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Avant-propos

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  • ISBN: 978-2-406-07896-8
  • ISSN: 2104-6395
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-07898-2.p.0009
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 23/11/2018
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Avant-propos

À Albine et à Adeline.

La recherche portant sur la visite de Lemercier de La Rivière à Saint-Pétersbourg, dabord purement biographique, a pris de lenvergure au fur et à mesure que lenquête dans les archives samplifiait. Différents documents retrouvés aident à évaluer linfluence de la physiocratie française sur la pensée russe du temps de Catherine II. Mais pas uniquement. Paradoxalement, les rapprochements opérés entre la doctrine politique de Rousseau et celle des physiocrates attestent la familiarité de leurs idées, quaperçoivent déjà leurs contemporains, en loccurrence Catherine II, qui sapproprie des concepts hétéroclites et cherche à les fusionner à sa façon dans lInstruction donnée à la Commission législative (Nakaz).

Faut-il pour autant mettre en place un projet de recherche portant sur ce sujet et en rester là ? Lexamen des sources, notamment des mémoires écrits à loccasion des travaux de la Commission législative réunie par la tsarine en août 1767 et des pièces envoyées au concours de la Société impériale déconomie, semble fournir les matériaux nécessaires pour le mener à bien. Cependant, le choix du sujet expose au risque de commettre une erreur dappréciation. Est-il vrai que les plus importantes discussions se soient déroulées lors des séances de la Commission ? Le fait que Béardé de lAbbaye, ladversaire déclaré des physiocrates, ait remporté le concours et que Lemercier de La Rivière, invité par limpératrice, ait essuyé un échec à Saint-Pétersbourg et soit rentré précipitamment en France ne signifie nullement que limportance des doctrines physiocratiques soit minime. En principe, devons-nous souscrire à une approche purement positiviste et nous proposer létude de la diffusion des idées ?

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Lanalyse des documents prouve que les physiocrates français et leurs interlocuteurs russes ont bâti une vision illusoire de la Russie réformée selon les recettes physiocratiques. Ce sujet sinscrit dans la prolongation dune enquête sur les représentations sociales des Lumières françaises, faisant suite à létude publiée en 2012 (Société idéale et horizon dutopie chez J.-J. Rousseau, Classiques Garnier). Lobjectif principal de ce deuxième volet, à la différence du premier, consiste à étudier les représentations de la société idéale propres à un groupe dintellectuels, ainsi que les mécanismes sociaux et culturels qui se mettaient en œuvre au moment où Catherine II invita Lemercier de La Rivière à sa cour. Pourquoi celui-ci narrivait-il pas à se débarrasser du rêve dune Russie florissante, tandis que lexpérience décevante devrait briser ses illusions ?

Les vicissitudes du régime politique en Pologne depuis la fin du xviie siècle donnaient matière à réflexion aux écrivains des Lumières, quelles que soient leurs convictions politiques ou les préférences méthodologiques. Rousseau, labbé de Mably, Lemercier de La Rivière et le marquis de Mirabeau méditaient des projets de réforme de lÉtat polonais, sans avoir grande connaissance du pays et de sa constitution. On pourrait à bon droit révoquer en doute lapplicabilité des mesures quils préconisaient. Mais quels étaient leurs motifs pour les rédiger ? Quest-ce qui les incitait à repenser globalement la réalité politique de Pologne ? Le troisième volet de lenquête sur les imaginaires sociaux des Lumières françaises concerne le modèle institutionnel inventé au cours des débats sur la constitution polonaise.

Aux différentes étapes de la rédaction de mon livre, des amis proches et éloignés mencourageaient à la poursuivre. Toutefois, ma reconnaissance va tout particulièrement à Pierre-François Moreau et à David Wittman (IHRIM, Lyon), à Hervé Joly et lIEA « Collegium de Lyon » quil dirige. Que Bruno Bernardi, mes amis et collègues du CERHIIP de lUniversité Aix-Marseille et, en particulier, le professeur Éric Gasparini soient chaleureusement remerciés.