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Glossaire

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  • ISBN: 978-2-8124-0095-7
  • ISSN: 2105-9527
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-3972-8.p.0783
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 01/02/2010
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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GLOSSAIRE

Abandon : état des hommes privés de la grâce divine. Abandonné le premier par l’humanité en Adam, Dieu a abandonné les hommes déchus à leur corruption : ils vagabondent vers la perdition.

Amour propre : amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, volonté de se faire centre de tout (fr. 494). Conformément à une pratique du xviie siècle, le trait d’union est omis dans cette édition, de façon à éviter la confusion avec l’amour propre, au sens moderne.

Attachement : relation déréglée, effrénée, avec un être dont on oublie le caractère périssable et la radicale insuffisance. Pascal emploie aussi en ce sens « aimer souverainement », et même « aimer » (fr. 511). Sa sœur Gilberte écrit que sa « tendresse […] n’allait pas jusques à l’attachement… ».

Charité : amour de Dieu, et de toute réalité pour Dieu, jusqu’au mépris de soi.

Cœur : le cœur pascalien est le siège de connaissances intimes, immédiates et non démontrables : ces connaissances sont essentielles, soit parce qu’elles constituent le point de départ de toutes les autres (les premiers principes, tels que être, tridimensionnel, tout plus grand que la partie…), soit parce qu’elles président à la conduite de la vie (flair, sens des affaires, sens esthétique, intuitions de toutes sortes), soit parce qu’elles découvrent à l’homme ce qui lui importe le plus, sa destinée. Outre cette vaste activité de connaissance, le cœur inclut l’ensemble de la « volonté », avec ses tendances ignorées ou ses désirs conscients, ses décisions, ses joies ou ses remords. Il englobe la conscience morale. Le dynamisme avec lequel l’homme se porte à l’action procède de lui. Le cœur représente donc la profondeur et la spontanéité, notre être véritable. L’imagination et la raison, qui lui sont étrangères, ne constituent que la surface de l’homme.

Dans une perspective religieuse, en particulier, le cœur, c’est la vérité de l’homme : la faculté de l’infini, de l’absolu.

Concupiscence : manifestation de l’amour fiévreux de soi-même, considéré soit dans sa généralité (la concupiscence), soit dans la diversité de ses modalités (les concupiscences). Pascal organise cette luxuriance de sentiments et de conduites mauvais tantôt en deux rameaux : l’orgueil et la paresse, les stoïciens et les épicuriens, avec comme figures de proue Épictète et Montaigne (fr. 240) ; tantôt, et c’est le plus souvent, en trois rameaux, à la suite de saint Jean et de saint Augustin (fr. 761) :

1) Les voluptés : ce qui flatte nos sens et assure le bonheur du corps. Parfois Pascal les désigne sous le singulier, la concupiscence.

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2) La curiosité : désir effréné, démangeaison de tout voir, de tout expliquer, qui aliène l’homme dans une recherche agitée de problèmes étrangers à sa destinée.

3) Lorgueil (« la superbe »), la plus radicale de ces perversions. Chacune des grandes sectes philosophiques a exalté l’une de ces concupiscences : les épicuriens (les voluptés), les présocratiques et divers philosophes-savants (la curiosité), les stoïciens (l’orgueil). Ces concupiscences correspondent aux « trois ordres » du réel : la chair, l’esprit, la volonté.

Pour redresser ce cœur faussé par le culte de soi, l’homme doit se haïr soi-même, c’est-à-dire haïr cet amour propre qui l’assiège et l’aveugle.

Contrariété : qualité de ce qui est contraire.

Cupidité : amour de soi jusqu’au mépris de Dieu (synonyme d’amour propre).

Curiosité : voir concupiscence.

Effet (en) : effectivement, dans la réalité.

Emporté, Entraîné : participes qui désignent la passivité de l’homme déchu, jouet de ses pulsions, des climats, des astres, des structures sociales (fr. 313). C’est le feror augustinien, paradoxalement tout proche d’une théorie matérialiste de l’homme.

Entendre : comprendre. Entendement est synonyme d’esprit, de raison.

État : terme technique de la théologie jansénienne. À l’état d’innocence s’oppose l’état de la nature déchue (fr. 182). C’est un des traits de la rhétorique pascalienne que de gorger de sens théologique des mots de tous les jours (divertissement, laisser, remède…).

Étonner : frapper de stupeur.

Figures : les figures (prophetiae facti) sont des hommes, des événements, des objets, des institutions, qui contiennent en germe ce qu’ils ont à préfigurer, cette plus haute « réalité » dont ils ne sont que le reflet. Ainsi Adam, père de tous les hommes, est la figure du Christ, père de tous les élus. L’arche de Noé préfigure l’Église, qui sauve ceux qui s’abritent en elle. Alors que les prophéties sont des paroles, les figures sont des images. L’infériorité du figurant (Adam) par rapport au figuré est marquée chez Pascal par l’emploi du tour ne… que (fr. 289) et par un lexique qui oppose figure, ombre à réalité, vérité : la manne de lExode n’était pas le « vrai pain du ciel » (fr. 299).

Honnêteté (honnête homme, honnêtes gens) : idéal d’existence, art de vivre, élaboré par la culture des hautes classes entre le modèle du chevalier et celui du « philosophe ». Cet idéal atteint son maximum de vitalité au milieu du xviie siècle. L’honnête homme a un train de vie honorable. Ses qualités sont celles qui plaisent au monde : être élégant, spirituel, courtois, avoir des clartés de tout, sans porter aucune enseigne de spécialiste. Il doit exceller dans la conversation, jugée très supérieure à la pratique des livres pour l’épanouissement d’une personnalité. Il représente l’aisance, le tact, le naturel, fût-ce au prix d’un long travail. Son expérience de l’amour l’a rendu apte à faire une cour discrète. Sa sagesse est de mesure, de juste milieu. Certes un tel idéal fait figure de conservatisme politique, social, religieux. Mais il faut parfois un peu d’héroïsme pour se contraindre ainsi constamment à plaire aux autres, pour empêcher le « moi » de se faire 785envahissant : c’est là ce qui frappe le plus Pascal, l’honnêteté, sans extirper la corruption du cœur de l’homme, aboutit à créer entre des moi totalitaires une sorte d’ordre. Elle parvient, au sein de petits groupes choisis, à la même précaire réussite que l’art politique des machiavéliens dans l’ensemble d’un État.

Jouir de (jouissance) : l’opposition jouir de / user de est d’origine augustinienne. La jouissance désigne l’ivresse avec laquelle une créature se précipite sur une autre, ou sur les biens de ce monde (argent, honneurs…). Le chrétien ne saurait jouir que de Dieu et il doit simplement « user du monde » (fr. 511). La cupidité use de Dieu et jouit du monde, et la charité au contraire (fr. 738).

Justice (de Dieu) : attribut complémentaire de la miséricorde. Les hommes l’ayant abandonné, Dieu les abandonne avec justice. Mais, par une miséricorde toute gratuite et inaccessible à l’homme, il « discerne » quelques « élus » que, par une grâce toute-puissante, il délivre infailliblement de la corruption (fr. 182, 699).

Justice (de l’homme) : le mot peut désigner

1) Les conventions juridiques des sociétés (latin jus).

2) La justice éternelle, non écrite (latin justitia).

3) La sainteté du chrétien, au sens de saint Paul (fr. 761).

Le fr. 453 jongle avec les deux premières acceptions.

Laisser : voir abandon (fr. 265, 267).

Malice (malignité) : méchanceté, « mauvaise composition » du cœur de l’homme, dès son enfance (fr. 309).

Miséricorde (de Dieu) : voir justice.

Moi : terme dont Pascal avait accoutumé de se servir pour désigner l’amour propre.

Remède : métaphore qui désigne le caractère médicinal de la grâce du Christ. L’homme déchu est si faible qu’il a besoin du Christ médecin (fr. 182).

Sans doute : sans aucun doute.

Soin : souci.

Soutenir : supporter.

Superbe (nom féminin et adjectif) : orgueil, orgueilleux.

User de : voir jouir de.

Volonté : La volonté a pour les penseurs du xviie siècle un domaine infiniment plus vaste qu’aujourd’hui : l’ensemble des désirs, conscients ou inconscients, des réactions instinctives. C’est seulement à sa cime que la volonté devient l’équivalent du libre arbitre et la souveraine de toute les décisions. Fait capital : la volonté gouverne les opérations de connaissance elles-mêmes ; elle tourne l’entendement vers ce qu’elle veut, le distrait immédiatement de ce qui lui déplaît (fr. 458). Pascal est à l’opposé de Socrate : pour lui, c’est par sa propre volonté (et non par ignorance) que chaque homme est mauvais. Pour obtenir la conversion de l’incroyant, c’est sa volonté qu’il faut purifier : à partir du moment où il sera passionné pour la vérité, le cheminement intellectuel sera rapide.