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Chronique

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  • ISBN: 978-2-8124-1188-5
  • ISSN: 2262-2004
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4009-0.p.0103
  • Publisher: Rougerie
  • Parution date: 12-07-2012
  • Periodicity: Annual
  • Language: French
Free access
Support: Digital
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CHRONIQUE

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 1°' JUIN 2001 à la Maison du
Limousin à Paris.

Présents : Mmes V. Adam, I. de Conihout, F. Graziani, M. Michaud.
MM. A. Carriat, J.-P. Chauveau, G.-J. Coudert, D. Dayen, B. Donné,
J. Dubu, Y. Germain, L. Grove, R. Guichemerre, Y. Le Flao, A. Niderst,
J. Prévot. —Excusés : Mmes N. Manet, A. Mansau, C. Scherer, MM. C.
Abraham, J. Chupeau, R. François, A. Génetiot, A. Guy, Y. Laborde,
M. L'Hermite, J. Morel, J.-P. Rossfelder, Ph Sellier. 58 pouvoirs reçus. —
Présidence assurée par J.-P. Chauveau, vice-président.

Rapport moral (J.-P. Chauveau). —Après la lecture et l'approbation
du compte-rendu de l'assemblée générale du 16 juin 2000, rappel est fait
des activités de l'année écoulée et des actions en cours. L'ATLH a été
présente au Salon de la Revue : les Cahiers n°XXIII, consacrés essentiel-
lement à la poésie de Tristan, ont été préparés et sont sous presse. La pré-
paration de l'édition des tEuvres complètes chez Champion se poursuit :
le t. IV (tragédies) doit paraître en septembre 2001, le manuscrit des t. II
et III (poésie) doit être incessamment déposé chez l'éditeur pour une
parution prévue dans le courant de 2002. L'ATLH s'est spécialement
consacrée, en cette année du quatrième centenaire, à la mise sur pied des
manifestations prévues dans le cadre des célébrations nationales (voir
détail ci-dessous). Approbation à l'unanimité.

Rapport financier (Yvan Germain). — À ce jour, la situation se
présente ainsi : Recettes 22129,85 F, dont 10490 en cotisations 2001, la
subvention habituelle du CNL n'étant pas encore perçue. Dépenses :
2741,65 F (mais non réglés encore : l'impression des Cahiers XXIII, les
locations de salles, les achats supplémentaires de CTLH). D'autre part, il
faut prévoir le budget exceptionnel pour les célébrations nationales,
d'ores et déjà ont été versées les subventions sollicitées auprès de la ville
de Guéret (1000 F) et de la DRAC du Limousin (40000 F), auxquelles
s'ajoute un don fait par M. Massimo L'Hermite (1016 F). Sont espérées
en outre les subventions demandées au CNL, au conseil régional du
Limousin, au conseil général de la Creuse, à la ville de Limoges. Tout
cela devra servir à couvrir les dépenses prévues (contribution au cata-
logue de la Bibliothèque Mazarine, charge des actes de Limoges, héber-
gement et rétribution des intervenants, colloquants et artistes, à Janaillat,
Guéret, Limoges, Nanterre)... Le budget annuel ordinaire devrait se
situer entre 30000 et 32000 F en recettes et dépenses, le budget
« Célébrations » aux alentours de 100000 F.

Situation financière à ce jour, compte tenu notamment des subven-
tions exceptionnelles déjà reçues à l'occasion des célébrations natio-
nales : sur le livret A. 46882 F; sur le compte postal, 66939,28 F.
Approbation à l'unanimité.

Es[ soumise alors à l'assemblée la proposition d'une augmentation
des cotisations pour 2002, évaluées désormais en euros : cotisation ordi-
naire, 15 euros, cotisation bienfaiteur, 22 euros. Approbation à l'unanimité.

Projets

Outre le projet de mener à bien pour 2002 la publication des t. II et


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III des æuvres complètes chez Champion (responsable de la publication :
J.-P. Chauveau), sont présentées les manifestations en cours ou prévues
dans le cadre des célébrations nationales : 1) l'exposition des éditions
anciennes de Tristan, en cours à la Mazarine, jusqu'au 29 juin (le 27 juin
à 18 heures, les organisateurs proposent une nouvelle visite « guidée »);
2) la joumée Tristan L'Hermite à Janaillat dans la Creuse (12 août), avec
table ronde, représentation théâtrale par le théâtre de la Fontanelle,
concert par l'Ensemble baroque de l'Ouest ; 3) la journée Tristan
L'Hermite aux archives départementales de la Creuse à Guéret, le jeudi
27 septembre (participation de trois intervenants, exposition, lectures de
poèmes); 4) la journée Tristan L'Hermite à la Bibliothèque francophone
multimédia de Limoges, le vendredi 28 septembre : Colloque avec huit
intervenants (les Actes fourniront la matière principale des CTLH
n°XXIV en 2002), exposition, spectacle poétique et théâtral; 5) une
demi-journée aux Archives nationales, à Paris, l'après-midi du
21 novembre (trois conférenciers); 6) un colloque international organisé
par l'université de Paris X -Nanterre : 5 demi-journées, du 22 au
24 novembre, avec 20 intervenants, français e[ étrangers (Allemagne,
États-Unis, Grande-Bretagne, Italie), spectacle poétique et musical,
représentation théâtrale) ; les actes du colloque seront publiés dans la
revue Littérales, publication de l'université de Nanterre.

Conseil d'administration

L'assemblée procède à l'élection statutaire de la moitié renou-
velable du conseil d'administration. Son[ réélus à l'unanimité :
Y. Bellenger, J. Dubu, A. Génetiot, H. Germain, R. Guichemerre,
E. Guitton, A. Mansau, J. Morel, G. Peureux, J. Prévot.

L'assemblée générale ayant terminé ses travaux, le conseil d'admi-
nistration, sous la présidence de sa benjamine, V. Adam, procède à l'élec-
tion de son nouveau bureau. Jacques Morel ayant manifesté l'intention
d'abandonner la présidence qu'il assumait depuis 1979, le conseil décide
à l'unanimité de le proclamer président d'honneur. Puis le conseil pro-
cède àl'élection de son nouveau bureau : Jean-Pierre Chauveau, seul can-
didat, est élu président (unanimité moins une voix). Jacques Prévot est
élu vice-président, en remplacement de J.-P. Chauveau. Sont réélus à
l'unanimité : Françoise Graziani, vice-présidente, Amédée Camat, secré-
taire, Yvan Germain, trésorier.

***

DISPARITIONS. —Les Amis de Tristan L'Hermite auront une pen-
sée émue et reconnaissante pour deux des leurs qui les ont quittés à un an
d'intervalle.

Jean Lagny est décédé en mai 2001, au terme d'une longue vie,
consacrée notamment à l'enseignement (professeur au lycée de
Versailles) et à la recherche littéraire et érudite, menée à la fois à propos
de l'histoire de la ville de Versailles, à laquelle il était très attaché, et à
propos de Saint-Amant dont il a beaucoup contribué à restituer le vrai
visage et à engager la réévaluation, notamment grâce à une exemplaire
Bibliographie des éditions anciennes des oeuvres de Saint-Amant (Paris,
Giraud-Badin, 1960), à sa belle et décisive étude Le poète Saint-Amant

104

105 (Paris, Nizet, 1964), et à l'édition des oeuvres complètes, entreprise en
collaboration avec le regretté Jacques Bailbé (5 volumes parus à la
STFM entre 1967 et 1979). Il fut dès l'origine membre des Amis de
Tristan L'Hermite, et il fut longtemps l'un des plus assidus à nos
réunions, pour nous y apporter le meilleur de sa science et de son expé-
rience. —René Pintard, lui, vient juste de nous quitter, parvenu dans sa
quatre-vingt-dix-neuvième année. Entré dès 1979 dans notre comité
d'honneur, notamment aux côtés de ses collègues Raymond Lebègue et
Jean Mesnard, il fut jusqu'à ces toutes dernières années un observateur
attentif de nos activités et un lecteur assidu et exigeant de nos Cahiers. Il
n'est pas question de décrire ici la longue et brillante carrière de cet uni-
versitaire. Nombreux sont ceux qui furent, de près ou de loin, ses dis-
ciples, et qui profitèrent de sa science incomparable sur le XVII` siècle
français et cherchèrent à le suivre dans ses exigences de probité et de
rigueur intellectuelle. De ses publications nombreuses se détache tout
particulièrement l'étude fondatrice et toujours « incontournable » pour
ceux qui s'intéressent à l'histoire de la pensée et de son expression litté-
raire qu'il intitula (la formulation initiale fit fortune) : Le libertinage éru-
dit dans la première moitié du XVII` siècle (Paris, Boivin, 2 vol., 1943 ;
Slatkine Reprints, 1995 ). J.P. C.

Dans le domaine de la musique, autres disparitions, trois deuils
autour du Promenoir des deux amants... Mort de François Lesure (Paris,
1923- id. 2001), grand spécialiste de Debussy, qui avait bien voulu hono-
rer nos cahiers d'un article sur Le Promenoir (XVII, 1995, p. 50-53 ;
cf. Gérard Condé, Le Monde, 23-6-01) —entre les morts proches des
deux interprètes admirés de la mélodie : Suzanne Danco (Bruxelles 1911-
Fiesole 2000; cf. Alain Pâris, Universalia 2001, p. 425) et Jacques
Jansen (Paris 1913 - id. 2002; cf. Renaud Machart, Le Monde, 18-3-
2002), l'un et l'autre enregistrés chez Decca. A.C.

À PROPOS DE L'OFFICE DE LA SAINTE VIERGE. — Au moment
ou l'édition des ouvres complètes chez Champion est sur le point de
s'achever (le tome II, dernier volume à paraître, contient précisément
L'Office de la Sainte Uerge), Isabelle de Conihout, conservatrice de la
Bibliothèque Mazarine, et qui fut, l'an passé, le commissaire de l'expo-
sition Tristan L'Hermite ou le Page disgracié, a attiré notre attention sur
un précieux manuscrit conservé au musée Condé de Chantilly (Mscr. 88
XIV c19). Il s'agit d'un livre d'heures offert au comte de Saint-Aignan
en 1647 (la première édition de L'Office remonte à quelques mois plus
tôt, et un exemplaire de cette première édition avait déjà été offert au
comte de Saint-Aigan, avec un frontispice particulier à ses armes, don[
on trouvera la reproduction, en haut à droite de la p.43 du catalogue de
l'exposition ci-dessus mentionné), superbement calligraphié paz Nicolas
Jarry —auteur, paz ailleurs, du manuscrit calligraphié de la célèbre
Guirlande de Julie (1634) et du manuscrit de l'Adonis de La Fontaine
(1658) — et reproduisant, sans aucune variante, douze des quelque
soixante-quinze pièces en vers de L'Office, et six des illustrations de ce
volume, dessinées comme on le sait, paz Jacques Stella, et ici magnifi-
quement enluminées par un artiste anonyme de très grand talent.

J.-P. C.


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106 LA MAR/ANE AU TEMPS DU ROMANTISME. -Dix ans après
que l'académicien Pierre-François Tissot, dans une volumineuse antholo-
gie sur doubles colonnes intitulée Leçons et modèles de la littérature
française ancienne et moderne (P., J. L'Henry, 1836, II, p. 375-380) a fait
place à des extraits de Panthée et de La Mariane, c'est le tour d'Edouard
Mennechet (Nantes 1794 -Paris 1845), dans des Matinées littéraires,
études sur la littérature moderne (P., Langlois et Leclercq, 1846, p. 230-
237) de présenter La Mariane (entre la Sophonisbe et Le véritable Saint-
Genest) en un condensé de l'action illustré de tirades d'Hérode, Mariane
et Narbal « Ouvrage, juge-t-il, dont les beautés sans doute ne rachètent
point les défauts, mais qui n'est pas tellement dépourvu de mérites... »
C'est au talent de Mondory que la pièce doit son « immense succès ». —
A.C.


CÉLÉBRATIONS NATIONALES

Soutenues par les Archives nationales, le Centre national du livre,
la DRAC du Limousin (qui a octroyé aux Amis de Tristan L'Hermite une
aide de 40000 F), le conseil régional du Limousin, le conseil général de
la Creuse et la ville de Guéret, six manifestations se sont échelonnées sur
huit mois, réparties entre Paris et Limousin.

À LA BIBLIOTHÈQUE MAZARINE (6 avril-30 juin), une exposition
d'éditions et de manuscrits du XVII° siècle, conçue et organisée paz
Isabelle de Conihout, conservateur, avec la participation des Amis de
Tristan L'Hermite, a donné lieu à la publication d'un catalogue abon-
damment illustré, Tristan L'Hermite (1601-1655), ou Le Page disgracié,
préfacé par Marc Fumaroli, de l'Académie française. Voir CTLH XXIII,
2001, p. 85-86; XXIV, p. 88.

A JANAtLLAT (12 aol1l), journée commémorative qui a rassemblé
quelque cent cinquante participants, Nicole Mallet, venue du Canada en
rend compte en ces termes

Troisième du nom, la « journée de Janaillat » du 12 août 2001 revê-
tait un faste bien particulier puisqu'elle s'inscrivait dans le cadre des
diverses activités culturelles organisées tout au long de l'année pour
commémorer dignement le quatrième centenaire de la naissance de
Tristan l'Hermite. Suivie de près par les rencontres et expositions de
Guéret et de Limoges, elle inaugura la série de festivités consacrées à la
gloire du grand poète creusois dans les paysages de sa terre natale.

Quand on traverse une partie de la France au coeur d'un été torride,
quel bonheur, au sortir du toho-bohu des routes nationales, de découvrir
la fraîcheur et l'ombre des imposantes frondaisons de la belle région, de
savourer la paix, le secret de la vivante tapisserie de ses sous-bois  ! On
sort alors de sa voiture bien reposé, comme si le temps s'était soudain
arrêté. On trouve un village en fête où se mêlent en toute quiétude et sim-
plicité habitants et visiteurs d'un jour ; on relit avec émotion la plaque
apposée au mur extérieur de la mairie lors de la première « journée »
(celle de 1984); on est accueilli paz Amédée Carriat, celui par qui tout ce
bonheur arrive, suivi d'une délégation chaleureuse du conseil municipal,
avec à sa tête le si sympathique, efficace et généreux Yves Faury, bientôt


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107 rejoint par M. Jacky Guillon, conseiller général et maire de Pontarion, et
la journée est lancée  !

D'abord, une table ronde, présidée par Jean-Pierre Chauveau et
centrée surtout sur la tragédie d'Osman puisque Jean-Pierre Rossfelder a
choisi cette fois de mettre en espace avec le théâtre de la Fontanelle cette
pièce à sujet turc jamais représentée depuis sa publication. En 1984 la
troupe, sous sa direction, avait monté des extraits de La Mort de Chrispe
et, en 1994, de I.0 Mariane. De part et d'autre du metteur en scène qui
livrera avec finesse et ferveur ses réflexions d'homme de théâtre siègent
Laurence Grove, Daniela Dalla Valle, Nicole Mallet, Maria Grazia Arena
et Amédée Carriat. Laurence Grove fait part de ses trouvailles palpitantes
de chercheur découvrant à Glasgow dans un livre d'emblèmes des
poèmes inédits de Tristan; Nicole Mallet esquisse les données histo-
riques àpartir desquelles l'imagination tragique du dramaturge a créé le
texte somptueux qui sera représenté en fin d'après-midi ; Daniela Dalla
Valle présente sa relecture personnelle d'Osman, axée sur les incidences
amoureuses du comportement politique ambigu du héros éponyme et leur
impact sur la structure dramatique. Impression forte d'un échange vrai
entre les intervenants et l'assistance nombreuse et bigan-ée, tous amis de
Tristan rassemblés dans la salle de la mairie. Il y avait du reste quelque
chose d'émouvant à voir les édifices communautaires fondamentaux,
laïques ou religieux, de la petite bourgade marchoise (mairie, école,
église paroissiale) offrir à l'unisson l'hospitalité de leurs murs pour
honorer leur plus glorieux fleuron. Après le banquet (e[ quel banquet  ! )
servi dans une salle de l'école, c'est à l'église que se déroula le spectacle
Tristan. D'abord, lecture de pages de prose et de poèmes par René
Bourdet. Puis concert par l'Ensemble baroque de l'Ouest qui avait déjà
charmé les participants de la journée de 1994. Sous la direction de Rémy
Landy, musicologue raffiné, les musiciens (Nanja Breedjik, Gaëlle,
Gérard, Jean-Piene Huchet et Virginie Kaeppelin et, pour la partie chan-
tée, Sophie Landy) interprétèrent diverses « Musiques pour Tristan »,
musiques de France et de Grande-Bretagne, avec entre autres deux pièces
de Nicolas Métru composées sur des poèmes de Tristan, récemment
découvertes, et chantées avec brio par la délicieuse Sophie Landy.

Enfin ce fut le tour d'Osman avec Éric Cugnot (Osman), Sylvie
Levadoux (la sultane soeur), Louise-Anne Monod (la fille de Mouphti),
Emmanuel Broch (Sélim) et Bénédicte Metz (Fatime). Dans ce drame
passionné de la jalousie et de la vengeance, certains gestes qui, à la lec-
ture, avaient jadis désarçonné une critique trop éprise de vraisemblance
et de rigueur classique — la scène du portrait, la mort de la fille du
Mouphti — se trouvaient, par l'alchimie sonore et la cohérence émotion-
nelle du texte, intégrés à la poésie tragique sans la moindre faille harmo-
nique. Mise en espace ou plutôt, selon l'expression même du metteur en
scène, lecture-spectacle : impossible en effet d'oublier ces comédiens,
drapés de façons emblématique de rouge, de blanc ou de noir, corps hié-
ratiques semblant jaillir de l'ombre funeste des piliers pour se faire voix
et remplir le silence et l'espace du tragique de la souffrance et de la soli-
tude. L'assistance écoutait et regardait dans le recueillement, éblouie par
la beauté sublime d'un texte qui n'avait pas vieilli. Ce fut l'un des temps
forts de cette belle journée.

Comme on ne peut dans la Creuse fêter sans festoyer, par deux fois


107

108 tous les amis de Tristan se retrouvèrent autour d'une table à savourer des
mets abondants et succulents : après le banquet convivial qui à midi
réunit une centaine de convives pour un menu à faire baver d'envie tous
les Fripesauces d'hier et d'aujourd'hui, le soir, dîner en plus petit comité
dans une auberge sise au bord de l'étang de Masmangeas, de sinistre et
baroque mémoire, puisqu'en 1591 celui qui n'était pas encore le père de
François L'Hermite, sieur du Soliers, y avait jeté le corps de son adver-
saire, le vice-sénéchal Jacques Voisin et avait bien failli être décapité. On
frémit à la pensée que notre poète fut bien près de ne jamais voir le
jour !... De cette soirée, on préfère garder le souvenir de l'atmosphère de
détente et de franche camazaderie qui s'établit, scandée par les accents de
l'orgue de Bazbarie actionné paz le charmant baladin qu'est René Bourdet
et qui couronna dans la liesse une journée d'hommage et de célébration.

Nicole Mallet.

À GUÉRET (27 septembre), aux archives départementales de la
Creuse, trois conférences sont prononcées paz Claude Abraham, venu de
Californie, qui n'a pas oublié l'accueil qu'il trouva dans la Creuse aux
heures sombres de l'Occupation, ensuite Sandrine Berregazd, auteur
d'une récente thèse sur l'ceuvre poétique de Tristan, enfin Laurence
Grove, qui a découvert à la bibliothèque de l'université de Glasgow des
poésies manuscrites de Tristan. Après la lecture par Bernard Blot, de qui
les Creusois savent le talent, de poèmes et d'extraits du Page disgracié, a
été inaugurée une exposition d'éditions anciennes et modernes, d'études
françaises et étrangères et de panneaux documentaires exécutés par
Muriel Colombier, —exposition ouverte jusqu'en octobre.

À LIMOGES (28 septembre), à la Bibliothèque francophone multi-
média, s'est tenue une journée d'étude internationale, ouverte paz une
allocution de Monique Boulestin, adjointe au maire, chargée des biblio-
thèques et de la francophonie. Sont intervenus, outre Claude Abraham,
Sandrine Berregazd et Laurence Grove, présents la veille à Guéret,
Catherine Grisé (Toronto), Alan Howe (Liverpool), Marco Livera
(Turin) et Andrée Mansau (Toulouse) — de qui on vient de lire les com-
munications dans le présent Cahier. A été inaugurée ensuite une exposi-
tion, mise en place par Pierre Campagne, d'une cinquantaine d'éditions
anciennes et modernes, de quelque trente études françaises et étrangères
et de nombreux documents iconographiques, le tout provenant de la Bfm
de Limoges et d'une collection particulière. En soirée, le Théâtre de la
Fontanelle a donné une seconde représentation de la tragédie d'Osman
dont Janaillat avait eu la primeur.

AUX ARCHIVES NATIONALES (Z1 novembre), avec un peu de retard
sur le calendrier (Tristan est mort le 5 septembre 1655, là où sont instal-
lées aujourd'hui les Archives nationales), les amis et admirateurs du
poète étaient accueillis dans le décor fastueux de la chambre des Princes
de l'hôtel de Soubise, où leur étaient proposées trois belles conféren-
ces : de Jean-Pierre Babelon, de l'Institut (« L'hôtel de Guise au
XVII` siècle » ), d'Alan Howe (« La réception de La Mort de Chrispe,
d'après le Minutier central ») et de José Lothe (« L'illustration des oeuvres
de Tristan L'Hermite ») —avec en sus la chaleur de l'accueil.

108

109 À t,'uxrvEttstTÉ ns PARIS X (22-23 novembre) s'est clôturée cette
année de célébrations nationales. Sur le thème « Actualités de Tristan », le
colloque international de Nanterre, à l'initiative conjointe du Centre des
sciences de la littérature française de l'université de Paris-X (Nanterre)
et, tout spécialement, du professeur Jacques Prévot, et des Amis de
Tristan L'Hermite, s'est tenu les 22 et 23 novembre à Nanterre, et le
24 au matin à l'École normale supérieure, rue d'Ulm à Paris. Cinq demi-
journées, tour à tour présidées par les éminents spécialistes de la littéra-
ture du XVII° siècle que sont Wolfgang F. Leiner, Daniela Dalla Valle,
Jean Serroy, Marie-Odile Sweetser et Jacques Prévot lui-même, apportè-
rent, devant un public très attentif et souvent nombreux, un témoignage
éclatant de la vitalité et de la diversité des recherches et des études tris-
taniennes en ce début de XXI` siècle, à la fois dans l'espace (outre la
France étaient brillamment représentés les États-Unis, l'Allemagne,
l'Angleterre, l'Italie), et dans le temps (« tristaniens » chevronnés
côtoyant beaucoup de jeunes chercheurs). Groupées autour de trois
thèmes (« Tristan en son temps », « Tristan en son doute », « Tristan
aujourd'hui »), mais balayant constamment le champ complet et varié de
Pauvre de Tristan (poésie, théâtre, prose), vingt communications
(auteurs, dans l'ordre alphabétiques : Véronique Adam, Sandrine
Berregard, Mathilde Bombait, Patrick Dandrey, Filippo d'Angelo,
Emmanuel Desiles, Boris Donné, Russell Ganim, Alain Génetiot,
Laurence Grove, Gisèle Mathieu-Castellani, Isabelle Pantin, Guillaume
Peureux, Liliane Picciola, Christine Mc Call Probes, Sylvie Robic-
Debaecque, Dorothée Scholl, Véronique Sternberg-Greiner, Marie-Odile
Sweetser, Rainer Zaiser) éclairèrent simultanément l'enracinement de
Tristan dans la tradition humaniste européenne, l'originalité de sa posi-
tion et la spécificité des réponses qu'il sut apporter aux questions de son
temps, et l'intérêt qu'il ne cesse de susciter parmi les chercheurs contem-
porains. Le tout fut agrémenté de deux soirées « festives », l'une autour
de la musique, —airs de cour, musique de ballet souvent à partir de textes
de Tristan —, préparée par Georgie Durosoir et offerte par la soprano
Sophie Landy et le luthiste Marco Horvat qui conjuguèrent leurs talents
avec un enthousiasme communicatif, l'autre autour du théâtre : comme à
Janaillat et à Limoges (voir ci-dessus), Jean-Pierre Rossfelder et ses
compagnons —Éric Cugnot, Louise-Anne Modod, Sylvie Levadoux,
Emmanuel Broche —surent magistralement mettre en lumière la force
dramatique et le pouvoir d'émotion d'une tragédie comme Osman, jus-
qu'alors bien méconnue, mais qui mérite de figurer parmi les meilleures
productions dramatiques de son auteur, et notamment par ses affmité
avec La Mariane. Ainsi apparaissaient l'originalité et l'unité de la vision
tragique qui est celle de Tristan.

Rappelons que l'intégralité des communications du colloque interna-
tional seront regroupées en un volume d'actes, qui seront publiés, dès que
possible, par les soins de l'université de Nanterre dans sa revue Littérales.

J.-P. C.

**~

EN MARGE DES CÉLÉBRATIONS NATIONALES. — À Guéret,
le 21 octobre, dans l'émission de France Bleu Creuse « Lire en fête »,
René Bourdet a lu des poèmes de Tristan, accompagnés d'airs des


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110 XVII` et XVIII` siècles et du Promenoir des deux amants de Debussy
interprété par Paul Derenne. —Les 7,8 et 9 décembre, à l'abbaye de
Lucelle (Haut-Rhin), le Centre de recherches sur l'Europe littéraire a
consacré son séminaire à La Mariane de Tristan L'Hermite autour de
cinq conférences de Roger Guichemerre (Les personnages de La
Mariane), Guillaume Peureux (La Mariane et la poétique de son temps),
Dominique Moncond'huy (La Mariane : une dramaturgie de la femme
illustre), Daniela Dalla Valle (Mariane, fausse protagoniste ?), Charles
Mazouer (La démesure dans La Mariane).

... ET LA SUITE EN 2002. —Tristan en son pays : les troisièmes
Jardins-jeudis de La Spouze (23230 La Celle-sous-Gouzon) proposent le
23 juillet prochain, à 21 h, un Jardin poétique qui sera consacré aux
Amours de Tristan. Prêteront leurs talents, pour la musique, le duo Marie
et J.-P. Nouhaud (contrebasse et violoncelle ), et, pour la diction, René
Bourdet et Jean-Claude Bray.

PUBLICATIONS -C'est bien en 2002 (vraisemblablement à la fin de cet
été) que l'édition des ouvres complètes chez Champion va trouver son
achèvement. Après la publication du tome IV, à la fm de l'été dernier (édi-
tion des cinq tragédies, procurée sous la direction de Roger Guichemerre,
et avec la collaboration de Claude Abraham, Jean-Pierre Chauveau,
Daniela Dalla Valle, Nicole Mallet et Jacques Morel), le tome II (Poésie / :
Les Amours par Véronique Adam, La Lyre par Alain Génetiot, les
Annotations sur les Plaintes d'Acante, les Principes de Cosmographie e[ la
Carte du Royaume d'Amour par Françoise Graziani) est attendu pour le
mois de juin, et le tome III (Poésie /I : Les vers Hérôiques par Véronique
Adam, L'Office de la Sainte Uerge par Jean-Pierre Chauveau, les Hymnes
pour les Fêtes solennelles par Mazcel Israel, l'ensemble des Vers épars paz
Amédée Cazriat, complété paz l'apport des manuscrits de Glasgow dû à
Laurence Grove) pour septembre ou octobre. — En cette même année 2002
doit voir le jour, chez Garnier-Flammarion, une édition critique de La
Mariane, due à Guillaume Peureux.

J.-P. C.

BIBLIOPHILIE. —Notre ami Marcel Israel nous signale, sur le der-
nier catalogue de la Librairie Sourget, à Chartres, la présence d'un exem-
plaire des Amours de Tristan, réédition in-12 par Gabriel Quinet en 1662
[c'est le texte des Amours de 1638, augmenté de « L'Orphée » et des
« Baisers de Dorinde » empruntés à La Lyre]. Couverture d'époque en
maroquin rouge à la grotesque. 7000 euros.

ADHÉSIONS RÉCENTES. —Véronique Adam, 48, rue Thiers,
38000 Grenoble. —Isabelle de Conihout, 7, rue Dupont-des-Logues,
75007 Paris, —Évelyne Dutertre, 6 quai Duperré, 17000 La Rochelle. —
Catherine Fotiadi, 90, rue d'Assasn 75006 Paris. —Anne-Marie Goulet,
59, rue de l'Amiral-Mouchet, 75013 Paris. — Alan Howe, 8, Virral View,
Liverpool L19 OPU, Royaume-Uni. —Paul Poulteau, 31, chemin du
Petit-Trianon, 33610 Cestas. —Christine McCall Probes, 14917 Tampa,
FZ 33613, U.S.A. — Gilliane Rommeluère, Le Cerisier, 23300 Saint-
Maurice-la-Souterraine. —Marie-Odile Sweetser, 311, Hirst Court, Lake
Bluff, Illinois 60044 — 2754, U.S.A. —Claude Thévenot, 16, rue de
l'Ouche-Boyer, 18500 Mehun-sur-Yèvre.


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