa : ­coniunx ; teda : maritagio. 327 furtiva : celata. 328 seunulla : vel si non ulla exortua ; ego sim : uxor ; ineamus : intremus.

IV 329

Nays : finita blandicione Salmacis ad puerum, tacuit ; tunc puer erubuit et sic tangitur modus castitatis et facit actor ­comparationem de rubore suo ad poma, partim rubicunda, partim alba, et ebori picto minio.

329-334*

329 Nays : Salmacis ; hiis : supradictis ; pueri : Hermafroditi ; notavit : signavit. 330 decebat : quia pulchrior fuit propter ruborem. 331 Hic : talis est ; prisca : antiqua ; malis : pomis. 332 autebori : talis color est ; rubenti : tantummodo. 334 nimphe : Salmaci ; sororia : quasi esset soror.

IV 335-336

Quia quidam populi, scilicet Coribantes, credunt com suis timpanis et ere incantare lunam et revocare aclysim.

335-336*

335 oscula : basia ; manus : suas ; eburnea : splendencia sicut ebur. 336 aut : ego ; ait : dixit ; ista : loca ; relinquo : desino.

321* amoris ex amoris Cupido ms. filio] folio ms. est] es ms. | 329 ­­comparationem] ­­comparatione ms. | 331* prisca]apricaexpriscams. | 335-336 Coribantes] Coribante ms.

671

321 Elle dit cela à cause de sa beauté, mais ils sont heureux ­davoir « un fils tel que toi ». 324 nutrix (« ta nourrice ») : elle est heureuse, parce que tu as tété son sein.

IV 325

Sed longe (« Mais de loin »), en ­dautres termes : « si tu as une épouse, elle est très heureuse et plus heureuse que ta mère ou ta sœur ou ta nourrice, parce que tu joues avec elle à des jeux qui la rendent heureuse ; si tu en avais une, je te demande de ­tunir secrètement à moi. Si tu ­nen avais pas, je te demande de me prendre ­comme épouse. »

IV 329

Nays (« La Naïade »: ayant fini de flatter ­lenfant, Salmacis se tut ; alors celui-ci rougit, et on décrit ici le ­comportement de la chasteté. ­Lauteur ­compare sa rougeur à la couleur ­dune pomme, en partie rouge, en partie blanche, et à de ­livoire décoré au minium.

330 decebat (« lui seyait ») : parce que cette rougeur ­lembellissait.

IV 335-336

Parce ­quun certain peuple, les Corybantes, croient enchanter la lune et éloigner ­léclipse avec leurs tambourins et leurs cymbales.

672

IV 337-340

Com ita puer diceret quod fugeret aut Salmacis ipsum desineret, illa, timens eum perdere, fecit ut se recederet et in dumo latuit.

337-340*

337 tibi : sine me ; trado : relinquo. 338 hospes : o avena ; ait : fingit ; gradu : passu. 339 quoquerespiciens : retro aspiciens ; fruticumque : dumorum et ; silva : densicate. 340 delituit : id est latuit ; ille : puer.

[f. 83r]

IV 341-345

Quomodo Hermofroditus se balneavit

341-345*

341 ut : id est cura ; inobservatus : sine custodia. 342 huc : ex una parte ; illuc : ex altera parte ; alludentibus : defluentibus ; undis : aquis. 343 summa : plantas ; pedum : suorum. 344 mora : fuit. 345 mollia : flexibilia ; ponit : de(ponit) ; removet.

IV 346-347

Salmacis, videns Hermofroditum nudum, in corde suo pro nimia libidine ­combusta fuit et oculi sui, aspiciendo puerum, ita flagrabant. Sic solis radius a speculo repercussus et ita exteriora signa interiora manifestabant.

346-349*

346 obstupuit : de pulcritudine ; forme : pueri. 347 exarsit : in corde ; quoquelumina : respiciendo puerum. 348 ­com : fit ; puro : claro ; orbe : firmamento. 349 referitur : repercutitur ; Phebus : sol.

IV 350

Quia vix se tenebat quin illum caperet, tantum gaudebat et peccatum tractabat illum videndo.

350-352*

350 Vixque : pone et. 351 amplecti : illum ; male­continet : quin caperet eum. 352 Ille : puer ; plauso : percusso ; palmis : suis.

337-340 fecit] fieri ms. recederet] recedere ms. | 350 peccatum] precatio ms.

673

IV 337-340

Comme ­lenfant disait ­quil ­senfuirait si Salmacis ne le laissait pas tranquille, celle-ci, craignant de le perdre, fit ­comme si elle se retirait et se cacha dans un buisson.

[f. 83r]

IV 341-345

Comment Hermaphrodite se baigna

IV 346-347

Quand Salmacis vit Hermaphrodite nu, elle brûla dans son cœur ­dun excès de désir ; ses yeux eux-mêmes ­senflammaient en regardant ­lenfant, ­comme un rayon de soleil répercuté par un miroir et ­comme des sentiments intérieurs manifestés par des signes extérieurs.

IV 350

Se retenant avec peine de le saisir, elle se ­contentait de se réjouir et de penser au péché en le regardant.

674

IV 353

Hic tangit actor modum puerorum balneancium se, qui, quando se balneant intrando aquas, nates percuciunt sicut pueri natantes.

353-355*

353 desilit : salit ; latices : aquas ; brachia ducens : aliter iactans. 354 liquidis : claris ; quis : aliquis. 355 signa : ymagines ; candida : alba ; vitro : dicit actor quod, sicut ymago eburnea tecta vitro sub illo nitet, sic puer sub aqua resplenderet.

IV 356

Nimpha, videns puerum nudum in aqua, exclamavit : Ego te ­devici ; expoliavit se et com eo desiliit.

356-357*

356 Vincemus : te ; meus : ­coniunx ; omni / veste : veste tam sua quam pueri. 357 procul : a longe ; iacta : iactata ; undis : aquis.

IV 358-360

Quomodo Salmacis cepit Hermofroditum

Subiectat (359) : quia membra secreta nature tangebat ut illum ad Venerem ­commoveret.

358-360*

358 pugnantem : puerum ; luctantia : invicta ; oscula : basia ; carpit : dat ; quia non vellet tangi ab illa. 359 subiectat : ad inferiora. 360 hac : ex una parte ; iuveni : Hermaphrodito ; illac : ex alia.

IV 361-367

Com puer vellet abire, Salmacis eum tenebat et facit actor ­comparationes de illa ad aquilam dicens : Sicut serpens implicat aquilam quando cepit illam, com cauda pendente pedes et caput alligat ; sicut hedere ramos tenent et implicant et sicut polipus capit illum, quicumque fit qui polipum cepit, ita Salmacis Hermofroditum ­detinebat.

355* sic ex sic s ms. resplenderet ex resplenderet phs ms.

675

IV 353

Ici ­lauteur traite de la façon de se baigner des jeunes gens qui, quand ils entrent dans ­leau pour se baigner, se frappent les flancs ­comme des enfants qui nagent15.

355 vitro (« par le verre ») : ­lauteur dit que, ­comme la statue ­divoire recouverte ­dun morceau de verre brille sous ce verre, ainsi ­lenfant resplendirait sous ­leau.

IV 356

La nymphe, voyant ­lenfant nu dans ­leau, ­sexclama : « je te tiens16 ». Elle se déshabilla et sauta (dans ­leau) avec lui.

IV 358-360

Comment Salmacis ­s empara ­d Hermaphrodite

Subiectat (« Elle glisse sous ») : parce ­quelle caressait les membres secrets de la nature pour ­lattirer vers les plaisirs de ­lamour.

358 Parce ­quil ­naurait pas voulu être touché par elle.

IV 361-367

Comme ­lenfant voulait ­sen aller, Salmacis ­saccrochait à lui. ­Lauteur la ­compare à un aigle : « ­comme un serpent, dit-il, enveloppe un aigle quand il ­sempare de lui, ­comme il attache les pieds et la tête avec sa queue qui pend, ­comme le lierre ­sagrippe aux branches, ­senroule autour ­delles, ­comme le polype agrippe quiconque veut ­semparer du polype, ainsi Salmacis retenait Hermaphrodite. »

676

361-365*

361 denique : ad ultimum ; ­contra : illam ; elabi : evadere. 362 implicat : nectit ; ales : id est aquila. 363 illa : serpens ; pedes : aquile. 364 spaciantes : volitantes. 365 utve : sicut vel ; ramos : vel troncos.

IV 366

Polipus est quidam piscis in mari et dicitur a polis, quod est pluralitas, et pes-pedis, vel pos, quod est pes, quia plures pedes habuit in se, et potest dici gallice seche vel grabe.

366-367*

366 utque : sicut et ; equoribus : mare ; deprensum : captum ; polipus : piscis. 367 dimissis : dare.

IV 368

Athlanciades : de genere Athlantis, quia Athlas genuit Maiam ; Maia genuit Mercurium ; Mercurius Hermofroditum.

368-372*

368 PerstatAthlanciades : in proposito stat de genere Athlantis ; nimphe : Salmaci. 369 illapremit : erga se. 370 inherebat : capiebat. 371 effugies : abibis ; dii : o ; iubeatis : velitis ; istum : puerum. 372 seducat : dividat ; isto : puero.

IV 370-373

Petitio Salmacis

Vota suos : ­com Salmacis petitionem suam finisset, dei sibi ­consenserunt et ­coniuncta fuit ­com Hermofrodito, sicut sunt ligna in tempore ustionis, quia, sicut ligna nec simpliciter sunt unum nec simpliciter sunt aliud, sic erant : nec simpliciter erat ille vir nec illa femina, immo erant ­commixti, et sic tangitur modus coeundi ad Venerem.

suos (373) : id est favorabiles, quia dei cito precibus suis ­consenserunt.

373-374*

373 nam : quia ; mixta : ­coniuncta ; duorum : Salmacis et Hermofroditi. 374 facies : similitudo ; inducitur : traditur ; illis : duobus.

368* Athlantis] Atlantis ms. | 370-373 ustionis] iusitionis ex iussionis ms.

677

IV 366

Le polype est un poisson de mer, il tire son nom de polis, qui désigne la pluralité, et pes-pedis, ou pos, qui est « le pied », parce ­quil possède plusieurs pieds. En roman on peut ­lappeler « sèche » ou « crabe ».

IV 368

Athlanciades (« Le descendant dAtlas ») : de la famille ­dAtlas, parce ­quAtlas engendra Maia, Maia engendra Mercure, Mercure engendra Hermaphrodite.

IV 370-373

Prière de Salmacis

Vota suos (« Les vœux [] ses (dieux) ») : ­comme Salmacis avait terminé sa prière, les dieux la lui accordèrent et elle fut unie à Hermaphrodite, ­comme le sont les morceaux de bois au moment de la ­combustion, car ils étaient ­comme sont ces morceaux, ni simplement un ni simplement différents : lui ­nétait pas simplement un homme ni elle une femme, mais ils étaient mêlés, et ­cest ainsi ­quest traitée la façon de ­sassembler dans les plaisirs de ­lamour.

suos (« Ses »), ­cest-à-dire « favorables », car les dieux ­consentirent aussitôt à ses prières.

678

IV 375-379

Quomodo Salmacis et Hermofroditus ­coniuncti fuerunt

375-381*

375 una : eadem ; Velud : sicut ; quis : homo ; ­conducat : simul ducat vel ­coniungat. 376 iungi : ­com ; -que : et ; adolescere : crescere. 377 sic : taliter ; ubi : postquam ; coierunt : ­coniuncta fuerunt ; membra : sua. 378 nonduo : immo unum ; forma : sua ; feminadici : illa dici non potest femina nec ille potest dici homo. 379 ut : quod ; neutrumque : nec vir nec mulier ; utrumque : vir et mulier. 380 Ergo ubi se liquidas : ex quo ita factum est postquam claras ; quo : in quibus ; undas : aquas. 381 semimarem : partim virum, partim mulierem ; illis : aquis.

IV 382

Petitio Hermofroditi

Quia iam mutatus erat propter petitionem Salmacis supradictam.

IV 383

Hermofroditus, videns se in undis mutari et precipiens petitionem Salmacis exauditam, similiter rogavit patres suos, videlicet Mercurium et Venerem, quatinus sibi ­concederent quod quisquis de cetero stagnum vel fontem illum intraret, semivir exiret, et illi tale donum sibi ­concesserunt.

382-383*

382 membra : sua ; manus : suas ; voce : sermone ; virili : viri. 383 Hermofroditus : proprium nomen ; date : ­concedite.

IV 384

Quia dicor Hermofroditus ab hermes, quod est interpres, et frodos, quod est spuma vel novus, quasi filius interpretis et Veneris.

383 videns] vides ms. petitionem] petitione ms.

679

IV 375-379

Comment Salmacis et Hermaphrodite furent unis

378 On ne peut pas dire ­quelle est une femme et on ne peut pas dire ­quil est un homme.

IV 383-388

Prière ­d Hermaphrodite

Parce ­quil avait déjà été métamorphosé sur la prière de Salmacis énoncée ci-dessus.

Hermaphrodite, voyant ­quil était transformé dans les ondes et ­comprenant que la prière de Salmacis avait été exaucée, demanda de la même façon à ses parents, Mercure et Vénus, de lui accorder que, quiconque à ­lavenir entrerait dans ce lac ou dans cette fontaine, en sortirait demi-mâle, et ils lui accordèrent ce don.

IV 384

Parce que mon nom Hermaphrodite vient ­dHermes, ­linterprète, et de Frodos, qui signifie « écume » ou « nouveau », en ­dautres termes fils de ­linterprète et de Vénus.

680

384-388*

384 et pater et genitrix : o Mercuri, o Venus. 385 quisquis : sive vir sive mulier ; inde : ab illis. 386 subito : tam cito. 387 uterque parens : tam Mercurius quam Venus ; rata : circa ; biformis : quia iam mutatus erat. 388 tinxit : quia quisquis intrat, semivir exit.

[f. 83v]

IV 389-415

Quomodo Mineides mutate fuerunt in vespertiliones

Ita ­confabulaverant Mineides, ut supradictum est, ab illo loco Piramus et tisbe (55) usque huc, et, ­com ita ­confabularentur, exequitur actor de mutatione Mineidum in vespertiliones, dicens quod tamcito in domibus illarum insignia Bachi strepuerunt, scilicet timpana, cornua, era, multimode sonancia, unde primo mutate fuerunt tele earum in hederas et vites, postea corpora earum in vespertiliones.

389* dictis : Mineide.

IV 390

[1] Re vera iste Mineides fuerunt optime potatrices que Bachum despiciebant, id est dicebant quod vini potatio non poterat eis nocere. Bachus, iratus, mutavit telas earum in vineas, id est fecit telas earum vendi pro vino, vel in hederas, quia hedere ad modum vinearum serpunt, vel hedere fructum inutilem reddunt, sicut de vini potatione nulla potest utilitas provenire. [2] Ipse vero in aves dicuntur mutate, quia, venditis omnibus que habebant, a patria sua exulantes effugerunt, sed in vespertiliones pocius mutate sunt quam in alias, quia de nocte fugerunt et de nocte magis quam de die potationibus vacaverunt. Hoc est quod dicit.

390-396*

390 urget : facit ; opus : suum ; spernitquedeum : despicit et Bachum ; prophanat : maledicit. 391subito : cito ; apparentia : visa. 392 obstrepuere : resonavere ; adunco : curvo ; tibia : bucina. 393 tinnula : resonancia ; mirreque : unguenta ; crocique : safren. 394 tele : quas faciebant. 395 inquehedere : et illius herbe ; frondescere : frondes capere ; vestis : illarum. 396 pars abit : vestis mutatur ; que : illa ; modo : nuper.

388* semivir] se vir ms. | 389-415 timpana] timpane ms.

681

387 biformis (« à double forme ») : parce ­quil avait déjà été métamorphosé. 388 Parce que quiconque entre dans ­leau en sort semi-mâle.

[f. 83v]

IV 389-415

Comment les Myniéides furent transformées en chauves-souris

Ainsi les Myniéides ­sétaient raconté des fables, ­comme on ­la dit, depuis les mots Piramus et tisbe (« Pyrame et Thisbé ») ­jusquà cet endroit. ­Lauteur fait suivre ces récits de la métamorphose des Myniéides en chauves-souris, disant ­quaussitôt dans leur demeure retentirent les instruments caractéristiques de Bacchus, tambourins, cors, cymbales, qui résonnaient sur tous les tons. Puis dans un premier temps leurs toiles furent changées en lierre et en vigne, ensuite leurs corps en chauves-souris.

IV 390

[1] En vérité les Myniéides étaient de très bonnes buveuses qui méprisaient Bacchus, ­cest-à-dire ­quelles disaient que boire du vin ne pouvait pas leur faire de mal. Bacchus, irrité, changea leurs toiles en vignes, ­cest-à-dire leur fit vendre leurs toiles pour acheter du vin, ou en lierre, parce que le lierre serpente ­comme les vignes, ou que le fruit du lierre est sans profit, de même ­quil ne peut venir aucun profit de la boisson. [2] Quant à elles on dit ­quelles furent changées en oiseaux parce que, ayant vendu tout ce ­quelles possédaient, elles ­senfuirent en exil loin de leur patrie, mais elles furent changées en chauves-souris plutôt ­quen ­dautres oiseaux, parce ­quelles ­senfuirent de nuit et ­quelles se ­consacrèrent à la boisson la nuit plutôt que le jour. Voilà ce ­quil dit.

682

IV 394-398

De mutatione telarum in vineas

IV 397

Palmite : palmes est ramus vittis ­com foliis et uvis avulsus.

397-400*

397 stamine : suo ; pampinus : folium vittis. 398 purpura : de colore purpure ; accomodat : tradit. 399 subibat : veniebat. Actor describit tempus in quo mutate fuerunt et in quo volant. 400 quod : tempus ; nec : non ; tenebras : noctem ; nec : et non ; lumen : diem.

IV 401-405

Hic tanguntur mirabilia in adventu Bachi patencia.

401-405*

401 ­confinia : proximitates ; noctis : quia crepuscula erant. 402 repente : cito ; quati : moveri ; -que : et. 403 rutilis : nitidis ; collucent : splendent ; edes : domus. 404 simulacra : ymagines. 405 Fumida : fumancia ; tecta : domos ; sorores : Mineides.

IV 406

Quia in diversis locis habitant.

406-408*

406 diverse et : ille et ; victant : fugiunt. 407 dumque : quando et ; membrana ; pellicula ; artus : membra. 408 porrigitur : tenditur ; tenuesque : parve et ; brachia : sua ; penne : plume.

IV 409

Ignorancia sua non sinit illas scire qua ratione mutantur et spoliantur de bonis quia paulatim omnia bona in potationibus suis posuerunt.

409* Nec : et non ; ratione : causa ; figuram : formam.

IV 410-411

Quamvis plumee non essent, tamen habuere alas pelliculosas, non etiam de plumis factas.

397 avulsus] avulsum ms. | 399* subibat]subilatms. volant] valant ms. | 409 sinit] finis ms. paulatim] pallatim ms.

683

IV 394-398

Métamorphoses des toiles en vignes

IV 397

Palmite (« De sarment ») : le sarment est une branche de vigne arrachée avec ses feuilles et ses grappes de raisin.

399 ­Lauteur décrit le moment où, métamorphosées, elles se mettent à voler.

IV 401-405

Ici sont racontés les phénomènes extraordinaires subis à ­larrivée de Bacchus.

IV 406

Parce ­quelles habitaient dans des lieux différents.

IV 409

Leur ignorance ne leur permet pas de savoir pourquoi elles ont été métamorphosées et dépouillées de leurs biens, parce ­quelles ont peu à peu dépensé tous leurs biens dans la boisson.

IV 410-411

­Quoiquelles ­neussent pas de plumes, elles avaient des ailes faites ­dune petite peau, et non de plumes.

684

411-413*

411 sustinuere : in ethere ; perlucentibus : parvis. 412 ­conate : volentes ; loqui : fari ; corpore : iuxta possibilitatem corporis. 413 emittunt : reddunt ; peragunt : faciunt ; leves : parvas ; stridore querelas : quia strident volitando.

IV 414-415

Dicuntur ille vespertiliones a vespere et tylia-lie, arbor infructifera ; sic ille aves nullum bonum fructum faciunt.

414-415*

414 -que : et ; celebrant : habitant ; ignem : aliter lucem. 415 Sero : tardo.

IV 416-417

De deitate Bachi

Mutatis Mineidibus in vespertiliones, omnes inceperunt venerari Bachum et ei sacrificare. Yno vero, matertera Bachi et regina, multum virtutes Bachi exaltabat. Hoc videns, Iuno, que semper genus Cadmi habebat in odio, voluit illam occidere, unde ad ultimum, multis iurgiis dictis, descendit apud inferiores sedes et deos infernales rogavit ut Athamas et Yno essent furibundi multis tormentis ibi visis, que inferius ­continetur, et fabulatio tota patebit.

416-417*

416 memorabile : id est dignum memoria. 417 numen : aliter nomen ; Yno : proprium ; metertera : soror matris ; vires : virtutes et miracula.

IV 418-420

Incipit de Ynoe et Athamante

Natis (420) : id est Melicirco et Learcho.

418-420*

418 narrat : dicit ; ubique : in quolibet loco ; tot : multis ; expars : sua parte ; Semele fulminata. 419 una : solis, scilicet Yno ; quem : illum ; sorores : sue. 420 Aspicit : Iuno ; hanc : Ynoa ; natis : suis ; thalamoque : ­coniugio et.

415* Seroexceroms. | 416-417 sedes] sedes ivit ms. tota] tuta ms.

685

413 Parce ­quelles poussent des cris stridents en volant.

IV 414-415

Les chauves-souris (vespertiliones) tirent leur nom de vespere (« soir ») et tylia-lie, « arbre sans fruit ». Ainsi ces oiseaux ­napportent rien de fructueux.

IV 416-417

Divinité de Bacchus

Une fois les Myniéides changées en chauves-souris, tous ­commencèrent à vénérer Bacchus et à lui offrir des sacrifices. Ino, tante de Bacchus et reine, portait aux nues les vertus de Bacchus. Voyant cela Junon, qui avait toujours haï la famille de Cadmus, voulut la tuer, aussi finalement, après avoir émis de nombreuses insultes, descendit-elle dans les séjours infernaux pour demander aux dieux des Enfers de rendre fous Athamas et Ino au moyen des nombreux tourments ­quelle voyait là : ­cest ce qui est ­contenu plus bas, et toute la ­conversation sera énoncée clairement.

IV 418-420

Début du récit sur Ino et Athamas

Natis (« les enfants ») : ­cest-à-dire Mélicerte et Léarque.

418 Sémélé ayant été foudroyée.

686

IV 421

Quia Bachum nutrierat, unde dicitur superius furtim illum primis yno matertera cunis educat inde datum (III 313), et cetera.

421-422*

421 sublimes : superbos ; Bachi : aliter Iuno. 422 nontulit : passa fuit ; et secum : ait ; natus : id est Bachus ; filius Semeles que fuit pelex mea.

IV 423-431

Quomodo Iuno secum litigabat pro Ynoe

Vertere Meonios (423) : respicit ad illud quod supradictum est in fabulatione Acestis ad Penthea de inventione Bachi et de mutatione nautarum in pisces eo quod ipsum volebant decipere, et ita loquitur Iuno iurgiose et indignanter.

423-424*

423 vertere : mutare ; Meonios : a Meonia ; ponto : mari. 424 et : potuit ; matri : Agavo ; nati : Pentei.

IV 425

De materia precedenti in fine alterius libri loquitur, scilicet quomodo Pentheus a matre et sororibus suis laceratus fuit, quia Bachum despiciebat. Et triplices : respicit ad materiam supradictam ­continue de mutatione trium Mineidum, scilicet Alchitoes, Leucotoes et alius non nominate, in vespertiliones.

425-426*

425 ettriplices : potuit terne ; operire : tegere ; Mineides : filie Minei. 426 non : nomquid, ironice ; Iuno : loquitur in tercia persona.

421 cunis] cuius ms.

687

IV 421

Parce ­quelle avait nourri Bacchus, ­cest pourquoi il est dit plus haut furtim illum primis yno matertera cunis educat inde datum (« Ino, sœur de sa mère, entoura furtivement son berceau des premiers soins, ensuite elle le ­confia »), etc.

422 natus (« enfant ») : ­cest-à-dire Bacchus, le fils de Sémélé qui fut ma rivale.

IV 423-431

Dilemme de Junon au sujet ­d Ino

Vertere Meonios (« transformer les Méoniens ») : ­lauteur revient au récit antérieur ­contenu dans la ­conversation ­dAcétès avec Penthée, sur la découverte de Bacchus et la métamorphose des marins en poissons parce ­quils voulaient le tromper : Junon en parle de façon injurieuse et indignée.

IV 425

Il est question ­dune matière antérieure, traitée à la fin ­dun autre livre, à savoir la façon dont Penthée fut déchiré par sa mère et les sœurs de cette dernière, parce ­quil méprisait Bacchus. Et triplices (« Et les trois ») : il revient de façon ­continue à la matière précédente, celle de la métamorphose des trois Myniéides, Alcithoé, Leucothoé et une autre qui ­nest pas nommée, en chauves-souris.

426 non : ironique ; Iuno : elle parle à la troisième personne.

688

IV 427

[1] Fabula talis est : ­com multa miracula fecisset Bachus in adventu suo, Iuno, dolens huic, incepit secum obiurgare, quia semper totum genus Cadmi habebat in odio, unde Athamanta et Ynoa habebat semper in odio. [2] Descendit autem apud inferos ad hoc ut rogaret deos infernales quatinus sic ­concederent quod Athamas et Yno essent furibundi, et ibi vidit multos penas pacientes, et precipue Sisypon et Ysiona, et dixit : Quare sine fratribus paciuntur isti penas ?, et rogavit [f. 84r] deos maris quatinus neuptem suam Ynoa deificarent et illi sibi assenserunt. [3] Deificata fuit Yno et similiter Melicertus. Comites vero regine sequte fuerant illam, et, ­com venissent ad scopulum, perceperunt reginam mortuam et tantum fleverunt quod mutate fuerunt quedam in arbores, alie in aves. Et hoc est quod dicitur usque ad illum locum : nescit Agenorides natam (563), et cetera.

427-431*

427 Idque : nomquid quod fleam ; satis : sufficit ; una : talis sola. 429 -que : et ; valeat : possit ; Penthea : morte Penthei. 430 Acsuper : id est magis quam satis monstrat ; eatque : vadat et. 431 Yno : id est pereat sicut cognate sue et genus suum. Taxus est arbor de cuius succo si apes gustaverint amplius, non mellificabunt.

IV 432

Descriptio vie Inferni

Actor describit viam per quam itur apud inferos. Dicit quod est tortilis et obscura propter ignoranciam peccati et nubes sunt propter exaltationem superbie, quia per superbiam primo descendunt anime ad Inferna. Pallor est propter invidos, qui sunt pallidi. Hyems (436) est propter luxuriosos, qui semper in hyeme et etate, nocte dieque, placide in cogitationibus cruciantur. Loca sunt aspera, spinosa propter detractores et iracondos. Domus est nigra propter luxuriosos et glotones.

427.3 reginam] regina ms.

689

IV 427

[1] La fable est la suivante : ­comme Bacchus à son arrivée avait accompli de nombreux miracles, Junon en souffrit et ­commença à lui faire de secrets reproches, parce ­quelle avait toujours haï toute la famille de Cadmus, donc elle haïssait Athamas et Ino17. [2] Elle descendit aux Enfers pour demander aux dieux ­den bas de ­consentir à rendre fous Athamas et Ino, et là elle vit les nombreuses peines supportées, en particulier celles de Sisyphe et ­dIxion, et dit : « Pourquoi ceux-ci supportent-ils ces peines sans leurs frères ? ». Vénus18 demanda [f. 84r] aux dieux marins de déifier sa descendante Ino et ils le lui accordèrent. [3] Ino fut déifiée, ainsi que Mélicerte. Les ­compagnes de la reine ­lavaient suivie, et, ­comme elles arrivaient sur un rocher, elles virent leur reine morte, et pleurèrent tant ­quelles furent changées, les unes en arbres, les autres en oiseaux. ­Cest ce qui est raconté ­jusquaux mots nescit Agenorides natam (« Le fils ­dAgénor ne sait pas que sa fille »), etc.

431 ­Cest-à-dire ­quelle périsse ­comme ses parentes et sa famille. ­Lif est un arbre dont la sève, goûtée en trop grande quantité par les abeilles, les empêchera de faire du miel.

IV 432

Description de la voie des Enfers

­Lauteur décrit la voie par laquelle on accède aux Enfers. Il dit ­quelle est tortueuse et obscure, à cause de ­lignorance due au péché ; quant aux nuages, ils sont dus à ­lélévation de ­lorgueil, car ­cest ­dabord à cause de ­lorgueil que les âmes descendent aux Enfers. La pâleur est due aux envieux, qui sont pâles. Hyems (« ­Lhiver »), est dû aux débauchés, qui, hiver ­comme été, nuit et jour, sont tourmentés sans bruit par leurs pensées. Les lieux sont pleins ­dépines et ­daspérités, à cause des médisants et des irascibles. La maison est noire à cause des débauchés et des gloutons.

690

432-439*

432 via : oblica ; funesta : mortali ; nubila : obscura ; taxo : arbore. 433 per muta : tacita, epytheton. 434 Stix : palus Inferni ; exalat : producit ; inhers : prava ; recentes : nove. 435 simulacraque : descendunt. 436 hyems : tempestas ; senta : aspera, spinosa ; -que : et. 437 qua : parte ; iter : via ; manes : anime ; Stigiam : infernalem ; quod : iter ; ducat : animas ; urbem : civitatem. 438 ignorant : nesciunt ; ubi : in quo loco ; fera : crudelis ; regia : aula ; Ditis : regis Inferni. 439 aditus : introitus ; portas : quia ab utraque parte sunt introitus.

IV 440

Utque fretum : actor facit ­comparationem de mari ad infernos dicens quod, sicut mare omnes aquas ab utraque parte suscipit, sic Infernus omnes animas. Sicut mare omnibus aquis venientibus non augmentatur, sic Infernus omnibus animabus cadentibus non impletur.

440-443*

440 urbs : civitas ; ut : sic ; fretum : mare. 441 sic : taliter ; locus : Infernus ; ulli : alicui. 442 exiguus : parvus ; accedere : venire. 443 Errant : vagantur ; exangues : sine sanguine ; umbre : anime.

IV 445

Vite antique, quasi dicat : Sicuti in hoc mondo peccaverunt, sic in Inferno cruciantur levius vel ­gravius.

444-446*

444 pars : animarum ; imi : profundi. 445 pars : animarum ; aliquas : celebrat ; imitamina : secamina. 446 exercent : celebrant ; partem : quia multi ; penacohercet : graviter pugniuntur.

434* palus] palux ms. | 440 infernos] infernis ms. | 446* pugniuntur ex puniuntur ms.

691

[f. 84r]

439 portas (« portes ») : parce que les entrées sont sur les deux côtés.

IV 440

Utque fretum (« et ­comme la mer ») : ­lauteur ­compare la mer aux Enfers en disant que, ­comme la mer reçoit toutes les eaux de tout côté, ainsi ­lEnfer reçoit toutes les âmes. Comme la mer ­nest pas grossie par ­larrivée de toutes ces eaux, de même ­lEnfer ­nest pas augmenté par la chute de toutes les âmes.

IV 445

Vite antique (« leurs vies ­dautrefois »), en ­dautres termes : « en proportion de leurs péchés sur la terre, ils sont tourmentés plus légèrement ou plus lourdement en Enfer ».

692

IV 447-449

Quomodo Iuno intravit Infernum

[1] Moralitas hec est : re vera Athamas dicitur ab a, quod est sine, et theos, quod est deus, et mois, quod est mens, quasi : sine mente divinitatis ipse deos despiciebat, id est ­iustos. Quod Iuno ad inferos descendit, potest esse voluntas divina que permisit ut esset furibundus, et Yno similiter, que interpretatur ebrietas. [2] Unde, ­com essent ebrii et deum despicerent, venit ulcio divina et eos permisit esse furibundos, ita quod ille filium suum occidit, et illa similiter se in mari precipitavit ­com filio suo, unde pro reverencia quam illi dabant, homines dicti sunt deificati, et hoc ad petitiones Veneris, quia a vino et calore maxime Venus adamatur. [3] Socie vero illius regine dicuntur mutate, quia, quando viderunt reginam submersam, stupuerunt ita quod pro admiratione dicuntur esse lapides. Alie autem fugerunt a patria vel se pro dolore suspenderunt, et sic dicuntur mutate in volucres.

446-449*

447 Sustinet : dignatur ; ire : perge ; illuc : in Infernum ; relicta : quia tantum odium habebat ­com Athamante et irata erat. 448 tantum : ut iret huc ; odiis : suis ; ire : sue ; Saturnia : filia Saturni. 449 Quo : loco ; simul : postquam ; pressum : tactum ; Cerberus est ianitor Inferni et habet tria capita.

IV 450

Cerberus dicitur habere tria capita propter tres partes mondi quas recipit : Europam, Affricam, Asiam.

450-455*

450 intremuit : intus tremuit ; limen : hostium ; Cerburus : proprium, et dicitur a ceres, quod est caro, et boras, quod est vorare ; extulit : levavit. 451 simul : pariter ; edidit : dedit ; Illa : Iuno. 452 vocat : appellat ; grave : scilicet actorizabile ; implicabile : non placatum. 453 Carceris : Inferni. 454 atros : nigros ; pectebant : removebant ; crinibus : capilis ; angues : serpentes. 455 Quam : Iunonem ; simul : priusquam ; agnorant : cognoverant ; umbras : animas.

447-449.2 vino] vivo ms. Venus] venit ms. | 452* implicabile]implacabilems.

693

IV 447-449

Comment Junon entra dans les Enfers

[1] La moralité est la suivante : en réalité Athamas tire son nom de a, qui signifie « sans », de theos, qui désigne « le dieu », et de mois, qui est « ­lesprit », en ­dautres termes : « sans idée de la divinité il méprisait les dieux, ­cest-à-dire les justes ». La descente de Junon aux Enfers peut figurer la volonté divine qui permit la folie (­dAthamas), et aussi celle ­dIno, qui représente ­livresse. [2] Aussi, ­comme ils étaient ivres et méprisaient Dieu, la vengeance divine tomba et permit leur folie, au point ­quil tua son fils, et ­quelle pour sa part se jeta dans la mer avec son (autre) fils ; à cause de la crainte respectueuse ­quils provoquaient, on dit ­quils furent déifiés, et cela sur la demande de Vénus, parce que Vénus est très appréciée de ­lhomme échauffé par le vin19. [3] Les ­compagnes de la reine furent, dit-on, métamorphosées parce que, quand elles virent que la reine ­sétait noyée, elles furent frappées de stupeur au point que leur hébètement faisait penser ­quelles étaient des pierres. ­Dautres ­senfuirent de leur patrie ou se pendirent de douleur, ­cest pourquoi ­lon dit ­quelles furent changées en oiseaux.

447 Parce ­quelle haïssait tellement Athamas et était tellement en colère. 449 Cerbère est le portier de ­lEnfer et a trois têtes.

IV 450

On dit que Cerbère avait trois têtes parce ­quil reçoit (les âmes venues des) trois parties du monde : ­lEurope, ­lAfrique, ­lAsie.

450 Cerburus (« Cerbère ») : il tire son nom de ceres, qui représente la chair, et de boras, qui signifie « dévorer ».

694

IV 457

De Tycio, de Tantalo

Viscera : Tycius interpellavit Latona de stupro, unde in Inferno proiectus, novem diebus membratim laceratus est, et iterum reintegratus, ut asperius crucietur. Per ipsum intelligimus cupidum qui, quamvis multa habeat, plura cupit, timens ne acervus minuatur.

457-459*

457 prebebat : dabat ; Tycius : proprium. 458 iugeribus : diebus ; distractus : laceratus ; Tantale : o. 459 deprenduntur : capiuntur ; eminet : apparet ; arbor : id est pomum.

IV 458-459

Tantalus, ­com esset pisterna deorum, revelavit eorum ­consilia, unde talem penam patitur apud Inferos, quod fame et siti cruciatur et habet pomum aureum ad labia superiora et aquam claram ad labia inferiora, et, ­com cupit capere, effugiunt. Per ipsum intelligitur avarus qui multa habet, nihil sibi prodest, unde Tantalus in Stigiis nec aqua fruitur neque pomo. Sic et in diviciis aret avarus homo.

IV 460

De Sysypho

Aut : Sisyphus precipitavit socerum suum in foveam, unde talem penam patitur, quod fert maximum lapidem versus montem, et iterum iactat et illum sequitur et iterum portat. Per illum intelliguntur illi qui non cessant adunare et superflue expendunt quod labore magno adquirunt. Per hoc quod acquirunt ascendunt, per hoc quod expendunt descendunt.

460* petis : capis ; rediturum : aliter ruiturum ; Sysyphe : o tu ; saxum : petram.

457 de stupro] # destupus ex destrupus ms. diebus] die # ms. | 460 illum1] illam ms. adunare] adimare ms.

695

IV 457

Tityos, Tantale

Viscera (« Ses entrailles ») : Tityos proposa à Latone des relations coupables ; aussi, jeté dans les Enfers, il y est déchiré membre à membre pendant neuf jours, puis reconstitué, pour être tourmenté plus durement. Par lui nous ­comprenons ­lhomme cupide qui, bien que possédant beaucoup, désire plus, craignant de voir diminuer son tas.

IV 458-459

Tantale, qui était ­léchanson des dieux, révéla leurs desseins, ­cest pourquoi il souffre dans les Enfers le châtiment suivant : il est torturé par la faim et la soif alors ­quil a un fruit doré juste au-dessus de ses lèvres et de ­leau claire juste au-dessous ; mais, quand il veut les atteindre, ils lui échappent. Par Tantale on peut ­comprendre ­lavare, riche de nombreuses possessions qui ne lui servent à rien, ­comme Tantale au bord du Styx qui ne goûte ni ­leau ni le fruit. Ainsi ­lavare se dessèche au milieu de ses richesses.

IV 460

Sisyphe

Aut (« Ou ») : Sisyphe jeta son beau-père dans une fosse, ­cest pourquoi il subit le châtiment suivant : il porte un énorme rocher en haut ­dune montagne, le rejette en bas, le suit et le remonte. Il représente ceux qui ne cessent ­damasser et qui dépensent sans nécessité ce ­quils ont acquis au prix ­dun dur labeur. Ils montent par ce ­quils acquièrent, ils descendent par ce ­quils dépensent.

696

IV 461

De Ysyone

Volvitur : Ysion voluit ­concombere com Iunone et illa interposuit nubem. Ille autem emisit sperma in ethere et inde nati fuerunt centauri, unde volvitur in rota et volvendo gravissime cruciatur. Per ipsum intelligimus eos quando, relictis celestibus, terrenis adherent et non possunt assequi quod intendunt, unde quisquis mercatur vel vendit vel emit , nota vel ignota volvitur ille rota.

461* volvitur : in rota rotatur ; Ysyon : proprium ; sequitur : involutione.

IV 462

De Belidis

Moliri : Belides advunculos suos de Venere interpellavere, quibus acquiescere volentibus, illis in potus intoxicatos mortem paraverunt, unde in Inferno sic cruciantur, quod de quodam fonte volunt ­com quodam cribro implere dolium qui fondo caret, et per has intelligimus illos qui non cessant iugiter, iuste vel iniuste, per lucrum adunare. Belides in mondo vas implentes sine fundo significant hominem lucro non ponere finem, digne mederi. Vas replet immundum, sed nescit tangere fundum.

462-465*

462 moliri : parare ; letum : mortem ; patruelibus : advunculis. 463 assidue : semper ; Belides : filie Beli ; undas : aquas. 464 Quos : supradictos ; Saturnia : luna ; torva : crudeli. 465 omnes : supradictos ; rursus : iterum ; illo : Ysyone.

IV 466-472

De petitione Iunonis ad Inferos

Imperium, quasi dicat : Imperat, ut regina subditis promittit ut dives et potens famulis servientibus precatur ut petens et indigens auxilio in operationibus ­adimplendis.

461 vel2 emit ] vel2 # ms. | 462 suos] suo ms. paraverunt] paverunt ms. has] hos ms. adunare] adimare ms. | 465* iterum] iteris ms.

697

IV 461

Ixion

Volvitur (« Il tourne ») : Ixion voulut faire violence à Junon mais elle posa entre eux une nuée. Il répandit donc son sperme dans les airs et donna naissance aux centaures. ­Cest pourquoi il tourne sur une roue et en tournant il est cruellement torturé. Par Ixion nous ­comprenons ceux qui, ayant abandonné les biens célestes, ­sattachent à ceux du monde et ne peuvent obtenir ce ­quils désirent, ­cest pourquoi quiconque fait du ­commerce, achète ou vend, tourne sur une roue ­quil ­connaît ou ne ­connaît pas.

IV 462

Les Bélides

Moliri (« Ourdir ») : les petites-filles de Bélus invitèrent leurs cousins aux plaisirs de ­lamour, et ­comme ils ­sétaient endormis, elles préparèrent leur mort en leur donnant des boissons empoisonnées, ­cest pourquoi elles sont torturées en Enfer de la façon suivante : elles tentent de remplir un tonneau sans fond en puisant de ­leau avec un tamis. Par elles nous ­comprenons ceux qui ne cessent jamais ­damasser par amour du gain, de façon juste ou injuste : les Bélides qui dans le monde remplissent un tonneau sans fond signifient ­lhomme qui par amour du gain ne peut mettre de fin, trouver de solution honnête. Il remplit un tonneau immonde, dont il ne sait atteindre le fond.

IV 466-472

Demande de Junon aux dieux des Enfers

Imperium (« Ordre »), en ­dautres termes : elle ­commande ­comme une reine à ses sujets, elle promet ­comme une personne riche et puissante aux esclaves qui la servent, elle supplie ­comme ­quelquun qui demande et qui manque ­daide pour accomplir quelque action.

698

466-473*

466 Sysyphon : proprium ; hic : Sysyphys ; inquit : dixit. 467 Athamanta : proprium. 468 Regia : domus ; qui : Athamas ; ­coniuge : Iove. 469 Spernit : despicit ; exponit : monstrat ; vieque : quare venit. 470 quidque : exponit ; regia : domus. 471 staret : duraret ; facinus : morte ; traherent : ducerent violenter ; sorores : vel furores.472 ­confundit : miscet ; in unum : pariter. 473 solicitat : ­commovet ; deas : Inferni ; loquta : ut superius ­continetur.

IV 474-478

De Thesiphone

Com Iuno omnes deas rogasset in exitium Athamantis et Ynois, Thesiphone, furor infernalis, que dicitur a teneo-nes et fanos, quod est sonus – per antifrasim : tenens sonos –, surrexit et sponpondit facere quidquid illa iubebat, et iussit eam reverti in celum.

474-478*

474 Thesiphone : furor infernalis ; canos : canutos ; ut : sicut ;turbata : ­commota a natura. 475 obstantes : nocentes ; reiecit : retro iecit ; colubras : vel colubres, id est serpentes. 476 atqueita : hoc facto ; longuis : magnis ; ambagibus : nugis. 477 facta : esse ; puta : scias ; regnum : id est Infernum. 478 desere : desine ; teque : id est vado ; melioris : quam Infernus sit.

IV 479

Quomodo Iuno votum impetravit

Leta redit : com Iuno audivisset quod peticio sua erat exaudita a deabus Inferni de destructione Athamantis, gaudens, incepit reverti, sed tamen Yris, domicella sua, aquis suis sacratis illam lustravit propter fetorem infernalem.

479-480*

479 Leta : gaudens ; quam : Iunonem ; parantem : volentem. 480 roratis : rorifluis ; aquis : suis ; Theumancias : de genere Theumanti ; Yris : proprium.

474-478 rogasset] rogassent ms. | 474* furor] forma ms.

699

IV 474-478

Tisiphone

Junon avait prié toutes les déesses pour la perte ­dAthamas et ­dIno : Tisiphone, ­lune des furies des Enfers, dont le nom vient de teneo-nes (« tenir ») et fanos, qui signifie « son » – par antiphrase, « qui retient le son » –, se leva et promit ­quelle ferait tout ce ­quelle ­commandait, puis elle lui dit de retourner dans le ciel.

IV 479

Comment Junon obtint ce ­qu elle souhaitait

Leta redit (« Elle ­sen retourne pleine de joie ») : quand elle eut entendu que sa demande ­concernant la perte ­dAthamas était exaucée par les déesses de ­lEnfer, Junon se réjouit et ­commença à ­sen retourner, mais Iris, sa suivante, répandit sur elle ses eaux sacrées pour la purifier de ­linfection infernale.

700

[f. 84v]

IV 481-484

Descriptio Thesiphones

Non fuit mora post hoc, quod Iuno recesserat, quod Thesiphone agressa fuit viam eundi penes Athamanta. Habitus suus et ­consorcium satis in littera declaratur.

481-486*

481 Necmora : et non fuit ; Thesiphone : furor ; sumit : capit. 482 importunia : non ­competens ; facem : tedam ; fluidoquecruore : fluente et sanguine ; rubentem : vel nitentem. 483 pallam : clamidem ; torto : tortuoso ; angue : serpente. 484 egreditur : exit ; domo : Inferni ; Luctus : flectus ; ­comitatur : sequitur illam ; euntem : pergentem. 485 Pavor : ­comitatur ; Terror : ­comitatur ; trepido : tremente. 486 Limine : introitu ; ­constiterat : steterat ; feruntur : dicuntur.

IV 487

Quia Athamas erat de genere Eoli, regis ventorum.

487* infecit : tinxit ; acervas : de arbore que acer dicitur factas.

IV 488

Sol fugit locum : propter obscuritatem Thisiphones. Nunc stupefacti fuerunt et voluerunt exire, sed non potuerunt, et ita vehementes facti fuerunt.

488-489*

488 sol : claritas ; locum : domum ; Monstris : mirabilibus ; ­coniunx : Yno. 489 Athamas : proprium ; tectoque : domo et ; parabant : volebant.

IV 490

Infelix : dicitur ab effectu, quia reddit homines de se valde infelices.

488 vehementes ex vementes ms.

701

[f. 84v]

IV 481-484

Portrait de Tisiphone

Après le départ de Junon, Tisiphone ­sengagea sans retard sur le chemin qui menait chez Athamas. Son aspect extérieur et ses ­compagnons sont clairement décrits dans le texte.

IV 487

Parce ­quAthamas était de la famille ­dÉole, roi des vents.

IV 488

Sol fugit locum (« Le soleil fuit ­lendroit ») : à cause de la ténébreuse Tisiphone. Athamas et Ino furent frappés de stupeur et tentèrent de sortir, mais en vain : ­cest ainsi ­quils devinrent fous.

IV 490

Infelix (« malheureuse ») : le mot est employé à propos de ­leffet provoqué, parce que sa seule présence rend les hommes malheureux.

702

490-494*

490 obstitit : nocuit ; infelix : misera. 491 vipereis : serpentinis ; brachia : sua ; nodis : intrincationibus. 492 cesariem : capillos ; sonuere : sonitum dedere. 493 pars : colubrarum ; circum pectoralapse : sue cadentes. 494 saniem : putredinem ; coruscant : resplendent.

IV 495

Inde : ista omnia ab insanis creduntur esse vera, et hoc est quia ita cella fantastica corrumpitur, quod universa mirabilia que cogitant, credunt esse vera.

495-497*

495 Inde : postea ; angues : serpentes. 496 pestifera : prava ; manu : sua ; immisit : reliquit ; illi : serpentes. 497 Ynoos : Ynois ; Athamantheos : Athamantis.

IV 498

Verum est quod propter furorem corpora hominum nullatenus vulnernantur, quia insanies est tantummodo morbus spiritualis, quia mentem vulnerat.

498-500*

498 inspirant : sufflant ; graves : molestas ; animos : cogitationes ; membris : corporibus mortalibus. 499 ulla : aliqua ; ferunt : dant ; mens : cogitatio ; est : tantummodo ; diros : crudeles ; senciat : percipiat ; ictus : plangores. 500 Attulerat : aportaverat ; liquidi : clari ; quoque : similiter ; monstra veneni : ecce quod erat illud venenum.

IV 501

Oris : Hercules ivit apud Inferos, et, com Cerberus portam sibi teneret, abstraxit eum foras et tantum verberavit quod spumas emisit, de quibus venenum tale factum fuerat. Ista similiter de Theseo.

499* percipiat] percipia ms. | 501 quod] quo ms. similiter] similiter # ms.

703

IV 495

Inde (« Alors ») : les fous prennent pour vrais tous ces phénomènes, parce que la chambre de leur imagination est tellement corrompue ­quils prennent pour la réalité toutes les choses extraordinaires ­quils ont en tête.

IV 498

Il est vrai que la folie ­natteint pas les hommes physiquement, la déraison est une maladie qui ne touche que ­lesprit, qui ne blesse que ­lentendement.

500 Voilà ce ­quétait ce poison.

IV 501

Oris (« De la gueule ») : Hercule descendit aux Enfers et, ­comme Cerbère lui interdisait ­lentrée, il ­lentraîna à ­lextérieur et le frappa tellement ­quil cracha de ­lécume : ­cest de cette bave que ce venin provenait. Même chose pour Thésée.

704

501-505*

501 oris : scilicet ; virus : venenum ; Echine : canicule infernalis. 502 errores : attulerat ; -queoblivia : et attulerat. 503 scelus : attulerat ; lacrimas : attulerat ; rabiemque : attulerat. cedis : mortis ; amorem : attulerat. 504 omnia : supradicta erant ; simul : pariter ; que : supradicta ; recenti : novo. 505 ere : cacabo ; viridi : virtute. Cicuta : cicuta est herba amarissima et mortalis, de qua illa ­confectionem mortis miscuerat.

IV 506

Com illi essent in timore, Thesiphone aspersit corpora eorum ­confectione veneni supradicti.

507* precordia : viscera ; intima : interiora.

IV 508

Tunc : com illa veneno aspersisset facem suam, ante oculos iecit ne quid sapientie vel veritatis viderent, et sic vicit illos faciendo eos furiosos, et reversa est ad regnum infernalem.

508-511*

508 face : teda sua ; orbem : circuitionem. 509 ­consequitur : ­com ; velociter : cite ; ignibus : fulgetribus. Ignes : fulgores. Quia nimio circuitu et ­continuo iecit ignes ante illos. 510 Sic : ut supradicta est ; iussi : a Iunone ; inania : vana. 511 Ditis : dei ; sumptum : captum.

IV 512-513

Quomodo Athamas fuit furibundus

Ex quo ita factum fuit : ecce quomodo spiritus Athamantis mutatus fuit, quia credidit uxorem suam esse leenam et filios esse leunculos.

512-515*

512 Eolides : Athamas. 513 ­comites : socii ; silvis : quia credebat quod domus sua esset quedam silva. 514 modo : nuper ; ­congemina : duplici ; estmihi : a me ; prole : progenie ; leena : ego protinus vidi hic leenam unam com duobus leunculis. 515 ­coniugis : Ynois ; amens : vesanus.

502* erroresexerrorisms.

705

505 Cicuta (« la ciguë ») : la ciguë est une plante très amère et vénéneuse, avec laquelle elle avait mélangé sa fabrication mortelle.

IV 506

Comme ils étaient terrorisés, Tisiphone aspergea leurs corps de la préparation vénéneuse dont il a été question.

IV 508

Tunc (« Alors ») : ayant aspergé leurs visages de poison, elle leur en jeta devant les yeux pour les empêcher de voir ce qui était sage ou vrai : ainsi elle eut raison ­deux en les rendant fous, puis retourna dans le séjour infernal.

509 Ignes (« feux ») : parce ­quelle fit tournoyer sans cesse devant eux de grands cercles de feu.

IV 512-513

Comment Athamas devint fou

­Cest par ces moyens que (­lordre de Junon) fut exécuté : voilà ­comme ­lesprit ­dAthamas fut transformé, parce ­quil prit sa femme pour une lionne et ses fils pour des lionceaux.

513 silvis (« dans ces forêts ») : parce ­quil croyait que sa maison était une forêt. 514 « Je viens de voir ici une lionne et deux lionceaux. »

706

IV 516-519

Mors Learci

Com mater vidit Learchum filium suum a patre occisum, exclamavit. Et dicit actor ex parte sua quod nescit utrum hec fuit causa doloris : de morte filii sui aut propter venenum furoris infernalis.

516-519*

516 matris : Ynois ; ridentem : sibi ; Learchum : proprium. 517 brachia tendentem : sicut patri ; rapit : per violenciam ; terque : id est multociens. 519 discutit : dissipat ; ferox : crudelis ; Tum denique : id est tunc primo ; ­concita : ­commota ; mater : Yno.

IV 520-524

Quomodo Yno fuit furibunda

Iuno ] Quando Iuno audivit quod Yno advocabat Bachum, gavisa est valde et dixit irridendo : Hos usus (524) ­concedat tibi Bachus, ut tu sis semper ­furibunda.

520-524*

520 seudolor : vel ­nescio, dicit actor ; seu : usque. 521 male : id est vesana. 522 Melicerta : o tu ; lacertis : brachiis. 523 sonat : clamat ­com sono. 524 hos : tales ; alumpnus : Bachus.

[f. 85r]

IV 525-527

Descriptio scopuli a quo se Yno precipitavit ­com Melicerto filio

Imminet (525) : describit actor locum a quo in mari precipitavit se Yno com filio suo Melicerto, et dicit quod hoc fuit a quodam scopulo alto valde.

525-527*

525 Imminet : apparet ; equoribus : in mari ; scopulus : saxum ; yma : profunda. 526 defendit : ­conservat ; imbribus : pluviis ; undas : maris. 527 summa : pars scopuli ; in apertum : manifeste ; porrigit : extendit ; equor : mare.

516-519 mater vidit ] mater # ms.

707

IV 516-519

Mort de Léarque

Lorsque la mère vit son fils Léarque tué par son père, elle se mit à crier. ­Lauteur dit en aparté ­quil ne sait pas quelle était la cause de sa douleur : la mort de son fils ou le poison de la fureur infernale.

IV 520-524

Comment Ino devint folle

Iuno (« Junon »)] quand Junon apprit ­quIno invoquait Bacchus, elle fut emplie de joie et dit en riant : « Que Bacchus ­taccorde hos usus (« ce dont tu as besoin ») à savoir ­dêtre folle pour toujours ».

[f. 85r]

IV 525-527

Description du rocher ­d où Ino se jeta avec son fils Mélicerte

Imminet (« Il surplombe ») : ­lauteur décrit ­lendroit ­doù Ino se jeta dans la mer avec son fils Mélicerte, il dit que ­cétait ­dun rocher très élevé.

708

IV 528

Vires insania. Quia aliquis posset dicere : Quomodo potuit Yno ascendere scopulum ?, actor respondet illi antipofore, dicens quod per insaniam tantas vires acquisiverat quod hic com filio suo ascenderet.

528-530*

528 Occupat : Yno scandit ; hunc : scopulum ; insania : vecordia ; Yno : proprium. 529 -que : et ; pontum : mare ; nullo : non ullo ; tardata : detenta ; timore : quia fuerat furibunda et ita nichil timebat. 530 mittit : labi se sinit ; -quesuum : et filium ; recanduit : a ponderositate corporum.

IV 531-538

Petitio Veneris ad deos maris pro Ynoe

Quia Iupiter habuit celum post mortem Saturni patris sui, Nepturnus habuit mare et Plutho habuit Infernum, unde quidam : « Iupiter astra, mare Nepturnus, tartara Pluto ». Regna tenent fratres tres tria, quisque suum.

IV 531

Neptis, et cetera : ibi nota quod Yno fuit filia Hermiones – et Cadmi – filie Martis et Veneris ; hec Hermione fuit uxor Cadmi.

531* At : sed ; Venus : dea ; immerite : non meruit ; neptis : Yneis.

IV 532

Hic ­continetur quomodo Venus rogavit Neptanum advunculum suum quod misereretur neptis sue quia mortem non meruerat. Patruo : id est advunculo, quia secundum quosdam Iupiter excussit caput suum, et nata fuit Pallas, et Iuno percussit vulvam suam, et nata fuit Venus a sorore Neptuni, et sic bene dicitur patruo secundum quosdam, sed credo quod Iuno genuit Vulcanum, non Venerem, percuciendo vulvam ; vel dicendum est quod due fuerunt Veneres : filia Iovis et filia Iunonis.

532-535*

532 sicpatruo : taliter ut sequitur ; aquarum : maris. 533 proxima : ­coniuncta ; celo : aeri ; cessit : accessit ; Nepturne : o. 534 quidem : certe ; meorum : amicorum. 535 cernis : vides ; immenso : mari.

528 quod] quo ms. | 529* fuerat] fuera ms. | 530* ponderositate] ponderositat ms.

709

IV 528

Vires insania (« sa folie (lui avait donné) des forces ») : parce que ­quelquun pourrait dire : « Comment Ino put-elle escalader le rocher ? », ­lauteur répond par anthypophore en disant que ­cest par la folie ­quelle avait assez de forces pour monter là avec son fils.

529 timore (« par la crainte ») : parce que, devenue folle, elle ne craignait rien.

IV 531-538

Prière de Vénus aux dieux de la mer en faveur ­d Ino

Parce ­quaprès la mort de Saturne son père, Jupiter reçut le ciel, Neptune la mer et Pluton ­lEnfer, ­doù le vers : « Jupiter les astres, Neptune la mer, Pluton le Tartare. » Les trois frères occupent trois royaumes, chacun le sien.

IV 531

Neptis (« de sa petite-fille »), etc : noter ici ­quIno était la fille de Cadmus et ­dHarmonie20, elle-même fille de Mars et Vénus. Harmonie était la femme de Cadmus.

IV 532

Ce passage raconte ­comment Vénus demanda à Neptune son oncle de prendre pitié de sa petite-fille, qui ­navait pas mérité de mourir. Patruo (« à son oncle paternel ») : ­cest-à-dire à son oncle maternel, car selon certains Jupiter secoua sa tête, et Pallas en sortit, tandis que Junon frappa sa vulve, et Vénus naquit, de la sœur de Neptune donc. Ainsi le terme de Patruo (« à son oncle paternel »), est juste selon certains, mais je crois que ­cest Vulcain, et non Vénus, que Junon enfanta en se frappant la vulve ; ou il faut dire ­quil y eut deux Vénus : la fille de Jupiter et celle de Junon21.

710

IV 536

Bene dico quod aliqua gracia est mihi mari / si, – quia fui spuma (538). Secundum quosdam Saturnus lavit testiculos suos in mari, et, ­com mare spumas in ablutione dedisset, illas reliquit, et sic nata fuit divina Venus ; propter hoc dicit spuma fui, et inde dicor frodissa, a frodos, quod est spuma.

536-538*

536 adde : ­coniunge ; ponto : mari. 537 si : quia ; quondam : aliquo tempore ; ­concreta : ­coniuncta ; profundo : mari ; 538 -que : et ; manet : datur.

IV 539

Exaudicio petitionis Veneris

Com ita petisset Venus Neptanum, unde, sicut in littera ­continetur, illos deificavit.

539-542*

539 Annuit : ­concessit ; oranti : petenti ; Nepturnus : deus maris ; abstulit : removit ; illis : duobus, Ynoys et Melicerto. 540 maiestatem : deitatem ; verendam : venerandam. 541 Imposuit : dedit ; simul : pariter ; faciem : formam ; novavit : id est renovavit. 542 -que deum : et Melicertum ; matre : Ynoa.

IV 540-543

Deificatio Ynois et Melicerti in mari

IV 543-562

De ­comitibus Ynois

Sydonie : ­com submersi et deificati essent Yno et Melicertus, ­comites sue sequte fuerunt illam et in lamentatione mutate fuerunt, ut in littera declaratur.

543-546*

543 Sydonie : a Sydone regione ; valuere : potuere ; sequte : in(sequte). 544 pedum : regine ; novissima : ultima ; saxo : scopulo. 545 nec dubium : non dubie fuerunt ; morte : Ynois ; rate : certe ; Cadmeida : Cadmi. 546 domum : progeniem ; scilicet : et hoc dico.

539 Neptanum] Neptanus ms. | 546* scilicet]scilims.

711

IV 536

­Jai raison de dire que aliqua gracia est mihi mari / si fui spuma (« ­jai quelque crédit dans ­locéan, si – parce que – je fus une écume »). Selon certains Saturne lava ses testicules dans la mer et, ­comme la mer avait produit de ­lécume pendant son ablution, elle la laissa là, et la divine Vénus en sortit ; ­cest pourquoi elle dit Spuma fui (« Je fus une écume »), et de là on ­mappelle Frodissa, de frodos, qui signifie ­lécume.

IV 539

La prière de Vénus est exaucée

Vénus avait fait cette prière à Neptune, qui, ­comme le raconte le texte, les déifia.

IV 540-543

Déification ­d Ino et de Mélicerte dans la mer

IV 543-562

Les ­compagnes ­d Ino

Sydonie (« les Sidoniennes ») : Ino et Mélicerte avaient été engloutis dans la mer et déifiés ; les ­compagnes ­dIno ­lavaient suivie et furent métamorphosées tandis ­quelles se lamentaient, ­comme le montre le texte.

712

IV 547

In pelice, id est ­contra Semelem vel Europam.

547* iuste : bone ; -que : et ; pelice : Europa ; seve : crudelis.

IV 548

Dixerunt deam esse iniustam et plenam invidia.

548* dee : Iunoni ; Iuno : quia ­convicia Iunoni dicebant propter tristiciam.

IV 549-550

Com Iuno audiret quod socie Ynois ­convicia sibi dixerunt propter mortem Ynois, ­conversa est in iracondiam ­contra illas, dicens : Quia dicitis quod ego sum crudelis, ego faciam vos memores mee ­crudelitatis, unde mutatio illarum in littera patet.

549-550*

549 tulit : passa. 550 Res : vices ; secuta est : rei exitus, dicta sua probavit.

IV 551-562

Mutatio Sidonide in lapides

Sic mutata fuit prima soror ; sequitur de mutatione alterius.

551-562*

551 Nam : quia ; que : illa ; precipue : pre aliis ; fuerat : in amore Ynois ; inquit : dixit. 552 freta : mare ; reginam : Ynoa. 553 haut : non ; usquam : aliquo loco. 554 altera : socia ; dum : quando ; plangore : verberamine ; ferire : percutere. 555 pectora : sua ; sensit : percepit ; lacertos : brachia. 556 illa : tercia ; manus : suas ; tetenderat : porrexerat. 557 saxea : id est saxum ; porrigit : tendit. 558 huius : quarte ; arreptum : laceratum ; vertice : capite. 559 subito : cito ; crine : suo ; videres : si tu presens esses, videre posses. 560 gestu : opere ; deprensa : capta ; hesit : remansit. 561 Pars : illarum ; que : volucres ; quoque : modo ; gurgite : mari. 562 distingunt : dividunt ; alis : Mineides dicuntur iste aves et volant super mare.

549-550 iracondiam] iracondia ms. | 550* vices] vicas ms. | 551* illa ex ille ms. | 558* capite ex verticem ms.

713

IV 547

In pelice (« Envers sa rivale »), ­cest-à-dire ­contre Sémélé ou Europe.

IV 548

Elles disaient que la déesse était injuste et pleine de jalousie.

548 Parce ­quelles faisaient des reproches à Junon à cause de leur tristesse.

IV 549-550

Junon, qui entendit les reproches que lui faisaient les ­compagnes ­dIno à cause de sa mort, ­conçut de la colère ­contre elles : « puisque vous affirmez, dit-elle, que je suis cruelle, je vais faire de vous des témoins de ma cruauté », ­doù leur métamorphose ­quon lit clairement dans le texte.

550 secuta est (« suivit ») : la fin de ­lépisode réalisa ses paroles.

IV 551-562

Pétrification des Sidoniennes

Ainsi la première sœur fut métamorphosée, et la première métamorphose est suivie ­dune deuxième.

559 videres (« tu verrais ») : si tu étais présent, tu pourrais voir. 562 alis (« de leurs ailes ») : on dit que ces Myniéides devinrent des oiseaux et volent au-dessus de la mer.

714

IV 563

[ 1] Nescit Agenorides : exequto de mutationibus Ynonis et Melicerti et sororibus suis vel sociis, sequitur de mutatione Cadmi et Hermiones, de qua talis est fabula : ­com Cadmus sciret Ynoa filiam suam submersam, putavit illam ­com filio suo mortuam, inde voluit exire de civitate quam primo fundaverat, sicut in principio tercii libri ­continetur (III 1-13), quia credebat quod locus esset sibi noxius, et, ­com exisset, incepit preterita renarrare ut labor suus minueretur, et incidit in loqutione materie : quomodo serpentem occidit, in qua audivit vocem, quod in fine fieret serpens,sicut superius ­continetur. [2]Quid, Agenore nate, peremptum / serpentem spectas et tu spectabere serpens (III 97-98), unde dixit : utinam esset illa vox ­vera, et, ­com ita dixisset, tancito mutatus fuit. [3] Mutatio patet in textu ; com uxor sua illum mutatum videret, incepit lamentari et rogavit deos quod similiter mutaretur. Similiter mutatio patet in littera usque ad illum locum, Solus Abanciades (607), quia placebat illis mutari propter hoc, quod Bachus erat nepos suus.

IV 563-568

Disgressio Cadmi a Thebis com uxore

564-568*

564 equoris : maris ; serieque : turba ; malorum : suorum. 565 ostentis : mirabilibus ; plurima : multa ; exit : urbe quam fundavit, scilicet Thebis. 566 ­conditor : fundator ; tanquam : sicut. 567 sua : fortuna ; longuis : magnis ; actus : agitatus. 568 profuga : fugiente ; ­coniuge : Hermione ; fines : regiones.

IV 569-603

Allegoria duplex est : primo quod dicitur quod Cadmus et uxor sua mutati fuerunt in serpentes nichil est dictu nisi quod ita terrenis vacaverunt quod de celestibus non curabant. Alio modo dicitur sic, quod Cadmus, id est sapiens homo, ipse audivit.

563.1 talis ex talis iter ms. libri] limbri ms. | 565* fundavit] fundant ms.

715

IV 563

[ 1] Nescit Agenorides (« Le fils ­dAgénor ne sait pas ») : une fois terminé (le récit) des métamorphoses ­dIno, de Mélicerte, et de leurs sœurs ou ­compagnes, ­commence celui de la métamorphose de Cadmus et Harmonie, dont la fable est la suivante : ­comme Cadmus avait appris que sa fille Ino ­sétait noyée, il pensa ­quelle était morte avec son fils. Il voulut alors quitter la ville ­quil avait fondée, ­comme on le lit dans le livre trois, parce ­quil pensait que cet endroit lui était néfaste. Comme il était sorti de la ville, il ­commença à rappeler les faits passés qui avaient anéanti son travail, et on arrive au récit de ­lépisode : ­comment il tua le serpent, qui se mit à parler et à lui dire ­quil deviendrait finalement serpent, ­comme on ­la vu plus haut. [2]Quid, Agenore nate, peremptum / serpentem spectas et tu spectabere serpens (« Pourquoi, fils ­dAgénor, repaître ta vue du serpent que tu viens de tuer ? Toi aussi on te verra devenir un serpent ») ; alors il dit : « Plaise au ciel que cette parole soit vraie » ; et pendant ­quil parlait ainsi, il fut aussitôt métamorphosé. [3] La métamorphose est racontée clairement dans le texte. Voyant ­quil avait changé de forme, sa femme ­commença à se lamenter et demanda aux dieux ­dêtre changée de la même façon. Et la métamorphose est racontée en détail dans le texte, ­jusquaux mots : Solus Abanciades (« Seul le fils ­dAbas »), parce ­quils étaient ­consolés de leur métamorphose grâce à Bacchus, qui était leur petit-fils.

IV 563-568

Cadmus quitte Thèbes avec sa femme

565 exit (« il sortit ») : de la ville ­quil avait fondée, à savoir Thèbes.

IV 569-603

­Lallégorie est double : ­dabord le fait que Cadmus et sa femme furent changés en serpent revient à dire ­quils mirent leurs efforts dans des préoccupations terrestres, négligeant les soins du ciel. ­Dune autre manière on dit que Cadmus, ­cest-à-dire ­lhomme sage, fut lui-même à ­lécoute.

716

IV 569-570

Com serpentem respiceret devictum, id est ­com disputantem secom disputatione superasset, ­com fieret serpens, id est quod, quamvis esset sapiens, ab alio sapiente disputando superaretur, et, ­com facta prime domus recoleret, id est ­com antiquas positiones recordaretur, ­com uxore sua, id est ­com sapientia, mutatus est in serpentem, id est devictus est ab sapiente, novis positionibus hic adductis.

569-575*

569 malis : pena ; -quegraves : et ponderosi ; retractant : reminiscuntur. 570 facta : opera ; domus : familie ; repetunt : minuunt. 571 an : nomquid ; sacer : sacratus ; traiectus : transforatus ; cuspide : telo. 572 Cadmus : proprium ; ait : dixit ; tunc : in illo tempore ; Sydone : in illa civitate. 573 vipereos : serpentinos ; spersi : seminavi ; add. sparsi alia manus ; nova : scilicet alia manus ; dentes : quia certum est quod vindicavit. 574 Quem : serpentem. 575 ipse precor : des ; alvum : ventrem.

[f. 85v]

IV 576-580

Mutatio Cadmi in serpentem

Hic tangitur modus et natura serpentum et similiter in ­comparatione illorum in quorum formam mutabatur iste Cadmus.

576-581*

576 Dixit : ut supradictum est, Cadmus ; tenditur : prolungatur ; Alvum : ventrem. 577 durate : dure facte ; cuti : corio ; nigrescere : nigras esse ; sentit : percipit ; bene percepit quod scame nigre ipsum tegebant.578 ceruleis : albis vel croceis, a cera ; variari : mutari. 579 in pectus : super suum ; pronus : inclinatus ; ­commixtaque : ­coniuncta et ; inunum : pariter. 580 pallatim : successive ; tereti : rotondo ; sinuantur : curvantur ; crura : sua. 581 Brachia : sua ; restant : remanent ; restant : remanent ; tendit : levat ad uxorem suam.

569-570 disputantem] disputatem ms. serpentem2] serpente ms. | 576-580 formam] forma ms. | 577* scame] same ms.

717

IV 569-570

(Comme) il regardait le serpent ­quil avait vaincu, ­cest-à-dire ­comme il avait surpassé dans un débat celui qui débattait avec lui, le fait ­quil devint serpent signifie que, bien que sage, il fut surpassé dans un débat par un autre sage, et, alors ­quil retraçait les premiers malheurs domus (« de sa maison »), ­cest-à-dire alors ­quil rappelait ses anciens arguments, avec sa femme, ­cest-à-dire avec la sagesse, il fut transformé en serpent, ­cest-à-dire vaincu par la sagesse, qui apportait de nouveaux arguments.

573 Parce ­quil est certain que (le serpent) fut vengé.

[f. 85v]

IV 576-580

Métamorphose de Cadmus en serpent

Ici il est question du ­comportement et de la nature des serpents et semblablement, par ­comparaison, de ceux dont Cadmus avait pris la forme lors de sa métamorphose.

577 sentit (« il sentit ») : il sentit bien que des écailles noires recouvraient son corps.

718

IV 582

ora ] Quia, quamvis partim esset serpens, partim, a parte capitis, erat adhuc homo.

582* fluentibus : distillantibus.

IV 583-589

Quasi diceret : O ­coniunx, quamdiu licet tibi ut tu capias me et tanguas, tange antequam totus fiam ­serpens, et, ­com ita aduc plura vellet loqui, lingua sua bifulcata fuit, et ita non potuit loqui.

583-588*

583 accede : veni ; ­coniunx : Hermione ; accede : veni ; dixit : Cadmus. 584 dumque : quamdiu ; dum add. alia manus ; superest : remanet ; tange : cape ; manum : meam. 585 accipe : cape ; dum : quamdiu ; occupat : capit ; anguis : id est forma anguinina. 586 Ille : Cadmus ; quidem : certe ; vult : cupit ; plura : quod dixit ; loqui : dicere ; lingua : sua ; soluta. 588 -que : et ; parat : vult ; edere : dicere ; questus : querelas.

IV 589

Sibilat : quia naturale est serpentibus sibilare vel habere vocem sibili.

589* hanc : talem ; illi : Cadmo ; remisit : vel reliquit.

IV 590-594

Lamentatio uxoris Cadmi

Com Hermione Cadmum mutatum videret, vestes et capillos suos incepit laniare et exclamavit pro admiratione maxima dicens : Ubi sunt, Cadme, omnia membra ?.

590-594*

590 manu : sua ; feriens : percuciens ; ­coniunx : Hermione. 591 Cadme : o ; mane : remane ; infelix : miser ; exue : spolia ; monstris : monstruosis opera. 592 Cadme : o ; quid : hoc ; Ubi : est ; pes : tuus ; humeri : tui ; -quemanus : ubi sunt manus tue. 593 etcolor : ubi est tuus ; etfacies : ubi est tua ; omnia : ubi sunt membra. 594 quoque : similiter ; celestes : o dei ; eundem : talem ; vertitis : mutatis ; anguem : serpentem.

582 capitis] captas ms. | 586* soluta] saluta ms. | 589* talem] tale ms. | 590-594 omnia] omni ms.

719

IV 582

ora (« son visage »)] Parce que, bien ­quétant en partie serpent, il restait encore en partie un homme, du côté de la tête.

IV 583-589

Comme ­sil disait : « Ô ma femme, aussi longtemps que tu peux me saisir et me toucher, touche-moi avant que je devienne entièrement un serpent. » et, ­comme il voulait parler davantage, sa langue se divisa en deux, et il ne put parler.

IV 589

sibilat (« il siffle ») : parce que naturellement les serpents sifflent, ou émettent des sons qui ressemblent à un sifflement.

IV 590-594

Lamentation de la femme de Cadmus

Comme Harmonie voyait Cadmus métamorphosé, elle ­commença à arracher ses vêtements et ses cheveux et à pousser des cris de stupéfaction : « Cadmus, disait-elle, que sont devenus tous tes membres ? »

720

IV 595-596

Ita loquta fuit Hermione ; sequitur de mutatione sua similiter com marito in serpentem.

595-596*

595 Dixerat : Hermione ; Ille : sic Cadmus. 596 sinuscaros : suos dilectos ; veluti : sicut.

IV 597

colla petebat ] Quia ­consueverat ponere manus in sinus sue ­coniugis et illam amplexari, et sic tangitur modus amantium legittime.

597* colla : mulieris sue.

IV 598-600

Mutatio uxoris Cadmi in serpentem

Inoppositi (601) : id est non oppositi, vel sic : donec subiere in latebras nemoris oppositi, id est ante vel ­contra eos positi.

598-601*

598 aderant : parenthesis est. 600 subito : tancito ; volumine : reflectione ; serpunt : ­conscendunt. 601 donec : quo adusque ; subiere : intravere ; latebras : tecturas.

IV 602

[1] Intrat actor latenter fabulam, quomodo Perseus rex devicit Athlanta, quomodo Gorgona prius superavit. Fabula talis est : Acrisius habuit unam filiam, Danem, de qua audivit in responsis quod haberet filium qui illum a regno expelleret, unde inclusit eam in turri. [2] Iupiter in specie auri illam corrupit. Com hoc audisset, Acrisius misit Danem et puerum Persea genitum a Iove in cista et illam proiecit in mari.

598-600 oppositi] opponi ms. | 602.2 Persea] perse ms.

721

IV 595-596

Après ces paroles ­dHarmonie, le récit enchaîne sur sa métamorphose en serpent, semblable à celle de son mari.

IV 597

colla petebat (« il cherchait son cou »)] Parce ­quil avait ­lhabitude de poser les mains autour de sa femme et de ­lembrasser – il est question ici de la façon ­dagir de ceux qui ­saiment en toute légitimité.

IV 598-600

Métamorphose en serpent de la femme de Cadmus

Inoppositi (« non opposés ») : ­cest-à-dire non opposés, ou : donec subiere in latebras nemoris oppositi (« ils allèrent se réfugier dans les profondeurs de la forêt opposée »), ­cest-à-dire qui se trouvait devant ou en face ­deux.

IV 602

[1] ­Lauteur aborde insensiblement la fable de Persée qui vainquit le roi Atlas, après avoir ­dabord triomphé de la Gorgone. La fable est la suivante : Acrisius eut une fille, Danaé, dont les oracles lui avaient prédit ­quelle aurait un fils qui le chasserait de son trône : ­cest pourquoi il enferma Danaé dans une tour. [2] Jupiter la viola sous ­laspect ­dune pluie ­dor. ­Layant appris, Acrisius mit Danaé et Persée, le fils ­quelle avait eu de Jupiter, dans un coffre ­quil jeta sur la mer,

722

[3] Donec eam Polidecus invenit, qui, com matre Dane volens ­concombere, misit puerum Persea ad monstrum interficiendum, scilicet Gorgona, quod Perseus ­com armis Mercurii et clipeo Palladis devicit, et, ­com redisset, Acrisius noluit eum recipere, unde penituit, sed tamen ante hoc iamque mediante capite Gorgonis, Athlanta in montem mutaverat, qui habebat hortum habentem poma aurea, de quo fatatum erat quod filius Iovis illa raperet. [4] Cum hospicium sibi ­comodare noluisset, immo ­convicia sibi diceret, Perseus extulit caput Gorgonis et illum mutavit, ut dictum est superius, in montem, et ibi illa nocte requievit. Usque ad illum locum : Clauserat ypotades eterno (663).

602* Nunc : in presenti ; quoque : certe.

IV 603-606

Illi, existentes modo dracones, reminiscuntur quod antiquitus homines fuerunt et sic non ledunt. Quamvis ita mutati essent, tamen ­consolabantur in hoc, quod Bachus nepos suus deus erat quem Indi timebant, cui Greci sacrificabant.

604-606*

604 ambobus : duobus ; verse : id est mutate ; forme : figure. 605 nepos : Bachus ; debellata : devicta ; colebat : venerabat. 606 India : terra ; quem : Bachum ;positis : fundatis ; celebrabat : venerabatur ; Achaia : Grecia.

IV 607

Abbas genuit Agenorem, Acrisium, Pretum, et sic Acrisius dicitur Abbanciades.

607* Abanciades : de genere Abantis filius ; origine : prole ; cretus : a Creta, aliter cretus, id est creatus.

IV 608-620

De Acrisio

602.3 interficiendum] interficiendam ms. armis] ar # ms. clipeo] clipeu ms. hortum habentem] pomum habens ms.

723

[3] ­jusquà ce que Polydectès la trouvât : voulant coucher avec Danaé, il envoya le jeune Persée tuer le monstre, la Gorgone, dont Persée triompha avec les armes de Mercure et le bouclier de Pallas. À son retour, Acrisius ne voulut pas ­laccueillir, ce dont il se repentit ensuite. Mais avant cela, grâce à la tête de la Gorgone, il avait transformé en montagne Atlas, qui possédait un jardin garni de pommes ­dor, dont on lui avait dit ­quelles seraient dérobées par un fils de Jupiter. [4] Comme il ­navait pas voulu lui offrir ­lhospitalité, mais lui disait des injures, Persée brandit la tête de la Gorgone et le métamorphosa, ­comme on ­la dit, en montagne, et put ainsi se reposer chez lui cette nuit-là. Le récit va ­jusquaux mots Clauserat ypotades eterno (Le fils ­dHippotès avait enfermé (les vents dans leur prison) éternelle »).

IV 603-606

Vivant à la manière des dragons, ils se rappellent ­quils furent autrefois des êtres humains et ne sont pas nuisibles. Malgré leur métamorphose, ils se ­consolaient parce que Bacchus leur petit-fils était un dieu, que les Indiens craignaient, à qui les Grecs sacrifiaient.

IV 607

Abas avait engendré Agénor, Acrisius et Prétus, ­cest pourquoi Acrisius est dit « fils ­dAbas ».

IV 608-620

Acrisius

724

608-611*

608 Acrisius : proprium ; superest : remanet ; urbis : civitatis. 609 Argolice : grece ; deum : Bachum. 609 genusque : suum. 610 deum : vel Iovis ; nec : non certe ; esse : filium ; putabat : Acrisius. 611 quem : Persea ; pluvio : id est pluviosa ; Dane : proprium ; auro : quia Iupiter corrumperat illam in specie auri.

IV 612

Mox tamen : penituit tantum Acrisium quod non agnoverat nepotem suum Persea quantum quod expulit Bachum de civitate sua.

612-620*

612 Mox : ­consequenter ; tanta : parenthesis ; veri : veritatis. 613 tam : tantum ; violasse : expulisse ; deum : Bachum ; quam : quantum penitet ; agnosse : cognovisse ; nepotem : Persea. 614 penitet : piget ; alter : Bachus ; alter : Perseus. 615 viperei : serpentini ; spolium : capud ; memorabile : dignum memoria ; monstri : Meduse. 616 alis : quia per aera volabat. 617 -que : et ; victor : Meduse volitande. 618 Gorgonei : Meduse ; cruente : cruentate. 619 quas : gutas ; humus : terra ; acceptas : captas ; animavit : mutavit. 620 unde : qua de causa ; frequens : habundans ; infecta : plena ; colubris : serpentibus.

IV 621

De Perseo

[1] Rei veritas est talis : Perseus fuit filius Danes. Quia Acrisius pater Danes audivit in responsis supradicta, inclusit filiam suam, id est custodibus tradidit quos Iupiter auro corrupit, et sic genuit Persea, qui per mare missus fuit ad Gorgona destruendam. [2] Gorgon interpretatur ­cultura terre, et dicitur a ge, quod est terra, et orge, quod est labor, et potest dici Gorgon quislibet ­culture terre inten [f. 86r] dens. Capilli et gute Gorgonis defluentes sunt profectus et utilitates a ­cultura paulatim provenientes. [3] Quod dicitur mutatas gutas in serpentes nichil est nisi quod ­cultura terre semper vult terrestria insequi. Quod mutabat videntes se in lapides nichil est nisi quod reddit sibi inhiantes rudes lapidosos et cupidos, unde qui plus habet, tanto plus devorat et plus quam habet cupit. [4] Perseus rex illam superavit, quia primo bene coluit. Et postea, factus rex, ­culturam deseruit et despexit.

621.1 Acrisius pater ] Acrisius # ms. | 621.2 ­­cultura ex ­­cultura dicitur ms.sunt ex est ms. paulatim] pallatim ms. | 621.3 lapidosos et cupidos] lapidosi et cupidi ms.

725

611 auro (« par ­lor ») : parce que Jupiter ­lavait violée sous ­laspect (­dune pluie) ­dor.

IV 612

Mox tamen (« Bientôt cependant ») : Acrisius se repentit autant de ne pas avoir reconnu son petit-fils Persée que ­davoir chassé Bacchus de sa cité.

IV 621

Persée

[1] La réalité est la suivante : Persée était le fils de Danaé. Parce ­quAcrisius, père de Danaé, avait appris par des oracles ce ­quon a dit plus haut, il enferma sa fille, ­cest-à-dire ­quil la remit à des gardiens, que Jupiter corrompit avec de ­lor ; ainsi il engendra Persée, qui fut envoyé par les mers pour détruire la Gorgone. [2] La Gorgone ­sinterprète ­comme la ­culture de la terre, elle tire son nom de ge, « la terre », et orge, « le travail », et on peut appeler « Gorgon » tout homme qui se ­consacre à la ­culture de la terre. [f. 86r] Les cheveux et les gouttes qui tombent de la Gorgone sont les profits et utilités qui proviennent de la ­culture de la terre. [3] Le fait que, dit-on, les gouttes furent transformées en serpents, ­nest rien ­dautre que ceci : la ­culture de la terre reste attachée aux choses terrestres. Le fait ­quelle changeait ceux qui la voyaient en pierres ­nest rien ­dautre que ceci : la terre rend ceux qui la désirent grossiers, durs et cupides, au point que celui qui possède plus dévore ­dautant plus et désire plus ­quil ne possède. [4] Le roi Persée triompha de la Gorgone, parce que le premier il ­cultiva bien la terre ; ensuite, devenu roi, il abandonna et méprisa cette ­culture.

726

621-627*

621 Inde : ­consequenter, postea ; per immensum : aera ; actus : agitatus. 622 nunc : aliquando ; hunc : ex una parte ; nunc : aliquando ; illuc : ex alia ; exemplo : more. 623 fertur : geritur ; seductas : divisas. 624 orbem : firmamentum vel mondum. 625 Arthos : signa ; Cancri : signi illius. 626 occasus : occidente ; delatus : portatus ; adortus : in occidentem. 627 veritus : dubius.

[f. 86r]

IV 628

Rei veritas est quod Athlas habuit certamen com Perseo rege et non potuit Perseo resistere ; immo in montem valde excelsum ascendit et fugit et tamdiu moratus fuit ibi quod creditur mutari in montem, et mons ille ab eo accepit nomen quod dicitur. Quod per caput Gorgonis mutatus fuit nichil est quod quoddam monstrum erat pictum in clipeo Perse.

628* ­constitit : stetit ; Hesperio : occidentali ; Athalantis : proprium nomen, Athlas.

IV 629-635

De Athlante et diviciis suis

Moris erat antiquitus quod nocte adveniente accendebant ignes in caminis iuxta villas ut pretereuntes alienigene villas cognoscerent et vias scirent. Propter hoc dicit Lucifer ignes (629) ultima tellus (632). Describit actor regnum Athlantis dicens quod totus occidens ei serviebat, tam terra quam mare occiduum. Mille (635) : postea describit divicias suas, primo a parte pecudum, post a parte thesauri sui. Greges (635) : grex est proprie ovium et parvorum animalium ­congregatio. Armenta (635) : armentum est proprie ­congregatio magnorum animalium, ut sunt boves et equi et cameli.

628 Perse] per se ms.

727

[f. 86r]

IV 628

En réalité Atlas eut un ­conflit avec le roi Persée et ne put lui résister ; il partit alors se réfugier au sommet ­dune très haute montagne, et y resta si longtemps ­quon crut ­quil ­sétait changé en montagne et que la montagne reçut de lui le nom en question. Le fait ­quil fut métamorphosé par la tête de la Gorgone ­nest rien ­dautre que ceci : un monstre était peint sur le bouclier de Persée.

IV 628-635

Atlas et ses richesses

On avait autrefois ­lhabitude, la nuit venant, ­dallumer des feux sur les chemins à proximité des fermes pour que les étrangers de passage pussent repérer les fermes et trouver le chemin. ­Cest pourquoi ­lauteur dit Lucifer ignes (« Lucifer (appelle) les feux ») et ultima tellus (« les extrémités de la terre »). ­Lauteur décrit le royaume ­dAtlas en disant que tout ­loccident était à son service, tant la terre que la mer occidentale. Mille (« mille ») : ensuite il décrit ses richesses, ­dabord du point de vue des têtes de bétail, puis du point de vue de son trésor. Greges (« troupeaux de brebis ») : grex est proprement un groupe ­dovins et de petits animaux. Armenta (« troupeaux de bœufs ») : armentum est proprement un groupe de gros animaux, ­comme les bovins, les chevaux, les chameaux.

728

629-638*

629 exiguam : parvam ; dum : donec ; Lucifer : stella matutina. 630 evocet : appellet ; Aurora : evocet ; diurnos : ­continuos. 631 Hic : in isto loco ; cunctis : omnibus ; ingenti : magno ; prestans : prevalens. 632 Iaspecioniades : de genere Iapeti ; Athlas : proprium ; tellus : terra. 633 rege : Athlanto ; pontus : mare ; qui : ponti ; hanelis : lassatis. 634 equora : maria ; ­fessos : lassatos ; excipit : capit ; axes : currus solis. 635 illi : Athalanti ; totidem : scilicet mille ; herbas : per pascua. 636 humum : terram ; premebat : tangebat ; quia totus occasus ei serviebat. 637 Arbore : arborum ; frondes : rami ; radiante : rubicondo ; nitentes : splendentes. 638 poma : fructus ; ferebant : portabant.

IV 639-642

Hic tangitur quomodo Perseus petiit Athlanta hospicium et primo laudavit se a parte sui generis dicens quod filius Iovis erat ; secundo a parte artis et proprietatis, dicens quod res mirabiles habebat et mirabilia faciebat.

639-643*

639 ait : dixit. 640 Iupiter : quia Iupiter est pater meus. 641 sive : aut si ; mirator : laudator ; mirabere : laudabis ; nostras : res ; tam in multitudine quam in operatione. 642 peto : interrogo ; ille : Athlas ; vetuste : antique. 643 Themis : dea vaticinatrix ; Parnasia : a Parnaso monte quem habitabat.

IV 644-645

De vaticinatione Themis super Athlanta

Ecce quomodo a Temi sors data fuit dicente quod in tempore futuro adhuc privaretur diviciis orti in quo erant poma aurea, et, propter hoc timens, Athlas clausit ortum suum muris altissimis et in illis draconem inclusit.

643* Parnaso] Parsano ms. | 644-645 diviciis] divicii ms.

729

636 Parce que tout le couchant le servait.

IV 639-642

Ici il est question de la façon dont Persée demanda à Atlas ­lhospitalité en se glorifiant ­dabord de sa famille, disant ­quil était le fils de Jupiter, ensuite de son savoir-faire et de ses qualités, disant ­quil possédait des merveilles et faisait des merveilles.

641 Tant par leur nombre que par leurs actions.

IV 644-645

Prophétie de Thémis au sujet ­d Atlas

Voici ­comment ­loracle fut donné par Thémis, qui dit que dans un temps futur Atlas serait encore privé des richesses du jardin dans lequel se trouvaient les pommes ­dor : craignant que cela se réalisât, Atlas entoura son jardin de murs très élevés et y enferma un dragon.

730

644-653*

644 tempus : unum ; Athlas : o tu ; quo : tempore ; spoliabitur : privabitur. 645 hunc : talem ; titulum : laudem ; prede : rapine. 646 metuens : dictum tale timens ; solidis : firmis ; pomeria : ortos. 647 vasto : magno tradiderat. 648 arcebat : prohibebat ; externos : alienos ; finibus : regionibus ; omnes : homines. 649 Huic : Perseo ; quoque : certe ; vade : perge ; procul : longe ; rerum : non sunt tibi res gloriose quas mentiendo affirmas te habere. 650 quas : res ; absit : deficiat. 651 Vimque : virtutem ; minis : suis ; manibusque : suis et ; expellere : fugare. 653 inferior : minor ; enim : quia ; par : equalis. Athlantis : certe nullus in illo tempore potuerat superare Athlanti.

IV 654

Quia primo minatus fuit illi, nisi discederet, quod pugnaretur. At quoniam parvi : ecce quomodo Perseus mutavit Athlanta, quia Perseus retro aspexit ne videret caput Meduse et Athlanti monstravit, unde in littera patet mutatio.

654-656*

654 viribus : virtutibus ; at : saltem ; parvi : precii. 655 Accipe : cape ; munus : donum ; ait : dixit ; -que : et ; Meduse : Gorgon. 656 Ipse retro versus : Perseus ne videret ; scalentia : obscura ; protulit : levavit.

IV 657-662

Mutatio Athlantis in montem

[1] Moraliter intelligitur sic : Athlas fuit optimus sapiens inter mortales. Habuit mille greges, id est mille opinionum veritatem scivit et totidem argumentorum solutionem. Habuit virgultum aureum quia sermones sui ita erant vera et ornata quod aurea dicebantur. [2] Draco nichil servabat, id est sapientia sua Perseus, altissimus sapiens, capite Gorgonis eum in montem mutavit, quia de agricultura disputavit, unde Athlas de tali scientia non curavit. In montem celum sustinentem dicitur mutari quia optimus astronomus pre ceteris scientiis fuit. Dicitur sydera tenere quia cursus stellarum bene novit.

654 pugnaretur] pugniretur ms. quoniam]quims. | 655* MeduseexMedussems. | 657-662.1 quia] qui ms. | 657-662.2 altissimus] alter minus ms.

731

649 rerum (« des choses ») : tu ­nas pas les choses glorieuses que tu affirmes avoir en mentant. 653 Certes personne en ce temps-là ­naurait pu surpasser Atlas.

IV 654

Parce que ­dabord il le menaça, ­sil ne ­sen allait pas, de le ­combattre. at quoniam parvi (« mais puisque si peu ») : voici ­comment Persée métamorphosa Atlas, il regarda en arrière pour ne pas voir la tête de Méduse ­quil montra à Atlas, ­doù la métamorphose racontée clairement dans le texte.

IV 657-662

Métamorphose ­d Atlas en montagne

[1] Du point de vue de la morale on peut ­comprendre ainsi : Athlas (« Atlas ») était un très grand sage parmi les mortels. Il avait mille têtes de bétail, ­cest-à-dire ­quil ­connaissait la vérité de mille opinions et la solution de tout autant ­darguments. Il avait une baguette en or parce que ses discours étaient si vrais et ornés ­quon les disait en or. [2] Le dragon ne gardait rien, ­cest-à-dire que par sa sagesse Persée, un sage ­dune très grande profondeur, le changea en montagne en lui montrant la tête de la Gorgone, parce ­quil discuta avec lui ­dagriculture, science dont Atlas ne ­soccupait pas. On dit ­quil fut changé en une montagne qui soutient le ciel parce ­quil était excellent en astronomie plus que dans les autres sciences. On dit ­quil soutient les astres parce ­quil ­connaît bien la course des étoiles.

732

657-662*

657 Quantus : tantus ; nam : quia ; barba : sua ; ­comeque : capilli et. 658 silvas : nemora ; abeunt : vadunt ; humeri : sui ; manus : sue. 659 quod : illud ; summo : alto. 660 ossa : sua ; sic : taliter ; auctus : multiplicatus ; omnes : multas. 661 crevit : multiplicatus ; immensum : altum ; dii : o ; statuistis : voluistis. 662 syderibus : stellis ; illo : tot dicit admirative.

IV 663

Digressio Persei a regnis Athlantis

[1] Actor latenter intrat fabulam de liberatione Andromede, que talis : ­com Perseus Athlanta mutavisset in montem, die crastina a regno suo recessit et, ­com in terram Cephenum devolando advenisset, vidit [f. 86v] Andromedem filiam Cephei et Caliopes ad scopulum maris ligatam, ut a belua voraretur, et hoc iniuste, quia Calliope mater sua pretulit se deabus maris pulcritudine et deliciis, unde Nepturnus, iratus, dedit aquas suas super terram et non retraxit se. [2] Quesitum est quomodo cessaret tempestas illa. Audierunt in responsis a Iove quod non retraheret se nisi Andromede, filia Cephei et Calliopes, ligaretur ad cautes et a belua marina devoraretur, et sic factum est : ligata fuit, et ideo dicit inmeritam (670) et iniustus (671), quia non propter se, sed peccato matris sue ligata erat. [3] Com Perseus vidisset illam, pro pulcritudine stupefactus fuit, quia, nisi vidisset capillos et oculos, putavisset quod esset ymago marmorea. Com ea voluit loqui et loqutus est. [4] Illa causam ligationis sue sibi dixit, et, ­com adinvicem loquerentur, belua venit, unde pre timore patres clamaverunt. [5] Perseus peciit eam com magna dote uxorem, si liberare valeret ; quam patres ­concesserunt, unde tam cito beluam interfecit et Andromedem liberavit, et, ­com requiesceret post laborem, posuit caput Gorgonis super virgas maris, unde ­contactu capitis virge vel iunci duriciam traxerunt et mutate fuerunt in corallos, unde nimphe stupefacte multotiens talia temptant, unde Perseus diis fecit sacrificia propter victoriam. Usque ad illum locum : protinus Andromedem et tanti (757), et cetera.

663.1 ­­com in terram] in terram ms. Cephenum] Cenenum ms. | 663.2 ligaretur ex liguaretur ms. | 663.5 tam cito] raucito ms.

733

662 Il dit tout cela de manière admirative.

IV 663

Persée quitte le royaume ­d Atlas

[1] ­Lauteur aborde insensiblement la fable de la libération ­dAndromède, qui est la suivante : comme Persée avait changé Atlas en montagne, le lendemain il quitta son royaume et ­comme il arrivait en volant au-dessus de la terre des Céphènes, il vit [f. 86v] Andromède, la fille de Céphée et Cassiopé22, enchaînée sur un rocher au bord de la mer pour être dévorée par un monstre marin et cela injustement, à cause de sa mère Cassiopé qui se prétendit supérieure en beauté et en agrément aux déesses de la mer, ce qui provoqua la colère de Neptune qui répandit ses eaux sur la terre et ne se retira pas. [2] On demanda ­comment cesserait cette calamité. Les réponses données par Jupiter23 furent ­quil ne se retirerait pas si Andromède, la fille de Céphée et de Cassiopé, ­nétait enchaînée aux rochers et dévorée par le monstre marin. Ainsi fut fait : elle fut enchaînée, ­cest pourquoi ­lauteur dit immeritam (« sans ­lavoir mérité ») et injustus (« injuste »), parce que ce ­nétait pas par sa faute mais à cause du péché de sa mère ­quelle avait été enchaînée. [3] Persée fut frappé de stupeur à la vue de sa beauté : ­sil ­navait pas vu ses cheveux et ses yeux, il aurait cru ­quil ­sagissait ­dune statue de marbre. Il voulut lui parler et ­cest ce ­quil fit. [4] Elle lui dit pourquoi elle était enchaînée. Pendant ­quils parlaient ensemble, le monstre survint, et les parents de la jeune fille poussèrent des cris de peur. [5] Persée la demanda en mariage avec une riche dot ­sil réussissait à la libérer, ce que ses parents acceptèrent. Aussitôt Persée tua le monstre et libéra Andromède. Se reposant après son effort, il posa la tête de la Gorgone sur les petites branches qui poussaient dans ­leau : au ­contact de la tête, les branches de jonc24 se durcirent et furent changées en coraux : les nymphes stupéfaites tentent très souvent de renouveler le même prodige. Puis Persée remercia les dieux pour sa victoire en leur offrant des sacrifices. La fable se poursuit ­jusquaux mots protinus andromedem et tanti (« sur le champ Andromède et ­dun si grand… »), etc.

734

663-670*

663 Ypothades : Eolus filius Ypotade ; eterno : forti. 664 admonitor : iussor. 665 Lucifer : stella sic dicta ; ortus : natus ; ille : Perseus ; resumptis : retro captis. 666 parte : undique ; pedes : suos ; telo : iaculo ; unco : curvo. 667 liquidum : clarum ; findit : discernit. 668 innumeris : multis ; circum : undique. 669 Cephea : a Cepheo rege ; ­conspicit : videt ; arva : campos. 670 Illic : in terra ; inmeritam : non meruerat ; materne : viris ; pendere : sustinere.

IV 671

Hamon : Iupiter harenosus, qui in Libia in specie arietis adoratur.

671-678*

671 Andromedem : proprium. 672 Quam : Andromedem ; simul : postquam ; cautes : petras. 673 vidit : Perseus ; levis : parva ; aura : ventus. 674 manabant : distillabant. 675 ratus : putavissetque ; trahit : capit ; ignes : amores. 676 stupet : Perseus ; forme : pulcritudinis. 677 pene : fere ; quatere : movere ; pennas : illas. 678 Ut : postquam ; cathenis : vinculis.

IV 679-681

De loqutione Persei ad Andromedem

Ecce verba Persei ad Andromedem.

679-680*

679 quibus : cathenis ; cupidi : ab effectu ; iunguntur : ­com. 680 pande : manifesta ; requirenti : michi petenti ; nomen : tuum ; terre : et nomen tue.

IV 681

Primo silet : hic tangitur modus virginis et sapientis ; sapientis in quantum tacuit parum antequam loqueretur ; virginis in quantum non ausa fuit appellare virum et voluit tegere vultum, sed non potuit quia erat religata.

674* manabant]manebantms. | 675* putavissetque] potavissetque ms. | 681 tegere ex tangere tegere ms.

735

IV 671

Hamon : Jupiter des sables, qui en Lybie est adoré sous ­laspect ­dun bélier.

IV 679-681

Paroles de Persée à Andromède

Voici les paroles de Persée à Andromède.

Primo silet (« ­Dabord elle garde le silence ») : ici il est question du ­comportement de la vierge et du sage ; du sage en ce ­quil se tait un peu avant de parler ; de la vierge en ce ­quelle ­nosa pas adresser la parole à ­lhomme et voulut couvrir son visage, mais ne put le faire parce ­quelle était enchaînée.

736

681-684*

681 et cur : dic mihi ; vincla : vincula ; geras : paciaris ; silet : tacet ; illa : Andromede ; nec : et non. 682 virum : hominem ; virgo : scilicet Persea Andromede ; manibus : suis ; modestos : castos. 683 celasset : texisset ; sinon : illa ; fuisset : et ideo non potuit. 684 lumina : oculos ; potuit : facere ; obortis : natis intus.

IV 685-688

Sepius. Construe sic : indicat, id est monstrat instanti, id est Perseo petenti, sepiusnomen terre et suum nomen, et quanta fuerit fiducia lingue materne ; ad quid indicat talia, ne videreturnollefateri Perseo sua delicta.

685-686*

685 Sepius : multociens ; instanti : Perseo ; sua : parenthesis ; delicta : peccata ; fateri : dicere ; ne videretur tacere causam propter aliquid peccatum. 686 videretur : putaretur ; terre : sue ; suum : nomen.

IV 687

In alio libro tota moralitas pulcherrime declarabitur. Rei veritas est quod Cepheus habebat filiam pulcherrimam quam Iupiter ­consilio Nepturni fratris sui accepit et in mare fecit ipsam carcerari. Quo Perseus adveniens, illam liberavit et in uxorem accepit. Phineus, modo dolens, movit bellum ­contra Perseum regem, sed tamen Perseus hunc devicit, unde gentes Phinei stupuerunt ac si essent facti lapidei eo quod Perseus Phinea superasset.

687-693*

687 quanta : quam magna ; materne : matris. 688 indicat : indicat ; nondum : non adhuc ; memoratis : dictis ; unda : quomodo mater sua ratione predicta penam meruerat. 689 immenso : magno ; belua : monstrum ; ponto : maris. 690 imminet : apparet ; latum : magnum ; pectore : suo ; equor : mare. 691 Conclamat : vel exclamat ; virgo : Andromede ; genitor : Cepheus ; lugubris : flebilis ; una : pariter.

687 alio ex alio membro ms. quod1] quo ms. pulcherrimam] pulcherrima ms.

737

IV 685-688

Sepius (« Avec plus ­dinsistance »). Construire ainsi : indicat (« elle indique »), ­cest-à-dire elle mentionne, instanti (« à celui qui la presse »), ­cest-à-dire à Persée qui lui pose des questions, sepiusnomen terre et suum nomen, (« avec plus ­dinsistance, (elle lui apprend) le nom de sa terre et son propre nom ») et ­combien furent grandes fiducia lingue materne (« les certitudes de la langue maternelle ») ; elle mentionne tout cela dans le but ne videreturnollefateri (« de ne pas paraître refuser ­davouer ») à Persée sua delicta (« ses délits »).

685 Pour ne pas paraître taire quelque chose à cause ­dune faute.

IV 687

Dans un autre livre la moralité sera très bien exposée. La vérité est que Céphée avait une fille très belle que Jupiter, sur le ­conseil de son frère Neptune, enleva25 et fit emprisonner au bord de la mer. Persée arriva, la libéra et la prit pour femme. Phinée, plein de ressentiment, fit une guerre ­contre le roi Persée, mais Persée le vainquit, et les Phinéens furent stupéfaits ­comme ­sils avaient été pétrifiés de cette victoire de Persée sur Phinée.

688 Comment sa mère avait mérité ce châtiment pour la raison susdite.

738

692 mater : Calliope ; adest : venit ; ambo : tam pater quam mater ; illa : mater, videlicet Calliope, iustius misera erat quam Cepheus pater, quia per meritum lingue sue filia sua, scilicet Andromede, erat ligata. 693 nec : et non ; secum auxilium : ferunt ; sed : ferunt ; fletus : quia dignum erat ut illo tempore flerent.

IV 694

Vincto : id est ligato.

694* feruntiunctoque : portant vel vincto et.

IV 695-696

Quasi dicat : Longo tempore poteritis flere nisi breviter auxilium illi tribuatur quia iamque ­devorabitur.

695-696*

695 sic : taliter ; hospes : Perseus ; ait : dixit ; lacrimarum : fluxum ; manere : expectare. 696 opem : auxilium ; ferenda est : danda, quasi dicat : Breviter oportet succurrere ­illi.

IV 697-700

Pactum Persei et Andromedes

Laudat se Perseus primo in petitione illa a parte generis sui, dicens : Si ego ­Perseus (697) ;evocatio est : Natus Iove (697) ; postea laudat se a parte virtutis et probitatis com dicit : Gorgonis (699) ; tercio a parte subtilitatis com dicit : et alis / ethereas (699-700).

697-698*

697 Hanc : Andromedem ; etilla : scilicet Dane. 698 quam : Danem ; clausam : intrare ; Iupiter auro : quia in generatione mea Iupiter, pater meus, mutavit se in aurum.

695* fluxum] flexuum ms. | 698* aurum] auris ms.

739

692 illa (« celle-ci ») : la mère, Cassiopé, était à juste titre plus malheureuse que Céphée, le père, parce que ­cest par sa langue coupable que sa fille, Andromède, avait été enchaînée. 693 fletus (« les pleurs ») : parce ­quil ­convenait de pleurer à ce moment-là.

IV 694

Vincto (« enchaîné ») : ­cest-à-dire attaché.

IV 695-696

En ­dautres termes : « Vous pourrez pleurer longtemps si elle ne reçoit rapidement de ­laide, car elle est déjà sur le point ­dêtre dévorée. »

696 En ­dautres termes : « il faut lui porter secours rapidement ».

IV 697-700

Accord entre Persée et Andromède

En demandant Andromède Persée fait son propre éloge ­dabord du point de vue de sa famille, quand il dit « Si ego Perseus » (« Si moi Persée »), et ­lallusion est : Natus Iove (« fils de Jupiter ») ; ensuite il fait son éloge du point de vue de ses mérites et de son honneur ­lorsquil dit Gorgonis (« de la Gorgone ») ; troisièmement il se loue du point de vue de sa légèreté quand il dit alis (« des ailes ») / ethereas (« éthérées »).

698 Iupiter auro (« Jupiter sous la forme ­dor ») : parce ­quau moment de ma ­conception Jupiter, mon père, se transforma en or.

740

IV 699-702

Anguicome (699) : quia habebat crines serpentinos vel serpentes in crinibus. Addere (701) : si diis placuerit, ego volo illam addere tantis / dotibus (701-702), ut scilicet in omnibus supradictis. Tamen quod illa sit mea, si potuero illam servare et liberare ; ita patres ­concesserunt, et regnum suum insuper promiserunt.

699-705*

699 Gorgonis : Meduse ; superator : victor. 700 ire : pergere. 701 cunctis : mortalibus ; certe : vere ; gener : vester. 702 faveant : ­concedant ; numina : dei. 703 sit : ­coniunx ; paciscor : in pactum pono quod, si potero liberare, erit mea uxor. 704 Accipiunt : capiunt ; dubitaret : certe nullus ; orant : precantur Persea quatinus dignetur liberare illam. 705 super : supradicta ; regnum : suum.

IV 706

Ecce, velud : ­com pacta essent ­confirmata, belua venit ut Andromedem devoraret, et ­comparat actor adventum suum ad navem iuvenibus agitatam.

706-708*

706 velud : sicut ; ­concita : ­commota. 707 sulcat : scindit ; iuvenum : hominum virtuosorum ; acta : agitata ; lacertis : brachiis et remigibus. 708 sic : taliter ; fera : belua ; dimotis : ­commotis ; pectoris : sui ; undis : maris.

IV 709-711

Dicit actor quod belua erat tantum longe ab Andromede quantum tantummodo iactus lapidis ­com funda est magnus. Tam subito (711) : tunc Perseus ivit in celum et, ­com belua umbram illius vidisset, putavit esse vere corpus et voluit illam devorare, unde actor ­comparat Persea ad aquilam rapientem serpentem.

699* Meduse] Medus ms. | 709-711 longe] lege ms. lapidis] lapis ms. ­­com belua] belua ms.

741

IV 699-702

Anguicome (« à la chevelure de serpents ») : parce ­quelle avait des cheveux en forme de serpents, ou des serpents dans les cheveux. Addere (« ajouter ») : « ­sil plaît aux dieux, je veux addere tantis / dotibus (« ­lajouter à tant de biens »), ­cest-à-dire parmi tout ce qui a été cité au-dessus. Cependant ­quelle soit à moi, si je peux la sauver et la libérer. » Les parents le promirent, et ajoutèrent leur royaume.

703 paciscor (« je pose ­comme ­convention ») : dans le pacte je pose que, si je peux la libérer, elle sera ma femme. 704 orant (« ils prient ») : ils prient Persée ­quil veuille bien la libérer.

IV 706

Ecce velud (« Voilà que, semblable ») : alors que le pacte avait été ­confirmé, le monstre arriva pour dévorer Andromède et ­lauteur ­compare son arrivée à un navire que font avancer de jeunes matelots.

IV 709-711

­Lauteur dit que le monstre ­nétait distant ­dAndromède que de la longueur du jet ­dune pierre lancée par une fronde. Tam subito (« Si soudainement ») : alors Persée ­séleva dans le ciel et, quand le monstre vit son ombre, il pensa que ­cétait un vrai corps et voulut le dévorer, ­cest pourquoi ­lauteur ­compare Persée à un aigle qui saisit un serpent.

742

709-719*

709 aberat : deficiebat ; scopulis : a ; Balearia : a Balero monte ; torto : quia in rotatione funde primo facta iacitur plumbum. 710 transmittere : preterire. 711 subito : cito ; pedibus : et hoc dico ; tellure : terra. 712 arduus : celsus ; abiit : perrexit ; equore : mari ; summo : profundo ; 713 viri : Persei ; visa est : a belue ; inumbram : ­contra. 714 utque : sicut et ;prepes : avis aquila ; arvo : campo. 715 prebentem : dantem ; liventia : candida. 716 occupat : capit ; adversum : ­contrarium ; ne : quod non ; seva : crudelia. 717 scamigeris : gerentibus scamas ; figit : ponit ; cervicibus : capitibus ; ungues : suos. 718 sic : taliter ; preceps : velox ; inane : aera. 719 fere : belue ; pressit : ­com(pressit) ; -que : et ; frementis : belue ; in armo : humero.

[f. 87r]

IV 720

Ynachides : de genere Ynachi, quia hic est ordo generis : Ynachus genuit Yo ; Yo genuit Epaphum ; Epaphus genuit Belum ; Belus genuit Abantha ; Abas genuit Acrisium ; Acrisius genuit Danem ; Dane genuit Persea, et sic Perseus erat de genere Ynachi.

720* Ynachides : Perseus ; addidit : posuit.

IV 721-727

De interfectione belue ab Perseo

Com Perseus vulneravisset feram et fera multis modis se movisset , effugit (724) et iterum vulneravit ea parte qua forma piscis forme ferine iungebatur.

721-727*

721 Vulnere : plaga ; gravi : pravo ; modo : aliquando ; sublimis : alta. 722 attollit : levat ; modo : aliquando ; subducit : mergit ; modo : aliquando ; ferocis : crudelis. 723 quem : aprum ; circumsona : circumdans. 724 ille : Persus ; avidos : crudeles ; morsus : belue ; alis : quia alibi volavit. 725 quaque : ea parte ; cavis : cavatis ; obsita : ­coniuncta ; ­conchis : id est scamis. 726 nunc : aliquando ; nunc : aliquando ; qua : ea parte. 727 desinit : finitur ; falcato : curvo.

714* avis] abes ms. | 720 Epaphum ex Epaphirum ms. Dane ex Danes ms. | 721-727 fera] feram ms. se movisset ] se # ms. vulneravit] vulneraverit ms.

743

709 torto (« lancé à tours de bras ») : parce ­quon jette le plomb en faisant ­dabord tournoyer la fronde.

[f. 87r]

IV 720

Ynachides (« Le fils ­dInachus ») : de la famille ­dInachus, car telle est la généalogie : Inachus engendra Io, Io engendra Épaphus, Épaphus engendra Bélus, Bélus engendra Abas, Abas engendra Acrisius, Acrisius engendra Danaé, Danaé engendra Persée : ainsi Persée était de la famille ­dInachus.

IV 721-727

Persée tue le monstre marin

Comme Persée avait blessé la bête et que celle-ci se débattait de toutes les façons, effugit (« il lui échappa ») et la blessa à nouveau à ­lendroit où la forme de poisson rejoignait celle de mammifère.

724 alis (« grâce à ses ailes ») : parce ­quil ­senvola ailleurs.

744

IV 728

Com belua vulnerata esset, multis modis incepit vomere fluctus ­com mari, et ita dolor eam inurgebat ex sale in vulneribus ­commixto. talaribus (730) : talaria sunt instrumenta que antiquitus de plumis fiebant et ligabantur pedibus currentium hominum in signum velocitatis.

728* puniceo : rubicondo ; sanguine : suo ; fluctus : maris.

IV 729

Maduere : com belua fluctus evomeret, penne Persei maduere et ita non ausus fuit ulterius super eam volitare ; ymo in summitate scopuli se appodit.

729-730*

729 ore : suo ; graves : ponderose ; penne : ale Persei. 730 Nec : et non ; ultra : amplius ; ausus : credere.

IV 731-732

Quando mare pacificatum est, tunc apparet ille scopulus ; quando autem est ­commotum, tunc in cursu aquarum tegitur.

731-734*

731 ­conspexit : vidit ; qui : scopulus ; vertice summo : summitate. 732 extantibus : pacificatis ; extat : apparet ; operitur : tegitur. 733 nixus eo : appodiatus in eo ; ruppis : saxi ; -que : et ; primaiuga : summitates ; sinistra : manu. 734 terquater : id est multociens ; exegit : deduxit ; ylia : viscera ; ferrum : telum.

IV 735-738

Com viderent Cepheni quod Perseus beluam devicerat, gavisi sunt gaudio magno, unde Calliope et Cepheus generum suum novum salutaverunt.

729 summitate scopuli] summitate # scopuli ms. appodit] appodierunt ms. | 731* summitate] summitata ms. | 732 extantibus] etantibus ms.

745

IV 728

Comme le monstre avait été blessé, il se mit à vomir en abondance des humeurs mélangées à ­leau de mer, pressé par une douleur ­quaugmentait le sel au ­contact de ses blessures. talaribus (« à ses talonnières ») : les talonnières sont des objets faits de plumes, ­quon attachait autrefois aux pieds des coureurs en signe de rapidité.

IV 729

Maduere (« ils souillèrent ») : ­comme le monstre vomissait des flots, ceux-ci souillèrent les plumes de Persée, qui ­nosa plus voler aussi haut au-dessus de lui, mais ­sappuya sur le sommet ­dun rocher <qui sortait de ­leau>.

IV 731-732

Quand la mer est calme, ce rocher est apparent ; quand elle est agitée, il est couvert par le cours des ondes.

IV 735-738

Voyant que Persée avait triomphé du monstre, les Céphènes furent emplis ­dune immense joie, et Cassiopé et Céphée saluèrent leur nouveau gendre.

746

735-739*

735 clamor : vox ; deorum : quia in templis deorum a sacrificantibus geminata fuit leticia propter liberationem Andromedes. 736 gaudent : Calliope, Cephus ; generumque : Persea et. 737 auxiliumque : auxiliatore ; domus : filie ; servatorem : liberatorem. 738 Cephus : proprium ; cathenis : vinculis. 739 incedit : vadit ; virgo : Calliope ; precium : scilicet. Precium quod expectabat Perseus de suo labore et causa quare laborem inceperat, scilicet ut esset soror sua.

IV 740

Victoria de belua a Perseo

740* ipse : Perseus ; hausta : capta ; abluit : lavat.

IV 741-752

Mutatio virgarum in corallos

[1] Hic tangitur mutatio virgarum maris in corallos sic : ­com Perseus beluam occidisset, lavare voluit manus suas et posuit caput Gorgonis super virgas maris, unde a natura capitis, quod omnia in lapides mutabat, duruerunt, unde nimphe, gaudentes, semina ex illis iactaverunt iterum et coralli nascuntur. [2] Rei veritas est quod mirabiles sunt virge quedam que, dum mare sinunt et etherea tangunt, indurescunt, sed de capite Gorgonis quod fit nihil est nisi quod quidam ­cultor terre primo hos lapides adinvenit.

741-742*

741 -que : et ; harena : sabulo. 742 mollit : sternit ; humum : terram ; natas : nativas ; equore : mari.

IV 743-752

Phorcus habuit tres filias : Steno, Heuriale et Medusa, de quibus inferius tractabitur, ut scietis. Virga recens (744) : tangit quod in iuventute cicius aliqua domantur quam in senectute.

741-752.1 suas] sua ms. duruerunt] duruerim ms. iterum] iram ms. | 741-752.2 mirabiles] minare ms. sinunt] sumunt ms. quod fit] hoc sit ms. | 743 Steno] Stertno ms. domantur] dogmantur ms.

747

735 Parce que dans les temples des dieux la liesse de ceux qui accomplissaient les sacrifices était redoublée à cause de la libération ­dAndromède. 739 Le prix que Persée attendait pour sa peine, la raison pour laquelle il ­sétait chargé de cette peine, à savoir ­quelle fût sa ­compagne.

IV 740

Victoire de Persée sur le monstre

IV 741-752

Métamorphose des tiges en coraux

[1] Ici il est question de la métamorphose des tiges de la mer en coraux : après avoir tué le monstre, Persée voulut se laver les mains et posa la tête de la Gorgone sur les tiges de la mer. Par la nature de la tête, qui transformait tout en pierres, elles durcirent, et les nymphes, toutes ­contentes, jetèrent à leur tour des semences de ces tiges pour produire des coraux. [2] En vérité ces tiges sont admirables : ­lorsquelles quittent ­leau et touchent ­lair, elles durcissent. Mais pour ce qui est de la tête de la Gorgone, ce ­nest rien ­dautre que le fait ­quun agriculteur trouva le premier ces pierres.

IV 743-752

Phorcus eut trois filles : Sthényo, Euryalé et Méduse, dont il sera question plus bas, ­comme vous le verrez. Virga recens (« Tige récente ») : ­lauteur évoque le fait que certaines choses sont domptées plus rapidement dans la jeunesse que dans la vieillesse.

748

743-752*

743 sternit : parat ; imponit : intus exponit ; Phoronidos : filie Forci. 744 recens : tenera ; etiam : certe. 745 vim : virtutem ; rapuit : cepit ; -que : et ; induruit : dura fuit. 746 percepitque : perfecte et ; rigorem : duriciem. 747 At : et ; pelagi : maris ; factum mirabile temptant : quia mirum erat quod virge lapides fierent. 748 pluribus : multis ; idem : factum. 749 -que : et ; ex illis : virgis ; undas : quia in undarum habundantia nutriuntur. 750 Nunc : in presenti ; quoque : similiter ; corallis : lapidibus ; eadem : quam prius. 751 ut : quod ; quodque : et illud. 752 equore : mari ; fiat : sit ; equora : mare ; saxum : lapis.

IV 753

Diis tribus : ­com Perseus beluam occidisset, tribus diis sacrificavit : Iovi, tamquam patri ; Mercurio, tamquam filio ; Palladi, tamquam spiritui adiutrici, et unicuique dedit suum proprium sacrificium secundum magis et minus, ut littera manifestat.

753-754*

753 Phocos : scilicet tria altaria ; ponit : fundat vel facit. 754 levum : sinistrum ; Mercurio : ponit ; dextrum : Phocum ; tibi : ponit ; virgo : o Palla.

IV 755-756

Sacrificatio Persei pro victoria belue

755-756*

755 ara : tamquam ; media : deus omnium ; mactatur : sacrificatur ; Minerve : Palladi. 756 alipedi : Mercurio ; vitulus : sacrificatur ; taurus : sacrificatur ; sumedeorum : o Iupiter.

IV 757

Protinus : ­com Perseus deis sacrificasset, accipit et desponsavit Andromedem liberatam et universi Cepheni venerunt ad nucias et in nuciis didicit Perseus mores et habitus hominum illius terre. Postea hoc interrogavit Licides, quomodo habuit caput Gorgonis.

*757 Protinus : ­consequenter ; Andromdem : proprium ; et : id est.

743* imponitexexponitms. | 753 Perseus] Mercurius ms. | 755-756tit. belue] belui ms. | 757 in nuciis] in nucii ms.

749

747 factum mirabile temptant (« elles essaient le prodige ») : parce ­quil était étonnant que des tiges deviennent des pierres. 749 undas (« dans les eaux ») : parce ­quelles se nourrissent dans des eaux abondantes.

IV 753

Diis tribus (« À trois dieux ») : après avoir tué le monstre, Persée offrit des sacrifices à trois dieux : à Jupiter, en tant que père ; à Mercure, en tant que fils ; à Pallas, en tant ­quauxiliaire spirituelle. Il offrit à chacun un sacrifice particulier, en fonction de leur importance respective, ­comme le texte le manifeste.

IV 755-756

Sacrifice de Persée pour la victoire sur le monstre

IV 757

Protinus (« Sur le champ ») : après avoir sacrifié aux dieux, Persée prit pour épouse Andromède ­quil avait libérée. Tous les Céphènes vinrent assister aux noces et pendant le ­festin Persée apprit les mœurs et les habitudes des hommes de ce pays. Ensuite un descendant de Lyncée26 lui demanda ­comment il ­sétait emparé de la tête de la Gorgone.

750

IV 758

Indotata : id est sine dote vel incliti dotata.

758-760*

758 indotata : in dote posita ; tedas : ­connubia ; hymeneus : deus nuciarum ; -que : et. 759 precipiunt : iubent ; saciantur : implentur. 760 -que : et ; tectis : a domibus ; lire : cithare.

[f. 87v]

IV 761

[1] Perseus dixit quod tres fuerunt filie Phorci que unicum oculum habuerunt quem interpositione quadam Perseus habuit, dum una alteri traderet. Post hoc venit ad domum Gorgonis, et, dum dormiret, caput eripuit et ex sanguine illius natus fuit Pegasus. Licides dixit : Quare habuit ista serpentes in capite pro crinibus ?. [2] Perseus dixit : Quia in templo Palladis Neptunus eam violavit et pulcrior erat in capite ­capilis, unde Pallas, irata, mutavit eos in angues turpes. Hoc est quod dicitur usque ad illum locum : Dumque ea cephenum (V 1).

761-763*

761 tibiaque : bucina et ; cantus : cantilene ; leti : quia ubicumque sunt talia insignia, probatur esse leticia. 762 argumenta : probabilitates ; sonant : re(sonant) ; valvis : portis. 763 instructa : parata.

IV 764

Bene dico quod omnia erant nobiliter parata, quia proceres.

764* proceres : barones ; ineunt : intrant ; ­convivia : nucias ; regis : id est Cephei.

IV 765

Postquam : quando bene manducaverunt et biberunt, tunc Perseus, noviter ingressus, interrogavit mores locorum.

761.1 que] qui ms. unicum] vinculum ms. | 761.2 Neptunus] Perseus ms. eam] ea ms.

751

IV 758

Indotata (« Sans dot ») : ­cest-à-dire sans dot ou dotée de gloire.

[f. 87v]

IV 761

[1] Persée dit que les trois filles de Phorcus ­navaient ­quun œil pour trois, dont Persée ­sempara au moment de ­léchange, quand ­lune le remettait à une autre. Ensuite il vint chez la Gorgone et, pendant son sommeil, lui coupa la tête : de son sang naquit Pégase. Le descendant de Lyncée dit : « Pourquoi avait-elle sur la tête des serpents au lieu ­dune chevelure ? » [2] Persée répondit : « parce que Neptune ­lavait violée dans le temple de Pallas – elle était plus belle avec des cheveux ; aussi Pallas, irritée, les changea en horribles serpents. ­Cest ce qui est raconté ­jusquaux mots Dumque ea cephenum (« Tandis ­quà (­lassemblée des) Céphènes »).

761 leti (« en liesse ») : parce que de toutes parts on voit de tels indices, on a la preuve ­quils témoignent de la liesse.

IV 764

­Jai raison de dire que tout avait été préparé noblement, parce que proceres (« les chefs »).

IV 765

Postquam (« Après que ») : quand ils eurent bien mangé et bu, Persée, nouveau venu, posa des questions sur les mœurs locales.

752

765-768*

765 Bachi : quia potaverant. 766 -que : etiam ; -que : et. 767 querit : interrogat ; Abantiades : Perseus ; querenti : interroganti ; protinus : tamcito ; unus : baro. 768 Narrat : dicit ; Lincides : scilicet nomine ; virorum : qui habitus, id est que arma viri portabant.

IV 769-771

Confabulatio Persei ­com ­convivis nuptiarum

Ecce quomodo narrat Perseus in quo loco invenit Medusam et dicit quod fuit in occidente.

769-771*

769 que : supradicta ; o : tu ; dixit : Licides. 770 fere : dic ; precor : te ; Perseu : o ; -que : et. 771 artibus : ingeniis ; abstuleris : removeris ; draconibus : serpentibus.

IV 772-780

Narrat.

772* Abantiades : Perseus ; gelido : frigido ; Athlante : monte.

IV 773-777

De morte filiarum Phorci

[1] Nichil est istud totum dictu nisi quod filie Phorci regnum unicum habuerunt, quod Perseus illis abstulit et eas occidit. Ille erant pulchre. Dicitur quod pulchrior habebat serpentes in crinibus, quia ita prona voluptati terrene erat quod de celestibus non curabat, unde universi qui videbant eam, stupebant propter pulchritudinem suam. [2] Dicitur quod sanguine suo natus fuit Pegasus, equs alatus, quia, post mortem et similiter in vita, tanta erat de ea fama quod universi de ea populi stupuerunt.

769-771 fuit] sum ms. | 773-777.1 quod1] quo ms. prona voluptati] voluptati ms.

753

765 Parce ­quils avaient bu. 768 Quelles habitudes, ­cest-à-dire de quelles armes se servaient les hommes.

IV 769-771

Entretien entre Persée et les ­convives des noces

Voici ­comment Persée raconte où il a trouvé Méduse : il dit que ­cétait en occident.

IV 772-780

Récit.

IV 773-777

Mort des filles de Phorcus

[1] Tout ce récit revient à dire que les filles de Phorcus ­navaient ­quun seul royaume, que Persée leur ravit avant de les tuer. Elles étaient belles. On dit que la plus belle avait des serpents sur les cheveux, parce ­quelle était attirée par les plaisirs terrestres au point de ne pas se soucier des biens célestes. Aussi tous ceux qui la voyaient étaient-ils stupéfaits par sa beauté. [2] On dit que de son sang naquit Pégase, le cheval ailé, parce que, après sa mort ­comme pendant sa vie, elle avait une telle réputation que tout le monde en était stupéfait.

754

773-789*

773 locum : unum ; solideque : firme et ; tutum : securum. 774 cuius : locum. 776 id : lumen ; sollerti : curioso et sapienti. 777 supposita : interposita ; -que : et ; abdita : id est abscondita. 778 -que : et ; silvis : nemoribus ; fragosis : ubi fragorum erat habundantia. 779 passim : ­communiter ; agros : campos ; -que : et ; vidisse : se. 781 silicem : saxuum ; ipsis : hominibus ; ­conversa : mutata. 782 tamen : narrat ; horrende : timende ; aspexisse : vidisse ; Meduse : Gorgonis. 783 repercusso : speculatione ; leva : sinistra. 784 -que : et ; gravis : ponderosus ; ipsam : Medusam. 785 eripuisse : removisse ; fugacem : narrat velocem. 786 Pegason : equus ; alatum ; matris : Meduse. 787 Addidit : se vidisse. 788 quefreta : narrat maria ; terras : vidisset ; alto : ethere. 789 sydera : yperbole ; pennis : alis.

IV 790

Ista supradicta narraverat Perseus Cephenis, unde tacuit antequam vellent. Tunc unus ex militibus rogavit eum, ut patet in littera, quod sibi diceret qua ratione Medusa erat ­comis colubrina.

790-801*

790 expectatum : antequam putarent ; excipit : incepit fari ; unus : de militibus. 791 procerum : baronum ; querens : interrogans quare. 792 gesserit : portaverit ; crinibus : capillis ; angues : serpentes. 793 Hospes : Perseus ; ait : dixit ; scrutaris : interrogas ; relatu : recordatione. 794 accipe : audi ; quesiti : interrogati ; forma : pulcritudine. 795 procorum : petentium. 796 illaneque : Medusa et non ; ­conspectior : pulcrior ; capillis : quam capilli. 797 inveni : dicit Perseus ; qui : aliquos ; vidisse : illam ; referrent : dicebant. 798 Hanc : Medusam ; pelagi : maris ; violasse : viciasse ; Minerve : Palladis. 799 egide : scuto. 800 nata : Pallas ; neve : quod hoc ; impugne : sine pena. 801 crinem : capillos ; mutavit : variavit ; ydros : serpentes.

774* cuius]cusuims.

755

IV 790

Persée avait raconté tout cela aux Céphènes, et se tut plus tôt ­quils ne ­lauraient voulu. Aussi ­lun des soldats lui demanda-t-il, ­comme on le lit dans le texte, de lui raconter pourquoi la chevelure de Méduse était faite de serpents.

756

IV 802

Nunc dicit Perseus hac de causa, ut Pallas hostes suos terreat ; in ­commemoratione illius facti habet serpentes in clipeo suo depictos.

802-803*

802 quoque : certe ; atonitos : stupefactos ; formidine : timore. 803 adverso : ­contrario ; fecit : illa ; angues : serpentes.

757

IV 802

Nunc (« ­Aujourdhui »), dit Persée, ­cest pour cette raison : pour que Pallas terrifie ses ennemis. ­Cest en souvenir de cela que des serpents sont représentés sur son bouclier.

1 Notre manuscrit a « hermofroditus erat », mais Ghisalberti édite « erit », et ­lon peut donc hésiter sur la traduction : « était Hermaphrodite » (le personnage mythologique donc) ou « sera hermaphrodite » (le nom ­commun).

2 Ce sont donc les péchés par pensée, par parole, et par action.

3 Jean-Marie Fritz pense ­quil ­sagit de ­lEcloga du Pseudo-Theodulus, dialogue entre un chrétien et un païen qui met en correspondance strophe à strophe un épisode biblique et un mythe antique. Mais ­lEcloga ne parle pas ­dAtlas.

4 Grec « βρωμα, ατοϛ », s.n.

5 Capitale de ­lÉlide.

6 La putain de ­lApocalypse : interprétation de ­lOvide moralisé : IV, 191.

7 G. Lafaye, le traducteur des Belles-Lettres, ­comprend ces « ignes nocturnos » (« feux nocturnes ») ­comme « les astres de la nuit ».

8 Le mot « prior » du manuscrit est surprenant. On attendrait « serius ».

9 Confusion dans cette version entre le nom de la deuxième ­conteuse, Leuconoé, et celui de ­lamante de Phébus, Leucothoé.

10 La médecine et la magie ­nétaient guère éloignées dans ­lantiquité et au Moyen Âge : Cf. M. Détienne et J.-P. Vernant, Les ruses de ­lintelligence. La mètis des Grecs, Flammarion, Paris, 1974. « Medicatus » peut ­dailleurs avoir le sens ­d« empoisonné ».

11 La mère de Leucothoé.

12 Le glossateur ne cite que quatre descendants de Bélus : le ­compte ­nest pas clair…

13 On ne sait où le glossateur prend ­lidée ­dune multitude de sœurs, quand le texte a parlé des trois Myniéides.

14 Dans ­lOvide moralisé, Celmus est « muez en aïmant » (voir éd. C. De Boer, t. II, IV, 1976-1980) : il y avait au Moyen Âge une ­confusion entre diamant et aimant, peut-être à cause du mot latin « adamas ».

15 Jeu de mot impossible à rendre en français, entre « nates » (mot-à-mot « les ­fesses », mais il ­ma semblé ­quun nageur se réchauffe plutôt en se frappant les flancs, ­doù ma proposition) et « natantes », « nageant ».

16 Mot-à-mot : « je ­tai vaincu ».

17 « Ynoa » : le glossateur utilise ici un accusatif grec.

18 Je supplée le nom de Vénus qui nest pas dans le texte latin.

19 Je ­comprends « vino et calore » ­comme un hendiadys, et ­lexpression ­comme une métonymie.

20 Le glossateur ­lappelle « Hermione » tout au long du récit : je rétablis le nom ­quelle porte traditionnellement.

21 Cette option, soutenue par certains mythographes, est reprise par ­lauteur de ­lOvide moralisé (éd. citée, tome II, p. 34, vers 651-657).

22 Le ms donne la leçon « Calliope » tout au long du récit.

23 On attendrait plutôt Neptune.

24 Je ­considère « virge vel junci » ­comme un hendiadys.

25 Le Glossarium mediæ et infimæ latinitatis de Ch. Du Cange (Niort : L. Favre, 1883-1887) signale des emplois de « accipere » au sens de « capere ».

26 En réalité ­cest Persée qui descend de Lyncée : G. Lafaye, ­léditeur des Belles Lettres, signale le désordre de ce passage, t. I, p. 121.

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