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[Préambule]

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  • ISBN: 978-2-8124-0572-3
  • ISSN: 2103-5636
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4210-0.p.0169
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 23/07/2012
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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À la charnière des xviiie et xixe siècles, s’opère une série de mutations décisives dans l’histoire de la sensibilité européenne au pittoresque. Des déplacements significatifs affectent la notion, désormais arrimée au romantisme. L’archaïsation de ses images accroît le sentiment de déréliction inspiré par la prise de conscience de l’action corrosive du temps sur les œuvres des hommes. Incorporé au mouvement de réinvention du Moyen Âge, le pittoresque romantique n’en assimile pas que les composantes esthétiques : il a aussi à voir avec le sens du primitivisme qui découle du questionnement de la génération de 1830 sur l’origine des peuples, de leurs croyances et de leurs traditions.

Traduction de « l’esprit des lieux », il s’attache à de nouveaux objets et sa quête investit des domaines qui, désormais, dépassent largement la nature et sa représentation. Capucine Lemaître perçoit les premiers signes de cette inflexion à travers l’évolution des techniques de la mosaïque miniature romaine dont les motifs décoratifs, à partir des années 1830, se détachent progressivement de la représentation de paysages archéologiques pour laisser place à des personnages en costumes traditionnels, témoignant ainsi d’un intérêt croissant pour les mœurs autochtones et la mise en évidence de l’altérité culturelle. S’attachant au tourisme funéraire qui conduit sous la monarchie de Juillet les voyageurs romantiques aux nécropoles princières, Grégoire Franconie met en évidence l’émergence d’un pittoresque patriotique, instrumentalisé par une dynastie en quête de légitimité historique. Pierre Karila-Cohen, à partir des enquêtes administratives des années 1814-1848 destinées à définir l’esprit politique dans ses rapports avec la spécificité des lieux, pose la question des limites entre discours statistique, écriture du pittoresque et rendu de la couleur locale. Dans le même esprit, Vincent Petit montre comment, dans la Franche-Comté des premières décennies du xixe siècle, la veine pittoresque vient irriguer le projet historiographique provincial, posant la question de l’instrumentalisation idéologique et politique de la notion.

Le xixe siècle est donc celui de l’ouverture et de la progressive dispersion des thèmes du pittoresque. De la technique du « tableau » émaillé de détails ethnologiques, déjà perceptible dans les écrits de soldats et officiers du siècle des Lumières analysés par Stéphane Perréon aux

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ambigüités du langage pictural des relations de voyages de Humboldt mises en évidence par Rossella Salerno, c’est tout le spectre des langages du pittoresque qui est ici déployé, entre récit anecdotique susceptible de piquer la curiosité et rendu scientifique d’une physionomie de la nature. Du Pâtissier pittoresque dont Florent Quellier interroge l’influence sur la cuisine d’apparat française de la fin du xviiie et du début du xixe siècle aux musiques pittoresques de l’Exposition Universelle de 1889 étudiées par Sophie-Anne Leterrier en passant par la gastronomie provinciale des années 1750-1850 dont Philippe Meyzie sonde la dimension pittoresque, c’est l’éventail des objets sur lesquels la notion vient à se fixer dont l’ouverture est, sans prétendre à l’exhaustivité, simplement suggérée.

Odile Parsis-Barubé

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