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Compte rendu

  • Type de publication: Article de revue
  • Revue: Cahiers de lexicologie
    1994 – 2, n° 65
    varia
  • Auteur: Esvan (François)
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  • Pages: 197 à 201
  • ISBN: 978-2-8124-0465-8
  • ISSN: 2262-0346
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4317-6.p.0199
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Collection / Revue: Cahiers de lexicologie, n° 65
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Année de publication: 1994
  • Langue: Français

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Accès libre
Support: Numérique
199
COMPTE RENDU


Franti3ek CERMÂK, titi HRONEK, Jaroslav MACHAC, Slovnik

~eské jrazeologie a idiomatiky, V~razy slovesné, 2 volumes, A-P et

R-~, Academia, Prague, 1994.


Les deux volumes dont il est question ici terminent la publication du Dictionnaire
de phraséologie et d'idiomatique tchèque (DPIT), pourvu déjà de deux parties consacrées
respectivement à la "comparaison" (1983) et aux "expressions non-verbales" (1988), et
qui se voit finalement complété par la présente livraison consacrée aux "expressions
verbales'. Il s'agit d'un ensemble évidemment fort précieux pour tous les bohémisants,
mais dont la conception pourra également intéresser un public plus vaste de
lexicographes sensibles au problème de la description des locutions.


1. Fondements théoriques et macrostructure

En ce qui concerne les objectifs et les moyens mis en eeuvre, rappelons que le but
du DPIT est de décrire le plus complètement possible la phraséologie tchèque de la
seconde moitié du XXe siècle, et qû un fichier spécifique a été constitué à cet effet, fruit du
dépouillement systématique de centaines de textes et enregistrements tous postérieurs à
1960. On peut déjà signaler à ce propos que les auteurs du DPIT ont cependant renoncé à
présenter des exemples "cités", choisissant au contraire d'en forger systématiquement
eux-mêmes (voir plus loin).


La conception de l'ouvrage repose quant à elle sur la réflexion menée depuis de
nombreuses années paz l'un des co-auteurs de l'ouvrage, Franti§ek ~ERMÂR, exposée par
ailleurs de manière détaillée dans deux précédentes monographies en tchèque (voir
bibliographie). Précisons brièvement, afin d'éviter toute confusion terminologique, que
la théorie pazle ici de phrasème et d'idiome à propos de toute combinaison stable d'au
moins deux mots, dont la caractéristique est de présenter un certain degré d'anomalie.
Celle-ci peut être d'ordre "phraséologique", si elle ressortit au plan formel (combinabilité
restreinte), ou bien "idiomatique", lorsqu'elle concerne la sémantique (la signification de

Cah. Lexicol. 65, 1994-2, p. 197-201

200 l'ensemble n'est pas directement déductible de celle de chacun des éléments). Comme la
plupart des combinaisons considérées présentent à  !a fois ces deux formes d'anomalies,
on les considérera tant comme des phrasèmes que comme des idiomes, d'où la présence des
deux termes dans le titre.

Cette double définition, en ne mettant pas l'accent uniquement sur l'aspect
sémantique, s'ouvre naturellement vers les collocations. De fait, l'une des originalités du
DPIT est de prendre en compte, en plus des locutions "traditionnelles", l'ensemble
particulier des combinaisons verbe +nom abstrait (du type mlt z6jem o "porter de l'intérêt
pour"), dont la spécificité ne relève pas tant de la sémantique (la signification de
l'ensemble est directement déductible de celle des éléments constitutifs), mais bien
uniquement de la combinatoire (chacun de ces noms ne peut être associé qu'à un nombre
limité de verbes). Ces expressions, qui ne figurent habituellement dans les ouvrages de ce
genre que de manière très aléatoire, sont ici décrites systématiquement àl'aide d'une
microstructure spécifique (voir plus loin).

Précisons à ce propos, afin de donner un aperçu de l'ampleur exceptionnelle de
l'ouvrage, que la 3e partie prend en considération près de 10000 de ces collocations et
autant de locutions (les deux volumes précédents comportaient respectivement environ
2 500 et 5000 entrées).

Les dictionnaires de collocations et de locutions, qui ne regardent paz définition
que les combinaisons d'au moins deux mots, posent, on le sait, des problèmes complexes
de présentation. L'un des mérites — et non des moindres — du DPIT est de les affronter
avec une grande rigueur et d'offrir des solutions satisfaisantes pouvant servir de modèle.

On a déjà rappelé que le DPIT était divisé en trois pazties (comparaison,
expressions non-verbales, expressions verbales), ce qui implique un premier classement
d'ordre typologique. Chaque volet possède ensuite une organisation interne qui lui est
propre. Pour ce qui concerne la 3e partie, à savoir les expressions verbales, l'arrangement
repose sur une hiérarchie arbitraire nom > adjectif > verbe > adverbe, qui gênère un
classement alphabétique alterné par rapport au verbe  : V-S et V-A sont indexés
respectivement suivant le nom et l'adjectif, alors que V-V et V-ADV le sont à partir du
verbe (le premier lorsqu'il y en a deux). Sans trop entrer dans le détail, ajoutons qû à
l'intérieur de chacun des types cités, il régne ensuite une seconde hiérarchie. Ainsi pour le
nom, les combinaisons sont ordonnées suivant le nombre (croissant) des composants, le
genre (le singulier avant le pluriel), le cas (simple d'abord et avec préposition ensuite),
etc.

Rien n'est donc laissé au hasard et tout est expliqué fort clairement dans
l'introduction (vol. 1, p. 9-34). Notons toutefois que ce système, sans faille au niveau de
la conception, est, au premier abord, d'une lecture un peu déroutante, dans la mesure où
l'eeil de l'utilisateur est habitué à pazcourir des listes o3 l'ordre alphabétique s'applique
presque toujours su premier élément du groupe, alors q~ ici l'indexation se trouve reportée

201 sur le second, voùe le 3° élément. Cela étant, il est claù qû un classement fondé sur le
rangement en ordre alphabétique de chacun des éléments de la locution l'un à la suite de
l'autre aurait conduit à un éparpillement déplorable  : on aurait perdu notamment la
possibilité de rapprocher, paz exemple, toutes les combinaisons comprenant le mot
hlava "tête", ce qui est certainement plus instructif que de voir regrouper toutes celles od
figure le verbe mtt "avoù". Faute malheureusement de pouvoù disposer d'un fichier
électronique, qui permettrait de varier à loisir le mode d'indexation, il nous semble que le
principe adopté ici est malgré tout fondamentalement valable. Peut-être aurait-il
simplement fallu mettre en évidence le terme indexé —par exemple en majuscules —afin
de le baliser et de faciliter la recherche  ?

2. Microstructure

La microstructure, tout aussi soignée dans sa conception et sa présentation,
présente 4 types différents  : 1) les articles complets (pour les locutions les plus
fréquentes) ; 2) les articles réduits (fréquence moindre) ; 3) les renvois (variantes) ; 4) les
combinaisons verbe +nom abstrait.

Les articles complets fournissent de multiples renseignements destinés à cerner la
nature de ces anomalies qui confèrent à la combinaison examinée son statut de phrasème
et/ou d'idiome. On trouve ainsi signalés, de manière très rationnelle, les paramètres qui
sont susceptibles de variations et ceux qui sont au contraire bloqués. Une première
indication est donnée au niveau de l'entrée avec l'ajout du signe graphique °avant les mots
pouvant vazier la forme de base (traditionnellement l'infinitif pour les verbes, le singulier
pour les noms et le masculin singulier pour les adjectifs). Alors que pour les noms et les
adjectifs, il ne peut s'agir que du genre et du nombre (les changements de cas sont en fait
des vaziantes de valence et sont signalés comme telles), les paramètres sont beaucoup
plus nombreux pour les verbes. C'est pourquoi on trouvera indiquée à part, après le signe
O, la liste des catégories pour lesquelles il y a au contraire limitation (interrogation,
négation, mode, temps, nombre, genre, personne), par exemple (nous traduisons les
abréviations)  : °b}n °ranënf slepotou "°être °frappé de cécité"Oint, neg, tond, imp, imp
neg, fut, 1 sg et pl. Il va de soi que ces restrictions sont bien sûr relatives, et qu élles
peuvent toujours être transgressées —comme le précisent justement les auteurs dans
l'introduction —dans un contente particulier, par un usage ironique, etc.


Les articles complets comportent également de nombreuses informations plus
traditionnelles  : a) valence (sous la forme classique du pronom indéfini au cas
correspondant) ; b) variantes (de quelque type que ce soit  :substitution, ajout de mots,
valence différente, etc.) c) marquages (stylistique, diachronique, et surtout
diaévaluatif, ce qui est particulièrement important dans le cas présent). La fréquence est
par contre signalée de manière indùecte, au sens oû les locutions les moins fréquentes
font l'objet d'articles réduits. Sont indiquées également les éventuelles transformations
(verbalisation, nominalisation, adjectivisation, etc.).

202 Les définitions sont rigoureuses et respectent fidèlement les principes établis
au dépazt. On commence ainsi toujours par préciser le contente, les actants et les relations
pazticulières qui peuvent exister entre eux ;pour décrire ensuite la signification, en met-
tant l'accent sur les potentialités et la perspective de la locution.

Les exemples sont tous, comme nous l'avons déjà signalé, construits. Si l'on
sera d'accord avec les auteurs, lesquels estiment dans l'introduction au premier volume du
DPIT que la capacité illustrative des exemples cités est parfois insuffisante, il nous
semble toutefois que l'un n'aurait peut-être pas dû forcément exclure l'autre, et que l'on
aurait aimé pouvoir disposer, ne serait-ce qû occasionnellement, d'exemples originaux.

On trouve enfin à la fin de chaque azticle complet des synonymes, des antonymes
et des équivalents dans d'autres langues (russe, anglais, allemand et français). Cette
dernière initiative est particulièrement intéressante et suggestive, même si elle génère
une légère frustration, tant on souhaiterait, d'autant plus qu'il n'y a jamais vraiment
équivalence, voir figurer après chaque locution étrangère un commentaire aussi complet
que pour la forme tchèque, ce qui est bien sûr matériellement impossible...

Alors que la microstructure des articles correspondant aux locutions moins
fréquentes n ést pas fondamentalement différente, mais simplement réduite (à la seule
définition), celle des collocations verbe +nom abstrait est spécifique. Le problème n'est
plus ici en effet la signification, directement déductible de celle des éléments wnstitutifs,
mais la manière de rendre compte de la combinabilité réduite, c'est-à~ire de cazactériser
les verbes succeptibles de se combiner avec le nom abstrait qû on analyse et qui sert de
base à l'indexation. La solution proposée n'est pas de regrouper, comme c'est parfois le
cas, les verbes à partir d'un certain nombre d'azchilexèmes choisis au coup paz coup, mais
suivant une classification sémantique générale.

On cazactérise ainsi tout d'abord le verbe de la locution suivant la notion de
phase  : inchoative, durative et terminative (notées respectivemant IN, DUR et T'ERM),
en précisant en plus un éventuel lien de causalité (noté paz la lettre K en combinaison
avec les précédentes, soit K-IN, K-DUR et K-TERM). La première paztie de l'azticle
présente donc, après le code Obj et en suivant la classification ci-dessus, les catégories
de verbes dont le nom en question est susceptible d'être complément. Facultativement, on
trouve ensuite, après le code Subj, une liste (réduite) de verbes, cette fois sans aucune
catégorisation, dont ce même nom peut être le sujet. Exemple  : horet`ka "fièvré' Obj  : W
dostat -ku "attraper la fièvré' DUR mtt -ku "avoir de la fièvré' K-IN vyvolat -ku "faire
venir la fièvre" (etc.) Subj  : stoupnout/klesnout "monter baisser" ; objevit se/zmizet
"apparaître/dispazaître" (etc.).


3. Index sémantique et étude théorique

Le DPIT est également pourvu d'un index sémantique (vol. 2, p. 373-396) très
complet (près de 8 700 classes et sous-classes), instrument souvent négligé dans les

203 dictionnaires de locutions et cependant essentiel pour avoir accès à des formes inconnues
ou pour établir des comparaisons entre expressions sémantiquement voisines.

L'étude théorique dédiée aux locutions verbales tchèques qui clôt enfin le volume
(vol. 2, p. 597-630) est due à Franti~ek CERMAK et mériterait à elle seule un commentaire
circonstancié. Partant d'une analyse fouillée d'un échantillon de 2 500 locutions, soit
environ un quart du total, l'auteur "décortique" littéralement le phénomène, fournissant
des données statistiques sur tous les paramètres envisageables, qu'il s'agisse du plan
formel, sémantique, ou bien de la collocabilité. On relèvera au passage l'importance
singulière des noms abstraits, légèrement majoritaires contrairement à l'idée reçue  ;
tandis que parmi les noms concrets, les parties du corps ont une forte prépondérance (la
liste de fréquence est instructive  : ruka "main" (200), oko "oeil" (181), hlava "tête"
(175), etc.).

Cette caractérisation des composants est suivie d'un examen approfondi des
mécanismes tant formels que sémantiques, qui fondent la spécificité des locutions. Pour
chacun de ces aspects, une typologie et des statistiques sont présentées. L'étude se
termine paz une analyse tout aussi exhaustive des transformations.

La conclusion qui s'impose est que finalement il est démontré avec le DPIT, dans
un domaine comme celui des locutions od l'approximation semblait être devenue la règle,
gdil est possible d'emprunter une autre voie, de concilier lamait pour les expressions
dites "imagées" avec une réflexion lexicologique approfondie et la plus grande rigueur
lexicographique. Combien de langues, d'une diffusion incomparablement supérieure à
celle du tchèque, attendent encore un ouvrage d'une telle qualité  ?

François ESVAN

Università di Udine (Italie)






BIBLIOGRAPHIE

C'ERMAK, Frantitek (1982)  : Idiomatika a frazeologie G`efliny, Univerzita Karlova,


Prague.

~ERMdK, Frantikek, JiI.1 HRONEK, Jazoslav Mnct-tnC (1983)  :Slovnfk deské frazeologie a
idiomatiky, Pi'irovnhnf, Academia, Prague.

~ERM.4K, Franti§ek, Jiif HRONEK, Jazoslav MACxaC (1988)  :Slovnfk G'eské frazeologie a
idiornatiky, Vjbrazy neslovesné, Academia, Prague.

FILIPEC, Jan, Franti§ek L`ERM~(R (1985)  : t :`eska lexikologie, Academia, Prague.