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Préface

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  • ISBN: 2-86503-932-3
  • ISSN: 0768-0821
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-10346-2.p.0051
  • Éditeur: Société des Textes Français Modernes
  • Date de parution: 01/01/1932
  • Diffusion-distribution: Classiques Garnier
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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PRÉFACE

Comme c'est icy vrai-semblablement la derniere Edi¬ tion de mes Ouvrages que je reverrai; & qu'il n'y a pas d'apparence, qu'âgé, comme je suis, de plus de soixante & trois ans, & accablé de beaucoup d'infirmités, ma course puisse estre encore fort longue, le Public trou¬ vera bon, que je prenne congé de luy dans les formes, & que je le remercie de la bonté qu'il a eue d'acheter tant de fois des ouvrages si peu dignes de son admiration. Je ne sçaurois attribuer un si heureux succez qu'au soin que j'ay pris de me conformer toûjours à ses sentimens, & d'attraper autant qu'il m'a esté possible, son goust en toutes choses. C'est effectivement à quoy il me semble que les Ecrivains ne sçauroient trop s'étudier. Un ouvrage Titre. — Cette préface est celle, rappelons-le, de la dernière en date des éditions authentiques de ses Œuvres données par Boileau lui-même {Œuvres | diverses \ du S' Boileau Despréaux \ avec | le Traité | du | Suhlime \ ou \ du Merveilleux | dans le discours, | Traduit du Grec de Longin. ) Nouvelle Edition, reveue et augmentée. | A Paris, | chei Denys Thierry, rue saint Jacques, devant | les Mat burins, à la ville de Paris, | MDCCL I Avec Privilège du Roy). Nous avons cru, quoiqu'elle soit relative à l'ensemble des Œuvres, et non pas seulement aux Satires, devoir la donner tout entière, d'autant plus que c'est le souvenir des Satires et des combats auxquels elles ont donné lieu qui y tient la plus grande place. Au reste on trouvera, à l'appendice, le texte des préfaces des éditions particulières des Satires (1666-1668) et le Discours sur la Satire, publié avec la première édition de la Satire IX (1669), mais que, depuis la première édition de ses Œuvres diverses (1674), Boileau joignit à ses œuvres en prose. 3-4. Cette préface doit donc avoir été écrite un peu avant la fin de 1700, Boileau devait avoir soixante-quatre ans le i®'' novembre : à cette date l'impression de l'édition de 1701 devait déjà être en cours. 7-8. L'édition de 1701 est la sixième des Œuvres diverses. Il y faut ajou¬ ter les éditions collectives ou particulières des Satires et les éditions par¬ ticulières de quelques-unes des Epîtres.

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a beau estre approuvé d*un petit nombre de Connois- 15 seurs, s'il n'est plein d'un certain agrément & d'un cer¬ tain sel propre à piquer le goust general des Hommes, il ne passera jamais pour un bon ouvrage, & il faudra à la fin que les Connoisseurs eux-mesmes avouent qu'ils se sont trompés en luy donnant leur approbation. Que 20 si on me demande ce que c'est que cet agrément & ce sel. Je répondray, que c'est un je ne sçay quoy qu'on peut beaucoup mieux sentir, que dire. A mon avis néan¬ moins, il consiste principalement à ne jamais presenter au Lecteur que des pensées vraies & des expressions 2$ justes. L'Esprit de l'Homme est naturellement plein d'un nombre infini d'idées confuses du Vrai, que souvent il n'entrevoit qu'à demi; & rien ne lui est plus agreable que lorsqu'on luy offre quelqu'une de ces idées bien éclaircie, & mise dans un beau jour. Qu'est-ce qu'une 30 pensée neuve, brillante, extraordinaire? Ce n'est point, comme se le persuadent les Ignorans, une pensée que personne n'a jamais euë, ni dû avoir. C'est au contraire une pensée qui a dû venir à tout le monde, & que quel¬ qu'un s'avise le premier d'exprimer. Un bon mot n'est 35 bon mot qu'en ce qu'il dit une chose que chacun pensoit, & qu'il la dit d'une maniéré vive, fine & nouvelle. Considérons, par exemple, cette répliqué si fameuse de Louis Douzième à ceux de ses Ministres qui luy conseil- loient de faire punir plusieurs Personnes, qui sous le 40 regne precedent, & lorsqu'il n'estoit encore que Duc d'Orléans, avoient pris à tâche de le desservir. Un Roy de France^ leur répondit-il, m venge point les injures à!un Duc d^Orléans. D'où vient que ce mot frappe d'abord ? 41-43. « On rapporte, dit Bayle, dans son Dictionnairey plusieurs bons mots » de ce roi. Mais on a discuté sur les circonstances où celui que Boileau rappelle aurait été prononcé, et même sur son authenticité. Le

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PRÉFACE 3 N'est-il pas aisé de voir que c'est parce qu'il présente 45 aux yeux une vérité que tout le monde sent, & qu'il dit mieux que tous les plus beaux discours de Morale, Qu'un grand Prince^ lorsqu'il est une fois sur le throne^ ne doit plus agir par des mouvemens particulier s ^ ni avoir d'autre veuë que la gloire & le bien general de son Estât? Veut-on 50 voir au contraire combien une pensée fausse est froide & puerile ? Je ne sçaurois rapporter un exemple qui le fasse mieux sentir, que deux vers du Poète Théophile dans sa Tragédie intitulée Pyrâme & Thysbé; lorsque cette malheureuse Amante ayant ramassé le poignard 5 5 encore tout sanglant dont Pyrâme s'estoit tué. Elle querelle ainsi ce poignard. Ah! voici le poignard qui du sang de son Maistre S'est souillé lâchement. Il en rougit le Traître. Toutes les glaces du Nord ensemble ne sont pas, à 60 mon sens, plus froides que cette pensée ? Quelle extra¬ vagance, bon Dieu ! de vouloir que la rougeur du sang, dont est teint le poignard d'un Homme qui vient de s'en tuer lui-mesme, soit un effet de la honte qu'a ce poi¬ gnard de l'avoir tué ? Voici encore une pensée qui n'est 65 pas moins fausse, ni par consequent moins froide. Elle est de Benserade dans ses Métamorphoses en rondeaux, dernier en date, au xvii® siècle, des historiens qui le rapportent, Varlllas, dans son Histoire de Louis XII (Livre XI), le donne, sous une forme moins lapidaire, comme une réponse à ceux qui lui conseillaient de se venger de Louis de la Trémoille, son ancien vainqueur à la bataille de Saint- Aubiii-du-Cormier. 52-58. Sur Théophile, voir III, 172, et IX, 175. La tragédie de Pyrame et Thisléj imprimée en 1623, a dû être représentée un peu plus tôt. Les vers dont Boileau fait la critique sont tirés de la scène finale de l'acte V (vers 111-112 de la scène II). 66. Les Métamorphoses d'Ovide en rondeaux ont paru en 1676. Bense¬ rade avait alors soixanre-quatre ans et le goût était passé du genre d'es¬ prit qui avait fait, dans la génération précédente, sa réputation. Au moment où Boileau publiait son édition de 1701, Benserade était mort depuis dix ans.

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OÙ parlant du Déluge envoyé par les Dieux pour châtier l'insolence de l'Homme, il s'exprime ainsi, Dieu lava bien la teste à son Image. 70 Peut-on à propos d'une aussi grande chose que le Déluge, dire rien de plus petit, ni de plus ridicule que ce quo¬ libet, dont la pensée est dautant plus fausse en toutes manières, que le Dieu dont il s'agit en cet endroit, c'est Jupiter, qui n'a jamais passé chez les Payens pour avoir 75 fait l'Homme à son image : l'Homme dans la Fable estant, comme tout le monde sçait, l'ouvrage de Pro- methée. Puis donc qu'une pensée n'est belle qu'en ce qu'elle est vraye; & que l'eflFet infaillible du Vray, quand il est 80 bien énoncé, c'est de frapper les Hommes; Il s'ensuit que ce qui ne frappe point les Hommes, n'est ni beau, ni vray, ou qu'il est mal énoncé : & que par consequent un ouvrage qui n'est point goûté du Public, est un très- méchant ouvrage. Le gros des Hommes peut bien, durant 85 quelque temps, prendre le faux pour le vrai, & admirer de méchantes choses : mais il n'est pas possible qu'à la longue une bonne chose ne luy plaise ; & je deffie tous les Auteurs les plus mécontens du Public, de me citer un bon Livre que le Public ait jamais rebutté : à moins 90 qu'ils ne mettent en ce rang leurs écrits, de la bonté desquels Eux seuls sont persuadez. J'avoue néanmoins, & on ne le sçauroit nier, que quelquefois, lors que d'excellens ouvrages viennent à paroistre, la Caballe & l'Envie trouvent moyen de les rabbaisser, & d'en rendre 95 en apparence le succez douteux : mais cela ne dure guères ; & il en arrive de ces ouvrages comme d'un morceau de bois qu'on enfonce dans l'eau avec la main : il demeure au fond tant qu'on l'y retient, mais bien-tost la main

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venant à se lasser, il se releve & gagne le dessus. Je loo pourois dire un nombre infini de pareilles choses sur ce sujet, & ce seroit la matière d'un gros Livre : mais en voilà assez ce me semble, pour marquer au Public ma reconnoissance, & la haute idée que j'ay de son goust & de ses jugemens. 105 Parlons maintenant de mon édition nouvelle. Cest la plus correcte qui ait encore paru ; & non seulement je Pay reveûë avec beaucoup de soin, mais j'y ay retouché de nouveau plusieurs endroits de mes ouvrages. Car je ne suis point de ces Auteurs fuians la peine, qui ne se no croient plus obligez de rien racommoder à leurs écrits, dès qu'ils les ont une fois donnés au Public. Ils allèguent pour excuser leur paresse, qu'ils auroient peur en les trop remaniant de les afîbiblir, & de leur oster cet air libre & facile qui fait, disent-ils, un des plus grands 11$ charmes du discours : mais leur excuse, à mon avis, est très-mauvaise. Ce sont les ouvrages faits à la hâte, &, comme on dit, au courant de la plume, qui sont ordinai¬ rement secs, durs & forcés. Un ouvrage ne doit point paroistre trop travaillé ; mais il ne sçauroit estre trop 120 travaillé, & c'est souvent le travail même qui en le polissant luy donne cette facilité tant vantée qui charme le Lecteur. Il y a bien de la difference entre des vers faciles, & des vers facilement faits. Les Ecrits de Virgile, quoi qu'extraordinairement travaillez, sont bien plus 12$ naturels que ceux de Lucain, qui écrivoit, dit-on, avec une rapidité prodigieuse. C'est ordinairement la peine que s'est donnée un Auteur à limer & à perfectionner ses Ecrits, qui fait que le Lecteur n'a point de peine en 125-126. Nous savons que Lucain, qui est mort à vingt-six ans, et dont il ne nous reste que le poème de la Pharsale, avait beaucoup écrit, et dans tous les genres.

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6 PRÉFACE les lisant. Voiture qui paroist si aisé, travailloit extrême- 130 ment ses ouvrages. On ne voit que des gens qui font aisément des choses médiocres; mais des gens qui en fassent, mesme difficilement, de fort bonnes, on en trouve tres-peu. Je n'ai donc point de regret d'avoir encore employé 135 quelques-unes de mes veilles à rectifier mes Ecrits dans cette nouvelle Edition, qui est, pour ainsi dire, mon Edi¬ tion favorite. Aussi y ai-je mis mon nom, que je m'estois abstenu de mettre à toutes les autres. J'en avois ainsi usé par pure modestie : mais aujourd'huy que mes ouvrages 140 sont entre les mains de tout le monde, il m'a paru que cette modestie pouroit avoir quelque chose d'affecté. D'ailleurs j'ai esté bien aise, en le mettant à la teste de mon Livre, de faire voir par là quels sont précisément les ouvrages que j'avoue, & d'arrêter, s'il est possible, le 145 cours d'un nombre infini de méchantes pièces qu'on répand par tout sous mon nom, & principalement dans les Provinces & dans les Fais étrangers. J'ay mesme, pour mieux prévenir cet inconvenient, fait mettre au commen¬ cement de ce volume, une liste exacte & détaillée de tous i$o mes Ecrits, & on la trouvera immédiatement après cette Préface. Voilà dequoy il est bon que le Lecteur soit instruit. 129. Sur Voiture, voir Sai. III, 181. Pellisson, dans son Histoire de Γ Académie française (V, x), dit de la prose de Voiture qu'elle est « ce qu'il y à de plus châtié et de plus exact », et il en loue d'ailleurs le « naturel » et la finesse. Ses vers lui semblent « plus négligés », sans être, ajoute-t-il, moins beaux. 143-146. A certaines éditions des Satires de Boileau avaient en eiFet été ajoutées d'autres satires, qui sont du P. Sanlecque (mort en 1714) ou dont l'attribution est contestée (voir ci-dessus, page xxii, note 4, et Bibliographie de M. Em. Magne, t. II, Index alphabétique y au nom de Losme de Monchesnay, de Sanlecque et au mot Satire). 149-150. Nous n'avons pas jugé qu'il y eût lieu de reproduire ici, dans cette édition particulière des Satires, cette liste de tous les ouvrages de notre auteur.

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Il ne reste plus présentement qu'à luy dire quels sont les ouvrages dont j'ay augmenté ce volume. Le plus- 155 considerable est une onzième Satire que j'ay tout recem* ment composée, & qu'on trouvera à la suite des dix pré¬ cédentes. Elle est addressée à Monsieur de Valincourmon illustre Associé à l'Histoire. J'y traite du vrai & du faux Honneur, & je l'ai composée avec le même soin que tous 160 mes autres Ecrits. Je ne sçaurois pourtant dire si elle est bonne ou mauvaise : car je ne l'ai encore communiquée qu'à deux ou trois de mes plus intimes Amis, à qui même je n'ay fait que la reciter fort vite, dans la peur qu'il ne luy arrivast ce qui est arrivé à quelques autres 165 de mes pieces, que j'ay vû devenir publiques avant même que je les eusse mises sur le papier : plusieurs personnes, à qui je les avois dites plus d'une fois, les ayant retenues par cœur, & en ayant donné des copies. C'est donc au Public à m'apprendre ce que je dois penser de cet ouvrage, T70 ainsi que de plusieurs autres petites pieces de Poésie qu'on trouvera dans cette nouvelle Edition, & qu'on y a mêlées parmi les Epigrammes qui y estoient déjà. Ce sont toutes bagatelles, que j'ai la plupart composées dans ma premiere jeunesse : mais que j'ay un peu rajus- 175 tées, pour les rendre plus supportables au Lecteur. J'y ai fait aussi ajoûter deux nouvelles Lettres, l'une que j'écris à Monsieur Perrault, & où je badine avec lui sur nôtre démêlé Poétique, presque aussi-tost éteint qu'allumé. 155 et suiv. Sur la satire XI, v. p. 189, note i, et Vlntroduciion, pp. xxxi-xxxv, 162. Texte de l'édition in-8® (v. Introduction, p. xxx, note i) : « deux ou trois de mes amis ». 170 et suiv. Il est inutile sans doute d'avertir que les œuvres diverses dont il va être question ici ne figurent pas dans le présent volume. 177. Sur les rapports de Boileau et de Charles Perrault, voir p. 170, note du vers 452. La lettre dont parle ici Boileau était insérée dans l'édition de 1701 à la suite des Réflexions critiques de Longin. Elle a, dans l'édition Berriat-Saint-Prix, pris place parmi la Correspondance»

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L'autre est un Remercîment à M. le Comte d'Ericeyra, i8o au sujet de la Traduction de mon Art Poétique, faite par luy en vers Portugais, qu'il a eu la bonté de m'envoyer de Lisbonne avec une Lettre & des vers François de sa composition, où il me donne des louanges tres-délicates, & ausquelles il ne manque que d'estre appliquées à un meil- 185 leur sujet. J'aurois bien voulu pouvoir m'acquitter de la parole que je luy donne à la fin de ce Remercîment, de faire imprimer cette excellente traduction à la suitte de mes Poésies ; mais malheureusement un de mes Amis à qui je l'avois prestée m'en a égaré le premier Chant, & 190 j'ay eu la mauvaise honte de n'oser r'écrire à Lisbonne pour en avoir une autre copie. Ce sont là à peu près tous les ouvrages de ma façon bons ou méchans, dont on trouvera icy mon Livre augmenté : Mais une chose qui sera seurement agreable au Public, c'est le present que je 195 luy fais dans ce mesme Livre, de la Lettre que le célébré Monsieur Arnaud a écrite à Monsieur P*** à propos de ma dixième Satire, & où, comme je l'ay dit dans l'Epistre à mes vers, il fait en quelque sorte mon apologie. J'ay mis cette Lettre la derniere de tout le Volume, afin qu'on 200 la trouvast plus aisément. Je ne doute point que beaucoup de Gens ne m'accusent de témérité, d'avoir osé associer à mes écrits l'ouvrage d'un si excellent Homme, & j'avoue que leur accusation est bien fondée. Mais le moyen de résister à la tentation de montrer à toute la 205 Terre, comme je le montre en effet par l'impression de 179. La lettre à M. d'Ericeyra, général et écrivain portugais (1673- 1744), écrite « environ quatre ans » avant le 10 juillet 1701, dit Boileau lui-même dans une lettre de cette date envoyée à Brossette, prend place, en 1701, dans les Œuvres en prose avant le Remerciement à MM. de l'Académie. 196. P***, Charles Perrault. La lettre d'Arnauld prend place à la fin de la publication de 1701.

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cette Lettre; que ce grand Personnage me faisoit ΓΙιοη- neur de m'estimer &. avoit la bonté meas esse aliquid puiare nugas ? Au reste comme malgré une apologie si authentique, 2IO & malgré les bonnes raisons que j'ai vingt fois alléguées en vers & en prose, il y a encore des gens qui traitent de médisances les railleries que j'ai faites de quantité d'Au¬ teurs modernes, & qui publient qu'en attaquant les dé¬ fauts de ces Auteurs, je n'ai pas rendu justice à leurs 21$ bonnes qualitez; je veux bien, pour les convaincre du contraire, repeter encore ici les mêmes paroles que j'ai dites sur cela dans la Préface de mes deux Editions pré¬ cédentes. Les voici. Il est bon que le Lecteur soit averti d*une chose ; C'est qu'en attaquant dans mes ouvrages les 220 défauts de plusieurs Ecrivains de nôtre Siecle, je n'ai pas prétendu, pour cela ôter à ces Ecrivains le mérité et les bonnes qualité':^ qu'ils peuvent avoir d'ailleurs. Je n'ai pas prétendu y dis-je, nier que Chappelain, par exemple, quoi que Poëte fort dur, n'ait fait autrefois, je ne sçay comment, une asse^ belle 22$ Ode; & qu'il n'y ait beaucoup d^esprit dans les ouvrages de Monsieur Quinaut, quoi que si éloigné de la perfection de Virgile, fajoûteray même, sur ce dernier, que dans le temps où j'écrivis contre luy, nous estions tous deux fort jeunes, & qiCil n'avoit pas fait alors beaucoup d'ouvrages, qui lui ont 2$o dans la suitte acquis une juste reputation. Je veux bien aussi 207-208. « ...de penser que mes bagatelles étaient quelque chose. » — C'est un vers de Catulle, dans la dédicace qui est en tête du recueil de ses poésies. 217. Editions de 168$ et de 1694. 223-224. Le texte original portait : « ...quoy qu'assez méchant Poëte. » 224-22$. UOde à Richelieu (1633), dont le succès fut « immense » (Georges Collas, Paris, 1911, p. 112). 223-226. Dans le texte original ; « ...les ouvrages de M. Q**. » 226-227. Allusion aux vers 20 de la Satire II et 288 de la Satire IX. 229-230. Allusion aux opéras de Q.uinault, dont aucun n'est antérieur à 1672. La dernière des satires de la jeunesse de Boileau, la satire IX, est de 1668.

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avouer qu'il y a du genie dans les écrits de Saint-Arnaud, de Brebeuf, de Scuderi, de Cotin mesme & de plusieurs autres que fay critiquei. En un mot, avec la mesme sincérité que fay raillé de ce qu'ils ont de blâmable, je suis prest à convenir de 235 ce qu'ils peuvent avoir d'excellent. Voilà ce me semble leur rendre justice, & faire bien voir que ce n'est point un esprit â!envie &. de médisance qui m'a fait écrire contre eux. Après cela, si on m'accuse encore de médisance, je ne sçai point de Lecteur qui n'en doive aussi estre accusé : 240 puis qu'il n'y en a point qui ne dise librement son avis des écrits qu'on fait imprimer, & qui ne se croye en plein droit de le faire du consentement même de ceux qui les mettent au jour. En effet, qu'est-ce que mettre un ouvrage au jour ? N'est-ce pas en quelque sorte dire au 245 Public, Jugez-moy ? Pourquoy donc trouver mauvais qu'on nous juge ? Mais j'ai mis tout ce raisonnement en rimes dans ma neuvième Satire, & il suffit d'y renvoyer mes Censeurs. 232. Les mots « de Cotin mesme » ne sont pas dans le texte original. Rappelons que l'abbé Cotin était mort en 1682. 233. Texte de 1694 : « ...que j'ay critiquez, et qui sont en effet d'ail¬ leurs, aussi-bien que moy, très-dignes de critique. En un mot... »

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