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Préface

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  • ISBN: 978-2-406-10348-6
  • ISSN: 0768-0821
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-10348-6.p.0023
  • Éditeur: Société des Textes Français Modernes
  • Mise en ligne: 06/03/2020
  • 1ère édition: 1913
  • Diffusion-distribution: Classiques Garnier
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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PREFACE

Je ne fais point ici d'Êpître dédicatoire, et je ne demande point de protection pour ce livre : on le lira, s'il est bon ; et, s'il est mauvais, je ne me soucie pas qu'on le lise. 5 J'ai détaché ces pre^nieres lettres pour essayer le goût du public; j'en ai un grand nombre d'autres dans mon porte¬ feuille, que je pourrai lui donner dans la suite. Mais c'est à condition que je ne serai pas connu : car, si l'on vient à sçavoir mon nom, dès ce moment je me tais. Je connois 10 une femme qui marche assez^ bien, mais qui boite dès quon la regarde. C'est asse^ des défauts de l'ouvrage, sans que je présente encore à la critique ceux de ma personne. Si l'on sçavoit qui je suis, ondiroit : « Son livre jure avec son carac¬ tère ; il devroit employer son tems à quelque chose de mieux : 15 cela η est pas digne d'un homme grave. » Les critiques ne manquent jamais ces sortes de réfléxions, parce qu'on les peut faire sans essayer beaucoup son esprit. Les Persans qui écrivent ici étoient logés avec moi ; nous passions notre vie ensemble. Comme ils me regardolent comme 20 un homme d'un autre monde, ils ne me cachoient rien. En effet, des gens transplantés de si loin ne pouvoient plus avoir de secrets. Ils me communiqnoient la plûpart de leurs lettres ; je les copiai. J'en surpris même quelques-unes dont ils se seroient bien gardés de nie faire confdence, tant elles étoient 25 mortifiantes pour la vanité et la jalousie persane.

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LETTRES PERSANES

Je ne fais donc que Voffice de traducteur : toute ma peine a été de 7nettre Vouvrage à nos mœurs, fiai soulagé le lecteur du langage asiatique autant que je l'ai pu, et l'ai sauvé d'une infinité d'expressions sublimes, qui l'auroient ennuyé jusques 30 dans les fiues. Mais ce n'est pas tout ce que j'ai fait pour lui. J'ai retran¬ ché les longs complimens, dont les Orientaux ne sont pas moins prodigues que nous, et j'ai passé un nombre infini de ces minuties qui ont tant de peine à soutenir le grand jour, et qui 35 doivent toujours mourir entre deux amis. Si la plûpart de ceux qui nous ont donné des recueils de lettres avoient fait de même, ils auroient vu leur ouvrage s'évanouir. Il y a une chose qui m'a souvent étonné : c'est de voir ces 40 Persans quelquefois aussi instruits que moi-même des mœurs et des maniérés de la Nation, jusqu'à en connoitre les plus fines circonstances, et à reynarqiier des choses qui, je suis sûr, ont échappé à bien des Allemans qui ont voyagé en France. J'attribue cela au long séjour qu'ils y ont fait ; sans compter 45 qu'il est plus facile à un Asiatique de s'instr uire des mœurs des Français dans un an, qu'il ne l'est à un Français de s'in¬ struire des mœurs des Asiatiques dans quatre, parce que les uns se livrent autant que les autres se communiquent peu. L'usage a permis à tout traducteur, et inême au plus bar- 50 bare commentateur, d'orner la tète de sa version, ou de sa glose, du panégyrique de l'original, et d'en relever l'utilité, le mérite et l'excellence. Je ne l'ai point fait ; on en devinera facilement les raisons. Une des meilleures est que ce seroit une chose très-ennuyeuse, placée dans un lieu déjà très-ennuyeux de 55 lui-même : je veux dire une Préface.

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