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Avant-propos

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  • ISBN: 978-2-406-08274-3
  • ISSN: 2108-5471
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-5362-5.p.0007
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 28/02/2007
  • Langue: Français

  • Chapitre d’ouvrage: 1/6 Suivant
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Support: Numérique
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AVANT-PROPOS

Entrepris il y a longtemps, et poursuivi avec une lente fidélité, le
travail que voici tire au moins un bénéfice de sa période de gestation
c'est qu'il a eu ainsi le privilège de pazticiper à l'évolution des études
portant sur la Renaissance. Il a pu, en particulier, s'éloigner de la formule
« L'homme et l'oeuvre », formule toutefois tentante dans le cas d'un
écrivain majeur sur qui n'avait encore porté aucune «grande thèse ».
Jean Baillou avait en effet commencé à préparer sur Tyazd une thèse de
doctorat ès-lettres, mais il avait renoncé à l'achever. Silvio Bazidon avait
donné en 1950 une étude très riche en documentation originale sur notre
auteur, sans tenter une synthèse complète. Au cours des années 1960, le
domaine tyazdien s'enrichit de l'étude énergiquement pensée de Kathleen
Hall sur les Discours philosophiques, et de deux éditions de l'oeuvre
poétique : celle de John A. McClelland, portant uniquement sur Les
erreurs amoureusesl, et celle de John C. Lapp2 qui présente l'entière
oeuvre poétique de Tyazd. Dès 1950, John Lapp avait publié The
Universe of Pontus de Tyard, contenant le Premier curieux et le Second
curieux. La synthèse restait encore à venir ; et il appazaissait de plus en
plus clairement que non seulement elle ne devrait pas renoncer à une
stricte présentation historique situant Tyazd pazmi ses contemporains,
mais qu'elle devrait participer au renouvellement de l'histoire littéraire
en reliant entre eux les textes, et non seulement les textes aux contextes.
C'est ainsi que nous avons tenté de contribuer à notre tour au réexamen
de la notion de Pléiade, en privilégiant les relations textuelles de Tyazd
avec Ronsazd et Du Bellay, sans craindre de laisser transpazaître des
lacunes ou de bousculer les hiérazchies établies ; et en nous efforçant
avant tout de respecter l'individualité de notre poète.

A bien des égazds, Maurice Scève, prince de la Renaissance lyonnaise
constituait un modèle car Verdun-L. Saulnier avait, avec toute son
imagination et toute sa rigueur, fait vivre l'homme Scève, reconstruit son
horizon intellectuel, son art, et la création scévienne dans ses rapports
avec l'histoire des genres et des formes, mais aussi celle des milieux
sociaux où s'est développée l'oeuvre de Scève. Paz ailleurs, Verdun
Saulnier ne craignait pas de laisser appazai^tre les failles de l'édifice, les

1 GenBve, Droz, 1967.

2 ouvres poétiques complètes, Pans, Didier, 1966.

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lacunes que la recherche même la plus patiente ne pouvait combler, les
discontinuités enfin. Excellent narrateur, il savait suppléer, sur le plan de
la biographie, au détail manquant par des hypothèses franchement
présentées comme telles, au bord de la certitude.

Par ailleurs, en prévision d'une oeuvre ou d'oeuvres sur Pontus de
Tyard, Verdun-L. Saulnier nous a ouvert d'autres voies encore, et en
particulier celle destinée à établir en profondeur le rapport entre Tyard
ouvrier et théoricien de la parole poétique, et Tyard philosophe : « Au
lieu de poser, tout fait, un lot de connaissances, les Discours proposent
des problèmes. Au lieu de rédiger une encyclopédie, Pontus dresse
souvent un dialogue, entre des avis opposés, pour en faire filtrer quelque
lumière. Quelles que puissent être ses convictions établies, Pontus se
présente avant tout comme un curieux... Cette passion de l'enquête
personnelle se révèle partout. »1 Cette curiosité de Tyard vis-à-vis de
l'univers et des sciences qui s'efforcent de le connaître, il fallait
désormais, en élargissant notre horizon historique, la relier à ce que l'on
savait du poète pétrarquisant, membre de la Pléiade. Il fallait donc
pénétrer jusqu' à la face intérieure de ce discours philosophique, comme
aussi celle de la poésie amoureuse. C'est dire qu'il fallait privilégier
davantage les études textuelles.

Mais Tyard continua à nous surprendre et à offrir de nouveaux
champs de découverte à mesure que les horizons des études portant sur la
Renaissance s'élargissaient en direction de l'interdisciplinarité et de
l'internationalité. Tyard théoricien intéresse l'histoire des académies2 et
celle des coursa. Grâce à l'édition par Cathy Yandell du Solitaire second
on voit s'établir des liens entre des recherches prolongeant celles sur
Gaffurio et Glaréan -et celles qui explorent les rapports entre activité
académique et Contre-Réforme. Isabelle Pantin4 et Sylviane Bokdam5
replacent magistralement Tyard dans l'histoire des sciences de son
temps. L'oeuvre homilétique de Tyard évêque de Chalon, qui depuis le
seizième siècle ne fut jamais rééditée, va l'être au sein de l'édition

1 Préface à Silvio F. Baridon, Pontus de Tyard (1521-1605), Editrice Viscontea,
1950.

2 Cf. Frances Yates, The French Academies of the Sixteenth century, 1947.

3 Robert J. Sealy, S. J., The Palace Academy of Henry Ill, Genève, Droz, 1981.

4 Dans La poésie du ciel en France dans la seconde moitié du seizième siècle, 1995.

5 Cf. son édition de Mantice, Discours sur la verité de Divination par Astrologie,
1995.

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critique des couvres complètes* de notre auteur, et prendra ainsi sa place
dans l'histoire de l'éloquence religieuse. L'édition critique, objet d'un
travail d'équipe, fait aussi une large place aux couvres dites de
circonstance, qui éclaireront diverses modalités de la présence de Tyard à
l'histoire de son époque.

Le travail débute par un essai biographique car il fallait étudier Tyard
sous tous ses aspects successifs, indépendamment d'une Pléiade
maintenant perçue comme moins dominante et moins unifiée. L'étude de
l'ceuvre poétique s'efforce, sur le plan méthodologique, de ne pas traiter
le poème comme document biographique mais de l'analyser dans sa
spécificité esthétique (sans renoncer à y interroger les traces du vécu), de
découvrir les transformations que Tyard fait subir à ses sources, l'unité et
la poétique des recueils individuels, les relations formelles qui lient la
poésie de Tyard à celle des poètes proches de lui. Un second tome
explorera ensuite l'oeuvre en prose, philosophique aussi bien que
religieuse.

Que le professeur Robert Hulotte, qui m'a guidée et encouragée tout
au long de ce travail, veuille bien trouver ici l'expression de ma très
profonde reconnaissance.

* A paraître aux Édifions Champion

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