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  • ISBN: 978-2-406-09016-8
  • ISSN: 0768-0821
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-09016-8.p.0007
  • Éditeur: Société des Textes Français Modernes
  • Mise en ligne: 25/01/2019
  • 1ère édition: 1927
  • Diffusion-distribution: Classiques Garnier
  • Langue: Français

  • Chapitre d’ouvrage: 1/5 Suivant
Accès libre
Support: Numérique
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AVERTISSEMENT


Au début de l'Avertissement qui ouvre scn édition de deux Vies de Plutarque traduites par Amyot — ce fut la première publica- tion de la Société des textes français modernes ~, — M. Louis Clément indiquait en termes concis et substantiels les raisons qui rendraient souhaitable une édition critique complète de la tra- duction fameuse. Sans doute, ce n'est plus à l'interprétation d'Amyot que l'on a recours aujourd'hui pour une sûre intelli- gence du sens de Plutarque. Mais du moins, en dépit des cri- tigtaes dédaigneuses qu'au xvu~ siècle un Meziriac dirigeait contre ]'oeuvre du vieil humaniste ~, le constant désir d'exactitude et de fidélité dont il a fait preuve ne doit pas être oublié. Pour nous, il est par là comme le type du traducteur consciencieux d'une époque moins avancée en philologie que l'âge suivant, mais aussi plus soucieuse en traduisant de retrouver et de reproduire avec sincérité la pensée et l'expression même ou le ton des auteurs anciens. Parmi les mérites d'Amyot, c'est un de ceux que met- tait en lumière, dans une étude d'ensemble riche de faits nou- veaux et significatifs j, un jeune savant de grande espérance, qui depuis a donné sa vie en combattant, René Sturel. Confirmant ici comme ailleurs les observations de M. Clément, le livre de René Sturel permet de suivre de prés le patient et infatigable travail auquel Amyot s'est livré d'abord pour l'établissement, puis pour l'amendement du texte grec qu'il voulait rendre :avant de faire para?tre sa traduction, il confère, comme il le dit dans
r. Les Vies des hommes illustres grecs et romains, Pericles et Fabius Maxi- mus, édition critique publiée par Louis Clément (Paris, Société des
textes français modernes, rgo6).
z. V. l'Essai sur Amyot et les traducteurs français du XVI• siicle, par de F31i~ni~res (Paris, Durand, r85r).
;. René Sturel, Jacques Amy.~t traducteur des Vies paralléles de Plutarque (Paris, Champion, rgoq).
8 VI AVERTISSEMENT
son avis Aux Lecteurs, et M. Clément le rappelle, «les vieux livres escrits à ]a main avec ceux qui sont imprimez », « es prin- cipales librairies de Venize et de Rome n (la hlarcienne, la Vati- cane), il restitue «par conjecture »plusieurs passages difficiles « avec le jugement et l'aide de quelques-uns des plus sça- vans hommes de test sage en lettres humaines »(c'étaient Pierre llanés, Adrien Turnèbe, Fédéric Morel l'ancien), et consigne les variantes sur un exemplaire grec de l'édition aldine de r S tg, in- f~ (actuellement conservé à la bibliothèque de l'Arsenal) ; puis, pour les éditions nouvelles de son ouvrage, il s'attache encore à corriger le texte de Plutarque, tant par sa critique per- sonnelle et l'étude de nouveaux manuscrits (à la Bibliothèque royale de Fontainebleau) qu'en mettant à profit les remarques de philologues contemporains (tels que Xylander surtout et Cru- serius, Henri Estienne, Lambin, Turnèbe encore). L'exemplaire de l'Arsenal garde aussi la trace de ce travail.
Dans sa méthode de traduction, il apporte le même respect de son auteur : « je confesse », déclare-t-il en son épître A:i Roy Henri II, avoir «plus estudié à rendre fidelement ce que l'au- theur avoulu dire, que non pas à orner ou polir le langage, ainsi que luy mesure a mieulx aimé escrire doctement et grave- ment en sa langue, que non pas doucement ni facilement ». Le soin qu'il apris —dans quelles limites, on en jugera — à vouloir suivre l'allure de l'original lui inspire une inquiétude qu'avoue son Aux Lecteurs :c'est que «Ion ne trouve le langage de cette translation si coulant>~ que celui de ses «translations » précédentes (Héliodore, Longus, Diodore de Sicile) ; il s'en
excuse ainsi : «l'office d'un propre traducteur ne gist pas seu- lement àrendre fidelement la sentence de son autheur, mais
aussi à representer aucunement et à adombrer la forme du style et maniere de parler d'iceluy ». Du reste, s'il est conduit par le désir d'exactitude, il obéit d'autre part au souci de la clarté et de la logique française, se proposant de faire oeuvre, comme on dit, de «vulgarisateur n.
Et de fait, si la traduction d'Amyot n'est plus véritablement utile à qui veut lire Plutarque, elle n'en garde pas moins une
9 AVERTISSEMENT VII
importance historique des plus considérables, puisqu'elle a révélé ]'oeuvre du biographe moraliste., et par son entremise les moeurs et les exemples de toute l'antiquité grecque et romaine, à la société française du xvte siécle. Le « translateur u lui- même appréciait la valeur d'une telle révélation dans l'épître Atc Roy et dans l'avis Aux Lecteurs qui sont ]a préface de ses Vies et que M. Clément a reproduits en tête de son édition. Puisqu'on ne retrouvera pas aujourd'hui ces deux morceaux si impor- tants, peut-être estimera-t-on commode de pouvoir eu lire ici quelques extraits encore :Plutarque, dit son interprète, «c'est en somme un recueil abbregé de tout ce qui a esté de plus mémorable et de plus digne faict ou dict par les plus grands roys, plus excellens capitaines ~t plus sages hommes des deux plus nobles, plus vertueuses et plus pttissautes nations qui jamais Eurent au monde ~ » ; Amyot espère que grâce à son effort ses compatriotes auront «sans se travailler pour apprendre les nobles ancienes langues », «en leur maternelle, et chez eulx, par tnaniere de dire, ce qu'il y a de plus beau et de meilleur en la Latine et en la Grecque' ». Et il ajoute : « Si nous sommes quelque- fois si ravis d'aise et de joye que nous ne sentons point le cours des heures, en oyant deviser un sage, disert et éloquent vieillard, en ]a bouche duquel sourt un flux de langage plus doulx que miel, quand il va retirant les adventures qu'il a eües en ses verds et jeunes ans, les travattx qu'il a endurez, et les perilz qu'il a passez :combien plus devons nous sentir de ravissement, d'aise et d'esbahissement de voir en une belle, riche et véritable peinture d'éloquence, les cas humains représentez au vif, et les variables accidens que la vieillesse du monde a produits des et depuis l'origine du monde », « et tout ce qui oncques a esté de plus esmerveillable par l'univers? le tout représenté si vifvement qu'en le lisant nous nous sentons afféctionnez, comme si les choses n'avoyent pas esté faictes par le passé, oins se faisoyent présentement, et nous en trouvons passionnez de joye, de pitié,

t. An Xay, p.:v.de l'édition Clément. z. Au Roy, p, v de l'édition Clément.
10 VIII AVERTISSEMENT
de peur et d'espérance, ne plus ne moins presque, que si nous estions sur le faict '...
On sait en effet de quelle popularité rapide et durable allait jouir cet ample recueil de faits et d'idées que sont les Vies paral- Zèles, et comme il était bien adapté aux besoins des lecteurs. On connaît, sur ce point, le témoignage de Montaigne. On a mesuré l'influence qu'exerça « le Plutarque d'Amyot » en propageant la connaissance de l'antiquité, et la part qui lui revient dans la formation de notre littérature classique.
Écrivain, pour sa part, au talent très personnel, Amyot, faut- il le rappeler ?nous apparaît comme un des plus agréables parmi les prosateurs de son temps. Surtout, pour l'histoire de la langue, le français qu'il écrit offre un objet d'étude particulièrement inté- ressant. Préoccupé sans doute de refléter la diversité quasi ency- clopédique de son original, mais en même temps, et plus encore, de naturaliser pour le public mondain une oeuvre du genre
qui plaist et profite, qui délecte et instruit ensemble ° », il s'est gardé plus que d'autres érudits ou traducteurs de la Renaissance d'employer des mots et des tours «savants » ; il a voulu une expression aussi française et aussi moderne que possible. La pureté vraiment nationale de son langage, si goûtée de Montaigne, et signalée par un autre contemporain, Antoine du Verdier s, lui a valu au siècle suivant les éloges de Vaugelas, de Fénelon, de La Bruyére, de Racine. Le parler qu'il nous a gardé est celui de la meilleure compagnie de son époque; c'est en même temps dans le fonds populaire qu'on en reconnaît les origines profondes.
Du vaste ensemble d'une traduction que tant de titres recom- mandent â lalecture et à l'étude, M. Clément détachait dans son édition critique les Vies de Piriclès et de Fabius Masinzus. Nous en extrayons â notre tour, pour continuer son entreprise, les Vies de Démosthène et de Cicéron, et notre édition s'efforce de se conformer en tous points au modèle de la sienne.
Cherchant, selon les régies adoptées par la Société des textes
r. Aux Lecteurs, p. xvrr de l'édition Clément.
z. Aux Lecteurs, p. vr de l'édition Clément.
;. Bibliothique de Du Verdier, édit. Rigoley de Juvigny, t. II, p. z88.

11 trançais modernes, « le texte qui représente la forme définitive de la pensée de l'auteur u, M. Clément, parmi les nombreuses réimpressions des Vies qui se sont succédé~n France et à l'étran- ger entre t559~ date de l'édition originale, et tS93, année de la mort d'Amyot, ne retenait que les trois éditions données à Paris par Michel de Vascosan, le seul éditeur autorisé par Amyot. Il tenait compte encore, non sans faire des réserves sur sa valeur, d'une réédition, posthume, où Fédéric Morel le jeune affirme s'ètre aidé de corrections manuscrites qu'il tenait d'Amyot en Fexsonne. Des autres éditions, ainsi que des divers compléments ajoutés au Plutarque du vivant méme d'Amyot, on trouve chez M. Clément une bibliographie assez étendue, que nous nous abstenons de reproduire. Nous envisagerons seulement ici les quatre éditions que nous avons utilisées, à son exemple, pour l'établissement du texte. Et comme lui nous les désignerons, ici, et plus loin pour l'indication des variantes, par les lettres A, B, C, D, en suivant l'ordre cltrono';ogique.
L'imprimeur Michel de Vascosan, gendre de Josse Bade,beau- frère de Robert Estienne, beau-père de Fédéric Morel l'ancien, était, aussi bien par ses alliances que par son savoir, en assez haute réputation pour obtenir la confiance d'Antyot. Nous le rappellerons, aprés M. Clément I :c'est gràce à l'intervention du docte prélat qu'il fut nommé imprimeur du roi (Henri II) en t56o, l'année méme où il reçut son privilége pour l'édition des Vies ; en sa faveur encore, pour répondre à une contrefaçon de son livre faite à Anvers, Amyot obtint de Charles IX en t565 des lettres patentes, défendant à tous libraires et imprimeurs n d'imprimer ne vendre ledit livre, s'il n'est de l'impression de Vascosan » ; et en tS7z, le chargeant d'imprimer sa traduc- tion des ~uvrts morales de Plutarque, il fit renouveler cette défense.
Les trois éditions sorties de l'officine de cet imprimeur nous donnent nos textes A, B et C. Ce sont celle de 1559 : z vol.
r. Avertissement aux Vies de Périclés et de FnLius Maximus, p. nt et
suie.
12 in-fo =, celle de I 565 : I vol. in-f~ ~, et celle de 1567 : 6 vol . pet. in-8~ 3.
D'aprés l'assertion que l'éditeur autorisé fait f gurer sur le titre de l'édition B comme de l'édition C, la version a été chaque fois revue et corrigée par le traducteur « en infinis passages ». Dussions-nous même constater qu'il y a là de l'exagération, un pareil témoignage impose comme texte principal le texte B ou le texte C. Une mention analogue inscrite sur le titre de toutes les contrefaçons ne saurait au contraire les faire entrer en ligne de compte, puisque, d'une part, elles n'ont pas été avouées par Amyot, et que, d'ailleurs, elles se bornent à reproduire soit l'édi- tion de 1565, soit celle de 1567.
Entre ces textes B et C, de 1565 et de 1.567, notre collation, réduite aux Vies que l'on va lire, nous a permis de reconnaître, après M. Clément et après René Sturel, une identité à peu près entière. Beaucoup plus que le reste, c'est la physionomie des mots qui varie ; mais aucune raison plausible ne permet d'attri- buer àAmyot le second système orthographique, assez différent
r. ■Les Vies des Hommes I/lustres,Grecs et Ronwiss, Comparées l'une avec l'autre par Plutarque de Cltaeronee, "l'ranslatces de Grec en Fratt- çois. AParis, De l'imprimerie de Michel de Vascosan. M. D. LVIIII. Avec Privilege du Roy. » Le nom du traducteur n'est pas sur la page du titre; mais il se lit au second feuillet, en tête de l'épître dédicatoire a Au tres puissant et tres chrestien roy de France Henry deuxieme de ce nom, Jacques Amyot, Abbé de Bellozane... » ; l'épître est datée : « En vostre Royale maison de Fouteine-Belleau, au mois de Febvrier, M.D.LVIIII, n [Bibl. Nationale, vélins, for-i ; et Bibl. de la Sorbonne.]
z. a i.es Vies des Hommes Illustres, Grecs et Romains, Comparees l'une avec l'autre par Plutarque de Chaeronee, Translatees premicremeut de Grec en François par maistre Jacques Amyot, lors Abbé de Bellozane, et depuis en ceste seconde edition reveües et corrigees en infinis passages par le mesure translatent, maintenant Abb~ de sainctc Corneille de Compiegne, Conseiller du Roy, et grand Ausmottier de France, â l'aide de plusieurs exemplaires vieux, escripts â la main, et aussi du jugement de quelques pexsomtages excellents en sçavoir. A Paris, De l'Imprimerie de Michel de Vascosan, M.D.LXV. Avec Privilege du Roy. » [Bibl. Nat.
J• ~Zs]•
g. blême titre que celui de l'édition précédente; on a seulement rem- placé seronde par troisieure (ediliou) et corrigé snincte en sainct (Corneille.) a A Paris, par Vascosan Imprimeur du Roy. M.D.LXVII. Avec Privi- ]ege. u [Bibi. Nat., plusieurs exemplaires, et Bibl. de l'Arsenal]. — (Ces descriptions bibliographiques sont celles de M. Clément).
13 du premier, qu'il est plus naturel d'expliquer par les habitudes de l'imprimeur de I S6y. Toutefois, ]a possibilité subsiste qu'Am}'ot ait «pris la peine, dit M. Clément, de relire ]ui-mème ces feuilles; la ponctuation est plus soignée que dans les deux pre- mières éditions. Ce qui recommandait aussi l'édition de IS6q, c'était le format petit in-8~, autrement maniable que le massif in-f~ où le bonhomme Chrysale mettra ses rabats ; et c'était la netteté des caractères, l'élégance des vignettes, cette beauté de l'exécution matérielle, faite pour séduire les bibliophiles :aussi ont-ils spécialement nommé cette édition : le Plutarque de Vns- cosun =... u Voilà des raisons suffisantes pour choisir le texte de I j6~ (C).
A comparer maintenant cet état B ou C, ou plutôt B C, de la version d'Amyot, à celui de la première édition (A), y voit-on des modifications assez nombreuses et assez importantes pour justifier l'annonce, réitérée par l'éditeur, d'une correction et d'une revision « en infinis passages? » La comparaison, pour deux Vies, faite par M. Clément, ne lui a donné l'occasion de relever que des modifications portant sur des points de détail; non négli- geables,puisque elles tnontraient le traducteur se préoccupant de rendre sa traduction plus exacte. Mais en somrne, pour la partie examinée, l'examen permettait de conclure à l'immobilité à peu près entière du texte d'Amyot, à partir de ISS9• A l'appui de cette conclusion, le livre de René Sturel a établi que déjà ce pre- mier texte est le résultat d'une longue élaboration.
M. Clément, néanmoins, n'écartait nullement l'hypothèse qu'une collation plus étendue des deux états A et B C pouvait fournir des variantes plus notables. Et notre examen nous en a fait rencontrer, pour les Vies de Démostfiène et de Cicérovt, un cer- tain nombre qui nous paraissent dignes d'arrêter l'attention.
Dès ISS9, l'édition A comporte, à l'avant-dernière page du tome second, un erratum dont René Sturel a souligné l'intérêt. Cette liste, intitulée : Fn:ites et corrections, marque déjà un retour d'Amyot sur son ouvrage après les dernières épreuves, non sen-
r. Avertissement aux Vies de Périclis et de Fabius Mn.cim:es, p. vi,

14 XII AVERTISSEMENT
lement pour une ultime mise au point typographique, mais pour des corrections de texte ou d'interprétation et des retouches de langue ou de style. Ces corrections ou retouches ont toutes été utilisées, sinon textuellement reproduites, dans les éditions B et C ; nous indiquerons celles qui se rapportent aux deux Vies ci-après en les désignant par les lettres : Ae.
Nos variantes Ae, ainsi que celles qu'ils nous a été donné de relever en B et C, présentent une assez sensible diversité. Sans sortir de notre rôle, nous croyons devoir en étudier pourtant quelques-unes à titre d'exemples, et essayer d'établir entre elles une sorte de classement. Le plus souvent, selon nous, on y voit l'effort du traducteur soit afin de serrer de plus prés le sens du grec, soit afin de le rendre par un équivalent français plus aisé-
ment accessible.
L'effort d'Amyot vers l'exactitude apparaît nettement dans un passage assez long, remanié à deux reprises. C'est, dans la Vie de Démosthène, au début du chapitre XV. D'aprés la version A, Apollodorus prouva que le Capitaine Timotheus «luy estoit rede- vable ». Et ce n'était pas là un contre-sens littéral, mais bien une erreur historique. La version B C corrige et développe «estoit redevable au public, et consequemment infatue = ». Trois lignes plus bas, Ae corrige A, à la suite d'une revision du texte grec ~, en conjecturant que c'est Stephanus, et non Apollodorus, que Phormion combattit «avec l'oraison que Demosthenes luy avait baillee », et ne dit plus que cette oraison a estait mal faille », effaçant ainsi un contre-sens de A j. La version B C revient à la leçon de A en ce qui concerne le nom de l'adversaire de Phor- mion, et maintient la correction du contre-sens voisin. Dans la phrase suivante, Ae et B C cherchent une expression plus précise, puis plus simple, pour faire entendre qu'il s'agit de discours d'ac-
x. V. ci-optés, page zt, lignes zr-zz. —Texte grec : Bi¢ Tôv &vSoa TOJ OmÀ7f il.RTOs.
z. Dans l'erratum, ]a variante est précédée de cette indication : a tout ce lieu est corrompu en l'original grec mesure, et le faut ainsi res[ituer ; ... car Phormion... u. Cf. gage 2r, note critique auz lignes z4 et suiv., et page rzb, lignes r4-rb.
g. 'ATeXv[ÿç n'a pas le sens de :sans art, que lui prêtait d'abord Amyot, et signifie ici :tout simplement.
15 AVERTISSEMENT XIII
cusatio~ destinés à des procès politiques ~. Mais ici, c'est le désir de la clarté et du naturel plutôt que de l'exactitude qui se révèle chez le traducteur. Souvent, de même, sa double préoccupation se manifeste dans le remaniement d'un même passage.
Ainsi, dans la Vie de Dimosthéne, au chapitre XXII=, en consé- quence, semble-t-il, d'une heureuse correction du grec, la version A : «Quand le public est aussi mal traitté », est remplacée par la version B C : «Quand ]e public se porte bien; », qui améne à la ligne suivante : «les privees affections et passions ~,, traduc- tion plus juste que : «les privees adversitez a u, de la version A. Mais un peu plus haut, dans ]e même chapitre s, «les couleurs trop brillantes et trop vifves », de B C, est plus naturel, d'un fran- çais plus usuel, que : «les couleurs trop haultes, trop brillantes », de A. Et un peu plus haut encore 6, ]es infinitifs présents de A « honorer, faire citoyen, estre surpris de joye n, calqués sur les présents de narration ou descriptifs de l'original, sont remplacés en B C par des infinitifs passés, plus facilement intelligibles pour la logique française.
Ainsi, dans la Vie de Cicéron, au chapitre XX, où B C corrige un faux-sens de A en remplaçant : « il fut bien prés de le faire prendre »par : «ayant approché bien pres d'être atteint et con- vaincu », la traduction devient en méme temps plus claire : on saisit mieux le moment où César cesse d'être le sujet grammati- cal pour céder ce rôle à Cicéron ~.
On verra d'autres exemples de corrections pour l'exactitude, et plus souvent peut-être pour la clarté et le naturel du français s.
r. En grec : tûwv Srlµoeiwv.
z. Page ;z, ligne rz.
;. I;+ùtu~oûarj5 substitué â âtuxoûQr15.
4. AdversileZ traduisait mal ]e grec ra6ew.
;. Page ;z, lignes 8-g. Texte grec : Àaµn~w xai âvnzûnwv.
6. Page ;r, lignes rr-rz. Ttµàv, rotEïaOat nol,iirly, µ~ ~EPEtV Tir~V

i aPaV I).E:GÎWS.
~. V. Vie de Cicéron, chop. XX, p. j6, lignes z4-zy, et la note cri-

tique. Dans le grec, É~ùS É).Aôw x),e;wai a pour sujet I{aï6ao. Plus
loin, aaoiSEïv Érôvra, se rapporte à I{txÉçwva, qui n'est pas exprimé,
le grec ayant des précisions différentes de celles du français.
8. V. ci-aprés, page Sz, lignes ry-r8, zç-z6, et les cotes critiques.

16 XIV AVERTISSEMENT
Quant au style proprement dit, les retouches semblent avoir généralement pour but, comme M. Clément l'a constaté ailleurs, de remplacer ou de super?mer un mot pour éviter une répét?fion. Au chapitre XLIV de la Vie de Cicdron =, on peut remarquer que ce « bonhomme Amyot » â qui l'on a parfois voulu faire un charme de ses négligences, choqué lui-même par la répétition trop fréquente des mots estant et estoit, essaie, avec assez peu de succés, d'y porter remède.
Que valent, pour finir, les variantes de l'édition posthume que nous désignons par la lettre ll ~ 2
Fédéric Morel le jeune, qui la fit para?tre en t6tg, de bonne heure en grand renom d'érudition, était, comme son pére Fédé- ric l'ancien, qui avait collaboré â l'édition des Morales de ssyz, comme son grand-pére Vascosan, un protégé d'Amyot. C'est par lui qu'il obtint, en t 58i, malgré son jeune âge, la survivance du titre paternel d'imprimeur du roi, et en 1585 les fonctions de «lecteur royal en eloquence grecque et latine».Dans son aver- tissement, il rappelle la bienveillance dont l'honorait « ce sça- vant et excellent prelat » ; il mentionne qu'il a reçu de lui des
« corrections, conferences et varierez de leçons sur le texte
grec, en vue d'une «impression nottvelle de Plutarque grec et latin »qui n'a pas été faite ; surtout, il affirme qu'il donne la version française corrigée suivant l'exemplaire m@me d'Amyot.
Aussi de Bligniéres a-t-il accepté le texte de t6tg «comme l'oeuvre définit?ve du traducteur n. Mais, objectait M. Clément, « savons-nous si ces corrections représentent une revision totale 2 Sommes-nous sûrs que l'éditeur les ait littéralement transcrites 2» L'examen minutieux, fait par René Sturel, de « l'exemplaire de Melun3 », est venu démontrer qu'en effet une partie seulement
r. Paie s r;, lignes zS-;o.
z. R Les Vies des Hommes Iltustres..., etc., translatees de Grec en Fran- çois par messire Jacques Amyoc, IorsAbbé de Bellozane, depuis evesque d'Auxerre, Conseiller du Roy et grand Aumosnier de France, Reveües, corrigees et augmentees en ceste derniere edition... A Paris, chez Cla~.ule Morel, rue saint Jacyues â la Fontaine. M.D.CXIX. Avec privilege de Sa lvtajesté. » jBibl. Nat. et Bibl. de ]a Sorbonne]. (Description biblio- graphique de M. Clément.)
;. Cet exemplaire a été découvert par M. Urbain Mengin, actuellement maure de conférences â l'Institut français de Florence, qui a donné â
17 AVERTISSEMENT xV
des variantes de D proviennent à coup silr d'une revisiott faite par ]'auteur.
Cet exetnplaire, de l'édition Vascosan de t565, porte des cor- rections de la main d'Amyot :presque toutes reproduites inté- gralement dans l'édition de t6i9, elles ont été pour la plupart étudiées par Reué Sturel. Nous désignons celles qui se rapportent aux Vies ci-aprés d'un dernier signe conventionnel, la lettre M.
Outre l'exemplaire de Melun, Fédéric le jeune a utilisé pour établir son texte, selon René Sturel, la deuxiéme leçon de son aïeul et de son père, et une des contrefaçons de Simon Gou- lart, qui lui fournit des sommaires, des résumés et sentences, des index et «les effigies des hommes illustres, retirees des médailles antiques» . Le doute, quant à l'authenticité des variantes qui ne figurent que dans son édition, pouvant en somme s'inter- préter en leur faveur, nous les reproduisons, à l'exemple de M. Clément.
Pour garder l'uniformité dans la publication de ces Vies, nous avons reproduit fidèlement l'orthographe et la ponctuation de i~6~, en nous bornant comme notre prédécesseur à dis- tinguer le j de l'i et le v de l'ti. Dans les variantes, afin de tte pas trop surcharger l'appareil critique, nous n'avons signalé les différences d'orthograpneque la première fois qù elles se présen- taient, ouquand elles nous semblaient offrir un intérèt particulier.
Enfin, nous avons également, pour la commodité du lecteur, introduit dans ces pages sans alinéas la division par chapitres des éditions modernes de l'auteur grec.
sou sujet une intéressante communication dans le Brtllrtin de la Sociéli d'a-cdéologle rleSenre-et-Marne, Melun, r9zz.M. Mengin voulait bien Wons autoriser à collationner le précieux in-folio. La bonne griue de M"'° Sturel nous a permis d'utiliser les notes manuscrites od son mari, le jeune érudit si regretté, avait scrupuleusement relevé toutes les variantes de Melun. Nous prions Mm° Sture] et M. Mengin d'agréer nos sincéres remerciements.

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