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[Introduction de la première partie]

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  • ISBN: 978-2-406-09390-9
  • ISSN: 2257-915X
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-09390-9.p.0021
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Mise en ligne: 23/09/2020
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Que ce soit pour leur propre compte, par intérêt commercial ou par goût de laventure, ou bien à compte dautrui, pour une congrégation religieuse, une académie scientifique ou lÉtat, les voyageurs qui courent le monde au xviie siècle ont une dette à légard de leur société et de leurs commanditaires : ils doivent en effet se soumettre à lobligation, parfois contractuelle, souvent implicite, de diffuser les informations géographiques quils ont recueillies au cours de leur voyage. Tout est digne dintérêt : les villes où ils ont séjourné, bien sûr, leur localisation et leur taille, mais aussi les cours deau quils ont franchis et les montagnes quils ont gravies. À la lecture de leurs textes, simposeraient à limagination des paysages : des vallées se creuseraient, des massifs montagneux se dresseraient, et lon pourrait suivre mentalement le cheminement du voyageur. On pourrait aussi tracer une carte des régions quils ont visitées et y localiser les grandes villes et les distances qui les séparent les unes des autres. Pour répondre à lattente de leurs contemporains, les voyageurs livrent donc un discours de géographe amateur et, pour mieux les informer encore, leurs éditeurs joignent à leurs relations des cartes géographiques et des illustrations topographiques. Les lecteurs peuvent ainsi situer les étapes de litinéraire et imaginer lenvironnement des haltes et des bivouacs.

Cette démarche sinscrit naturellement dans la progression des savoirs géographiques au cours du siècle, reposant dune part sur les descriptions chorographiques, qui donnent des informations sur les lieux remarquables, en raison de leur histoire ou de leur position topographique, et dautre part sur la situation exacte de ces lieux, conformément à la vue ou selon des mesures géodésiques scientifiques. Car la géographie est de plus en plus souvent entendue comme duale, « ancienne » et « nouvelle », lune correspondant à lautre, mais chacune donnant des informations différentes. La géographie ancienne sinscrit dans le temps et revisite les événements marquants des mythes et de lhistoire, la nouvelle sétale dans lespace uniquement et entend à chaque nouveau voyage dresser des cartes actualisées. Si les voyageurs établissent des correspondances de lune à lautre – puisque leur référentiel textuel est en grande partie issu dun corpus antique et que les lieux quils décrivent 22sont contemporains à leur vision – les géographies et histoires, profanes et sacrés, qui sétaient longtemps disputé la primauté de la représentation du Monde, continuent à entretenir une certaine confusion sur linterprétation des lieux et sur leur valeur symbolique. Cest la raison pour laquelle les partisans de la géographie scientifique, qui valorisent une vision ptoléméenne de la carte, enrichie de calculs astronomiques de plus en plus précis, mais par conséquent une vision plus dépouillée et moins narrative, ont parfois du mal à imposer leur conception des lieux de la géographie.

Il règne une telle confusion dans les représentations françaises de la péninsule iranienne au xviie siècle, et cela en dépit des voyages en nombre croissant, quil nous est apparu indispensable de saisir doù provenaient les savoirs géographiques sur cette région, quelle compréhension on en avait et quelle interprétation on sen faisait. Nous avons donc établi, à partir des travaux des géographes et des cartographes de lépoque, un « état des lieux de la géographie » de la fin du xvie au début du xviiie siècle, en particulier pour les zones traversées par les voyageurs que nous avons étudiés. Elle met en évidence limportance récurrente accordée à certains espaces, au point den faire des topoï narratifs du voyage en Perse.

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