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Résumés

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  • ISBN: 978-2-406-07730-5
  • ISSN: 2103-5636
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-07732-9.p.0309
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 10/05/2018
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Résumés

Jean-Claude Bourdin, « Le cynisme de la théorie chez Helvétius »

Les thèses de la philosophie dHelvétius nencouragent pas à discerner chez lui un héritage du cynisme. Mais si on renonce à chercher des contenus doctrinaux cyniques, on perçoit chez lui un exercice de déflation morale et une logique qui découple la vérité et les valeurs morales qui permettent de linclure dans un cynisme transhistorique. Cest alors la forme de la théorie et son exposition qui font le cynisme dHelvétius, inséparable de lintention critique propre aux Lumières.

Yannick Séité, « Diogène greluchon. Sur Le Neveu de Rameau »

À quoi tient le cynisme du Neveu de Rameau ? Au seul personnage éponyme ? À celui de Denis Diderot ? À la pensée de Jean-Jacques Rousseau, que Voltaire se plaisait à décrire comme « un bâtard du chien de Diogène » ? Le cynisme imprègne-t-il lensemble de lœuvre et si oui, sous quelle forme : pure reviviscence de lécole de Diogène ? sens mondain et abâtardi du terme (un comportement cynique) ? ou sens conforme au propos développé par Diderot dans larticle de lEncyclopédie quil consacre à lécole cynique ?

Jean-Marie Roulin, « Benjamin Constant ou les ambivalences du cynisme »

La figure du « pitre sans pudeur » (Nietzsche) est au cœur des récits de Benjamin Constant, où la force corrosive de la parole cynique se retourne aussi contre celui qui en joue. Dans Adolphe se met en place une dialectique autodestructrice, où le sujet, enfermé dans une ironie délétère, est pris au piège de la tension entre deux formes de cynisme, celui de lacceptation des convenances sociales et celui de la liberté critique face à ces règles.

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Daniel Sangsue, « “Je suis un jeune chien qui joue et on me mord”. Stendhal cynique »

Le beylisme, qui rejette lautorité et valorise le naturel, est-il une forme du cynisme au sens antique ? Beyle était-il ironique et cynique ? Et les héros stendhaliens sont-ils des cyniques au sens moderne et mondain dun « égoïsme superlatif » (J.-F. Louette) ? Sils le sont, nest-ce pas parce quils ont été à bonne école ? Avec La Chartreuse, dont Balzac disait quelle était « Le Prince moderne », Stendhal a-t-il voulu écrire un bréviaire du cynisme en politique ?

Pierre Laforgue, « Morale du cynisme balzacien. Linvention de Vautrin »

Honoré de Balzac est le fondateur dune poétique du cynisme, qui éclaire le sens de La Comédie humaine et en particulier du Père Goriot.

Sylvain Ledda, « “Une espèce dinertie stagnante, colorée dune joie amère…”. Musset et le cynisme »

Chez Alfred de Musset, le cynisme relève dune énergie paradoxale, à la fois force de destruction et force de vie. La voix du cynique, quand elle est associée à celle du dandy ou à celle du libertin, fait écho à l« espèce dinertie stagnante, colorée dune joie amère », qui caractérise le désenchantement. Évoquer le cynisme de Musset consiste à scruter lavers enténébré dune morale réversible : le cynisme est-il lune des faces du désenchantement ou bien la cause même du mal moral que décrit Musset ?

Michel Viegnes, « Poétiquement cyniques, ou cyniquement poétiques ? Sur quelques Chiens de plumes du xixe siècle »

La difficulté que lon éprouve à associer la poésie et le cynisme tient à une conception du lyrisme fondée sur laccord du Je lyrique avec lui-même et avec le monde. Depuis le romantisme, on valorise une poésie investie par une lucidité cruelle, caractéristique de lethos cynique. Les poètes cyniques retournent contre eux-mêmes les topoï du lyrisme traditionnel. À la frontière indécise de limage poétique et du calembour, ils mettent en musique le désenchantement du monde et du langage.

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Paolo Tortonese, « Le cynique docteur Torty »

Le Bonheur dans le crime (1874) met en scène le dialogue de deux narrateurs, lun catholique, lautre libre-penseur, le docteur Torty. Le docteur athée est à plusieurs reprises qualifié de cynique par son interlocuteur, qui rejette précisément ce cynisme. Mais une autre forme de cynisme, qui se traduit par un refus de la perfectibilité humaine et de la possibilité de sémanciper du péché originel, se manifeste dans le point de vue catholique.

Bertrand Vibert, « Conte cruel, conte cynique. Villiers, Mirbeau »

Avatar moderne du cynisme, la cruauté tient à la manière plus quà la matière. Elle consiste à placer le lecteur dans une posture incertaine, voire désagréable, où se brouillent les critères de valeur et de vérité. Lentreprise népargne pas les auteurs eux-mêmes. Il sagira dapprécier de façon différentielle la cruauté de Villiers de lIsle-Adam et dOctave Mirbeau et dévaluer dans quelle mesure, chez lun et chez lautre, sopère la conversion en une jouissance esthétique exigeante mais de haut goût.

Pierre Glaudes, « Dun cynisme lautre. Bel-Ami et Maupassant »

Dans Bel-Ami, Guy de Maupassant a livré de lui-même un autoportrait ironique, jouant sur le double registre du même et de lautre. Sil est cynique, lécrivain ne lest pas à la manière de son héros, qui na guère détats dâme : lassurance lemporte chez lui sur lintuition de sa propre vacuité. Le cynisme de Maupassant procède au contraire dune pleine conscience du néant de la vie. Tout le reste nest que chimères appelant un rire démystificateur, qui senracine dans un désenchantement fondamental.

Jean-François Domenget, « Montherlant, entre cynisme antique et cynisme moderne »

Henry de Montherlant ne sest guère intéressé aux cyniques de lAntiquité, mais il a été qualifié de cynique dès ses premiers livres. Dans son œuvre comme dans sa vie, les traits cyniques abondent : le désenchantement, le refus dêtre dupe, la désinvolture… Ce qui situe le cynisme au cœur de sa vision du monde, cest que, même si, pour lui, les discours idéalistes ont perdu toute crédibilité depuis la Grande Guerre, « les sublimes absurdités de lâme » le touchent encore.

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Régis Tettamanzi, « Célynismes. Le cynisme chez Louis-Ferdinand Céline »

Lœuvre de Louis-Ferdinand Céline réunit les deux principales traditions du cynisme, lancien et le moderne, Kynismus et Zynismus, comme disent les Allemands. Mais quand elle le fait, cest toujours dans un rapport conflictuel et ambigu, faisant tournoyer et se croiser sans cesse, de manière insécable, des figures (portrait de lécrivain en chien), des modalités (le comique, la polémique), des notions (la fameuse parrhésie, le « tout-dire » des anciens… et des modernes).

Pierre-Louis Rey, « Camus contre le cynisme »

Les nihilistes quAlbert Camus dénonce en priorité, dans LHomme révolté, sont ceux qui dissertent tranquillement, dans leurs salons, sur le spectacle des ruines de la société et de la pensée. Lui qui veut en toute occasion garder « les yeux ouverts » sait pourtant que la tentation du cynisme guette quiconque est en quête dune morale. Où est la limite ? Il la franchit délibérément dans La Chute. Au demeurant, dit-il la vérité ou invente-t-il une fable afin de rendre plus efficace sa propre vérité ?

Bruno Curatolo, « La figure de Diogène chez Raymond Guérin »

La Confession de Diogène (1947) de Raymond Guérin est, en partie, la transposition anachronique de celle de Guérin. Elle propose un traité de morale cynique appliqué à lépoque contemporaine et un manifeste esthétique. Larticle sintéresse à la façon dont les épisodes connus de la vie de Diogène coïncident avec les expériences déterminantes vécues par Guérin, à la restitution offerte par lécrivain de sa lecture du cynisme et à lexercice de cette éthique dans le champ de la littérature.

Helmut Meter, « Le cynisme chez Romain Gary »

Le cynisme de Romain Gary se caractérise par un parti pris essentiel : le sujet cynique lui-même nest pas moins soumis que les autres à sa propre attitude caustique. Si le cynique ne prend guère ses distances vis-à-vis de ses cibles, cest en raison de son identité précaire, qui nest pas sans refléter la situation de Gary en tant quauteur.

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Michel Jarrety, « Cioran et le cynisme »

Limage convenue dEmil Cioran nest pas celle dun cynique, mais plutôt dun sceptique ; et cependant, parce que ce scepticisme que lui-même dit « étrange » est marqué de violence négatrice, il peut se sentir proche de Diogène qui « sest tout permis » et manifester lui aussi cette volonté de démasquer où il voit un des traits du cynisme.

Caroline Laurent, « Philippe Muray, le cynique qui croyait au roman »

En bon cynique, Philippe Muray se méfie des illusions, à commencer par la première de toutes : la parole. Tout énoncé est déjà une interprétation, quil faut dépouiller afin de retrouver la matière brute dont il émane et qui se confond avec le réel. Le monde moderne, selon lauteur, sacharne à lisser toute contradiction. Le mal a été vaincu, il est maintenant interdit. Toutefois, il est une illusion en laquelle Muray croit encore : celle du roman. Mais quest-ce quun cynique qui croit au roman ?

Ludivine Fustin, « Le cynisme des âmes moyennes chez Michel Houellebecq »

Michel Houellebecq assigne à ses romans le pouvoir de réfléchir leur époque. Son œuvre est au plus près dune réalité contemporaine que le romancier analyse dun œil acerbe et critique. Il en exhibe les particularités psychologiques, historiques et sociologiques, quune seule notion est à même denglober : le cynisme. Le cynisme postmoderne de Houellebecq se rapporte aux âmes moyennes, à tous ceux qui, désenchantés, vivent leur train habituel et monotone dans une perte dadhérence au monde.