Aller au contenu

Prélude pour un hommage à Yves Gentilhomme

Afficher toutes les informations ⮟

  • ISBN: 978-2-8124-0470-2
  • ISSN: 2262-0346
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4322-0.p.0009
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
9
Prélude pour un hommage à

Yves Gentilhomme


Nous en avons connu des collègues, des maîtres et des amis pour qui nous
avions respect, reconnaissance et affection. Les uns étaient de parfaits enseignants,
d'autres de remazquables chercheurs. Certains avaient des lettres, certains de la
mathématique, quelques rares connaissaient les agrès et pratiquaient le judo. Dire qu'à
lui seul Yves GENTILHOMME est tout cela, c'est dire vrai, mais c'est encore
simplifier.

La question reste débattue de décider dans quelle mesure les circonstances de la
vie d'un savant sont de nature à expliquer son oeuvre. Une chose cependant parait
assez certaine  : le milieu dans lequel il a vécu et les études qu il a faites ne sont pas
sans conséquences. Avec la vie, une mère donne à son enfant sa langue maternelle et
la culture qui lui est attachée. Elle lui fait partager les valeurs qu'elle pratique, elle le
plonge dans le milieu qu élle anime. Pour Yves GENTILHOMME, ce fut la langue
russe, la culture slave, le gout des choses et le monde de l'art. Il a pratiqué — et il
pratique – la guitaze, le sport et la photographie d'art. « En vérité, demandait Socrate
à Glaucon, quelle autre matière d'étude reste-t-il encore, à part de la musique, de la
gymnastique et des arts  ? » Il restait les mathématiques, les sciences exactes et la
linguistique.

Lorsqu'un organisme est tout disposé à une réaction, ii suffit d'un catalyseur
pour la déclencher. Yves GENTILHOMME en a connu trois. Un vieux livre de
trigonométrie a déclenché l'étude des mathématiques  ; un chimiste philosophe
italien, celle des sciences de la nature ; la traduction et l'adaptation du russe en
français d'un ouvrage de I. I. REVZIN, celle de la linguistique. Sans se ressembler,
les licences se sont suivies et les publications ont commencé.

Ah  !les mots, avec quelles précautions ne faut-il pas s'en servir  ! Ainsi tout
conduit à considérer Yves GENTII.HOMME comme un homme curieux et comme un

Cah. Lexicol. 70, 1997-1, p. 7-8

10
amateur. Curieux, parce que toujours surprenant, ennemi de toute routine et
singulièrement de celle académique, mais en même temps curieux de connaître ce qui
est encore caché et avide de le dévoiler. Amateur, pazce qu'il travaille d'abord pour
son plaisir et selon ses fantaisies, mais en même temps aimant à savoir et à faire
savoir. Et il est vrai qu'il y a chez lui une certaine passion de l'enseignement,
passion qui a marqué sa carrii',re tout entière. A l'université et ailleurs, il a fait cours
de omni re scibili  : de chimie et d'électricité, de russe et de langues de spécialités, de
linguistique générale et appliquée et quibusdam aliis. Il y a à cela une explication
qui relève de ce qu il a toujours su que, si c'est en forgeant que l'on devient forgeron,
c'est en enseignant que l'on apprend, puisqu il faut beaucoup chercher pour enseigner
un peu.

Celui qui parcourt la liste des publications signées Yves GENTILHOMME,
celui qui s'offrira le plaisir de les lire, ne manquera pas d'être frappé par deux aspects.
D'abord l'absence totale de barrières entre l'esprit de finesse et celui de géométrie. Ce
n'est pas pur hasard si Yves GENTILHOMME a été "invité d'honneur" de l'OU. LI.
PO. (Ouvroir de Littérature Potentielle), au même titre que Bernard QUEMADA et
Alain REY, qu'André LENTIN et René THOM. Il y a toujours dans ses écrits une
volonté de rigueur mathématique et de formalisation, bien propre à stimuler la
création. Et c'est ici que se manifeste le second aspect, celui qui donne à l'homme sa
véritable dimension. Il est remarquable en effet que le concept formel et abstrait de
microsysti',me, l'un de ceux qui oriente toute son oeuvre, exige pour exister d'être
adapté à la taille de l'homme.

Yves GENTILHOMME a pris sa retraite officielle en 1986. Mais il travaille
encore avec tant de constance que cela se voit mal, et il a fallu dix ans pour que ceux
qui le suivent en prennent conscience et pour que quelques-uns se réunissent afin de
lui offrir une de leur production en hommage. Tout sémiologue sait que le lieu
d'inscription d'un discours en conditionne lazgement le contenu. Ce sont les Cahiers
de Lexicologie qui ont accepté de publier cet hommage, ce qui explique le choix des
thèmes présentés.

Que le professeur Bernazd QUEMADA, Directeur de ces Cahiers, trouve ici
l'expression de notre gratitude.

Jean-Luc DESCAMPS,Jean-Blaise GRI7.F :