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Résumés

  • Type de publication: Article de collectif
  • Collectif: La Mémoire en pièces
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  • Pages: 603 à 610
  • Collection: Rencontres, n° 436
  • Série: Lectures de la Renaissance latine, n° 12

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  • ISBN: 978-2-406-09550-7
  • ISSN: 2261-1851
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-09550-7.p.0603
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Mise en ligne: 12/10/2020
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Résumés

Carlos Lévy, « Avant-propos. La memoria en réflexivité. Naissance dune philosophie romaine de la mémoire »

Carlos Lévy montre dans son introduction comment à la fin de la République romaine sélabora une structuration des opinions philosophiques rendant compte de la mémoire. Son rôle est minoré par lÉpicurien Lucrèce, qui semble avoir eu du mal à lintégrer à son atomisme. Pour les Stoïciens, elle est une trace laissée dans lhégémonique, sans que pour autant léthique cesse de se déployer dans le présent. Cicéron saura dépasser cet immanentisme pour orienter la mémoire vers la transcendance.

Michel Briand, « La mémoire entre mythe et histoire des avatars de Mémoire. Sur quelques figures poétiques de Μνημοσύνη »

Après une synthèse sur le rapport entre mémoire et temps en Grèce archaïque et classique, et en croisant anthropologie culturelle et littérature, cet article se concentre sur Mnémosyne, personnification divine, notamment dans le proème de la Théogonie dHésiode, chez Sappho et surtout Pindare. On sintéresse aussi aux liens entre mémoire et inspiration/énonciation poétiques, avec les notions de vérité, gloire et mort, ou entre parole/écriture et image plastique comme « monuments ».

Christine Kossaifi, « Cristallisation de la mémoire et chant bucolique. Les Idylles de Théocrite au prisme du tableau de Roger Bissière »

Les Idylles bucoliques de Théocrite se construisent sur un prisme mémoriel particulièrement complexe, auquel Roger Bissière fait écho dans le tableau quil a peint entre 1946 et 1947, en Hommage à Théocrite. Celui-ci construit en effet une mémoire bucolique, portée par le chant des pâtres (mémoire individuelle), par les mythes quils évoquent (mémoire collective) et par ses propres 604souvenirs (mémoire littéraire), en un jeu de cristallisations qui se retrouve à chaque fois dans le tableau de Bissière.

Mélanie Lucciano, « Constitution de la mémoire des philosophes. Inscriptions, tombeaux, épitaphes et épigrammes dans les Vies et doctrines des philosophes illustres de Diogène Laërce »

Lassociation entre les dimensions doctrinale et biographique de la doxographie est centrale pour Diogène Laërce : la transmission des idées dun philosophe doit saccompagner de la constitution de la mémoire de sa vie transmise par des épigrammes en prose ou en vers. Elles font apparaître la dimension dexemple ou de contre-exemple que doit prendre la mémoire des derniers instants du philosophe, moment crucial qui révèle ladéquation du comportement aux principes professés.

Ermanno Malaspina, « Memoria, prudentia, oblivio, monumentum. Appunti per una semantica del ricordo in Cicerone »

Les utilisations de la mémoire chez Cicéron : les définitions en inv., II, 160 (où est identifié un précédent philosophique jusquici ignoré pour le lien avec prudentia) et en I, 9 ; les « lieux » de la mnémonique ; la dialectique mémoire-oubli dans la polémique contre Épicuriens (De finibus) et Stoïciens (Lucullus) ; enfin, la mémoire historique et sociale. La deuxième partie examine la valeur de la mémoire des décédés pour la survie après la mort.

Évrard Delbey, « Conflits de mémoires. Mémoires tragiques, mémoire philosophique chez Sénèque »

La memoria est ce qui est activé, dans lŒdipe, ou réactivé, dans la Phèdre de Sénèque. Participant au renversement de situation qui définit la tragédie par le bonheur devenant malheur, cette mémoire soppose à son bon usage dont le traité La vie heureuse précise la philosophie stoïcienne pour laquelle il sagit de mettre en pratique la connaissance tragique de lhumaine condition afin de trouver, par la tranquillité de lâme en harmonie avec elle-même et lunivers, lau-delà même des situations tragiques.

605

Carlos Lévy, « Les ossements de Joseph. À propos de la mémoire chez Philon dAlexandrie »

Cet article consacré à Joseph fait apparaître la dimension prospective de la mémoire : le lieu dépositaire de ses restes fait en effet lobjet de rudes confrontations dans un espace, dans un temps et dans un contexte religieux bien éloignés de lunivers de la Bible dans lequel il a acquis sa réputation. La perpétuation du souvenir de Joseph prend même tout son sens une fois que ses restes sont sortis dÉgypte, cest-à-dire du lieu qui aurait pu sembler lespace adéquat pour sa commémoration.

Jean-Claude Julhe, « “Le figuier sauvage fend les marbres de Messalla”. Martial et les seuls monumenta qui ne sauraient mourir (À propos de Mart., X, 2) »

Dans la préface de son livre X, Martial présente les épigrammes comme des « monuments » capables de conserver durablement le souvenir de ceux pour qui elles sont composées. Toutefois, derrière les scrupules décrivain qui lont amené à réviser la première « édition » de son ouvrage, transparaît lorientation nouvelle quil entend donner à celui-ci, après lassassinat de Domitien : désormais, cest au lecteur romain quil rend hommage, puisque cest à lui quil est redevable de limmortalité.

Mathilde Simon, « Quest-ce quun monumentum littéraire pour Servius ? »

Les mots monumentum et memoria apparaissent rarement dans le commentaire de Servius mais lobjectif du grammairien de la fin du ive siècle, essentiellement normatif, est le bon usage de la langue : les auteurs latins sont catalogués comme antiqui, ueteres, maiores, et pour les plus tardifs, neoterici, mais ils constituent seulement un cadre historique pour lautorité de Virgile ; on peut supposer que de nombreux auteurs, comme Tite-Live, étaient déjà cités à partir de résumés ou dextraits.

Catherine Baroin, « Les uestigia comme traces du passé et lieu de limitation »

Si la notion de monumentum est essentielle pour comprendre les formes et les enjeux de la mémoire dans le monde romain, il importe aussi de réfléchir sur le terme uestigia, qui désigne des traces du passé conservées parce quelles sont dignes de mémoire et parce quelles détiennent une valeur exemplaire. 606Vestigium ponere, « mettre ses pas dans », désigne précisément le fait dimiter un illustre prédécesseur, que cela concerne lapprentissage de léloquence, de la vie politique ou du métier militaire.

Valentina Torrisi, « La maison de Livie au Palatin, lieu de mémoire de lAntiquité à nos jours »

Découverte en 1869, la maison de Livie est devenue célèbre grâce à ses magnifiques peintures. Lidentification de la propriétaire avec lépouse dAuguste est due à la découverte dun fistula gravée portant le nom Iulia Augusta. La maison die Livie constituait une partie luxueuse et importante du complexe residenciel augustéen du Palatin, jusquà la mort de Livie en 29. Des travaux ont dégradé cette maison qui nest réapparue comme lieu de mémoire quau xixe siècle grâce aux fouilles de Pietro Rosa.

Eleonora Malizia, « La mémoire dUlysse dans les villas impériales dépoque julio-claudienne »

La figure dUlysse connaît à lépoque impériale ses plus spectaculaires représentations. La villa de Tibère à Sperlonga et la villa de Hadrien à Tivoli, en constituent les exemples les plus remarquables. Il convient de se demander comment la figure dUlysse a pu survivre à lépoque impériale dans les décors romains après lémergence de la figure dÉnée, représenté quant à lui dans les espaces publics, grâce à lanalyse de la présence de ce mythe à lintérieur des complexes impériaux.

Alexia Maquinay, « Le tablinum, un lieu de mémoire dans la maison romaine »

Le contenu du tablinum conservatoire de la mémoire officielle de la familia évolue au fil des siècles. Les représentations des membres illustres prennent la forme dhermès ou de statues honorifiques élevées afin dhonorer un individu, sans doute de son vivant. Ces bustes conservés de génération en génération revêtent une fonction commémorative. Ils deviennent, au même titre que les imagines, des monuments de mémoire reflétant la volonté de glorifier la familia.

607

Laetitia Ciccolini, « La construction de la mémoire des martyrs en Afrique pendant la première persécution générale »

La Correspondance de Cyprien de Carthage est une source précieuse sur la fabrication de la mémoire des martyrs par lautorité ecclésiastique : valorisation du lien entre le martyr et sa communauté, importance du calendrier, définition large du terme « martyr », qui offre plusieurs modèles de conduites valorisées. Mais la pratique des billets de paix fait apparaître le décalage entre le discours de lautorité et des pratiques spontanées que ce discours vient rationaliser et réguler.

Joëlle Soler, « Les lieux de mémoire dans quelques écrits de voyageurs de la latinité tardive. Égérie et le Pèlerin de Bordeaux) »

Cette contribution étudie la façon dont se constituent des lieux de mémoire chrétiens dans lAntiquité tardive, à travers lévolution sémantique du terme memoria. Plus que les termes monumentum ou sepulcrum, cest le mot memoria qui simpose, dabord dans la langue épigraphique, pour désigner les tombeaux des martyrs ou les lieux, voire les objets, commémorant leur passion, et, dès lItinerarium du pèlerin de Bordeaux, puis chez Égérie, les tombeaux des personnages bibliques.

Jean-Baptiste Guillaumin, « Géographie et mémoire dans lOra maritima dAviénus »

LOra maritima, poème latin du troisième quart du ive siècle. ap. J.-C., décrit, à partir des Colonnes dHercule, une partie des côtes atlantiques ainsi que les côtes méditerranéennes jusquà Marseille. Aviénus y souligne lancienneté et la variété des matériaux quil utilise, donnant ainsi une dimension antiquaire et mémorielle au poème. Cette communication met en relation le projet poétique dAviénus avec le contexte intellectuel propre à laristocratie païenne de la seconde moitié du ive siècle.

Alice Lamy, « Les édifices religieux dans lélaboration de la mémoire médiévale. Lexemple de Hildegarde de Bingen (1098-1179) »

Hildegarde de Bingen, première bénédictine célèbre du xiie siècle, met en scène lhistoire du salut avec force couleurs et flammes, et indique avec 608autorité les chemins du Paradis ou de lEnfer. Ces décors sacrés étayent ainsi une double mémoire : une mémoire didactique qui permet à lâme de fixer lenseignement des mystères ainsi quune mémoire mystique et musicale, au-delà des mots et des monuments, qui invite lâme à sévanouir dans le souvenir des chants divins et de lharmonie céleste.

Pierre Laurens, « Aeternum cupitis producere nomen (Pétrarque, Africa, II, 408). Réflexions sur la caducité du nom »

Tandis quils dénonçaient les diverses stratégies imaginées par les hommes pour éterniser leur nom grâce à des monuments eux-mêmes périssables, philosophes et poètes ont souvent assuré que seul lécrit détenait le pouvoir dassurer véritablement limmortalité : cétait oublier que lhomme est promis, selon Pétrarque qui a lu Boèce, à trois morts successives, celle du corps mortel, celle du sépulcre qui lhonore et le couvre, enfin celle du livre, censé sauvegarder sa mémoire mais appelé à périr.

Donatella Coppini, « Memoria e ricordo. Tumuli di carta e tumuli di pietra nella poesia di Giovanni Pontano »

Dans labondante production poétique de Giovanni Pontano (1429 ?-1503), les Tumuli inaugurent un véritable genre littéraire, celui de la poésie funéraire. Pontano fit graver quelques uns de ses poèmes sur les plaques de marbre fixées aux murs du célèbre « tempietto » napolitain érigé à la mémoire de sa famille. Cette contribution souligne limportance du support qui véhicule le message en distinguant les fonctions et les effets de la mémoire confiée aux marbres de celles confiée aux pages de poésie.

Alfredo Perifano, « Monumenta de sorcières et de démons dans la Strix de Jean-François Pic de La Mirandole »

Le dialogue de Giovanfrancesco Pico della Mirandola, la Strix (1523), fait écho aux procès pour sorcellerie des années 1522 et 1523. Le grand nombre de citations des auteurs de lAntiquité classique et lattention philologique pour ces textes prennent des dimensions inédites et jettent les bases de ce que lon peut définir comme une littérature humaniste de la sorcellerie dans laquelle saccentue linterprétation démoniaque des mythes transmis par la première tradition patristique.

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Johannes Bartuschat, « Sur la mémoire de la Rome républicaine dans la Toscane du xiiie siècle »

La lecture de lhistoire romaine au xiiie siècle en Italie revalorise la Rome républicaine, son idéal de liberté et ses vertus civiques, notamment à Rome et Florence, où sélabore la légende des origines de la ville en lien avec la conjuration de Catilina : cet événement perçu comme un combat entre la liberté républicaine et la tyrannie des nobles annonce chez Brunet Latin lhumanisme civil et permet de redécouvrir Cicéron dans son rôle dhomme politique et dorateur engagé dans la défense de la liberté.

Anne Raffarin, « Une mémoire réinventée. Les antiquités imaginaires dAnnius de Viterbe »

À la fin du xve siècle, Annius de Viterbe revisite lhistoire de lÉtrurie en prenant le contrepied de laffirmation de Flavio Biondo, selon lequel Viterbe nétait pas une cité antique. Succédant à trois textes préparatoires des années 1490, en 1498 les Antiquitatum variarum commentaria XVII, recueil composite de fragments authentiques mais surtout vaste reconstruction mythologique, linguistique et épigraphique sont destinés à faire de Viterbe la capitale de lantique dodécapole étrusque.

Giuseppe Marcellino, « Monumenti e memoria. La riscoperta del passato nel De situ insulae Siciliae di Claudio Mario Arezzo »

Après les premiers essais de géographie urbaine des xve et xvie siècles, Claudio Mario Arezzo, notable de Syracuse, décrit intégralement la Sicile et ses monumenta, selon la méthode déjà appliquée par Biondo dans lItalia illustrata. Giuseppe Marcellino montre comment Arezzo qui présente son œuvre comme un monumentum littéraire, a exploré le rapport complexe entre reconstruction historique et invention de la mémoire, en étudiant la présentation de la ville de Messine, centre culturel actif dans lîle.

Raphaële Mouren, « Il viaggio di Hannibale per la Toscana de Piero Vettori ou la reconstruction dun itinéraire »

Raphaële Mouren étudie un texte resté inédit à la mort de lhumaniste florentin Piero Vettori. Dans cette étude, il cherchait à reconstruire litinéraire 610dHannibal en Toscane en 218-217 av. J.-C. en utilisant les sources littéraires (Polybe, Strabon et Tite-Live) et sa connaissance des lieux, mais sans chercher à identifier dautres sources historiques. Il sagit ici danalyser les problèmes rencontrés par Vettori et la façon dont lhumaniste a cherché à les résoudre.

Anne Raffarin et Guiseppe Marcellino, « Conclusion »

Les travaux menés par les intervenants sur les modalités délaboration de la mémoire dans les textes grecs et latins de lAntiquité à la Renaissance ont fait apparaître une notion dynamique et plastique. Chargée de commémorer mais également de sauvegarder personnes, noms, événements, la mémoire se révèle en outre dotée dune capacité à se redéployer. Les textes mettent en lumière la possibilité dune reconstruction mémorielle et dun réinvestissement de la mémoire dans de nouveaux espaces-temps.

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