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RÉSUMÉS

Emmanuel Droit, « 1989 : nouveau monde, nouveau régime d’historicité, nouvelle histoire ? »

S’il paraît a priori impossible de définir un événement précis qui symbolise un tournant ou une révolution épistémologique, la fin du xxe siècle en histoire que nous situons autour de l’année 1989 constitue indéniablement un moment historiographique qui renvoie à la notion arendtienne de brèche ou de faille de l’histoire. Dans un contexte de basculement vers un nouveau régime d’historicité, et alors que le modèle de l’histoire-science porté par l’École des Annales s’essouffle, l’écriture de l’histoire est marquée par un horizon désorienté caractérisé par une fragmentation du savoir, un phénomène de démocratisation et une montée en puissance du très contemporain qui conduit à s’interroger sur le rôle social de l’historien et sur la manière de rendre compte de l’expérience historique en général.

Solange M. Guénoun, « Quelles fins pour le xxe siècle ? À quelles fins ? Pour quels peuples ? De quelques fictions de la gauche intellectuelle française : 1979/1989, 2001/2011 »

Le « printemps arabe » de 2011 a remis en question deux fictions discursives dominantes qui construisent une certaine fin du xxe siècle occidental. La fiction qui fait du 11 septembre 2001 l’événement traumatique qui aurait inauguré le xxie siècle, et celle qui pense avoir liquidé en 1989 toute utopie révolutionnaire. Pensées à partir du dissensus démocratique développé par Jacques Rancière, ces scènes de révoltes populaires à la fois inaugurent une nouvelle historicité insurrectionnelle, et renouent en amont avec toute manifestation du demos, du peuple démocratique (tels les mouvements sociaux de 1995 en France). Telle est la nouvelle fiction proposée ici pour penser les fins du xxe, de la révolution, et de la démocratie.

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Jean-Baptiste Legavre, « Rhétoriques fin de siècle ? À la recherche d’un texte retrouvé : Jean-Gustave Padioleau et l’analyse des pratiques journalistiques »

Jean-Gustave Padioleau a publié en 1976 un texte longtemps méconnu sur les « Rhétoriques journalistiques », devenu un quart de siècle plus tard une référence centrale pour ceux qui souhaitent travailler en sociologues l’écriture journalistique. L’article questionne cette « ligne de vie » peu fréquente en sciences sociales en analysant aussi bien les conditions sociales de cet oubli provisoire comme de cette consécration tardive. L’enquête permet finalement d’indiquer que la fin du xxe siècle constitue une ouverture pour ceux qui souhaitent ne pas dissocier pratique journalistique et écriture de presse. L’inscription de l’article dans la « science normale » marque la fin d’une difficulté pour les sociologues : analyser les textes mêmes produits par les gens de presse.

Jean-Pol Madou, « Littérature et philosophie : France /USA »

Le dernier quart du xxe siècle voit disparaître les monstres sacrés de la pensée française : Sartre, Barthes, Foucault, Lacan, Deleuze, Lyotard, Althusser, suivis en ce début de xxie siècle par Derrida et Lévi-Strauss. Cette constellation, illustre reflet de la pensée française contemporaine, fut, dans les universités américaines, à l’origine d’un corpus de textes, porteur d’une nouvelle idéologie, la French Theory. Celle-ci n’aura toutefois été que le symptôme d’une incompréhension entre deux traditions culturelles dont l’enjeu s’avère être le concept même de modernité et la pratique de la « déconstruction », préfigure du postmodernisme. Reste à noter que la French Theory est exclusivement pratiquée, aux États-Unis, dans les départements de littérature alors que ceux de philosophie (empirisme logique, philosophie analytique du langage) y sont farouchement hostiles, à quelques rares exceptions. Aussi en vient-on à espérer un débat plus sérieux et plus serein entre les deux rives de l’Atlantique, la fin de la French Theory pouvant annoncer un dialogue plus fécond.

Dominique Viart, « Historicité de la littérature : la fin d’un siècle littéraire »

La dyschronie histoire – littérature dissuade d’identifier la fin du xxe siècle littéraire avec son terme calendaire. Seul l’achèvement d’une période de relative unité esthétique permet de distinguer une mutation

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suffisamment décisive, dont le « moment postmoderne » n’aura été qu’un symptôme : l’épuisement des avant-gardes, la fin de la pensée théorique et, plus encore, l’abandon de toute écriture programmatique signent l’entrée dans la « littérature contemporaine ». Une autre conception de la littérature, de ses formes et de ses enjeux, est ainsi apparue au tournant des années 1980.

Marie-Odile André, « Le xxe siècle ou le temps d’avant »

La littérature contemporaine dit à sa manière quand se termine le xxe siècle. Il finit lorsque, à travers la posture énonciative adoptée, les textes placent au fondement même de leur récit l’idée d’une solution de continuité avec le « siècle d’avant ». La compréhension des cadres intellectuels et sensibles à partir de quoi ceux qui l’ont vécu se le représentaient s’en trouvant menacée, l’écriture cherche moins à produire le récit qui en délivrerait la vérité que celui qui rendrait compte de sa fable en tant que fable.

Michael Brophy, « Fin(s) de la poésie ? »

Dans la brève anthologie qu’il compose en 1995, Emmanuel Hocquard pointe l’extrême diversité des intentions qui, relevant de ce que nous continuons à nommer « poésie », ne laissent guère intacts les présupposés génériques qui en délimitaient jadis l’acception. Ainsi, « poésie » désignerait, dans le xxe siècle finissant, une pluralité de pratiques qui évoluent en tous sens, sans signe manifeste d’appartenance ni souci de prescription et la poésie serait parvenue, sinon à son terme, du moins à l’âge de sa perplexité. C’est cette question qui mérite tout d’abord d’être traitée, celle d’un possible épuisement « fin de siècle », d’autant plus féconde qu’elle recèle dans sa doublure une autre acception en grande partie antagoniste : « fin » au sens de but, d’orientation, de ce vers quoi on va, et n’en finit pas, en vérité, d’aller.

Michel Pruner, « Roger Planchon et la fin du vingtième siècle au théâtre ? »

La disparition de Roger Planchon scelle la fin d’une époque : sa pratique du théâtre illustre bien ce qu’on nomme l’impérialisme du metteur en scène, ce créateur apparu à la fin du siècle précédent, qui s’est substitué à l’auteur au sommet de la hiérarchie dans la fabrication

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des spectacles, imposant son approche dramaturgique et sa lecture des textes. Par ailleurs, tout au long de sa carrière, il a défendu l’utopie, née elle aussi avec le siècle, du théâtre populaire. Que ce soit en assumant le défi d’un théâtre permanent en province, ou plus tard, en reprenant le sigle prestigieux du TNP hérité de Vilar, il s’est révélé un stratège exemplaire de la décentralisation, mettant en évidence l’importance du politique au théâtre.

Jean-Marc Moura, « Voyages, exotisme, lettres francophones et fin du xxe siècle »

L’exotisme, entendu en un sens neutre comme l’écriture des lointains, est un courant littéraire majeur du xxe siècle, il connaît des changements importants dans la période qui va des années 1980 aux années 2000, que l’on peut identifier à la fin du xxe siècle. Sont examinées d’abord les spécificités de cette période pour les lettres exotiques ainsi que quelques formes narratives liées au voyage qui s’y développent, avant d’envisager les œuvres francophones et l’affirmation de la francophonie institutionnelle. Finalement, avec toute la prudence nécessaire en un domaine si proche, peuvent être proposés quelques jalons, liés à la disparition de figures consacrées ou à l’épuisement apparent d’une inspiration, constituant les termes du xxe siècle littéraire.