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Présentation générale

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  • ISBN: 978-2-406-07397-0
  • ISSN: 2417-6400
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-07398-7.p.0007
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 11/01/2018
  • Langue: Français

  • Chapitre d’ouvrage: 1/26 Suivant
Accès libre
Support: Numérique
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Présentation générale

Ce dictionnaire na pas la prétention de couvrir toutes les dimensions du personnage de lentrepreneur, il y faudrait une encyclopédie et la mobilisation des centaines de chercheurs dans un grand nombre de domaines. Notre ambition est de rouvrir des pistes de réflexion et de garder cependant une lisibilité accessible à tous ceux que cette question préoccupe : cadres dentreprise et dadministration, journalistes, enseignants, grand public, au-delà des seuls chercheurs spécialistes du domaine. La forme adoptée a été celle darticles courts avec une bibliographie restreinte permettant daller plus loin.

La problématique générale de ce dictionnaire, qui est son fil conducteur, est la suivante : lentrepreneur est-il indispensable au fonctionnement de léconomie de marché ? Depuis le début des années 1980, en effet, lentrepreneur et la création dentreprise sont devenus des sujets communs. Pourquoi cet engouement soudain alors que, durant les années de forte croissance (1950-1970), lentrepreneur était perçu comme une espèce en voie de disparition ou encore comme un « patron », cest-à-dire comme un individu possédant les ressources matérielles et financières qui senrichit grâce au travail des autres ? Une économie forte était alors une économie dotée de grandes entreprises. Pourquoi et comment un tel changement a-t-il pu se manifester ? Comment le capitalisme actuel génère des entrepreneurs et que possèdent ceux-ci de particulier pour être économiquement et socialement indispensables ? 8Enfin, qui sont-ils ? Comment se placent-ils dans lensemble économique ?

Dans une période de crise, la petite entreprise et lentrepreneur – ce personnage mythique du capitalisme – suscitent des débats passionnants entre les économistes et les politiques. Les petites entités de production de biens et services sont considérées en effet comme des sources de nouveaux emplois, dinnovations, de productivité, de flexibilité et dadaptabilité. Dans ce même contexte dincertitude et de chômage élevé, la création dentreprise se présente le plus souvent comme un (le seul ? lultime ?) moyen de survie et dans certains heureuses circonstances comme un projet professionnel permettant de valoriser un savoir scientifique et technique de haut niveau ou une compétence particulière. Créer son entreprise, créer son propre emploi devient un moyen de concilier à la fois revenu et réalisation de soi par le travail, dautant plus que les pouvoirs publics et les collectivités territoriales ont mis en place un grand nombre daides juridiques, fiscales et financières pour assister le créateur et le jeune dirigeant dentreprise.

Aujourdhui, on vante les mérites de lentrepreneur, son rôle central en matière dinnovation, son esprit prompt à prendre des risques économiques, sa capacité dinitiative. Au xixe siècle déjà, pour Jean-Baptiste Say (1767-1832), lentrepreneur est « lagent principal de la production ». La « capacité de jugement » est sa première qualité, car il doit supporter « les risques de la production » et gagner la confiance du banquier, qui doit lui-même se méfier des « charlatans » et des « faiseurs de projet » (J.-B. Say [1803], Traité déconomie politique, Paris, Economica, éd. coordonnée par André Tiran, 2006). Près dun siècle plus tard, Joseph Aloïs Schumpeter (1883-1950) voit dans la fonction de lentrepreneur le moteur de lévolution économique : lentrepreneur réalise 9de « nouvelles combinaisons de moyens de production », renouvelle les marchés et est à lorigine dune nouvelle phase de croissance (J. A. Schumpeter, Théorie de lévolution économique, Paris, Dalloz, 1935).

Dans les années 1970, le modèle de la grande entreprise bureaucratique, dirigée par des gestionnaires professionnels, entre en crise. Cest ainsi que les petites entreprises livrent seules la guerre contre la pauvreté, nous dit George Gilder (G. Gilder, Lesprit dentreprise, Paris,Fayard, 1985), ceci parce que leurs propriétaires « connaissent les grandes lois du monde » et savent « briser le miroir des idées reçues ». Dautant plus, ajoute Peter Drucker (P. Drucker, Les entrepreneurs, Paris, Hachette, 1985), que lesprit dentreprise se matérialise par un comportement spécifique, ce nest pas un trait de caractère : « linnovation est linstrument spécifique de lesprit dentreprise. Cest laction qui consiste à ouvrir de nouvelles possibilités aux ressources pour pouvoir créer des richesses ». « Lesprit dentreprise consiste à agir le premier, non à réagir ». Selon G. Gilder, il crée alors la richesse « dont les politiciens font ensuite lobjet de leur comédie et de leur combat ».

Lentrepreneur, acteur ou agi dans léconomie de marché ? Lobjet de ce dictionnaire économique de lentrepreneur est double : a) présenter et discuter la notion de lentrepreneur et le rôle que les intellectuels lui assignent dans la dynamique de laccumulation ; b) exposer les liaisons entre la fonction et les capacités de lentrepreneur et entre lentrepreneur et son environnement sociotechnique et économique.

Dans le dictionnaire, les notions retenues appartiennent à plusieurs champs disciplinaires (économie, gestion, droit, sociologie, histoire). En effet, sans être toutes de nature spécifiquement économique elles éclairent la connaissance que lon peut avoir du concept dentrepreneur.

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Ce volume est composé de 83 entrées, rédigées par plus de 60 chercheurs, qui illustrent les multiples facettes de lentrepreneur et de sa place dans la dynamique économique. Les trois premiers textes sont consacrés à lanalyse du concept ainsi quà sa contextualisation. Les 80 autres entrées présentent les notions clés qui sassocient au concept de lentrepreneur (risque, incertitude, entreprise, innovation, créativité, etc.), aux caractéristiques intrinsèques de celui-ci et à la pensée des auteurs qui ont cherché à analyser son importance économique et sociale. Les corrélats, placés en fin darticle suggèrent des chaînes ou les constellations notionnelles les plus prégnantes. Tel ou tel renvoi permet de compléter, de développer ou détendre lacception du terme sous lequel figure ainsi que sa bibliographie.

André Tiran
et Dimitri Uzunidis