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Avant-propos

  • Type de publication: Article de collectif
  • Collectif: L’Œuvre littéraire du Moyen Âge aux yeux de l’historien et du philologue
  • Auteurs: Evdokimova (Ludmilla), Smirnova (Victoria)
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  • Pages: 7 à 27
  • ISBN: 978-2-8124-2127-3
  • ISSN: 2103-5636
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-2129-7.p.0007
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Collection: Rencontres, n° 77
  • Série: Civilisation médiévale, n° 9
  • Date de parution: 17/04/2014
  • Année d’édition: 2014
  • Langue: Français

  • Article de collectif: 1/29 Suivant
Accès libre
Support: Numérique
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Avant-propos

Ce volume rassemble les articles issus des communications du colloque « L’œuvre littéraire du Moyen Âge au yeux de l’historien et du philologue1. Interaction et concurrence des approches » (septembre 2012, Moscou). La comparaison des approches historique et philologique à l’étude de la littérature médiévale y fut au centre des discussions – notamment de leur matériel préféré et de leur problématique et, en particulier, des cas possibles de l’interférence de ces deux disciplines qui permettent de signaler des divergences importantes entre elles, un conflit d’intérêt, pour ainsi dire.

Ces questions recoupent le problème éternel de l’histoire littéraire – celui du rapport entre les composantes sociale et formelle (c’est-à-dire esthétique) au sein de l’œuvre et dans la littérature prise dans son ensemble. En effet, il est évident que ce rapport apparaît différent à ceux qui apprécient de manière diverse les rôles de la philologie et de l’histoire dans l’étude du texte littéraire. Si le principe esthétique est reconnu dominant, la philologie reçoit le rôle essentiel (sinon unique) dans l’analyse du texte ; elle apparaît comme discipline indépendante de l’histoire et même capable de contester ses conclusions. Dans d’autres cas les deux disciplines sont pensées comme réciproquement liées et capables de servir de complément l’une par rapport à l’autre à des égards divers.

Bien que l’histoire et la philologie aient suivi un cours parallèle durant une longue période, dans leur existence il y avait aussi des moments de séparation et même de certains conflits. L’analyse traditionnelle philologique s’appuie, comme l’on sait, sur la base ancienne et stable des pratiques scolaires et universitaires ; la lecture commentée des textes – notamment des leurs langues et des leurs styles, à la suite des traditions de l’enarratio poetarum de l’Antiquité, conserve son importance pendant

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tout le Moyen Âge ; au contraire, l’histoire s’intègre au système de la philosophie médiévale et devient sa part à la fin du xve siècle2. L’enracinement de l’analyse grammaticale et rhétorique dans l’enseignement (qui ne disparaît pas aujourd’hui) exerce sans doute son influence sur la vision des objectifs de la philologie, ainsi que de ses rapports avec l’histoire.

Si dans le cadre de l’histoire littéraire et de la littérature comparée les dimensions sociale et esthétique du texte sont également importantes et motivent, par conséquent, la possibilité de le considérer comme objet d’analyse des deux disciplines, plus tard, au début du xxe siècle, ces deux approches semblent exclure l’une l’autre – ainsi, chez les formalistes russes, d’une part, et, d’autre part, chez les partisans de la critique sociologique ou, encore, chez M. Bakhtine et ses successeurs. Ces courants opposés dans le développement de la philologie sont en corrélation, sur le plan esthétique et philosophique, avec des visions différentes de l’art de la parole – d’une part, avec la littérature engagée et, d’autre part, avec l’apologie d’un art pur, privé de lien avec la société.

Dans les études médiévales du début du xxe siècle l’émancipation de l’analyse philologique de la problématique sociale et historique s’exprime par l’intérêt pour la rhétorique médiévale et pour son influence sur la littérature. Par rapport à la littérature française, il faudrait citer dans ce cas, en premier lieu, les ouvrages d’E. Faral, par rapport à la littérature latine – le livre célèbre de Curtius3. Dans les études médiévales, le thème rhétorique avec son intérêt pour les topoï et pour des instruments agissant sur le lecteur toujours de la même façon est génétiquement et esthétiquement conforme au même idéal de l’art pur qui transparaît dans les travaux des formalistes. Il est évident, en tout cas, que si la problématique rhétorique devient dominante, le texte analysé se soustrait au domaine social et découvre par conséquent son incapacité de devenir l’objet de l’analyse historique. Ce n’est pas un hasard si Curtius et Auerbach (dont les ouvrages sont, comme l’on sait, sociologiquement orientés) engagèrent, l’un avec l’autre, une polémique aigüe qui permet d’apprécier le caractère irréconciliable de leurs prises de positions –, là

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où Curtius voit une tradition littéraire, Auerbach distingue l’influence des facteurs extra-littéraires, notamment du christianisme (autrement dit, en fin de compte de la « vie »)4.

Une opposition analogue (quoique sans polémique aussi ouverte et aigüe) est manifeste, d’une part, entre les articles multiples d’H. P. Dyggve consacrés aux trouvères où les chansons sont considérées principalement comme sources des témoignages historiques sur les poètes et leur entourage, et, d’autre part, la monographie célèbre de R. Dragonetti, parue déjà après la guerre, avec son titre symptomatique, contenant la mention directe de la rhétorique5. Dans cette dernière, le contenu et la structure des mêmes chansons sont étudiées en rapport avec la variation du thème dominant, à l’aide des figures rhétoriques diverses. Dans la conception de Zumthor, la chanson du trouvère est semblable à cette vision de la lyrique médiévale : la chanson est close sur elle-même, « autoréférentielle6 », et, par conséquent, séparée de tout contexte extérieur – événementiel, idéologique ou social. Cette image de la chanson médiévale est suggérée, semble-t-il, ne serait-ce que d’une façon inconsciente, par certains poèmes hermétiques du xxe siècle dont les liens avec les contextes extra-littéraires demandent un commentaire érudit et approfondi.

En Russie l’intérêt pour l’étude des liens entre la rhétorique médiévale et la littérature se manifeste plus tard, dans les années 70 du xxe siècle ; il y est pourtant stimulé par le caractère autoritaire du régime politique. Les directives idéologiques de ce dernier dans le domaine des sciences humaines demandaient aux chercheurs d’analyser des racines sociales des phénomènes littéraires, alors que se tourner à l’étude des traditions de la rhétorique permettait de se soustraire à ces ordres de l’État.

Dans les dernières décennies du xxe siècle et au début du xxie, les tendances vers le rapprochement réciproque sont évidentes et dans

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l’histoire, et dans la philologie. Sous l’influence du tournant linguistique, les historiens ne négligent pas la problématique traditionnelle de la philologie et son appareil critique. Ainsi, Jacques Le Goff, dans son livre connu consacré à Saint Louis, entreprend d’étudier l’image du monarque en rapport avec le cadre dans lequel elle a été formée (le miroir, les exempla, le panégyrique) ; il essaie de définir ce qui a été tu par les témoignages divers et ce qui a été conservé7 ; il est évident que dans ce cas l’historien tient compte de l’histoire des « genres » – c’est-à-dire, de la problématique qui préoccupe plusieurs générations des philologues. De plus, les historiens élargissent considérablement le champ de leurs études, se tournant systématiquement vers les œuvres qui constituaient d’habitude l’objet de l’analyse philologique – des poèmes épiques, des romans, voire de la poésie lyrique.

M. Bouhaïk-Gironès, réfléchissant sur cette expansion des historiens-médiévistes dans le domaine traditionnel de la philologie, fait nettement ressortir son point de vue : chaque œuvre littéraire devient un document historique, lorsqu’elle est étudiée par l’historien. La différence entre les deux disciplines, croit-elle, ne réside pas dans le matériel lui-même, mais dans les approches à son étude : l’historien étudie la perception du texte par la société et les fonctions qu’il y remplit, alors que le philologue essaie de reconstituer un dessein hypothétique de son auteur. C’est la raison pour laquelle le premier se tourne vers les manuscrits et les incunables, tandis que le second, après avoir reconstruit un « texte d’auteur », en fait l’objet de son analyse8.

Pour leur part, durant les dernières décennies, les philologues-médiévistes avançaient à l’encontre des historiens, ce qui permet de mettre en doute le côté réaliste du portrait du philologue peint par M. Bouhaïk-Gironès. En effet, Bernard Cerquiglini ne faisait-il pas l’« éloge de la variante », encore dans les années 80 du xxe siècle, lorsqu’il insistait sur la valeur et l’unité de chaque texte, conservé par un manuscrit9 ?

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Ces derniers temps l’étude de la tradition manuscrite, sous des aspects divers, est devenue magistrale dans plusieurs études des philologues-médiévistes, non sans influence, probablement, de l’ouvrage connu de Bernard Cerquiglini. On pourrait citer à cet égard les travaux consacrés à la disposition de la lettrine et à la mise en page des plusieurs textes en rapport avec le changement de leurs structures et de leurs interprétations, ceux sur le texte et l’image10 ou encore ceux sur les recueils manuscrits11. Dans tous ces cas le problème de la réception d’une œuvre par un certain milieu et dans des contextes sociaux divers sort au premier plan – problème qui devient un des plus importants dans les travaux récents des études littéraires médiévales.

Parallèlement, les philologues, tout comme leurs collègues historiens, élargirent le champ de leur étude, en s’appropriant les domaines qui

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sont en dehors des « belles lettres » – notamment des traductions (pour la plupart des ouvrages à contenu scientifique, religieux ou moral), des encyclopédies et des traités de toute sorte, des sermons et des exempla. Le rapprochement réciproque de l’histoire et de la philologie dans la médiévistique se manifeste en ce temps-là par les études des textes littéraires considérés comme miroir de la quotidienneté12. Cette dernière approche devient actuellement si répandue qu’on peut parler de la naissance d’un nouveau courant scientifique qui attire également les philologues et les historiens. Il se rapproche parfois d’un autre – celui de l’étude de l’ « écriture pragmatique », c’est-à-dire, des fonctions pragmatiques des poèmes écrits sur l’exemple des testaments, des ballades « diététiques » d’Eustache Deschamps ou encore ses poèmes de thématique historique13.

Dans un tel contexte une question se pose naturellement : est-ce qu’il existe encore en effet une frontière qui sépare les études médiévales en philologie et en histoire ? Conservent-elles leurs instruments spécifiques d’analyse, des domaines de recherche et des questions préférés ? Enfin, peuvent-elles se compléter, par l’étude des aspects divers de la littérature médiévale, ou bien les résultats de leurs recherches divergent de telle manière qu’ils vont se contredire et se contester ?

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Cette problématique, nous l’avons déjà mentionné, faisait revenir les participants du colloque à la question éternelle de la nature du texte littéraire (à l’occasion, médiéval), combinant en proportions diverses des composantes sociales et esthétiques. Comme le travail du colloque le montre, la recherche des réponses à ces questions demande une réflexion rétrospective sur le sens et la valeur de certaines notions – par exemple, du topos littéraire. Il est clair que dans bien de cas il est difficile de distinguer entre les topoï et les reflets du réel (notre volume illustre cette thèse à plusieurs reprises). Par conséquent, le travail du colloque fait revenir à la question de la tradition rhétorique et à la force de son influence sur la pratique littéraire du Moyen Âge, ainsi que, parallèlement, à celle de la signification de l’intérêt pour la rhétorique dans le cadre des études médiévales – nous avons déjà évoqué ce sujet au début de notre Avant-propos.

Pour la plupart les participants du colloque sont portés à croire que les fonctions de l’histoire et de la philologie dans les études médiévales sont complémentaires –, pourtant ils argumentent différemment leur point de vue. Dans une certaine mesure, ces divergences entre eux dépendent, semble-t-il, de leur formation professionnelle d’origine et de l’ensemble de leurs intérêts.

F. Collard (« Le crime de poison dans la littérature médiévale : les médiévistes face aux textes ») souligne que les recherches historiques des dernières décennies, malgré leur intérêt pour la littérature de fiction, conservent leur spécificité, en comparaison des études philologiques. Les historiens se concentrent sur les realia (ainsi, par rapport à la thématique de l’article – aux caractéristiques du poison, à ses effets et aux manières d’empoisonnement), aux portraits sociologiques des protagonistes, enfin, aux conséquences juridiques des faits. De leur côté, les philologues sont attentifs en premier lieu à l’organisation verbale des textes – aux schémas et formes narratifs, aux appréciations morales et à la psychologie des personnages, ainsi qu’à des fonctions spécifiques que le récit de l’empoisonnement tient dans la narration ; ils ne négligent pas pour autant les realia – et plus largement – tout effet du réel s’il est capable d’éclaircir le texte. Ainsi, les approches philologiques et historiques aux textes d’empoisonnement se ressemblent étroitement. Cela dit, l’analyse philologique qui met en valeur les schémas narratifs et décrit les formes est, selon F. Collard, dans une certaine mesure, préparatoire

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par rapport à celle de l’historien. En mettant à son profit les résultats de l’analyse philologique, l’historien-médiéviste cherche dans les textes de l’empoisonnement non pas les effets immédiats du réel, mais la réalité telle qu’elle apparaît dans un certain milieu social – autrement dit, la structure de l’imaginaire.

D’après A. Marchandisse et J. Dumont (« Le manuscrit Fr. F. vxiv, 8 de la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg au prisme de l’analyse littéraire et historique ») la complémentarité réciproque des approches historique et philologique au texte médiéval est déterminée par le rapport de dichotomie qui existe entre sa forme et son contenu. Ainsi, le philologue s’attache aux particularités formelles des épîtres qui font partie du recueil manuscrit étudié dans l’article ; l’analyse philologique constate que ces épîtres sont écrites sous l’influence des Héroïdes d’Ovide, l’œuvre qui jouit d’une grande influence à la limite des xve-xvie siècles. L’historien, quant à lui, se préoccupe du contenu des épîtres, en étudiant des idées sociales et politiques qui s’y reflètent : ainsi, l’image idyllique de la France, de l’union idéalisée de la France et de l’Italie (de la Franco-Italia) qui sert à louer les guerres d’Italie menées par Louis XI, enfin, la vision des états qui y apparaît. Ce point de vue n’est pas si éloigné de celui de F. Collard : dans les deux cas, la philologie se consacre à l’étude de la forme, et l’histoire – à celle du contenu, quoique dans le premier article l’objet de recherche est l’imaginaire, alors que dans le second – le texte lui-même.

Dans quelques articles la forme de l’œuvre, celle de genre en particulier (de la chanson épique, de la chronique, de roman allégorique ou de la poésie de circonstance), apparaît comme expression du contenu, y compris du contenu social ; cette conception du genre qui réunit des particularités formelles et thématiques est proche des idées de M. Bakhtine. C. Gaullier-Bougassas (« La longue entrée d’Alexandre le Grand à Babylone : des raffinements de l’esthétique épique aux enjeux idéologiques de la recomposition de l’Histoire ») montre à quel point l’union d’éléments sociaux et littéraires est étroit dans ses textes – ainsi, l’utilisation des procédés de style caractéristiques de la chanson de geste est inséparable de l’idéalisation de l’héros ; par cela même, son article légitime, lui aussi, le travail commun de l’historien et du philologue. Les différences entre l’Alexandréïde de Gautier de Châtillon et le Roman dAlexandre d’Alexandre de Paris s’expliquent par l’influence du contexte

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sociale : le premier auteur, voulant obtenir les faveurs de son mécène (un clerc ou un évêque), n’a pas l’intention de louer Alexandre le Grand de la même manière comme le second – chez qui Alexandre incarne l’image idéal du monarque français. Dans ce cas, l’idéalisation est parfaite, alors que dans le texte latin elle est plus modérée et on peut y distinguer des notes critiques par rapport au monarque, qu’on perçoit chez certains auteurs de l’Antiquité.

J.-C. Mühlethaler (« Entre prose et vers, exemplaire et éphémère : regards croisés sur une fête à la cour de Charles VI (Michel Pintoin – Thomas de Saluces – Eustache Deschamps) ») compare trois textes distincts par leur genre (la chronique historique, le roman allégorique et le chant royal) consacrés au seul événement – à la fête de mai organisée en 1389 par le roi de France Charles VI. Dans les deux premières œuvres, en accord avec les genres de la chronique et du roman allégorique, ainsi qu’avec la forme-prose qui leur est propre, le récit de l’événement est chargé de considérations didactiques ; derrière l’intention de louer la fête, qui est à la surface des œuvres, se cache le désir de la désapprobation, voire de l’accusation morale. Dans le poème lyrique la louange n’est pas obscurcie par la critique ; le poète fait partager à son public l’ambiance euphorique de la fête. J.-C. Mühlethaler lie cette dernière version de l’événement à la fonction pragmatique du poème (un peu dans l’esprit des recherches de l’« écriture pragmatique » ; cf. plus haut) : il est probable que ce poème ait dû annoncer à la noblesse de l’Europe les festivités à venir ; dans ce cas la voix du poète, dit-il, s’unit aux voix de ces commanditaires.

T. Lassabatère (« Poétique et politique du genre : quelques aspects de la construction d’un mythe dans la Chanson de Bertrand du Guesclin de Cuvelier ») étudie d’une manière semblable les rapports entre la forme de l’œuvre et le message politique qu’elle exprime. En comparant l’utilisation des marqueurs de style, caractéristiques de la chanson épique (ainsi, des apostrophes aux auditeurs, etc.) dans les deux manuscrits du poème, il constate que dans l’un ils mettent en relief les épisodes importants, liés à Bertrand Du Guesclin ; cela contribue à créer l’image de la monarchie limitée qui accorde au connétable célèbre une place non moins importante qu’au monarque lui-même. Dans un autre manuscrit plusieurs de ces marqueurs disparaissent, l’image de Du Gesclin perd du relief – il n’y a pas de doute que dans ce cas l’image du monarque

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est plus sacralisée. À la disparition des marqueurs se joignent d’autres divergences textuelles qui témoignent de la même différence du contenu politique des deux manuscrits.

Selon certains auteurs du volume, l’analyse plurielle – philologique et historique – est légitimée soit par l’œuvre elle-même, soit par l’époque culturelle, à laquelle elle a été écrite. Ainsi, L. Evdokimova (« Le sensus historicus d’une œuvre allégorique à la fin du Moyen Âge : la ballade d’Eustache Deschamps consacrée à l’hirondelle calomnieuse ») qui analyse l’une des ballades allégoriques d’Eustache Deschamps prouve que dans ce cas la pluralité des lectures est créée par le poète qui construit son poème en accord avec les règles de l’exégèse médiévale. Le sens historique est défini, conformément à la tradition exégétique de la fin du Moyen Âge, comme le contexte événementiel qui se reflète dans l’œuvre. Le poète y fait allusion sous une forme allégorique ; le sens littéral reste à la surface du texte et il est créé par les moyens rhétoriques, ainsi que par les sens propres des mots employés. Selon G. Giacomazzi (« Une lecture généalogique du Roman de Tristan de Thomas d’Angleterre : les “sous-textes” médical, logique et théologique »), la pluralité des lectures d’une version du Roman de Tristan est motivé par le fait que l’auteur l’inscrit dans plusieurs contextes intellectuels, ce qui est, à son tour, déterminé par le rôle des artes liberales dans la culture de la fin du xiie siècle, ainsi que par l’influence de l’une des sommes sur ce romancier. A. Corbellari (« Entre opportunité et opportunisme : la place du savoir aristotélicien dans la geste médiévale d’Alexandre ») démontre, en liaison avec la même question de l’influence de la « philosophie » médiévale sur la littérature de son époque, qu’on découvre dans le Roman dAlexandre non seulement l’image du Philosophe, mais aussi certaines notions de sa doctrine – c’est la raison pour laquelle ce roman ne peut pas constituer l’objet de l’analyse uniquement philologique.

Les deux approches – philologique et sociale – se complètent dans l’étude du roman médiévale. M. Lacassagne (« De l’ordenance du Meliador de Jean Froissart à la lecture du Livre de chevalerie de Geoffroy de Charny, traité de l’Ordre de l’Étoile ») ne niant pas les aspects littéraires du roman de Meliador, par Jean Froissart, met en valeur l’influence direct d’un traité de la chevalerie dont il témoigne et, par cela même, la signification sociale de ce roman pour la consolidation de la classe des chevaliers à la fin du xive siècle. Comme d’autres chercheurs, H. Dupraz-Rochas

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(« Plaisir littéraire et éthique aristocratique : éclairer la philologie par l’histoire ») estime que le travail du philologue et de l’historien sur un texte médiéval est complémentaire l’un par rapport à l’autre. Pourtant les romans étudiés dans son article, comme elle-même le souligne, appartiennent à la littérature au sens propre du terme, à la différence de plusieurs autres œuvres du Moyen Âge : leurs auteurs insistent qu’ils écrivent pour faire plaisir aux lecteurs. C’est la notion même du plaisir qui peut devenir dans ce cas l’objet de l’analyse historique, en rapport avec la naissance de la nouvelle classe de la chevalerie courtoise, à laquelle la prospérité économique laisse le temps de loisir. En ce qui concerne les textes des romans eux-mêmes, comme il s’ensuit de l’article, ils devraient plutôt être analysés par un philologue – car ils sont destinés à une réception esthétique, étant libres de toute autre fonction, à part à part celle de la récréation.

D’autres auteurs du volume revendiquent encore plus ouvertement les avantages de l’approche littéraire à l’analyse de leur matériel. Ainsi, J.-Y. Tilliette (« Opus oratorium. L’écriture de l’histoire et l’exigence littéraire dans le Moyen Âge latin ») accentue le statut littéraire de l’histoire à l’Antiquité et au Moyen Âge ; il engage la polémique avec le livre connu de Bernard Guénée : s’il est vrai que les historiographes médiévaux anticipent, dans une certaine mesure, sur les ouvrages de leurs successeurs modernes, il est peu probable qu’ils aient pensé leurs travail de la même manière : depuis Aristote l’histoire est conçue comme une part de la littérature, Cicéron appelle l’ouvrage de l’historien opus oratorium. En ce qui concerne les orientations de style des historiens médiévaux, elles étaient toujours motivées par les traditions littéraires – y compris dans les cas lorsque ceux-ci faisaient un choix de simplicité : ainsi, Geoffroy de Monmouth choisit le style simple, s’orientant, d’une part, vers les lecteurs non instruits et, d’autre part, vers l’exemple littéraire de Darès le Phrygien. Le statut littéraire de l’historiographie ne disparaît pas de nos jours, comme par exemple, chez G. Duby, pour qui elle constitue « un art littéraire essentiellement ». D’une manière analogue E. Marguin-Hamon (« La matière becketienne, de la source à l’épopée ») qui étudie les œuvres d’Henri d’Avranches consacrées à Thomas Becket, met en lumière leur statut littéraire, alors qu’auparavant elles figuraient plutôt parmi les ouvrages historiques, avec d’autres textes hagiographiques. Henri d’Avranches réécrit l’histoire de Thomas Becket en accord avec

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les traditions de Virgile et en suivant les préceptes des arts poétiques médio-latins ; elle note que le lien avec Virgile et des poètes épiques plus tardifs est conçu au Moyen Âge comme une part intégrale du travail de l’historien : ainsi, Henri d’Avranches se qualifie d’ « historiographe » à la suite de Lucain. O. Togoeva (« Jeanne d’Arc et Louis XI. Les particularités du discours humaniste du Rosier des guerres ») discute la brièveté du récit consacré à Jeanne d’Arc par le Rosier des guerres et propose d’expliquer cette particularité de la narration par l’influence de l’historiographie italienne de la Renaissance avec son idéal de la brevitas ; elle polémique avec Ph. Contamine qui explique cette particularité du Rosier par des considérations pratiques de son auteur volant obtenir les faveurs de Louis XI. D’une façon générale, on est là devant une querelle ancienne entre la « vie » et les exemples littéraires dans leur capacité d’influencer la thématique et le style de l’œuvre ; l’auteur de l’article, tout en étant historienne de formation, mais agissant plutôt en philologue, résout la querelle en faveur de la littérature.

Dans l’article de L. Vissière (« Goûter la ville. Réflexions sur la poésie ambulatoire de Paris au Moyen Âge »), comme dans quelques autres contributions du volume qui seront évoquées plus bas, c’est l’approche historique aux textes analysés qui est légitimée. L. Vissière qui étudie quelques poèmes du xiiie – début du xive siècles, consacrés à l’éloge de Paris – ses rues, ses vendeurs du vin et des bons vivres, mais aussi de ses quartiers où l’on peut rencontrer des prostituées, les considère comme de précieuses images de la vie urbaine de l’époque, dans l’esprit de la sociologie de la quotidienneté, bien qu’il note parfois des liens entre les poèmes en question et leur contexte littéraire14. En discutant leurs fonctions pragmatiques probables, il remarque que des poèmes à contenu similaire, mais datées du xve siècle avaient des fonctions de nos guides modernes : ils communiquaient aux visiteurs de la ville (pour ainsi dire, aux touristes) des informations nécessaires. En ce qui concerne les poèmes du xiiie, ils sont à étudier dans le cadre de la poésie ludique des clercs, car leurs manuscrits sont très peu nombreux. Il découle de l’article, que si on disposait d’une quantité plus grande des manuscrits de ces derniers, il faudrait croire qu’eux aussi avaient la même fonction pragmatique.

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À notre avis, cette interprétation pourrait provoquer une contestation de la part de certains médiévistes-philologues. En effet, ces derniers seraient plutôt portés à considérer ces poèmes – indépendamment de leur datation et de la quantité des manuscrits conservés – comme une antithèse rhétorique à la « louange des villes », genre fréquent au Moyen Âge, où les cités sont louées à cause de leur ancienneté, de la magnificence de leur architecture ou encore de leurs illustres habitants. Les poèmes étudiés dans l’article de L. Vissière s’opposent à ces derniers, car ils louent les villes pour des raisons évidemment basses. Ainsi, le philologue, en transposant des notions de la rhétorique du niveau de l’œuvre à celui de la situation littéraire, essaierait de décrire cette dernière comme un système, dont les parties établissent entre elles certains rapports, y compris des rapports esthétiques ; cette étude synchronique de la littérature semble étrangère aux intérêts de l’historien-médiéviste, qui s’attache à ces composantes isolées, leur genèse et leur origine. Ainsi, dans certains cas les approches philologique et historique à l’analyse de la littérature peuvent s’opposer comme synchronique et diachronique.

Les articles consacrés à l’étude des textes médiévaux en rapport avec les renseignements sur l’histoire de la lecture, des bibliothèques et du vol des manuscrits qu’ils contiennent se situent sur le croisement de la sociologie de la quotidienneté et de l’histoire littéraire. En effet, l’analyse de tels contextes thématiques, assez fréquents dans plusieurs œuvres de fiction, permet de distinguer difficilement si on a affaire à un topos (par exemple, celui de la bibliothèque virtuelle citée pour témoigner de l’érudition de l’auteur) ou bien du reflet de la réalité (cf. l’article de T. Van Hemelryck « La bibliothèque médiévale dans les livres : entre fantasme et réalité »).

O. Delsaux (« L’homme de plume plumé : les plaintes des écrivains français contre le vol intellectuel ou matériel de leurs textes ») qui étudie le motif du vol des manuscrits dans de divers textes littéraires oppose nettement deux approches à son analyse : historique (lorsqu’il est considéré comme le reflet du réel) et littéraire (lorsqu’il est perçu uniquement comme un topos). En constatant que jusqu’aux derniers temps cette dernière fut largement dominant, O. Delsaux souligne que les renseignements sur le vol des manuscrit peuvent – au moins parfois – avoir une valeur historique ; sa tâche serait de comprendre et de préciser dans quelle mesure ils témoignent de la propagation réelle des textes. Il s’ensuit de son article que les témoignages de ce genre

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demandent une étude extrêmement différenciée : s’il est vrai que chez plusieurs auteurs ce motif est purement littéraire (ainsi, chez Machaut ou Froissart), dans d’autres cas le vol annoncé par l’auteur peut être réel (comme chez Gerson). Mais il est important que le motif, même s’il est conditionné par la réalité, reçoit dans le contexte de l’œuvre un sens littéraire : ainsi, l’écrivain annonce le vol du manuscrit pour expliquer la parution de la nouvelle rédaction de son ouvrage.

Les contextes étudiés dans cet article obligent à reconnaître que la fréquence de l’utilisation d’un motif littéraire ne permet pas encore de l’identifier à un topos privé de lien avec la réalité –, ce terme largement utilisé par des chercheurs semble nécessiter une nouvelle définition. Cette définition, une fois trouvée, permettrait peut-être de dépasser l’opposition des aspects social et rhétorique d’un texte, ainsi que celle des approches philologique et historique à son étude – opposition qui, comme notre volume le montre, conserve encore sa signification. Les historiens et les philologues-médiévistes feront alors encore un pas les uns à la rencontre des autres.

En demandant aux participants du colloque de comparer les interprétations « historiques » et « littéraires » d’une œuvre choisie, nous nous sommes proposées, entre autres, de lancer une réflexion plus approfondie sur le choix de la méthode de recherche utilisée : dans quelle mesure est-elle conditionnée par le texte lui-même ? Serait-il possible d’affirmer que certains ouvrages se prêtent plus facilement à l’approche historique, tandis que d’autres – à l’approche littéraire ?

Le domaine des lettres médiévales est fort hétérogène. Il comprend non seulement des ouvrages dont la portée esthétique est incontestable, comme romans, poèmes épiques, poèmes lyriques, etc. – mais aussi d’autres qui se caractérisent au premier chef par leur fonction sociale, leur capacité à répondre aux besoins des milieux concernés. Les caractéristiques littéraires de tels textes ne s’imposent pas comme dominantes, quoiqu’elles puissent se manifester d’une manière faible et sporadique ; il y aurait apparemment des ouvrages auxquelles elles feraient totalement défaut15.

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Or, les exempla et les sermons, deux « genres » auxquels nous avons consacré le chapitre intitulé Effets esthétiques et pragmatique des genres didactiques, sont d’ordinaire vus comme appartenant à cette deuxième catégorie. Tenant compte de leur place importante au sein du culte chrétien ainsi que de leur didactique religieuse l’emportant de loin sur l’esthétique, il serait logique de mettre au premier plan leur pragmatique16 : ainsi, dans les études les plus récentes, l’exemplum est défini par sa fonction ou par l’intention communicative qui lui est sous-jacente17. Selon l’avis de C. Bremond, largement accepté par la communauté des chercheurs, l’exemplum, et plus particulièrement celui des prédicateurs, n’est pas un genre littéraire : « mais tout au plus un genre de message, narratif et didactique, extra-littéraire18. » Sa mise en forme n’était pas conditionnée par l’intention de faire une œuvre d’art ; le recueil où il se trouve n’était pas non plus perçu par son utilisateur potentiel, à savoir le prédicateur, « comme un objet de consommation littéraire : il s’agissait d’un outil de travail19 ». Les sermons, en revanche, sont souvent mentionnés parmi les genres « littéraires ». En effet, certains sermons se distinguent par la richesse du langage et par leur style recherché (par exemple les sermons de Bernard de Clairvaux). Cependant, la production de masse, telle

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qu’on la trouve dans les recueils de modèles de sermons s’apparente aux textes fonctionnels, non-littéraires, répétitifs, schématisés à l’extrême. Certes, même le sermon scolastique essaye d’arranger la problématique religieuse dans une construction qui soit satisfaisante du point de vue de l’esthétique formelle20. Cependant, l’analyse de la structure et du style des sermons diffère souvent de la méthode propre à la critique littéraire comme ayant des objectifs différents. Père Bataillon identifie dans son article fondateur « Apporaches to the Study of Medieval Sermons » le style et la structure comme les critères internes pour établir la typologie des sermons permettant de différencier les sermons des homélies et des collations21. Selon D. d’Avray, le chercheur doit dégager, avant tout, le message du texte de l’imagerie qui est porteuse de ce message, et ensuite déterminer comment le message est renforcé par l’imagerie qui ne fait pas partie du message mais qui l’imprime dans l’esprit22.

Il n’est pas étonnant que les sermons et les exempla soient étudiés principalement par les historiens, surtout en France (ou, pour être plus précis, dans une perspective historique qui engage une histoire sociale, une histoire des mentalités, une histoire culturelle, une anthropologie historique et d’autres courants des sciences historiques modernes). Grâce à J. le Goff qui a lancé en 1978 une enquête sur les exempla homilétiques auprès des historiens des mentalités, les exempla sont largement reconnus et appréciés comme des sources riches d’information sur la vie quotidienne, sur les croyances et les pratiques sociales et culturelles. En Russie, c’est l’historien A. Gourevitch qui a initié les chercheurs russes à l’étude de cette forme brève. Les sermons, eux aussi, sont souvent vus comme miroir de la société ; les études sur l’histoire de la prédication médiévale en tant que phénomène social et culturel inscrit dans la

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logique des média de masse sont nombreuses et variées23. S’y ajoute la différenciation linguistique. Si les littéraires s’intéressent souvent aux sermons vernaculaires, ce sont surtout les historiens qui s’intéressent aux sermons latins.

Dans le domaine des recherches sur les exempla médiévaux, à la place de la notion de « genre littéraire » s’installe celle du « récit efficace24 ». L’analyse de l’exemplum en tant que forme pragmatique comprend l’étude de l’intention communicative dont il est porteur : persuasion, démonstration, illustration, mais aussi divertissement25, – et donc des moyens rhétoriques et stylistiques qui contribuent à la meilleure diffusion du message didactique ou religieux. L’analyse des procédés rhétoriques et stylistiques qui font de l’exemplum un « récit efficace » occupe une place solide de l’activité scientifique du Groupe danthropologie historique de lOccident médiéval (GAHOM), fondé par Le Goff26, une équipe leader dans son domaine. Le nombre de travaux consacrés à la rhétorique des exempla et des sermons ne fait que croître ces dernières années27, surtout dans le cadre des recherches interdisciplinaires d’actualité, telles que les études sur les « techniques du faire croire28 » et sur le storytelleing

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management (une gestion narrative des désirs et des comportements)29. Ainsi une approche pragmatique – et une approche littéraire – s’apparentent à l’approche historique.

En étudiant les qualités esthétiques de textes pragmatiques, les historiens inscrivent les résultats obtenus dans le contexte du savoir historique. L’analyse stylistique et structurelle d’une œuvre médiévale fait donc partie de la lecture historique, entrant dans une perspective de l’histoire des idées. Mentionnons en passant qu’une telle approche ne se limite pas à l’analyse des textes fonctionnels. Dans la logique de la collection Typologie des sources du Moyen Âge occidental, les auteurs des volumes consacrés, par exemple, aux lais, romans ou nouvelles, expliquent en détails l’intérêt historique des genres en question30. Comme le remarque J. Berlioz dans son aperçu des études françaises sur les exempla, dans des travaux concernant le passage de l’exemplum à la nouvelle (la problématique traditionnellement associée à l’histoire littéraire) : « L’analyse littéraire s’ouvre […] heureusement à l’histoire pour essayer d’appréhender globalement les phénomènes de

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transformation de la matière narrative31. » Si la source à laquelle l’historien s’adresse acquiert le statut historique et les études sur les exempla, dont la partie importante traite des phénomènes surnaturelles et s’apparente donc au domaine de l’imaginaire, n’étaient pas toujours considérés comme recommandables pour les « pures historiens32 », ne serait-il pas possible de constater la même tendance quant aux méthodes de recherche ? Les méthodes des historiens de la littérature ne s’assimilent-elles pas à celles des historiens tout court ?

C’est cette tendance qui se manifeste, nous semble-t-il, dans la présente collection d’études. Ainsi, M. A. Polo de Beaulieu aborde dans son article (« Le passage des recueils d’exempla aux langues vernaculaires : nouveaux publics ? nouveaux usages ? ») la traduction des recueils latins d’exempla en langues vernaculaires. Cette problématique, comme elle le souligne, n’attirait pas, jusqu’à récemment, beaucoup d’attention de la part des historiens. En analysant, entre autres, la structure et le style des recueils en vernaculaire, M. A. Polo de Beaulieu cherche à mettre en relief les conditions sociales de leur diffusion et les pratiques de lecture qui leur sont liées. L’analyse philologique et codicologue permet de répondre aux questions historiques, c’est pourquoi les historiens qui ne possèdent pas la double compétence en histoire et en philologie s’adressent, de plus en plus souvent, aux travaux de leurs collègues, les littéraires.

Les exempla ne sont pas privés de potentiel littéraire ; cependant, on néglige trop souvent cet aspect en le traitant comme une sorte de degré zéro de l’écriture, pour reprendre le terme de R. Barthes. Une étude littéraire plus approfondie des collections d’exempla cisterciens, comme le remarque S. Mula, reste encore à faire. Dans son article « Les exempla cisterciens du Moyen Âge, entre philologie et histoire », il met en lumière

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les aspects littéraires du travail des compilateurs cisterciens : ils faisaient des choix parmi les histoires, variaient des détails ; la composition de leurs recueils révèle un projet réfléchi. Les exempla cisterciens ne sont pas aussi simples et univoques qu’on l’imagine. Ils changent selon le contexte et les objectifs poursuivis, qui, à leur tour, changent en fonction de la mise en place de différentes instances narratives.

Paradoxalement, l’approche historique permet de révéler les particularités esthétiques des textes didactiques qui n’ont pas encore attiré l’attention des littéraires. Dans son article « Le sermon thématique. Une construction fonctionnelle et esthétique », N. Bériou qui caractérise elle-même son l’analyse d’une esthétique cachée des sermons du xiiie siècle comme historique, évoque les conceptions du Beau acceptées à l’époque, qui pouvaient influencer le travail des prédicateurs. L’étude des sermons dans l’optique de l’histoire des idées (et plus précisément de l’histoire du beau) permet non seulement de pousser la frontière du littéraire et aborder des éléments qui peuvent paraître secs et sans esprit comme porteurs de beauté. Elle permet également de poser de nouveau la question des raisons qui encourageaient les prédicateurs d’y recourir, et de mettre en relief, à côté de l’efficacité didactique, la valeur cognitive du beau.

Or, la fusion des méthodes historiques et littéraires dans le domaine des études sur les écrits pragmatiques se réalise sous l’égide des sciences historiques, surtout en France, comme le montrent les articles en question. Il serait pourtant révélateur de porter l’attention sur le choix des instruments d’analyse qu’opèrent les historiens. C’est la rhétorique et donc l’analyse discursive du texte qui se pose comme un point de liaison entre nos deux disciplines. Une approche interdisciplinaire, pourtant, n’exclut pas la possibilité  et même la nécessité  d’analyser la même œuvre dans l’optique historique et dans l’optique littéraire successivement. Dans son article « De l’histoire à la rhétorique : les recueils d’exempla cisterciens du Moyen Âge tardif », V. Smirnova aborde le problème de la valorisation des œuvres médiévales en tant qu’objets de la recherche moderne. Elle insiste sur le fait que l’étude des recueils cisterciens tardifs, largement négligés par les chercheurs, peut être fructueuse tant dans le cadre historique que littéraire ; avec cela les deux approches sont présentées comme distinctes.

La mise en valeur de la pragmatique des genres didactiques met en doute l’idée que l’étude littéraire des genres fonctionnels (comme les

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exempla et les sermons) soit moins appropriée que l’étude historique. Il ne faut pas non plus oublier, que l’analyse purement littéraire de la structure narrative de l’exemplum et de ses rapports avec d’autres formes brèves, par exemple les miracles, est aussi répandue, surtout en Allemagne33. Le choix de la méthode serait conditionné, entre autres, par l’appartenance du chercheur à telle ou telle école nationale et/ou régionale.

Le colloque de Moscou reflète ce rapprochement réciproque de l’histoire et de la philologie dans le domaine des études médiévales qui est caractéristique de l’évolution des deux disciplines durant les dernières décennies. Il montre d’autre part qu’une ligne de démarcation ne disparaît pas entre elles – elle est conditionnée par l’opposition de la forme et du contenu, des aspects sociaux et esthétiques d’un seul texte ou de la littérature prise dans son ensemble. Par cela même, la possibilité des discussions aigües entre les représentants des deux disciplines ne disparaît pas, elle aussi – par exemple entre ceux qui étudient la littérature comme miroir de la quotidienneté et certains philologues dont les intérêts sont centrés sur la rhétorique et son influence sur la pratique littéraire. Ce colloque stimule donc la recherche de nouveaux arguments pour les discussions à venir.

Ludmilla Evdokimova

Institut de littérature mondiale (Moscou)

Victoria Smirnova

Université d’État des sciences humaines de Russie (Moscou)

1 Nous nous permettons d’adresser nos sincères remerciements au Centre franco-russe de recherche en sciences humaines et sociales de Moscou, ainsi qu’à l’Ambassade de Suisse à Moscou pour le soutien financier de notre colloque.

2 Attilio Bettinzoli, « Éloges des disciplines et divisions de la philosophie au Quattrocento », dans Poétiques de la Renaissance. Le monde franco-bourgignon et leur héritage en France au xvie siècle, Perrine Galand-Hallyn et Fernand Hallyn éd., Genève, Droz, 2001, p. 3-29.

3 Edmond Faral, Les arts poétiques du xiie et du xiiie siècle. Recherches et documents sur la technique littéraire du Moyen Âge, Paris, Champion, 1924 ; Ernst Curtius, Europäische Literatur und lateinisches Mittelalter, Bern, A. Francke, 1948.

4 Pour cette polémique, avec des nuances complémentaires tant politiques, qu’idéologiques (Curtius étant de droite et Auerbach de gauche) voir : Robert Kahn, « Préface », dans Le haut langage : langage littéraire et public dans lAntiquité latine tardive et au Moyen âge, traduction de l’allemand par Robert Kahn, Paris, Belin, 2004, p. 7-30.

5 Voir la série d’article de Holger Petersen Dyggve « Personnages historiques figurant dans la poésie lyrique française des xiie et xiiie siècles » qu’il publie régulièrement dans les années 1935-1949 dans les Neuphilologische Mitteilungen (t. 36-50) ; Roger Dragonetti, La technique poétique des trouvères dans la chanson courtoise (contribution à létude de la rhétorique médiévale), Bruges, De Tempel, 1960.

6 Paul Zumthor, « De la circularité du chant (à propos des trouvères des xiie et xiiie siècles) », Poétique, t. 1, 1970, p. 129-140.

7 Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, Gallimard, 1996.

8 Marie Bouhaïk-Gironès, « L’historien face à la littérature : à qui appartiennent les sources littéraires médiévales », dans Être historien du Moyen âge au xxie siècle, XXXVIIIe Congrès de la SHMES (Cergy-Pontoise, Évry, Marne-la-Vallée, Saint-Quentin-en-Yvelines, 31 mai-3 juin 2007), Paris, Publications de la Sorbonne, 2008, p. 151-161 ; ici p. 158.

9 Bernard Cerquiglini, La parole médiévale : discours, syntaxe, texte, Paris, Éditions de Minuit, 1981 ; id., Éloge de la variante : histoire critique de la philologie, Paris, Éditions du Seuil, 1989.

10 Pour la disposition des lettrines dans les manuscrits du même texte en rapport avec ses lectures possibles et sa réception voir, en particulier : Jean-Pierre Bordier, François Marquère, Michel Martin, « Disposition de la lettrine et l’interprétation des œuvres : l’exemple de la Châtelaine de Vergi », Le Moyen Âge, t. 79, 1973, p. 231-250 ; Daniel Poirion, « Les paragraphes et le pré-texte de Villehardouin », Langue française, t. 40, 1978, p. 45-59 ; Françoise Gasparri, Geneviève Hasenohr, Christine Ruby, « De l’écriture à la lettre : réflexion sur les manuscrits d’Erec et Enide dans les manuscrits de Chrétien de Troyes », dans Les manuscrits de Chrétien de Troyes, Keith Busby [et all.] éd., t. I. Amsterdam, Rodopi, 1993, p. 97-148. En outre : Ludmilla Evdokimova, Livre et roman : lopposition de la forme-vers et de la forme-prose au xiiie siècle, Presses universitaires de Septentrion, 1997 ; id., « La disposition des lettrines dans les manuscrits du Bestiaire damour de Richard de Fournival et sa composition : des lectures possibles de l’œuvre », Le Moyen Âge, t. 102, 1996, p. 465-478 ; t. 103, 1997, p. 79-111 ; id., « La disposition des lettrines dans le Bestiaire de Pierre de Beauvais et dans le Bestiaire de Guillaume le Clerc. La signification de la lettrine et la perception d’une œuvre », Le Moyen français, Le bestiaire, le lapidaire et la flore. Actes du XIe Colloque International sur le Moyen français (6-8 octobre 2002, Montréal), t. 55-56, 2005, p. 85-105. Pour la mise en page voir, en particulier : Mise en page et mise en texte du livre manuscrit, Henri-Jean Martin et Jean Vezin éd., Paris, Promodis, 1990. Pour la signification des miniatures voir, à titre d’exemple : Hélène Toubert, « Formes et fonctions de l’enluminure », dans Histoire de lédition française, t. I : Le livre conquérant, du Moyen âge au milieu du xviie siècle, Henri-Jean Martin et Roger Chartier éd., en collaboration avec Jean-Pierre Vivet, Paris, Promodis, 1983, p. 109-146 ; Medieval texts and images. Studies of manuscripts from the middle ages, Margaret M. Manion et Bernard J. Muir éd., Chur, Reading ; Paris, Harwood academic publishers ; Sydney, Craftsman house, 1992.

11 Voir en particulier l’ouvrage récent : Le recueil au Moyen Âge. La fin du Moyen Âge, Tania Van Hemelryck et de Stefania Marzano éd., avec la collaboration d’Alexandra Dignef et de Marie-Madeleine Deproost, Turnhout, Brepols, 2010. Wagih Azzam, Olivier Collet, « Le Manuscrit 3142 de la Bibliothèque de l’Arsenal. Mise en Recueil et Conscience littéraire au xiiie siècle », Cahiers de Civilisation Médiévale xe-xiie siècles, Juil.-Sept., 2001, p. 207–245 ; Wagih Azzam, Olivier Collet et Yasmina Foehr-Janssens. « Cohérence et éclatement : réflexion sur les recueils littéraires du Moyen-Âge », Babel, t. 16, 2007, p. 31-59.

12 Cf., à titre d’exemple, le numéro de la revue Questes. Bulletin des jeunes chercheurs médiévistes, no 15, 2008 : Les activités quotidiennes au Moyen Âge ; à consulter également la bibliographie qui y est jointe. Un des thèmes préférés des recherches de cette sorte – la nourriture au Moyen Âge, les festins, les boissons, etc. Voir, par exemple : Manger et boire au Moyen Âge, actes du colloque de Nice (octobre 1982), Denis Manjot éd., Paris, Les Belles lettres, 1984, t. I-II ; J.-C. Mühlethaler, « De la frugalité de l’ermite au faste du prince : les codes alimentaires dans la littérature médiévales », dans Manger, Lausanne, Payot, 1996, p. 7-35 ; Questes, no 12, 2007 : La faim et lappétit. On peut noter d’autres préférences thématiques dans les recherches de ce genre : jeux, vêtements, formes de piété, femmes et leur mode de vie.

13 En particulier : Dieter Ingenschay, Alltagswelt und Selbsterfahrung : Ballade und Testament bei Deschamps und Villon, München, Fink, 1986 ; cf., de plus, les remarques de Karin Becker sur les ballades de Deschamps à thématique « diététique » : « Aspects de la vie quotidienne », Eustache Deschamps en son temps, Jean-Patrice Boudet et Hélène Millet éd., Paris, Publications de la Sorbonne, 1997, p. 289). Cf. en outre : Alexandra-Kathrin Stanislaw-Kemenah, « Sur quelques ballades historiographiques d’Eustache Deschamps », dans Autour dEustache Deschamps, Danielle Buschinger éd., Amiens, 1999, p. 245-255. Au début du xxie siècle dans le cadre de l’étude de la littérature médiévale comme miroir de la quotidienneté apparaît un autre courant, historique par sa genèse – l’étude de la « corporalité » ; sur la genèse de ce courant de recherche et sur sa problématique consulter également : Karin Becker, « La corporalité du “povre Eustace” : le moi physique revisité », dans Eustache Deschamps, témoin et modèle. Littérature et société politique xive-xive siècles), Thierry Lassabatère et Miren Lacassage éd., Paris, PUPS, 2008, p. 89-102, surtout p. 95-97.

14 Ainsi, l’auteur d’un poème cherche sa femme dans les quartiers de Paris où habitent des prostitués parodie, probablement, les romans chevaleresques avec leur thème de queste.

15 Ludmilla Evdokimova, « Les dénominations génériques de récits brefs au xiiie siècle et leur place dans le système des genres : quelques réflexions sur la notion du “genre” au Moyen Âge », dans Études médiévales, Danielle Buschinger éd., t. 3, Amiens, Université de Picardie-Jules Verne, 2001, p. 210-219.

16 Sur l’écriture pragmatique voir surtout Pragmatische Schriftlichkeit im Mittelalter. Erscheinungsformen und Entwicklungsstufen, Hagen Keller, Klaus Grubmüller, Nikolaus Staubach éd., München 1992 (Münstersche Mittelalter-Schriften 65). Dans son article « Oralité et écriture », Hagen Keller caractérise la pragmatique des textes médiévaux comme « un aspect de l’usage de l’écriture […] qui doit être considéré comme le noyau dur du passage à l’écrit, comme la base indispensable d’une culture écrite inscrite dans la durée et investie d’une visée générale, à savoir l’utilisation de l’écrit pour les besoins de la vie courante en général, l’usage de l’écriture comme stratégie pensée dans le cadre d’agissements fonctionnels, orientés, prévisionnels. » (dans Les tendances actuelles de lhistoire du Moyen Âge en France et en Allemagne, Jean Claude Schmitt, Otto Gerhard Oexle éd., Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, p. 135-139, ici p. 138.). Voir aussi : Harmony Dewez, « Réflexions sur les écritures pragmatiques », dans Lécriture pragmatique. Un concept dhistoire médiévale à léchelle européenne, Cahiers électroniques d’histoire textuelle du LAMOP (CEHTL), t. 5, Paris, LAMOP, 2012 (1re édition en ligne 2012).

17 Voir l’introduction de Marie Anne Polo de Beaulieu et Jacques Berlioz dans Le Tonnerre des exemples. Exempla et médiation culturelle dans lOccident médiéval, M. A. Polo de Beaulieu, Pascal Collomb et J. Berlioz éd., Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 12 : « l’exemplum n’est tel que lorsque se présente une certaine intention communicative » et, plus loin, « L’exemplum est d’abord une fonction. »

18 Claude Bremond, « L’exemplum médiéval est-il un genre littéraire ? » dans Les exempla médiévaux : nouvelles perspectives, M. A. Polo de Beaulieu et J. Berlioz éd., Paris, Champion, 1998, p. 21-28, ici p. 28.

19 Ibid., p. 27.

20 Edgar de Bruyne, LEsthétique du Moyen Âge, Louvain, Éditions de l’Institut supérieur de philosophie, 1947 (Essais philosophiques 3), p. 250 : « Le sermon médiéval, dont nos ancêtres appréciaient la beauté technique, c’est-à-dire les “ornements” ou les “curiosités”, nous fait pénétrer dans l’esthétique de la construction formelle, telle que les médiévaux l’entendaient… »

21 Louis-Jacques Bataillon, « Apporaches to the Study of Medieval Sermons », dans La Prédication au xiiie siècle en France et Italie, Aldershot, Variorum 1993 (Étude II), p. 28-29.

22 David L. D’Avray, « Method in the Study of Medieval Sermons », dans D. L. D’Avray et Nicole Bériou, Modern Questions about Medieval Sermons : Essays on Marriage, Death, History and Sanctity, Spoleto, Centro italiano di studi sull’Alto medioevo, 1994 (Biblioteca di Medioevo latino, 11), p. 4-29, et spécialement p. 17-25.

23 D. L. D’Avray, « Method in the Study of Medieval Sermons », op. cit., p. 8-17.

24 Sur la notion d’efficacité voir Jacques Berlioz, « Le récit efficace : l’exemplum au service de la prédication (xiiie-xve siècles) », Mélanges de lÉcole française de Rome, Moyen Âge-Temps modernes, t. 92, 1980/1, p. 121.

25 Educatio, demonstratio, illustratio, persuasio, argumentatio, moralisatio, delectatio… Voir Christoph Daxelmüller, « Narratio, Illustratio, Argumentatio : Exemplum und Bildungstechnik in der frühen Neuzeit », dans Exempel und Exempelsammlungen, Walter Haug et Burghart Wachinger éd., Tübingen, 1991 (Fortuna vitrea, 2), p. 77-94, et spécialement p. 80.

26 Marie Anne Polo de Beaulieu, Jacques Berlioz, « Le groupe de recherche sur les exempla médiévaux (Paris) » dans Les exempla médiévaux : nouvelles perspectives, op. cit., p. 7.

27 Marie Formarier, « Sermo humilis et sublime dans le récit exemplaire d’une vision (Césaire de Heisterbach, Dialogue des Miracles, VIII, 5) », Mélanges de lÉcole française de Rome-Moyen Âge, t. 124/1, 2012, < http://mefrm.revues.org/295 > ; voir aussi la présentation de la journée d’études Rythmes et croyances au Moyen Âge (23 juin 2012), organisée par M. Formarier et Jean-Claude Schmitt : « Présents dans la langue latine et les langues vernaculaires, dans la rhétorique du sermon, la prière et le chant, dans les attitudes et les gestes, dans les rues et les églises, les rythmes sont partout au Moyen Âge : comme aujourd’hui, sans doute, mais suivant des modalités probablement différentes, propres à la société médiévale. Qu’ils soient naturels ou acquis au terme d’un apprentissage, les rythmes ponctuent l’espace-temps médiéval ; les étudier, cest apporter un nouvel éclairage sur les représentations sociales des rapports entre croyances et savoirs, entre savoirs profanes et savoirs religieux, entre science et spiritualité. » < http://rhuthmos.eu/spip.php ?article940 > (C’est nous qui soulignons.)

28 Algirdas-Julien Greimas et Joseph Courtés définissent le « faire-croire » comme : « L’œuvre de l’énonciateur chargé du faire persuasif […] le faire-croire qui, en tant que faire persuasif, ne peut être traité indépendamment du croire, constitue un des formes principales de manipulation » – l’article « Énonciation » dans Sémiotique : Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, t. I, Paris, Hachette, 1979, p. 77. Pour son application dans le domaine du Moyen Âge : Modalités de la diffusion et de la réception des messages religieux du xiie au xve siècle. Actes de la table ronde de Rome (16-19 mai 1979), André Vauchez éd., Rome, École française de Rome, 1981 (Collection de l’École française de Rome, 51). Voir aussi le programme no 3 du Labex HASTEC (Laboratoire d’excellence sur l’Histoire et l’anthropologie des savoirs, des techniques et des croyances) : Techniques du (faire) croire, dirigé par Nathalie Luca du Centre d’étude interdisciplinaire du fait religieux. En ce qui concerne les sermons, leur rapport à la théorie rhétorique du Moyen Âge, qui se manifeste clairement dans les artes praedicandi, a été plusieurs fois mis en lumière par les chercheurs. Actuellement, la rhétorique des sermons est souvent étudiée sans rapport avec les artes, dans l’optique du « faire croire ». À titre d’exemple : Florent Coste, « Pratiques rituelles et pragmatique de la conversion dans les sermons de sanctis du xiiie siècle », Tracé. Revue des sciences humaines, t. 7, 2004, p. 27-44. < http://traces.revues.org/2783>

29 Jacques Berlioz, « Storytelling management et récits exemplaires. Le Prologue du De dono timoris du dominicain Humbert de Romans, mort en 1277 », dans Institution und Charisma. Festschrift für Gert Melville zum 65. Geburtstag, Franz J. Felten, Annette Kehnel, Stefan Weinfurter éd., Cologne, Weimar, Vienne, Böhlau Verlag, 2009, p. 549-558.

30 « Si les contraintes formelles du genre sont trop peu nombreuses, pour qu’on y puisse trouver l’amorce d’une définition, l’analyse interne permettra peut-être à la recherche de progresser. Il est indispensable de faire intervenir ici des notions discutées telles que : structure narrative, motif et thème, “temporalisation des schémas de l’action”. Comme elles sont fondamentales pour l’établissement des principes d’une lecture “historique” du genre, nous les introduirons le plus concrètement possible. » – André Sempoux, Alberte Spinette, La Nouvelle, Turnhout, Brepols, 1973, p. 16 (Typologie des sources du Moyen Âge occidental, 9).

31 Jacques Berlioz, « Les recherches en France sur les exempla médiévaux, 1968-1988 » dans Exempel und Exempel-Sammlungen, op. cit., p. 288-317. ici p. 300.

32 Voir, par exemple, l’article de Brian Patrick McGuire « The Monk who Loved to Listen : Trying to understand Caesarius », dans les actes du colloque La persuasion cistercienne (xiiie-xvie siècles). Le Dialogue des miracles de Césaire de Heisterbach et sa réception, 25-26 juin 2013, à paraître dans les éditions Brill. Aux années 1970, Césaire de Heisterbach n’était pas un auteur jugé recommandable pour un historien. – Ludger Tewes dans son article « Der Dialogus Miraculorum des Caesarius von Heisterbach. Beobachtungen zum Gliederungs- und Werkcharakter » (Archiv für Kulturgeschichte, t. 79, 1997, p. 13-30, ici. p. 21) remarque à propos du même ouvrage : « Der Dialogus war in der Forschungsdiskussion der letzten 150 Jahre vor allem Gegenstand philologischen und theologisch ordensgeschichtlichen Interesses. […] Historisch-chronistische Frage wurden viel eher an seine Viten gestellt. »

33 Voir, par exemple, Hans D. Oppel, « Exemplum und Mirakel. Versuch einer Begriffsbestimmung », Archiv für Kulturgeschichte, t. 58, 1978, p. 96-114 ; Klaus Grubmüller, « Fabel, Exempel, Allegorese », dans Exempel und Exempelsammlungen, op. cit., p. 58-76, Armand Strubel, « Exemple, fable, parabole : le récit bref figuré au Moyen Âge », Le Moyen Âge, t. 94, 1988, p. 342-361.