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Le troisième tome des Errances de frère Félix contient la suite du traité 4, consacrée ici à deux journées capitales, celles des 14 et 15 juillet 1483 (fo 108 b-164 a)1.

Le pèlerin a accompli sa visite des lieux saints du mont Sion le 13 juillet 14832. Dans la nuit du 13 au 14 juillet3, il entre dans léglise du Saint-Sépulcre pour accomplir sa première vigile, et son pèlerinage va se poursuivre le 15 juillet avec la visite de la cité de Jérusalem4. Ces deux journées dédiées à la description du Saint-Sépulcre et de la cité sainte sont sans doute les plus importantes de tout lEuagatorium. Le récit si détaillé et si scrupuleux de frère Félix offre des renseignements incomparables sur la spécificité du pèlerinage organisé par les frères mineurs et au cours duquel une méditation méthodique, caractéristique de la devotio moderna selon lidéal franciscain, prônait un renouvellement de la foi par un retour aux sources du christianisme5. Les frères organisaient les visites selon un ordo peregrinationis et les pèlerins commémoraient larrestation et le procès de Jésus, suivaient litinéraire du portement de la croix (via crucis), participaient à la procession du Saint-Sépulcre où trois vigiles étaient prévues (le lendemain de larrivée, au milieu du séjour et avant le départ).

Aryeh Graboïs a bien montré la régression du pèlerinage pénitentiel après la fondation de la Custodie de la Terre sainte par les Franciscains du Mont Sion et la dimension de plus en plus collective des prières et des

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méditations sur les lieux saints6. Mais il note aussi que, si la plupart des pèlerins se contentent des rituels collectifs, dautres les enrichissent de réflexions personnelles7. Frère Félix est de ceux-là : il se fait ici historien, encyclopédiste, exégète et même archéologue. Comme le notait Nicole Chareyron8, Fabri a réussi à « transmuer le reliquaire architectural et spirituel quétait alors Jérusalem9 en un monument littéraire digne de le représenter au plus près de son état. En cela, le moine dUlm savère être finalement un ancêtre de la grande lignée des archéologues de la ville qui se succéderont, particulièrement au cours des deux derniers siècles, et qui travailleront inlassablement à faire parler les pierres ». Frère Félix fait donc parler les pierres, mais il note aussi tous les détails qui soffrent à lui : récitation des petits musulmans à lécole, altercation de rues, rivalité de prêtres au Saint-Sépulcre…, et fait ainsi ressentir, dans toute sa saveur et son exotisme, latmosphère de ces deux journées des 14 et 15 juillet.

Sur les principes dédition, nous renvoyons le lecteur aux explications données dans le premier tome10. Notre traduction a bénéficié de laide apportée, pour la première édition montpelliéraine11, par plusieurs traducteurs : Émilie Serralta (fo 105 b-116 a), notre collègue Jean-Noël Michaud (fo 116 b-131 b), Anne Michalot (fo 131 b-143 a), Guylaine Boyer (fo 143 b-153 a) et Heidi François (fo 153 b-164 a). Lannotation, quant à elle, sappuie en partie sur le travail quavait alors fourni Nicole Chareyron.

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Tous ont droit à notre profonde gratitude. Nos remerciements vont aussi à Sabine Fialon, qui a bien voulu à nouveau apporter une aide précieuse dans la relecture du manuscrit de Fabri, et à Andrée Meyers, qui avait aidé jadis à la confection matérielle de la première édition.

Jean Meyers

1 Le texte latin édité ici correspond aux p. 281-431 dans lédition de Hassler : Fratris Felicis Evagatorium in Terrae Sanctae, Arabiae et Egypti Peregrinationem, éd. C. D. Hassler, Stuttgart (« Bibliothek des Literarischen Vereins », 2), 1843, t. I.

2 Evagatorium I, 4, fo 93 a-108 b (cf. t. II, p. 238-347).

3 Evagatorium I, 4, fo 108 b-136 a (p. 15-207).

4 Evagatorium I, 4, fo 136 b-164 a (p. 209-419).

5 Voir sur ce point B. Dansette, « Les pèlerins occidentaux en terre Sainte : une pratique de la “Devotion moderne” à la fin du Moyen Âge ? Relation inédite dun pèlerinage effectué en 1486 », Archivum Franciscanum Historicum, t. 72, 1979, p. 106-133 et 330-428.

6 A. Graboïs, Le pèlerin occidental en Terre sainte au Moyen Âge, Bruxelles, De Boeck, 1998, p. 89 : « Ces manifestations de la “dévotion moderne” imposaient aux pèlerins une expression collective des prières, selon le nouvel ordo franciscain, ainsi que des méditations dont la teneur était dictée par les thèmes des sermons que les Frères de la Custodie prononçaient en différentes occasions, correspondant à certaines étapes de litinéraire, déjà parcouru au xive, et définitivement fixé au xve siècle. »

7 A. Graboïs, Le pèlerin occidental, p. 89-91.

8 N. Chareyron, « Introduction », dans Meyers-Chareyron, t. III, 2006, p. xi.

9 À ce sujet, voir E. Berriot (éd.), « Préface », Le mythe de Jérusalem du Moyen Âge à la Renaissance, Publ. de lUniv. de Saint-Étienne, 1995, p. 8 : « Lorsque la cité se dresse devant les yeux du pèlerin, du croisé ou du lecteur occidental, elle paraît plutôt tel un immense reliquaire ou tel un saint livre dévoilant toute lhistoire de lhumanité. »

10 Cf. t. I, p. 63-65.

11 Félix Fabri, Les errances de frère Félix, pèlerin en Terre sainte, en Arabie et en Égypte (1480-1483), t. III : Quatrième traités (suite), texte latin, introduction, traduction et notes sous la direction de J. Meyers et N. Chareyron, Montpellier, PULM, 2006. Pour des raisons de cohérence thématique, un certain nombre de folios (fo 109 a-118 a) absents dans cette première publication ont été reportés dans ce tome III.