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Préface

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  • ISBN: 978-2-406-09564-4
  • ISSN: 1636-7332
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-09566-8.p.0009
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 11/03/2020
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Préface

Pour Paul Valéry, on le sait, tout poème était dabord un exercice. On peut se demander si ce nétait pas aussi le cas pour Arnauld dAndilly. Double exercice même : intellectuel et spirituel.

Exprimer un événement de la vie de Jésus-Christ ou une vérité dordre religieux ou moral en dix alexandrins méticuleusement groupés selon une structure régulière, inchangeable abbc, dd, efef, est un travail difficile, voir minutieux et fait partie de ce « plus déraisonnable des jeux » dont parle lauteur du Cimetière marin. À cela près que pour Robert Arnauld, il ne sagit pas dun jeu, mais dun labeur à valeur purificatrice. Peut-être pourrait-on parler dune de ces pénitences littéraires que les confesseurs infligeaient parfois aux hommes de lettres, ou que ceux-ci sinfligeaient eux-mêmes et dont le plus illustre exemple est La Vie de Rancé du vicomte de Chateaubriand. Non pas forcément pénitences dexpiations, mais simplement œuvres pies. Tels lImitation de Jésus-Christ mise en vers par Corneille ou les Cantiques spirituels de Jean Racine. Jeu, ou, si lon préfère, travail de patience avant tout. Ce qui nexclut pas un certain bonheur, également double ; la réussite de telle stance et la joie davoir réussi. Parlant de M dAndilly, on sera conduit naturellement à rapprocher ce travail de celui dhorticulteur : il y faut la même patience, si lon veut obtenir de beaux fruits.

Il ne sagit pas en effet datteindre une autosatisfaction ou de récolter des applaudissements, mais de produire quelque chose qui puisse contribuer « à la gloire de Dieu et au salut du monde », au moyen de cet instrument approprié quest pour Arnauld le dizain dalexandrins dont nous parlions plus haut et dont il ne sécarte pour ainsi dire jamais, se contentant dy introduire des octosyllabes dans son Ode à la solitude, mais sans modifier la disposition des rimes.

Monotonie, peut-être, mais monotonie voulue ; dans une double (encore) intention, à la fois morale et pédagogique ou mnémotechnique, que lon retrouve dans les Théorèmes de La Ceppède et… dans les Quatrains 10de Pibrac, avec lesquels les Stances sur diverses vérités chrétiennes ne sont pas sans quelque rapport.

Cela dit, comme pour beaucoup dautres textes de cette époque baroque, nous ny entrons pas de plain pied : non seulement une lecture sans appui peut nous paraître ennuyeuse, mais elle nous cache une bonne partie de la richesse de louvrage. Cest pourquoi on saura gré à Tony Gheeraert den donner une édition non seulement savante, mais également éclairante. Dabord par la chronologie, car la date de composition et de succession de ces œuvres nest pas indifférente. Les Stances pour Jésus-Christ, écrites en 1628 lorsque leur auteur était encore dans sa période mondaine, subissent non seulement une augmentation mais une transformation esthétique lorsque, seulement six ans plus tard, elles deviennent le Poème sur la vie de Jésus-Christ, et lon ne saurait trop louer Tony Gheeraert davoir eu laudace – je maintiens le mot – de juxtaposer en deux colonnes les deux textes : il est rare que lon puisse ainsi voir en même temps ce qui constitue en quelque sorte deux états dune même œuvre et en saisir la transformation dun seul coup dœil. Quant aux Stances sur diverses vérités chrétiennes, écrites après un écart de huit années, dans lesquelles lhumanisme dévot de Bérulle et de saint François de Sales laisse la place à ce quil faut bien appeler jansénisme, elles résultent, nous dit leur éditeur, dune véritable collaboration avec Saint-Cyran, celui-ci fournissant les thèmes quArnauld sapplique à mettre en vers.

Jai parlé dune édition « éclairante ». Cet éclaircissement, Tony Gheeraert nous lapporte dans la richesse exceptionnelle de ses notes et dans une Introduction qui est un véritable traité Du bon usage de la poésie selon Port-Royal. Il serait superfétatoire den dire davantage : contentons-nous dy renvoyer.

André Blanc

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