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Préfaces

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  • ISBN: 978-2-406-10160-4
  • ISSN: 0768-0821
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-10160-4.p.0033
  • Éditeur: Société des Textes Français Modernes
  • Mise en ligne: 06/01/2020
  • 1ère édition: 1914
  • Diffusion-distribution: Classiques Garnier
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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[Ι 822]

INTRODUCTION Dans quelques instans de loisir j'ai fait des vers inu- tiles ; on les lira peut-être, mais on n'en retirera aucune leçon pour nos temps. Tous plaignent des infortunes qui tiennent aux peines du cœur, et peu d'entre mes ou- 5 vrages se rattacheront à des intérêts politiques. Puisse du moins le premier de ces Poèmes n'être pas sorti in- fructueusement de ma plume ! Je serai content s'il échauiFe un cœur de plus pour une cause sacrée. Défenseur de toute légitimité, je nie et je combats celle ro du pouvoir Ottoman. NOTE On éprouve un grand charme à remonter par la pensée jusqu'aux temps antiques : c'est peut-être le même qui 1. Cette « Introduction » (ainsi l'intitule la table des matières de l'édition de 1822), bien qu'elle soit placée en tète du recueil, est spécialement destinée à présenter Héléna au lecteur. — La der- nière phrase fait allusion aux polémiques soulevées dans la presse de 1821 par l'insurrection hellénique. Certains journalistes euro- péens avaient qualifié les Grecs de rebelles et d'ennemis de leur souverain légitime. Dans son numéro du i" juillet, le Journal des Débats inséra une longue lettre à lui adressée « par un savant distin- gué originaire de la Grèce ». L'auteur, qui signe N. P., protestait énergiquement contre cette « absurdité ». La question fut discutée et résolue contre la domination turque par de Bonald dans un article des Débats (Stir la Turquie, 20 septembre 1821), qui semble avoir trouvé un écho dans quelques vers à*Héléna (chant P"", v. 178-180). 2. Cette « Note » (le titre est fourni par la table des matières) est insérée dans le volume après le poème d'Héléna, et sert de préface aux autres Poèmes, répartis en trois groupes : Poèmes Antiques — Poèmes Judaïques — Poèmes Modernes,

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entraîne un vieillard à se rappeler ses premières années d'abord, puis le cours entier de sa vie. La poésie, dans 15 les âges de simplicité, fut tout entière vouée aux beautés des formes physiques de la nature et de l'homme ; chaque pas qu'elle a fait ensuite avec les sociétés, vers nos temps de civilisation et de douleurs, a semblé la mêler à nos arts ainsi qu'aux souiFrances de nos âmes ; à présent, 20 enfin, sérieuse comme notre religion et la destinée, elle leur emprunte ses plus grandes beautés ; sans jamais se décourager, elle a suivi l'homme dans son grand voyage, comme une belle et douce compagne. J'ai tenté dans notre langue quelques-unes de ses cou- 25 leurs, en suivant aussi sa marche vers nos jours.

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[1829. — Deuxième édition']. Nous réunissons ici, pour la première fois, des poèmes qui furent composés et publiés de temps à autre, çà et là, à travers la vie errante et militaire de l'auteur. Plusieurs nouveaux poèmes en remplacent d'autres, qui ont été 5 jugés sévèrement par lui-même et retranchés de l'élite de ses œuvres. Le seul mérite qu'on n'ait jamais disputé à ces compo- sitions, c'est d'avoir devancé en France toutes celles de ce genre, dans lesquelles presque toujours une pensée 10 philosophique est mise en scène sous une forme épique ou dramatique. Ces poèmes portent chacun leur date : cette date peut être à la fois un titre pour tous, et une excuse pour plu- sieurs ; car, dans cette route d'innovations, l'auteur se 1$ mit en marche bien jeune, mais le premier.

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[1829. — Troisième éditiofi] ^ SUR LA TROISIÈME ÉDITION Ces poèmes viennent d'être réimprimés, et voilà qu'on les imprime encore peu de jours après. Lorsqu'ils parurent il y a neuf ans ils furent presque inaperçus du public. Tout cela devait être. Les choses se sont bien passées. De part et d'autre on peut être content. Chaque idée a son heure. C'est bien peu de chose qu'un livre comme celui-ci ; mais s'il plaît aujourd'hui, c'est qu'alors il étonna; c'est peut-être qu'il prévenait un désir de l'esprit général, et qu'en le prévenant il acheva de le développer ; c'est qu'une goutte d'eau est remarquée lorsqu'elle jaillit au delà d'une mer ou d'un torrent, une étincelle lorsqu'elle dépasse les flammes d'un grand foyer. Si ce n'était appliquer de trop vastes idées à un humble sujet, on pourrait dire encore que la marche de l'huma- nité dans la région des pensées ressemble à celle d'une m'ande armée dans le désert. D'abord la multitude ο s'avance et n'aperçoit ni ses éclaireurs perdus en avant 1. En têie de cette troisième édition, immédiatement avant le mor- ceau ci-dessous, se trouve reproduite, sans aucun changement, la préface de la deuxième édition, sous ce titre ; Préface de la deuxième édition. mai 1829. 2. Inadvertance d'Alfred de Vigny. En 1829, il y avait non pas neuf ans, mais seulement sept qu'avaient paru les premiers Poèmes (1822).

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20 d'elle, au delà de l'horizon, ni les traînards qu'elle sème en arrière sur sa route ; elle sent bien le besoin du mou- vement, mais elle en ignore le terme ; chaque nouvel aspect, elle croit l'avoir découvert ; elle prend possession de l'espace ; et quoiqu'elle ne porte sa vue qu'à une 25 étendue très bornée, elle marche incessamment dans des régions sans bornes ; elle s'aperçoit qu'on l'a précédée seulement lorsqu'elle trouve l'empreinte des pas sur le sable, et un nom d'homme gravé sur quelque pierre ; alors elle s'arrête un moment pour lire ce nom, et con- 30 tinue sa marche avec plus d'assurance. Elle dépasse bien- tôt les traces du devancier, mais ne les efface jamais. Que ce pas ait été rencontré à une grande ou courte distance, sur la montagne ou dans la vallée, qu'il ait fait découvrir un grand fleuve ou un humble puits, une vaste contrée 35 ou une petite plante, une pyramide ou le bracelet d'une momie, on en tient compte à l'homme qui l'osa faire. Ce faible pas peut servir à créer une haute renommée, tant la destinée de chacun dépend de tous. Dans cette rapide et continuelle traversée vers l'infini, 40 aller en avant de la foule c'est la gloire, aller avec elle c'est la vie, rester en arrière c'est la mort même. ler juillet 1829.

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[1837] Ces poëmes sont choisis par Fauteur parmi ceux qu'il composa dans sa vie errante et militaire. Ce sont les seuls qu'il juge dignes d'être conservés. Plusieurs nouveaux poëmes en remplacent d'autres 5 qu'il retranche de l'élite de ses créations. L'avenir accepte rarement tout ce que lui lègue un poëte. 11 est bon de chercher à deviner son goût et de lui épargner, autant qu'on le peut faire, son travail d'épura- tions rigides. Si cela est praticable, c'est, comme ici, 10 lorsque doivent paraître des œuvres complètes sous les yeux de leur auteur et lorsqu'il sait se connaître lui-même et se juger sévèrement. Le seul mérite qu'on n'ait jamais disputé à ces compo- sitions, c'est d'avoir devancé, en France, toutes celles de 15 ce genre, dans lesquelles une pensée philosophique est mise en scène sous une forme Épique ou Dramatique. Ces poëmes portent chacun leur date. Cette date peut être à la fois un titre pour tous et une excuse pour plusieurs ; car, dans cette route d'innovations, l'auteur se 20 mit en marche bien jeune, mais le premier. Août 1837. 8 : D, qu'on peut le faire.

I. Cette préface est reproduite, seule et sans aucun changement, sauf la variante ci-dessus, dans toutes les éditions ultérieures.

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