Aller au contenu

Introduction
Penser et panser la démocratie (avec ses amis et ses ennemis)

  • Type de publication: Article de collectif
  • Collectif: Penser et panser la démocratie
  • Auteur: Troude-Chastenet (Patrick)
  •  
  • Pages: 9 à 24
  • ISBN: 978-2-406-07374-1
  • ISSN: 2103-5636
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-07376-5.p.0009
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Collection / Revue: Rencontres, n° 330
  • Série: Science politique, n° 1
  • Date de parution: 03/12/2017
  • Année de publication: 2017
  • Langues: Français
  • Résumé: À l’heure de la montée des extrémismes, alors que le hiatus entre les citoyens et leurs représentants n’a jamais été aussi grand, le régime démocratique a-t-il dit son dernier mot ? La démocratie représentative doit-elle laisser la place à un autre modèle ? L’avenir n’est-il pas déjà à l’évacuation du choix politique authentique au profit de la gouvernance technocratique au nom de la recherche de l’efficacité ou, au contraire, à la multiplication des formes de démocratie participative ?

  • Article de collectif: Précédent 2/24 Suivant
Accès libre
Support: Numérique
9

Introduction

Penser et panser la démocratie
(avec ses amis et ses ennemis)

Pourquoi parler davènement de la démocratie ? Résumer en un seul chapitre lobjet principal de quatre ouvrages substantiels1 pour articuler une réponse simple mais argumentée à cette question complexe nest pas chose facile. Cest pourtant ce que Marcel Gauchet a accepté de faire ici. Depuis plus de trente ans, lauteur du Désenchantement du monde (1985), où il entreprenait une histoire politique de la religion, interroge la démocratie dans son rapport singulier au religieux et à la religion. Religion comprise non comme lexpression dune foi individuelle, comme nous lentendons spontanément aujourdhui, mais comme mode de structuration des communautés humaines. La sortie de la religion dont il parle à propos de la démocratie ne signifie donc pas fin de la religion et disparition du religieux mais profonde rupture avec lorganisation religieuse du monde. Lavènement de la démocratie désigne ce processus, toujours inachevé, conduisant des sociétés hétéronomes vers lautonomie et substituant légalité à la hiérarchie. Sy ajoutent trois caractères : lindividu y remplace le tout, la représentation la domination, lhistoire la tradition. Cet avènement consiste aussi en un enchaînement de trois vagues. La première dévoilant le politique comme tel et débouchant sur lÉtat-nation. La seconde se projetant sur le terrain du droit et instituant une communauté des citoyens. La troisième signifiant linvention historique, autrement dit la prise de conscience de la société par elle-même quant à son autonomie. Mais la crise économique des années 1970 et la globalisation libérale ont entrainé un découronnement du politique au profit de léconomie et une excroissance du droit. « Cest vers ce remaniement géologique quil faut se tourner pour comprendre la situation 10actuelle de la démocratie et le saisissant paradoxe qui associe sa crise à son triomphe. » Ses ennemis ont disparu, conclut lauteur de Lavènement de la démocratie, mais pourtant elle nen finit pas de décevoir ses partisans.

Le lien dialectique unissant la religion à la démocratie et partant le lien entre religieux, laïcité et politique se trouvent également au cœur de la réflexion de Philippe Portier. La sortie dun ordre théologique au profit dune nouvelle configuration instituant une séparation du légal et du moral est à la fois un processus historique et un principe politique. La relation entre la démocratie et la religion est-elle marquée par une relation dextériorité réciproque ? se demande ici lauteur de LÉtat et les religions en France2. Même si son analyse sociologique est nécessairement comparatiste, il aborde cette question à partir dun retour sur le modèle français de laïcité. Le schéma de la Troisième République, tel quil se constitue entre 1880 et 1905, débouche sur une excommunication politique du religieux. Il ne sagit pas, certes, de récuser la liberté de croyance, ni même dempêcher les catholiques de prendre part à la controverse publique. Lidée est de reléguer les Églises, et plus spécifiquement lÉglise catholique, en dehors de lespace de lÉtat, où le dispositif concordataire les avait réinstallées : la rationalité politique ne peut pas avoir affaire avec le récit théologique. On a cru longtemps que ce modèle constituait le point daboutissement dune histoire occidentale dont le destin aurait été de réduire le religieux à sa seule fonction consolatrice. Or, la période récente a contredit ce pronostic. La législation de la Troisième République sest maintenue mais, la laïcité sest transformée, sous leffet de la globalisation et de lindividualisation induites par le passage de la première à la deuxième modernité : à partir des années 1960, un autre modèle a pris corps qui, sans abolir la dissociation de la communauté légale et de la communauté morale, est revenue du moins sur la privatisation initiale du religieux en accordant aux identités religieuses une place inédite dans la sphère étatique.

Pourquoi lire F.-A. Hayek et K.-R. Popper ? La mise en perspective de leur pensée par Jean Baudouin présente un premier intérêt, nous rappeler que la tradition libérale loin dêtre homogène abrite des sensibilités diverses. Les deux philosophes viennois saccordent, certes, à 11une conception commune de la société posant le primat de lindividu sur la société distinguant davantage dans les « libertés-autonomie » que dans les « libertés-participation » le ressort central du Politique. Plus instructives sont leurs divergences, aux yeux de lauteur de La philosophie politique de Karl Popper3. La première concerne la relation État-marché. Hayek voit dans le marché un vecteur dharmonisation spontanée des rapports économiques et sociaux dautant plus vertueux quil na jamais été voulu ni construit par quiconque. Alors que Popper, tout en admettant son efficacité, conserve à lÉtat des fonctions importantes de régulation économique et de correction des inégalités. Le second désaccord a trait au socialisme. Toute sa vie, Hayek lui voue une détestation absolue considérant même sa composante interventionniste comme lun des germes du totalitarisme moderne. Popper a toujours plaidé pour un réformisme paisible et graduel qui séduira plusieurs partis sociaux-démocrates européens, notamment le spd allemand à lépoque de Helmut Schmidt. Le troisième conflit nest pas le moins important puisquil porte sur la valeur même de la démocratie. Hayek a toujours fait primer le « libéralisme » sur la « démocratie » allant jusquà cautionner la dictature du général Pinochet sous prétexte quelle ouvrait grand les vannes de léconomie de marché. À linverse, Popper considère la démocratie comme une procédure pacifique de désignation et de destitution des gouvernants sinscrivant dans un cadre plus vaste, la « société ouverte » qui en appelle aux principes de liberté, de responsabilité et de discussion critique. Lire Hayek et Popper nous rappelle ainsi quêtre libéral ne signifie pas nécessairement être démocrate.

La démagogie est-elle consubstantielle à la démocratie ? se demande pour sa part Alfio Mastropaolo qui nous invite à retrouver, derrière son acception péjorative, le sens originel du concept avant didentifier les manifestations historiques quil désigne. On sera sans doute surpris de découvrir que de ces vagues successives de démagogie vertueuse et de démagogie perverse, de démagogie et de contre-démagogie au cours des deux siècles derniers, sont issus notamment le suffrage universel et la sécurité sociale. À y regarder de plus près, en effet, on ne peut que se convaincre que la démagogie ici définie comme attention portée aux besoins du peuple est consubstantielle à la démocratie et quun régime 12qui préfère se vouer au culte de la puissance nationale et de la rigueur budgétaire plutôt que de servir lintérêt du plus grand nombre ne mérite plus le nom de démocratie. À lheure actuelle, selon lauteur de La démocratie, une cause perdue ?4, seuls les mouvements sociaux et les partis populistes entendent se soucier des besoins du peuple, tels que celui-ci les exprime. Les premiers prétendant sattaquer au « système » et récusant la voie électorale, les seconds sen prenant aux « élites » et participant aux élections. Plutôt que « populistes », il conviendrait de baptiser ces partis « Nouvelle droite radicale » en raison de leur conception ethnicisante du peuple très éloignée du populisme russe ou américain des origines. Certes, la démagogie est ambivalente car elle peut produire tout aussi bien lÉtat-providence que le racisme ou la xénophobie mais en laissant à cette Nouvelle droite radicale le monopole de la démagogie, les partis dits de gouvernement ont fait le choix dignorer la voix du peuple au nom même de son bien. En congédiant légalitarisme des socialistes et le paternalisme des modérés, nos dirigeants actuels ne semblent pas sapercevoir quils encouragent une démagogie néfaste qui menace les bases mêmes de la démocratie.

Car écouter la parole du peuple, confirme Dominique Rousseau, cest sinon la démocratie du moins la possibilité de la démocratie et la condition dexistence de la démocratie continue. Que faut-il entendre par démocratie continue ? Tout dabord un régime qui ne se réduit pas à un type de gouvernement de lÉtat mais recouvre les trois espaces de la société globale que sont lespace civil, lespace public et lespace politique. Et alors que la démocratie représentative tient lespace public en suspicion, la forme continue de la démocratie le place au centre du dispositif en tant que lieu de formation de la volonté générale. Si la démocratie nexiste que par les luttes dont elle est lobjet, la démocratie continue quant à elle nexiste que par le truchement dun espace public constamment mobilisé pour se faire entendre de lespace politique. Alors que dans le modèle représentatif lespace politique irrigue les espaces public et civil, la démocratie continue fait de lespace public le lieu privilégié de lexigence normative. Dans cette perspective, la Constitution nest plus constitution de lÉtat mais constitution de la société : toutes les activités des individus saisies par le droit peuvent être rapportées à la Constitution puisque toutes les branches du droit y trouvent leurs 13principes. Ainsi, en sadressant à la société, la Constitution sadresse également aux « individus fluides » qui la composent en leur donnant un point darrimage. En outre, selon lauteur de Radicaliser la démocratie5, le suffrage universel nest plus la garantie de la qualité démocratique dune décision ou dune institution. Pour quil ait une vertu démocratique, il faut quil se réalise dans le respect des droits constitutionnels et dans le cadre dun régime qui contrebalance la volonté générale. En bref, la démocratie continue est une forme de fabrication des règles de la vie commune qui a pour principe la délibération et qui permet de mettre en scène les tensions existant entre le Peuple pensé dans son unité et le peuple réel compris dans sa diversité.

Il est toujours question de faire entendre la voix des gouvernés avec Sandra Laugier qui se demande pourquoi les actes de désobéissance civile se multiplient dans les démocraties occidentales contemporaines. Actes entendus au sens strict dun refus, non violent et collectif, de remplir une obligation légale ou réglementaire au motif quelle viole un droit élémentaire invoqué au nom dun principe supérieur (égalité, solidarité ou dignité) et faisant lobjet dune action en justice afin que la sanction prononcée à lencontre du « désobéissant » ouvre un débat public sur la légitimité de lobligation contestée. Ce concept renvoie donc à celui de « démocratie radicale » voulant quune démocratie authentique ne puisse se fonder que sur une véritable conversation démocratique entre gouvernants et gouvernés, autrement dit sur la capacité de tous les citoyens à faire entendre leurs voix. Ainsi donc ces expressions de dissensus, ces formes collectives de revendication, ne doivent pas être considérées comme des dysfonctionnements ou des manifestations pathologiques des régimes démocratiques mais, au contraire, comme un rappel de leurs propres fondements. Cest bien parce que sa société niait légalité des droits proclamés par la Constitution des États-Unis que Henry David Thoreau revendiquait le droit de sen retirer en partant sisoler dans les bois. Loin de menacer la démocratie, la désobéissance en est un élément constitutif. Face à lemprise croissante des experts, accentuée depuis les années 1980 dans le cadre des politiques dites de modernisation, la désobéissance saffiche comme un moyen pour le citoyen dépossédé de sa voix de réaffirmer sa compétence politique. Elle nest donc pas un refus de la 14démocratie selon lauteure de Pourquoi désobéir en démocratie6 ?, mais une mise à jour de létat du rapport qui sest noué, au fil du temps, entre la revendication individuelle de liberté et celle, collective, de citoyenneté.

Quant à Philippe Raynaud, il se demande pourquoi la gauche de la gauche tarde à parachever sa mutation démocratique. Même si la question du rapport de lextrême gauche à la démocratie ne se réduit pas à celle de son faible poids électoral, même si ce hiatus nest pas inédit ni spécifique à la France, la gauche radicale se trouve actuellement dans une situation paradoxale car cette faiblesse électorale contraste avec sa force dans la sphère intellectuelle. Alors que sétend la popularité de théoriciens néo-marxistes, trouvant écho sur le terrain de nouvelles mobilisations sociales comme celles des zadistes ou des opposants à la « loi travail », lattractivité des candidats dextrême gauche décline depuis la présidentielle de 2007. Mais selon lauteur de Lextrême gauche plurielle7, il faut remonter à 1989 et à leffondrement du bloc soviétique pour trouver des éléments dexplication. Si ce dernier na pas emporté dans sa chute lidée révolutionnaire, il a tout de même constitué un véritable défi pour la gauche marxiste. Il a dabord renforcé sa composante trotskyste et favorisé lémergence de mouvements altermondialistes et de désobéissance civile. La chute du communisme na pas éteint la critique portée à lencontre de la démocratie libérale car cette contestation est inhérente à ce type de régime pour au moins deux raisons. La première tenant à linsatisfaction permanente générée par la distance incompressible entre le représentant et le représenté, la seconde tenant à la promesse égalitaire jamais accomplie car en perpétuelle extension comme en témoigne aujourdhui la revendication animaliste. Si la gauche radicale sest recomposée autour de la dénonciation du néolibéralisme, elle reste divisée entre souverainistes et mondialistes. Dans le même sens, elle reste divisée entre ceux qui veulent « changer le monde sans prendre le pouvoir » et ceux qui restent fidèles au modèle révolutionnaire. Ces divisions se sont étalées au grand jour lors de la présidentielle de 2007 avec léchec dune candidature unique autour de José Bové et le maintien de cinq autres candidats, dont trois trotskystes, 15outre la candidature des Verts. Si lextrême gauche veut convertir son influence culturelle en force politique, elle doit dabord achever sa mutation démocratique en assumant les compromis quimplique la participation au pouvoir.

Cest une autre forme de démocratie radicale que certains attendaient de lémergence de linternet. En effet, ce nouvel outil avait été investi de grands espoirs pour sa capacité supposée à revitaliser la démocratie, notamment à faire résonner plus fortement la voix des citoyens en dehors des élections. Néanmoins, on peut se demander si le numérique est lavenir de la démocratie. Benjamin Loveluck nous explique comment ses différents usages affectent ou reconfigurent trois grandes dimensions de la vie démocratique : la nature de lespace public, les modalités de la délibération collective et les formes de lengagement citoyen. Il nous montre comment sopère désormais la sélection des informations dans un environnement où lon publie demblée et où des plateformes – moteurs de recherche, réseaux sociaux – se chargent de filtrer les contenus après coup. Le numérique a permis délargir laccès à lespace public et même daugmenter son potentiel de transparence à travers par exemple les fuites de documents orchestrées par WikiLeaks. Mais il nassure pas pour autant une plus grande inclusivité ni un meilleur pluralisme de linformation et il na pas permis dendiguer la désinformation voire la manipulation, ainsi que les divulgations dinformations attentatoires à la vie privée. Lauteur de Réseaux, libertés et contrôle : une généalogie politique dinternet8 sintéresse ensuite aux formes prises par les échanges et interactions en ligne, du point de vue de leur qualité délibérative. Or à ce titre, il est impossible de statuer de manière générale sur un éventuel progrès car la tonalité et les formes du débat public quelles autorisent varient fortement selon les dispositifs techniques adoptés. Enfin, sagissant de la participation politique, on peut observer que si le numérique a pu favoriser des formes de mobilisation collective moins coûteuses et plus labiles, celles-ci sont souvent également moins effectives. Elles peuvent en outre venir servir des objectifs peu démocratiques, comme en témoigne laudience croissante de la fachosphère. Par ailleurs, en ce qui concerne la participation partisane traditionnelle, le numérique a permis à la fois de stimuler lengagement des militants et de déployer des techniques 16sophistiquées de rationalisation des campagnes fondées sur la collecte massive de données personnelles.

À lheure des cyberattaques et des cyberguerres, on en finirait presque par négliger lanalyse des guerres conventionnelles. Cette négligence serait dautant plus dommageable quà en croire la brutalité des statistiques, on pourrait même légitimement se poser cette question : les démocraties aiment-elles la guerre ? Les régimes démocratiques ont en effet une propension croissante à sengager dans des opérations militaires internationales, au point quil est loisible de parler de « militarisme démocratique ». Souvent négligée, selon lauteur de Paix et guerres au xxie siècle9, cette caractéristique constitue pourtant lun des traits les plus marquants de la réalité politique internationale de laprès-guerre froide. La multiplication des guerres démocratiques – moins de 15 % des opérations militaires internationales de 1960 à 1989, 24 % dans les années 1990, 43 % la décennie suivante – ne réfute pas seulement limage de soi complaisante que les régimes démocratiques ont deux-mêmes mais constitue aussi une anomalie, cest-à-dire un phénomène qui contredit les postulats de base de lapproche dominante en relations internationales, à savoir la théorie de la paix démocratique. Dans sa variante dyadique, cette dernière se plaît à souligner que si les démocraties continuent à mener des guerres contre des régimes non démocratiques, elles ne se font plus la guerre entre elles. Dans sa version monadique, elle va jusquà affirmer que plus un régime est démocratique, moins il tend à être impliqué dans un conflit international violent. En réalité, la version dyadique de la paix démocratique est sous-tendue par une téléologie que lon retrouve dans la thèse de la fin de lhistoire de Francis Fukuyama10 tendant à traiter, à tort, les guerres démocratiques comme une espèce de catégorie résiduelle amenée à diminuer avec le temps. Mais surtout, selon Dario Battistella, les deux versions senracinent dans la philosophie kantienne postulant lessence pacifique des démocraties. Or, le comportement guerrier des démocraties libérales contemporaines trahit en tout point les principes posés par Kant pour atteindre lobjectif de la paix perpétuelle quant au choix des moyens et des justifications, au consentement des citoyens et à la séparation des pouvoirs.

17

Dans le cas spécifique des guerres menées à linitiative des États-Unis, cest plutôt du côté de ce que lon appelle le néoconservatisme quil faut chercher des principes justificateurs. Doù lintérêt de se pencher sur un courant de pensée qui fait de luniversalisme démocratique la base de sa doctrine en compagnie dun spécialiste de la pensée de Francis Fukuyama. Faut-il exporter la démocratie libérale aux quatre coins du monde ? Persuadés de la supériorité de ce régime sur tous les autres, les néoconservateurs américains en sont pour leur part convaincus. Ces derniers ont souvent été considérés comme les stratèges de ladministration de George W. Bush au début des années 2000 et les instigateurs, par conséquent, des interventions militaires de lépoque. Si cette influence est réelle, son degré peut toutefois être discuté. Réduire le néoconservatisme à sa version « musclée » est un point de vue erroné. Dailleurs, il a dabord été le fait dintellectuels de gauche critiquant la politique intérieure des États-Unis menée durant les années 1960. Si dès la décennie suivante les néoconservateurs militèrent résolument pour une Amérique forte face à la menace soviétique, cest seulement au cours des années 1990 que le néoconservatisme « nouvelle génération », axé sur la politique étrangère, fit son apparition et sinscrivit exclusivement à droite de léchiquier politique. Cest cet itinéraire singulier que Pierre Bourgois entend retracer ici. À le lire on comprend que malgré son incontestable hétérogénéité, le néoconservatisme offre un ensemble didées et de valeurs communes faisant émerger une véritable conception de la démocratie libérale, en politique intérieure comme en politique étrangère. Ce dernier domaine étant sans nul doute celui où les divergences avec Donald Trump sont les plus grandes.

Pourquoi lextrême droite progresse-t-elle dans les pays les plus heureux ? Nathalie Blanc-Noël nous conduit à nous interroger sur un paradoxe. Les pays nordiques sont systématiquement en tête des classements mesurant les différentes dimensions de la qualité de vie démocratique, ils peuvent même se targuer de truster les meilleures places du monde des pays où il fait bon vivre selon lindice du bonheur national brut. Et pourtant, au Danemark, en Finlande, en Norvège et en Suède, les partis populistes et lextrême droite ne cessent de progresser au plan électoral. Que signifie donc le succès dun vote a priori contestataire dans des pays où – si lon en croit les divers instituts qui se donnent pour tâche de mesurer le bonheur à léchelle mondiale – la démocratie est exemplaire 18et où lon serait plus heureux quailleurs ? Comment interpréter, alors, la montée de partis à la fois critiques et défenseurs de la démocratie ? Sont-ils les gardiens dune tradition menacée ou bien les agents dune mutation du modèle politique nordique ? Selon la cofondatrice de la revue Nordiques, spécialiste en particulier du régime suédois11, il faut se méfier des conclusions hâtives car si lon peut y voir le symptôme dune crise inexorable des démocraties de lEurope du Nord, on peut tout aussi légitiment interpréter leur succès comme le signe du bon fonctionnement dun pluralisme démocratique jamais démenti.

Spécialiste des Balkans à lorigine, Slobodan Milacic entend systématiser ici ses réflexions non sur le seul espace de lEurope postcommuniste mais sur la nature même des régimes démocratiques à travers cette double question : qui sont les ennemis de la démocratie et comment sont-ils traités par les régimes démocratiques ? Pour lui, la démocratie pluraliste est dabord un système bipolaire dont les deux branches constitutives se retrouvent dans lexigence juridique incarnée par lÉtat de droit. La branche libérale y voit la garantie des droits de lhomme, la branche démocratique y trouve la garantie des droits collectifs acquis dans la lutte politique. Or, comme le note lauteur de De lâge idéologique à lâge politique12, la démocratie libérale a été pensée davantage pour organiser la coexistence entre amis, ou plus exactement entre associés-rivaux, que pour éliminer ses ennemis. Ont prévalu dans la culture démocratique la rationalité conciliatrice et la foi en la capacité intégrative du système à transformer ses ennemis en adversaires. Lidée dennemi, à la fois sous-estimée politiquement et trop peu conceptualisée scientifiquement, implique une lutte à mort. En démocratie, lennemi est lextrémiste et le radical dans un modèle centriste et modéré, par nature. Lennemi est systémique alors que ladversaire est politique. Le rapport du système à lennemi est complexe et varie selon le type de culture politique et de rapport de forces. En cas de menace, le pôle libéral fera valoir la légitimité des minorités actives et prévaloir la logique du marché des idées (les bonnes devant chasser les mauvaises !), sen tenant par ailleurs au contrôle juridique strict des limites apportées aux libertés. Pour sa part, 19le pôle démocratique, soucieux de cohésion politique, fera prévaloir la logique majoritaire et privilégiera la sécurité du bon fonctionnement du régime. Mais le plus grand danger qui guette la démocratie nest-il pas la soumission du politique à léconomique ?

Poursuivant dans cette veine, Daniel Bourmaud croit reconnaitre un ennemi plus insidieux derrière le masque impavide de la gouvernance. La gouvernance menace-t-elle la démocratie ? se demande lauteur de Libéralismes dhier, libéralismes daujourdhui13. En étouffant le potentiel dindétermination et dincertitude contenu dans le modèle démocratique classique, ce concept mou mais omniprésent viendrait consacrer une nouvelle forme dautoritarisme. En quelque deux décennies ce terme sest en effet imposé aussi bien dans le vocabulaire des sciences sociales que dans le langage journalistique. Le succès du mot tient non à sa précision mais au contraire à son caractère flou qui lérige en équivalent général à tout un ensemble de concepts jusque-là établis. Loin de favoriser le regard critique, la gouvernance relève dune fabrication idéologique qui légitime une démocratie vidée de ses attributs essentiels. Elle recouvre non seulement un agencement institutionnel mais aussi un ensemble de procédures, de façons de faire, et donc un programme daction. Au pluralisme de la démocratie, la gouvernance substitue un principe unique dorganisation collective et dorientation. Indissociable de lemprise néolibérale, la gouvernance vise à régenter simultanément la sphère économique et la sphère politique. Appliquant le postulat de la « neutralité axiologique » à laction publique, elle promeut lhorizon indépassable du marché à travers le règne des experts au détriment des représentants. En généralisant lemprise de la technique sur les décisions affectant les sociétés contemporaines, la gouvernance conduit à un processus de dépolitisation qui ruine lesprit même de la démocratie, abolissant la pluralité des choix possibles et donc la liberté.

Parmi les ennemis déclarés de la démocratie, les islamistes radicaux occupent une place prédominante depuis les attentats du 11 septembre 2001. Voire plus tôt car, dès 1995, lHexagone avait été la cible dune vague dattentats en représailles au soutien accordé par la France au régime algérien qui avait privé le Front islamique du salut de sa victoire aux élections législatives. Depuis le déclenchement de la guerre civile en 20Syrie, de nouvelles formes de jihadisme sont apparues en Europe qui, bien que ne mobilisant quune infime minorité de protagonistes, ébranlent les fondements symboliques de lordre démocratique. Qui sont les jihadistes et pourquoi choisissent-ils lislam pour exprimer leur haine de la démocratie ? se demande Farhad Khosrokhavar. Jeunes banlieusards dorigine immigrée ayant souvent connu la prison ou plus récemment jeunes issus des classes moyennes, born again ou convertis, ils sont habités par la même haine envers une société, jugée injuste, quils rejettent tout autant quelle les rejette. La mutation de cette haine en jihadisme sacralise la rage de ces désaffiliés et leur fait surmonter leur mal-être par ladhésion à une vision faisant deux des chevaliers de la foi musulmane, et de tous les autres, des impies indignes dexister. Lislamisme radical opère ainsi une inversion magique qui transforme le mépris de soi en mépris de lautre et lindignité en sacralisation de soi aux dépens de lautre. Les attentats du 13 novembre 2015 ont révélé létendue du malaise et lidentification dune partie de la jeunesse à cette idéologie mortifère. La chute du Mur a entrainé une crise des « utopies immanentes » qui a profité à lislam radical en tant quutopie transcendante susceptible de combler le vide idéologique des démocraties modernes. Mais dans le cas français le malaise est dautant plus profond que visible est le hiatus entre le modèle national dune communauté de citoyens libres et égaux en droits, réunis autour dun même idéal de fraternité, et la réalité empirique. Lislam radical se substitue alors au projet citoyen. Selon lauteur de Radicalisation14, légalité se réalise dans la mort, la fraternité dans la mise à mort de lennemi et la liberté dans la volonté dinfliger la mort au nom de Dieu. En outre, le jihadisme joue le rôle de substitut aux idéologies terroristes dextrême gauche des années 1980 tandis quune partie de la mouvance gauchiste se reconnaît dans « lanti-impérialisme » de lislamisme radical.

Quant à Dominique Schnapper, elle se demande pour sa part si lon peut fonder une société démocratique sur la relativité absolue des valeurs et labsence de transcendance commune. Lindividu menace-t-il la démocratie ? En layant affranchi de ses antiques tutelles, la démocratie moderne na-t-elle pas engendré un monstre ? Question dautant plus cruciale que ce régime reposant sur une utopie créatrice est fragile, 21par essence, car il risque de se corrompre soit par la négation soit par lexagération de ses principes. On le sait, rappelle brièvement la sociologue, les démocraties ont déjà trahi leur idéal avec le colonialisme, le racisme et lantisémitisme, la marginalisation des femmes dans la vie publique et les inégalités sociales. Mais à lavenir la démocratie risque également selon elle dêtre emportée par sa propre dynamique. Alors que ce régime suppose la « vertu » du citoyen, au sens donné par Montesquieu, dans nos sociétés individualistes, lintérêt personnel (privé) semble partout primer sur lintérêt collectif (public). Lauteur de LEsprit démocratique des lois15 pointe le risque de passage de la démocratie « réglée » à la démocratie « extrême », cest-à-dire à un régime où lautonomie pourrait se « corrompre » en indépendance, la liberté en licence et légalité en indistinction. Or, lautonomie du sujet membre dune communauté de citoyens partageant de « nombreux liens invisibles » ne doit pas être confondue avec la toute-puissance de lindividu, souverain, détaché, guidé par limpulsion du moment. Alors quil faut du temps pour construire des institutions démocratiques et de la patience pour faire naître des mœurs démocratiques, les citoyens de lère numérique sont enclins à critiquer la lenteur et le formalisme inhérents au fonctionnement de ces institutions. Mais de cette capacité réflexive propre aux démocrates, de cette liberté chère aux Modernes, ils en viennent à remettre en cause la règle de droit censée protéger la liberté politique. Quant à cette passion pour légalité dont parlait déjà Tocqueville, ne risque-t-elle pas de dévier vers la confusion des ordres, lindistinction des personnes et des valeurs ? Autrement dit, la société des égaux doit-elle nécessairement se muer en société des semblables ? Néanmoins, si les symptômes de corruption du modèle sont observables, si le patient est malade, il appartient à tous les démocrates de contribuer à sa guérison.

La post-démocratie est-elle le troisième âge du gouvernement représentatif ? Yves Sintomer rejoint Dominique Schnapper sur la gravité du diagnostic mais diverge sensiblement sur les causes de la maladie et, par conséquent, sur le choix des remèdes. Alors que cette dernière sinquiète des risques dun « trop de démocratie », lauteur de Petite histoire de lexpérimentation démocratique16, réclame, au contraire, encore plus de 22démocratie. Car en effet, les démocraties libérales traversent une grave crise structurelle alors même que le nombre de régimes démocratiques na cessé de se multiplier en Europe centrale et orientale ainsi que dans les pays du Sud. Mais dans tous les cas, les citoyens ne se sentent plus représentés par leurs élus et partagent le même sentiment dassister, en spectateurs passifs, à un théâtre dombres. Le politiste britannique Colin Crouch prétend même que nous sommes désormais entrés dans lère de la « post-démocratie » et ce depuis le début des années 2000. Même si pour lui il sagissait essentiellement dun idéaltype destiné à saisir les traits caractéristiques opposant nos démocraties dénaturées à la « démocratie maximale » des lendemains de la Seconde Guerre mondiale, nombre dobservateurs ont utilisé sa grille de lecture pour décrire la réalité empirique présente. Nassiste-t-on pas en effet à la montée en puissance des multinationales globales au détriment des États-nations17, à leur ingérence dans la vie politique, à la porosité croissante de la frontière séparant le public du privé, à lémergence dune nouvelle classe dirigeante ayant érigé le principe de la concurrence de tous contre tous en nouvel impératif catégorique ? Les tenants de la « post-démocratie » font valoir que dans les régimes du « Nord global », il nexiste plus de séparation des pouvoirs, la publicité des débats a laissé la place au secret de décisions prises par des instances techniciennes non soumises au suffrage populaire, les élections ne permettent pas de vrai choix, en outre le pouvoir des agences de notation et des grandes firmes transnationales est de loin supérieur à celui de lappareil étatique dont les dirigeants interchangeables naviguent dune sphère à lautre, la concentration des médias a remplacé le pluralisme de la presse et la logique commerciale le projet éducatif. Mais, fort heureusement, existent également des contre-tendances qui laissent espérer une véritable démocratisation de la démocratie loin dune dérive autoritaire ou dun retour à un prétendu âge dor.

Patrick Troude-Chastenet

23

Bibliographie

Baudouin, Jean, La philosophie politique de Karl Popper, Paris, Presses universitaires de France, « Questions », 1994.

Battistella, Dario, Paix et guerres au xxie siècle, Auxerre, Sciences humaines éditions, « Petite bibliothèque des sciences humaines », 2010.

Blanc-Noël, Nathalie, « Égalité et parité en Suède : des rêves évanouis ? », Nordiques, no 26, Automne 2013.

Blanc-Noël, Nathalie, La politique suédoise de neutralité active, Paris, Economica, « bibliothèque stratégique », 1997.

Bourmaud, Daniel, (dir.), Libéralismes dhier, libéralismes daujourdhui, Talence, Presses universitaires de Bordeaux, « Science politique », 2014.

Fukuyama, Francis, La fin de lhistoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, « Histoire », 1992.

Gauchet, Marcel La démocratie dune crise à lautre, Nantes, Éditions Cécile Defaut, « Cécile Defaut », 2007.

Gauchet, Marcel, Lavènement de la démocratie, I, La révolution moderne, Paris, Gallimard, 2007.

Gauchet, Marcel, Lavènement de la démocratie, II, La crise du libéralisme, 1880-1914, Paris, Gallimard, 2007.

Gauchet, Marcel, Lavènement de la démocratie, III, À lépreuve des totalitarismes, 1914-1974, Paris, Gallimard, 2010 ;

Gauchet, Marcel, Lavènement de la démocratie, IV, Le nouveau monde, Paris, Gallimard, 2017.

Hermet, Guy, Lhiver de la démocratie, Paris, Armand Colin, 2007.

Gauchet, Marcel, avec Azouvi, François, Conan, Eric, Comprendre le malheur français, Paris, Stock, « Les Essais », 2016.

Laugier, Sandra, Ogien, Albert, Pourquoi désobéir en démocratie ?, Paris, La Découverte Poche, « Sciences humaines et sociales », 2011.

Le Goff, Jean-Pierre, Malaise dans la démocratie, Paris, Stock, « Essais-Documents », 2016.

Loveluck, Benjamin, Réseaux, libertés et contrôle : une généalogie politique dinternet, Paris, Armand Colin, « Le temps des idées », 2015.

Khosrokhavar, Farhad, Radicalisation, Paris, Éditions de la Maison des sciences de lhomme, « Interventions », 2014.

Khosrokhavar, Farhad, Prisons de France, Paris, Robert Laffont, « Le monde comme il va », 2016.

24

Mastropaolo, Alfio, La democrazia è una causa persa ?, Turin, Bollati Boringhieri, 2011.

Milacic, Slobodan, De lâge idéologique à lâge politique. LEurope postcommuniste vers la démocratie pluraliste, Bruxelles, Bruylant, 2010.

Perrineau, Pascal, (dir.), Le désenchantement démocratique, Paris, Éditions de lAube, 2003.

Portier, Philippe, LÉtat et les religions en France : une sociologie historique de la laïcité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Histoire », 2016.

Raynaud, Philippe, Lextrême gauche plurielle. Entre démocratie radicale et révolution, Paris, Librairie académique Perrin, « Tempus », 2010.

Rosanvallon, Pierre, « Le désenchantement démocratique », conférence à HEC Paris, 2016.

Rousseau, Dominique, Radicaliser la démocratie : propositions pour une refondation, Paris, Seuil, « Sciences humaines », 2015.

Schnapper, Dominique, LEsprit démocratique des lois, Paris, Gallimard, « NRF-Essais », 2014.

Simonne, Raffaele, Si la démocratie fait faillite, Paris, Gallimard, « Le Débat », 2016.

Sintomer, Yves, Petite histoire de lexpérimentation démocratique, Paris, La Découverte/Poche-Essais, 2014.

1 M. Gauchet, Lavènement de la démocratie, vol. I, La révolution moderne, vol. II, La crise du libéralisme, 1880-1914, vol. III, À lépreuve des totalitarismes, 1914-1974, vol. IV, Le nouveau monde, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 2007-2017.

2 P. Portier, LÉtat et les religions en France : une sociologie historique de la laïcité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Histoire », 2016.

3 J. Baudouin, La philosophie politique de Karl Popper, Paris, Presses universitaires de France, « Questions », 1994.

4 A. Mastropaolo, La democrazia è una causa persa ?, Turin, Bollati Boringhieri, 2011.

5 D. Rousseau, Radicaliser la démocratie : propositions pour une refondation, Paris, Éditions du Seuil, « Sciences humaines », 2015.

6 S. Laugier, A. Ogien, Pourquoi désobéir en démocratie ?, Paris, La Découverte Poche, « Sciences humaines et sociales », 2011.

7 P. Raynaud, Lextrême gauche plurielle. Entre démocratie radicale et révolution, Paris, Librairie académique Perrin, « Tempus », 2010.

8 B. Loveluck, Réseaux, libertés et contrôle : une généalogie politique dinternet, Paris, Armand Colin, « Le temps des idées », 2015.

9 D. Battistella, Paix et guerres au xxie siècle, Auxerre, Sciences humaines éditions, « Petite bibliothèque des sciences humaines », 2010.

10 F. Fukuyama, La fin de lhistoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, « Histoire », 1992.

11 N. Blanc-Noël, « Égalité et parité en Suède : des rêves évanouis ? », Nordiques, no 26, Automne 2013 ; La politique suédoise de neutralité active, Paris, Economica, « Bibliothèque stratégique », 1997.

12 S. Milacic, De lâge idéologique à lâge politique. LEurope postcommuniste vers la démocratie pluraliste, Bruxelles, Bruylant, 2010.

13 D. Bourmaud, (dir.), Libéralismes dhier, libéralismes daujourdhui, Talence, Presses universitaires de Bordeaux, « Science politique », 2014.

14 F. Khosrokhavar, Radicalisation, Paris, Éditions de la Maison des sciences de lhomme, « Interventions », 2014 ; Prisons de France, Robert Laffont, « Le monde comme il va », 2016.

15 D. Schnapper, LEsprit démocratique des lois, Paris, Gallimard, « NRF-Essais », 2014.

16 Y. Sintomer, Petite histoire de lexpérimentation démocratique, Paris, La Découverte Poche/Essais, 2014.

17 Pour ne citer queux, les géants du Web totalisent des chiffres daffaires supérieurs au pib de nombreux États sur la planète. Apple, par exemple, est aussi riche que lÉtat grec et plus riche que lÉtat portugais.