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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-406-10063-8
  • ISSN: 2239-0626
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-10064-5.p.0397
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 26/02/2020
  • Périodicité: Annuelle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Jean Pruvost, Les secrets des mots, Paris, Vuibert, 2019, 366 p.

Mon ami Jean Pruvost est un fanatique des mots. Il vit avec les mots, dans les mots, pour les mots. Si on lui parle, il parle mots. Sil écrit, il écrit mots. Sil invente, il invente mots. Sa maison est une montagne de livres des mots – des dictionnaires de toute sorte, dans toutes les pièces, dans les couloirs et même dans la salle de bain. Ses écrits ne concernent que les mots.

Non seulement les mots écrits, mais aussi les mots oraux, à la radio, quelque part, ou volatils, dans la presse. Pour Jean Pruvost, la vie cest une histoire de mots. Lamitié, lamour, le travail, le rêve, tout passe par les mots, daprès sa vision constamment projetée dans les mots, leurs histoires, leurs vies, leurs morts-vies.

Cétait donc à lui décrire un roman des mots comme celui-ci : Les secrets des mots. Quels secrets ? Les mots gardent donc des secrets ? Où ? Ne sont-ils signifiant et signifié, tout simplement ?

Par une prose passionnante et une narration digne dun romancier réaliste du xixe siècle, ou dun Jules Michelet narrant de la sorcière aussi bien que des phares-lumière dans les ports, Jean Pruvost part par magies de la langue française, quil connaît comme son corps et sa vie. Ainsi dévoile-t-il des univers méconnus et impensés, des anagrammes, des mots-valise – ils ont quoi dans leur valise, les mots ? –, des mariages, des métissages, des résurrections, des changements.

Et voilà que dans limaginaire réel et rêveur de ce lexicographe et historien de la langue française – une histoire toujours bien vivante –, le mot se présente comme une rose qui vient de très loin, laquelle ne se fane jamais, qui a sa vie et ses passions, ses moments de gloire et ses moments de tristesse.

De aage à zzz, en passant par les « beaux » et les « mauvais » – il y en a-t-il vraiment ? – mots, il nous les met « en bouche » (p. 5), « du grommellement au bon mot » (p. 19).

Les questions se font pressantes. « Doù viennent-ils ? » les mots (p. 35). Le mot est « fille ou garçon ? » (p. 63), et va-t-il « dun genre à lautre » ? 398(p. 87). « Les mots meurent-ils ? » (p. 113). « Les mots se marient-ils ? » (p. 147). « Les mots vieillissent-ils ? » (p. 171).

Conclusion : « il faut écouter les mots » (p. 207), parce que les mots cest nous, notre âme, notre cœur, y compris bien sûr « les noms propres » (p. 233).

Et alors, « de dictionnaires en dictionnaires », ces livres du trésor secret des mots, jouons avec les mots (p. 273).

Un livre-étoile polaire des mots, qui se lit comme un poème épique des mots français. La langue française apparaît en forme, jeune, forte, lancée sur lavenir. Bas aux pessimistes !

Merci aux optimistes des mots tel Jean Pruvost !

Giovanni Dotoli

Université de Bari Aldo Moro

Cours de Civilisation française de la Sorbonne

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Regards croisés sur le langage, entretiens avec N. Chomsky, A. Culioli, M. Halle, B. Pottier, A. Rey, J. Searle, H. Walter, propos recueillis par Amir Biglari, Paris, Classiques Garnier, 2018, « Domaines linguistiques ».

Amir Biglari est chercheur associé à lÉquipe daccueil « Sens, texte, informatique. Histoire » de lUniversité Paris-Sorbonne, et auteur darticles et ouvrages en linguistique, sémiotique, analyse du discours et histoire des idées.

Il a eu lidée brillante dorganiser des entretiens avec sept personnalités françaises et américaines de la même génération, nées entre 1923 et 3991929, qui ont eu et ont encore un rôle de premier ordre dans les progrès de la linguistique, des sciences du langage, de lhistoire de la langue, de la lexicographie et de la métalexicographie.

Les noms de ces sept personnalités font trembler les veines : Noam Chomsky, Antoine Culioli, Morris Halle, Bernard Pottier, Alain Rey, John Searle et Henriette Walter. Il se trouve que Mme Walter et M. Rey sont aussi mes amis.

Le résultat est de première importance. Même si les recherches et les théories de ces sept géants du langage sont différentes – ce qui est une grande richesse –, ces monstres-chercheurs « se complètent car chacun dentre eux, en posant un regard nouveau et en adoptant une approche originale, aborde quelques-unes des dimensions dun phénomène multiforme et particulièrement complexe » (p. 7).

Les échanges ont été réalisés entre janvier 2013 et janvier 2016, ce qui témoigne que nous sommes face aux tout derniers développements des sciences du langage. Cest un dialogue passionnant confirmant que le langage est « un carrefour de problèmes » (André Jacob, 100 points de vue sur le langage, Paris, Klincksieck, 1969, p. 7).

Cest une synthèse de premier ordre de ce qui sest passé durant le dernier demi-siècle. On a des éclairages nouveaux et de nouvelles pistes de recherches.

« Ces entretiens montrent que la linguistique et la philosophie du langage constituent des domaines vivants et dynamiques où les points de vue sont multiples et variés, et en même temps des domaines ouverts vers dautres champs de recherche » (p. 113).

Avant dentreprendre toute recherche dans le domaine du langage, il est indispensable de lire ce livre-somme des orientations et des perspectives des études le concernant.

Giovanni Dotoli

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Scipion Dupleix, Liberté de la langue françoise dans sa pureté, édition de Douglas Kibbee et Marcus Keller, Paris, Classiques Garnier, 2018, 634 p., « Descriptions et théories de la langue française ».

Deux spécialistes de linguistique (Douglas Kibbee) et de littérature française des xvie et xviie siècles (Marcus Keller) ont réalisé ce projet monumental, lédition de la Liberté de la langue françoise dans sa pureté, de Scipion Dupreix, parue en 1651, à peine quatre ans après les Remarques de la langue françoise de Claude Favre de Vaugelas (1647).

Cest un texte contre Vaugelas, lequel dun côté nous confirme la richesse du débat linguistique au xviie siècle, de lautre nous prouve que tout le tapage sur le bon usage et sur le centralisation de la langue nest ni bien clair ni facilement gagnant.

Prescription linguistique et centralisation du pouvoir marchent de pair. Dun côté lœuvre de Vaugelas, et de ses disciples, un modèle pour les bourgeois et les nobles qui de province arrivent à Paris et puis à Versailles, pour sintégrer à la cour, de lautre tout un mouvement de libertaires de la langue et de sa fantaisie.

Scipion Dupleix est parmi ceux qui sopposent à la centralisation de la langue française. Il est contre la norme généralisée des courtisans et des femmes. Il est pour la « liberté dun chacun » et reconnaît les liens forts entre grammaire et société. Comme le disent les deux auteurs de cette précieuse édition, cest un perdant par rapport à lhistoire, malgré le grand succès éditorial de son livre au xviie siècle.

Dupleix est pour le grec et le latin, contre les soi-disant modernes de la clarté française. « Pourquoi donc examiner lœuvre dun perdant ? Le fil de lhistoire nous fait oublier la complexité des sociétés, et ignorer les nœuds à la recherche dune logique souvent illusoire » (p. 7).

Lopposition traditionnelle puristes – anti-puristes, absolutistes – anti-absolutistes, ne correspond pas à la réalité. « La complexité des débats politiques et culturels au xviie siècle nous offre une occasion de confronter ces dichotomies peu satisfaisantes » (p. 8).

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Les querelles littéraires correspondent aux « préoccupations politiques et sociales » (p. 8). Tout un riche débat sorganise autour des grandes questions de la langue, du pouvoir, de la littérature, de la vie. Le bon usage simpose, mais à quel prix. On perd la richesse dune certaine littérature et dune certaine langue.

Scipion Dupleix est là pour nous le confirmer. Et il y tant dautres Dupleix oubliés, dans les archives des bibliothèques. Il faut peut-être mieux analyser lhistoire de la langue française. « Dupleix le Gascon » – comme Michel de Montaigne – nest que lun des exemples dun mouvement pluriel contre la centralisation.

Cette édition constitue un monument de grande importance. Une introduction de 170 pages précède le texte lui-même : une contribution capitale pour entrer en situation et pour redonner à Scipion Dupleix son juste rôle de grammairien. En fait, « si nous ne considérons que lapproche dominante dune époque, y compris de la nôtre, nous perdons de vue la variété des perspectives possibles » (p. 167).

Giovanni Dotoli

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Claude Favre de Vaugelas, Remarques sur la langue françoise, édition de Wendy Ayres-Bennett, Paris, Classiques Garnier, 2018, 940 p., « Descriptions et théories de la langue française ».

Nous sommes face à une entreprise colossale. Rééditer les Remarques sur la langue françoise de Claude Favre de Vaugelas est une entreprise de grand engagement. Wendy Ayres-Bennett, professeur de philologie et de linguistique françaises à luniversité de Cambridge, a fait un travail immense, que nous respectons avec la plus grande admiration. 212 pages 402dintroduction : un livre dans le livre, dans lequel toute question est bien posée et développée. 2462 notes ! Quatre annexes : Liste des principales éditions et réimpressions des Remarques de Vaugelas, Remarques inédites, Classement des remarques, Lettres manuscrites envoyées par Vaugelas. Enfin une bibliographie très vaste et fort utile pour dautres recherches.

Nous comprenons toutes les étapes de Vaugelas, pour parvenir à ses normes, à partir de sa première traduction, qui date de 1615 : Vaugelas est le plus grand témoin du passage du français libre au français normé, via François de Malherbe.

Wendy Ayres-Bennett fait une analyse détaillée des idées linguistiques de Vaugelas, en examinant lhomme et lœuvre, lhistoire des Remarques, les sources métalinguistiques et littéraires, le bon usage et la variation sociolinguistique, le métalangage, lanalyse des remarques, la réception de louvrage.

Le prescripteur absolu des manuels scolaires et de la vulgate satténue. Claude Favre de Vaugelas sait tenir compte aussi de la pluralité des solutions et de quelques libertés de la langue. Ses Remarques sur la langue françoise ont un succès énorme. On les consulte comme une bible. On les considère comme un chef-dœuvre.

Toute la tradition va se brancher sur Vaugelas. Par exemple, César-Pierre Richelet le cite 550 fois, dans son Dictionnaire françois contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise (1680). Lennemi Antoine Furetière lui-même est obligé de le citer une quinzaine de fois, dans son Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots français tant vieux que modernes (1690).

Hors de France aussi, les Remarques de Vaugelas exercent une grande influence, surtout en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Russie.

Après Vaugelas, rien ne sera plus comme avant, pour : la prononciation, lorthographe, la morphologie, la syntaxe, le lexique et le style.

Cest une édition indispensable, un véritable chef-dœuvre, qui situe Claude Favre de Vaugelas à sa juste place, sans toutefois oublier le rôle des Scipion Dupleix.

Giovanni Dotoli

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Salah Mejri, Les formules de politesse et de présentation, Paris, Éditions Garnier, 2017, 96 p., « Les Petits Guides de la Langue française Le Monde ».

De nos jours, lintérêt pour la politesse est énorme. Alain Montandon ouvre de la façon suivante son Dictionnaire raisonné de la politesse et du savoir-vivre : du Moyen âge à nos jours (Paris, Éditions du Seuil, 1995, p. 7) : « La politesse et le savoir-vivre sont-ils encore dactualité aujourdhui ? La réponse à une telle question (et le fait même quelle puisse être proposée) est sans doute complexe, mais lintérêt porté de nos jours à la politesse est évident. Les ouvrages, études, reportages, concours se multiplient. Et ce nest pas là leffet dune simple nostalgie : nous nen aurons jamais fini avec la fonction des rituels tant quexisteront des lieux et des pratiques de la socialité ».

On a dans ces propos la confirmation de limportance cruciale de ce livre de Salah Mejri. La politesse fait partie de lhistoire de lhomme, de son désir de vivre en communauté. Cest pourquoi, dans le cours de lhistoire, on a tant de traités du savoir vivre. La politesse est à la base de notre culture, « au croisement de nombreuses disciplines » (ibid., p. 9).

Ce texte a un mérite immense : celui davoir tracé le rôle de la politesse sur un double plan : celui de la société et celui de la langue. Une attitude qui peut apparaître comme un masque – à lire Jean de La Bruyère, justement cité par lauteur –, se révèle comme un art de la vie, parfois aussi sur le plan de la politique.

La politesse traverse lhistoire, de lantiquité à nos jours. Les difficultés de la définir, malgré les tentatives dAntoine Gombaud, chevalier de Méré, et de Nicolas Faret, Charles de Marguetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Évremond, François de La Rochefoucauld et Jean de La Bruyère, reviennent de la profondeur du côté sociologique.

Salah Mejri accomplit le pas que lon attendait depuis toujours : il lève le voile sur un sujet multiforme, en le traitant sur le plan linguistique, ou plutôt sociolinguistique. Il décrypte avec élégance et connaissance 404les formules et les mots liés à la politesse, une forme comportementale que nous appliquons à tout moment de notre vie, des salutations à la présentation, au dialogue avec lautre.

Les écrivains quil convoque le confirment. Ce livre est un condensé culturel du savoir-vivre et de notre convivialité. Un texte à lire, pour mieux vivre et pour gagner et garder la paix du cœur et peut-être le sourire, avec des découvertes dordre linguistique qui sont de véritables bijoux.

La confirmation est dans cette citation tirée de la comtesse Stéphanie Félicité de Genlis : « Lélégance des manières, la noblesse et la pureté du langage, la connaissance des égards ou du respect que lon doit avoir, dans le grand monde, pour les gens quon rencontre, suivant le mérite personnel, le sexe, lâge, le rang, enfin, toutes les bienséances et les grâces sociales forment la politesse, et sont les expressions des qualités les plus aimables, la douceur, la modestie, lindulgence, la bonté, la délicatesse, opposées aux défauts les plus haïssables, laigreur, la rudesse, la grossièreté, larrogance et surtout légoïsme, car la politesse est un sacrifice continuel de lamour-propre et dune infinité de choses agréables ou commodes ». La comtesse de Genlis poursuit : « Ainsi cet art de plaire dans toutes les situations et à tous les âges nest pas aussi frivole quon affecte aujourdhui de le croire. Il a donc tous les temps contribué à la célébrité des peuples qui lont perfectionné. Lurbanité des Athéniens, après tant de siècles écoulés, nous paraît encore un titre de gloire, et latticisme sera toujours une épithète flatteuse dans un éloge » (in Alain Montandon, Dictionnaire, cit., p. 727, entrée « Politesse »).

La politesse est au fond une forme de nouvel humanisme et de nouveau contrat social, fondés sur les droits de la personne, ainsi que le prouve Henri Bergson dans son livre La politesse. Cest pourquoi – cest la thèse de Salah Mejri, que je partage toto corde –, elle sinscrit profondément dans la langue.

Giovanni Dotoli

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Olivier Bertrand, Ces mots venus dailleurs, Paris, Éditions Garnier, 2017, 2 vol., 96 p. + 96 p., « Les Petits Guides de la Langue française Le Monde ».

Ces deux petits livres nous mettent face à plusieurs évidences. La langue française est laccomplissement dun vaste métissage de mille ans. Elle est polyglotte, ainsi que ses locuteurs, car, comme laffirme Henriette Walter, « cest dans la langue française elle-même que nous pouvons trouver des points de départ commodes pour aller vers les autres langues » (Laventure des langues en Occident. Leur origine, leur histoire, leur géographie, Paris, Laffont, 1997, p. 9).

La langue française « ne connaît pas de frontières » (ibid.). De lEmpire Romain, en passant par le monde grec, les commerces des Italiens, lexpansion des Arabes, les ouvertures sur le Moyen et lExtrême-Orient, elle connaît la plupart de lhistoire du monde et de ses langues, au cours du temps.

Quimporte si des mots nont pas de date de naissance, ni de provenance précise ? Au xviie siècle, lon a bêtement condamné le pauvre Gilles Ménage, pour des étymologies un peu fantaisistes. Mais il ne faisait que travailler sur la beauté poétique de la langue française.

À travers des emprunts, des dérivations, de nouveaux sens donnés à des mots déjà patrimoine de la langue, des traductions, des calques, et des… parcours de poésie, la langue française se révèle dans sa mystérieuse et fascinante mobilité, sentimentale et humaine.

Pourrions-nous définir la langue française comme une lingua franca ? Je le pense. La langue française est une langue métisse comme celle des commerces de la Méditerranée si fabuleusement narrés par Fernand Braudel. Cest la langue de lOrient et de lOccident, du parler franc et de luniversalité, de la démocratie et de lamour.

La langue française est mobile. Elle ne sest jamais fermée sur elle-même et elle ne le fera jamais. Elle reçoit et elle donne, dans un commerce damour.

Et demain ? La langue française doit-elle avoir peur de son avenir ? Pour la sauvegarder et pour en augmenter la force, il ne faut que 406continuer la route quelle suit depuis mille ans, celle du partage et du dialogue avec les autres langues et les autres peuples, sous les signes de lidentité, de lhumanisme, du multilinguisme, du multiculturalisme, dune Europe et dun monde pluriels et unis.

La langue française a une capacité inouïe daccueil des autres langues. Salah Stétié, lun de ses admirateurs les plus convaincus, lillustre : « Cette capacité daccueil qua la langue française, aucune autre langue ne la au même degré. Aucune autre langue na non plus, au même degré, cette capacité douverture aux signifiants que nécessairement les mots charrient, quand, venus de lextérieur, ils en viennent à sintégrer à la langue daccueil » (Salah Stétié, Le français, lautre langue, Paris, Imprimerie Nationale, 2001, p. 23).

Cest le sens de ces deux volumes, que lon lit demblée, comme un poème, celui de la langue française, des origines à nos jours.

Giovanni Dotoli

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Salah Guemriche, Petit dico à lusage des darons et des daronnes qui désespèrent de comprendre leurs enfants, Paris, Éditions du Seuil, 2017, 192 p.

Salah Guemriche est un ancien journaliste, un romancier et un essayiste, très connu pour son magnifique livre, Dictionnaire des mots français dorigine arabe (Éditions du Seuil 2007 et Points 2015). Cétait donc bien à lui de rédiger ce Petit dico à lusage des darons et des daronnes qui désespèrent de comprendre leurs enfants.

Guemriche prouve que, de nos jours, tout un monde mis de côté résiste aux abus de la société, au manque de travail et aux situations dramatiques de certains secteurs de la vie, par la parole, sa propre parole, 407une parole de caricature ou poétique, de grande créativité. Cest une sorte de spectacle, une religion de la parole écrite et parlé. Mai 68 na-il pas fait la même chose (Cf. mon livre Parole et liberté. Langue et écriture de Mai 68, Paris, Hermann, 2008) ?

Ainsi les jeunes mis à la marge ou incompris taguent-ils les murs, les trains, les rues. Ils produisent une parole colorée, des slogans, des refrains et des formules. Ne se comportent-ils pas comme Marcel Duchamp, peintre de son célèbre urinoir ? Ou comme les auteurs des palimpsestes dautrefois ? Ou comme Alfred Jarry sécriant « merdre ! … Jai douze phynanciers [sic] à décerveler », dans le Père Ubu ? Où comme les peintres futuristes qui dessinent des personnages aux chaussettes à la couleur opposée ?

Les rappeurs sont les maîtres de ce nouveau langage. Cest quoi ? De largot, du verlan, du langage secret ? Victor Hugo, souligne Salah Guemriche, a compris la grande question de ce type de communication.

Dans ce franc-parler on mélange tout, langues, syntaxe, bruitage, clics divers, images rapides, gestuelle, pittoresque. Est-ce de la langue française pauvre et appauvrie, comme laffirment les académiciens ? Cest exactement le contraire. Cest un français riche, qui ajoute dautres espaces à la langue, qui se nourrit de mots du passé transformés, de mots venus dautres pays ou de mots créés exprès pour exprimer des concepts que la langue conventionnelle nest pas à même de transmettre. Cest une sorte de commedia dellarte de la langue : cest un spectacle de limprovisation, hautement symbolique.

Une langue vivante se fonde sur les nouveautés, et sur le progrès de ses mots. De nos jours, ces nouveautés viennent largement de ce grand métissage, de ce monde surtout afro-asiatique, mais aussi dautres espaces. Le français bourgeois, « conventionnel », se bouscule, loralité si aimée par François Rabelais, regagne sa vie, des accents de différents pays reviennent sans aucune moquerie.

La stigmatisation est de tout ordre : orthographique, phonétique, syntaxique, linguistique. Mais connaît-on vraiment lhistoire de la langue française ? Par cette méthode de purisme absolu il faudrait en rejeter une grande partie. La rapidité de notre époque pousse les jeunes à créer des mondes de langue : « jsuis alcatraz », signifie « jpeux pas sortir », « on mempêche de sortir ». Un jour on aura, peut-être, « jsuis alcatrizé ». Vieux mots et nouveaux mots se côtoient, dans cette fête de la langue. 408Nous avons immédiatement la sensation dêtre dans un espace de grande créativité juvénile, lequel a des coulisses historiques et sociales.

Je propose que ce monde passe dans le dictionnaire de la langue française. Le mot est un mystère, comme dans le tableau de Max Ernst, Au premier mot limpide (1923), où cest une sorte de point-cerise, lié à une ficelle tortueuse passant par une petite fenêtre, deux clous, une petite boule et une plante qui a lair dun lézard !

Le dictionnaire de la langue française na aucun droit de nous priver de ce plaisir dimagination. Je partage pleinement les thèses de Salah Guemriche. Langue des cités ou langue vraie ? Sans aucun doute une langue vraie, que lon ne peut plus mettre de côté. Tout ce dictionnaire mérité dentrer dans un dictionnaire.

Giovanni Dotoli

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Alain Borer, De quel amour blessé. Réflexions sur la langue française, Paris, Gallimard, 2017, 354 p., « nrf ».

Alain Borer est un militant de la langue française, de la poésie et de lengagement culturel. Poète, essayiste et critique dart, spécialiste dArthur Rimbaud, en 2005 il a reçu le prix Édouard Glissant pour lensemble de son œuvre.

Dans ce livre, il nous donne une défense pleine dénergie et de passion de la langue française. Je suis en total accord avec lui et avec ses thèses.

La langue française est un projet. Cest une langue-carrefour, entre le grec, le latin, litalien, le franc, le provençal, les langues dorigine de la Méditerranée et du cœur de lEurope. Ce nest pas une langue étrangère, cest une langue, la langue, qui réunit et qui prononce.

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Nest-elle pas la langue de la modernité, des avant-gardes et de la révolution ? Langue dinvention, de réinvention, de culture et dessence, nest-elle pas la langue de Stanislas Potocki, polonais, de Tristan Tzara, roumain, de Samuel Beckett, irlandais, de Salah Stétié, libanais, de Ricciotto Canudo, italien, de Guillaume Apollinaire, italien et polonais, de François Cheng, chinois, et de mille autres voix qui ont une double langue maternelle, dont le français est la deuxième, et souvent la première ? Mariage heureux, qui a donné beaucoup denfants.

Avec nos frères noirs, jaunes et blancs, qui choisissent cette langue, sans aucune rupture, mais avec amour, défendons-la, par lécriture et par laction. Elle est liberté et libération, égalité et fraternité, espace de lamour, de lenvol et de la chimère de la langue.

Cest la langue de la poésie, de la vision, de la clarté, de la simplicité, qui est aussi langue de laction.

Il y a tout cela dans ce livre dAlain Borer. Il se demande en quoi cette langue est-elle à nulle autre pareille. Cest une langue-civilisation. Et alors pourquoi tout cet amour pour langlais ? Pourquoi abandonne-t-on un trésor pour un simple moyen de communication ?

Alain Borer révèle toute la richesse de la langue française et nous invite tous à la défendre. Je suis à son côté, dans cette bataille. On est parfois parvenu à ridiculiser le français par rapport à langlais. Plus danglais. Dès 1914, Charles De Gaulle écrit : « Il y a dautres peuples qui [veulent] nous interdire de parler notre langue » (cit. p. 37).

« Regagnons du terrain ! ». « Refusons la soumission ». « Surmontons lassujettissement, la domination imaginaire » (p. 285). Il est encore temps pour gagner une grande bataille de civilité, laquelle concerne lhumanité entière.

Giovanni Dotoli

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Bernard Sergent, Notre grec de tous les jours. Petit dictionnaire pour un usage quotidien, Paris, Imago, 2017, 382 p.

Ce livre-dictionnaire relate de la présence massive de la langue grecque dans la langue française. La Grèce est à lorigine non seulement de la langue française, mais aussi de son alphabet, par le biais du latin. Cest la raison pour laquelle elle sécrit dune façon sonore, un signe par son, à partir de la combinaison de lalphabet phénicien – par syllabes – et de lalphabet grec.

Impossible de donner un total exact des mots français venus du grec. Même la plupart des bizarreries de lorthographe du français a une origine grecque. Non seulement pour les mots scientifiques, pour lesquels on continue à avoir recours au grec lors de la création dun néologisme, comme le suggèrent déjà les écrivains du xvie siècle, mais aussi pour une série de mots dont la provenance grécque semblerait à première vue impossible.

Si nous faisons le tour de la carte géographique de la France, nous parvenons à des surprises étonnantes : les toponymes sont grecs, tels Nice, Antibes, Grenoble, La Napoule, latins, germaniques ou gaulois.

Et que dire des nombreuses racines grecques à partir desquelles on a créé une quantité étonnante de mots français ? Je pense à : thèque, dépôt, potamo, cours deau, oro, montagne, xylo, bois, caco, mauvais, derme, peau, dactylo, doigt, xéno, étranger, macro, grand, crate, qui gouverne, phage, qui mange, logo, discours, graphie, écriture, théo, Dieu, hydro, eau, glotto et gloss, langue, micro, petit, morphe, en forme de, scope, qui observe, logie, science, thalasso, mer.

Dès lantiquité, la médecine choisit la langue grecque pour désigner maladies et organes du corps humain et animal. Que lon pense à céphal, tête, hémato, sang, rachi, moelle épinière, angio, vaisseau, oto, oreille, encéphal, tête, ophtalmo, œil, neur et nevr, nerf, asthénie, faiblesse, pyret, fièvre, plégie, paralysie, traumat, blessure, thérapie, traitement, soin, stomato, bouche, cardio, cœur, gastro, estomac, cyst, vessie, néphro, rein.

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Rhino, nez, entéro, estomac, histo, tissu, pod, pied, chiro, main, algi, douleur, manie, obsession, tomie, action de couper, septi, infection, phrénie, maladie mentale, nous expriment doù vient la langue française.

Tout secteur de la vie française se dit à lintermédiaire de la langue grecque : le bien et le mal (eu-, bien, dys, de dus-, mal), le même (auto-, de autos, soi-même) et lautre (allo-, hétéro-), lêtre (onto-) et le paraître (pseudo-, de pseudes, faux), les quantités (oligo-, hyper-, hypo-, pan- et panto- tout, de pan, pantos, tout, holo-, tout entier, iso, égal), lespace (péri-, autour, -drome, course, de dromos), la distance (télé-), le mouvement (ciné, de tinein de kinêma, mouvement), le temps (chrono), les qualités (call-, de kallos, beauté), les matières (lith- / litho-, pierre), les formes (morph- / morpho-), le monde vivant (bio-, vie), le corps humain (som- / somat-), les animaux (zo- / zoo), les plantes (phyt- /phyto-), lhomme et la société (anthrop- / anthropo-), le travail (ergo-, de ergon, travail), les arts (glyptho- / glyph-, de gluptos, gravé et gluphê, gravure, -style, de stulos, colonne), la religion (christ-, de khristos, oindre), le sport (stade, de stadion, piste de course de 177,60 mètres), la mort (cimetière, de koimêtêrion, dortoir), etc.

Beaucoup de Français portent un prénom grec : Agathe, Alexis, Alexandre, Amélie, Angèle, Barbara, Ariane, Basile, Catherine, Christian, Christophe, Étienne, Eugène, Georges, Hélène, Hippolyte, Iris, Jérôme, Léon, Marguerite, Mélanie, Monique, Nicolas, Philippe, Sébastien, Simon, Sophie, Théophile, Ulysse.

Le lexique de toute la science moderne se calibre sur la langue grecque, de gaz à oxygène, de iode à chlore, délectron à azote, de polémologie à sémantique, de mélanine à cyanure, de chlorophylle à télescope, de cosmonaute à astronaute, de nucléaire à électricité, de mécanique à cathode, de biomécanique à téléconférence, de aérodrome à photographie, de météorologie à rhéostat, de microscope à radioscopie, de linotype à technologie.

Pour bien parler, pour bien écrire, pour être fier de ses propres origines, il faut lire ce livre, un texte douverture et de dialogue, contre les fermetures de notre temps.

Giovanni Dotoli

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Jean-François Sablayrolles, Les néologismes. Créer des mots français aujourdhui, Paris, Éditions Garnier, 2017, 96 p., « Les Petits Guides de la Langue française Le Monde ».

Ce petit livre de la série des Petits Guides de la Langue française Le Monde, parrainés par lacadémicien Érik Orsenna, pose les immenses et merveilleux problèmes de la vie de la langue – en ce cas la langue française.

Une langue évolue au fil du temps. Des mots disparaissent et dautres naissent, en un concert linguistique qui fait partie de la vie humaine, dans toute couche sociale.

Depuis le xviiie siècle, on appelle « néologismes » les mots nouveaux. Des questions fondamentales se posent à linstant. Cest quoi un néologisme ? Quelle est la durée du mot « nouveau » ? Comment il naît ? Naît-il comme une erreur ?

Jean-François Sablayrolles, avec sa grande compétence, analyse ici toutes les façons de création dun mot. Du néologisme spontané, au néologisme en vogue, à celui qui naît par nécessité, pour combler une lacune. Un rôle crucial ont les écrivains, qui se révèlent comme de superbes inventeurs de mots, de tournures et de phrases.

Le peuple aussi bien que les institutions sont de merveilleux créateurs de mots. Loïc Depecker parle justement d« invention de la langue », dans son livre Linvention de la langue : le choix des mots nouveaux (Paris, Armand Colin - Larousse, 2001).

Jean-François Sablayrolles fixe le pourquoi des néologismes : « désir de combler des trous lexicaux », « besoin de transcatégoriser », « raisons énonciatives et pragmatiques », « création de mondes », enfin « défense et illustration de la langue française » (p. 27-31). Les procédés de formation aussi trouvent une belle place, daprès des « matrices » internes et externes (p. 32-77).

Ce phénomène linguistique universel est passionnant. Il prouve que lêtre humain est un créateur qui sait sadapter à toute situation, 413dans le plaisir de la découverte, en renouvelant sa langue et sa façon de regarder le monde.

Celeste Boccuzzi

Université de Bari Aldo Moro

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Ophélie Wattier, La langue française : un usage genré, Paris, LHarmattan, 2018, 128 p., « Questions contemporaines / Série questionner le genre ».

« Le masculin lemporte toujours sur le féminin ». Cette règle de Vaugelas, confirmée au xviiie siècle par la célèbre phrase de Nicolas Beauzée, en 1767, « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle », lemporte dans la mentalité générale.

Ophélie Wattier, qui lutte contre la discrimination à légard des femmes, étudie les sources de ces discriminations et « le caractère partiel et genré de la langue française ».

Il est vrai que lAcadémie française vient de se prononcer en faveur dune ouverture à la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de titres et de grades, à une très large majorité (seules deux voix se sont élevées contre), dans un rapport émanant dune commission détude composée de Gabriel de Broglie, Michael Edwards, Danièle Sallenave et Dominique Bona.

Mais est-ce quil suffit de légiférer dans cette matière ? Hélas la non féminisation apparaît presque comme naturelle, instinctive et immuable. Cest quelle est la fruit dune volonté politique culturelle et morale, avec des conséquences symboliques et réelles. La domination du masculin est ancrée dans la société.

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Lautrice de ce livre pose toutes les questions qui sont à la base de cette situation. Légalité est loin de saffirmer. Cest un système de valeurs qui la refuse.

Il faut lutter contre cette règle injuste. Cest en effet une question de langage sexiste, de professions et de fonctions genrées. La France est en retard sur la parité en matière de langage. Ce qui comporte une « perception réductrice du rôle social des femmes », un « rabaissement social » (p. 49), « une hypersexualisation du corps » (p. 51) et une exclusion de la femme dans la citoyenneté, la vie politique et publique, linégalité salariale, les discriminations sociales et domestiques, des violences qui ne cessent pas (p. 54 et suiv.).

Il faut promouvoir par contre un langage non sexiste. Mais, heureusement, la société civile est en avant par rapport aux normes qui résistent depuis des siècles.

Cest un livre très utile pour comprendre et pour faire avancer la solution dun folle discrimination.

Celeste Boccuzzi

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Marie-Françoise Marein, Bérengère Moricheau-Airaud, Christine Copy, David Diop, Les illusions de lautonymie, La parole rapportée de lautre dans la littérature, Paris, Hermann, 2018, 390 p.

La parole rapportée est une illusion. Elle masque, sous le trompe-lœil, une fidélité que ne lest pas. Toute parole représentée fait une réduction inévitable.

Cette tension concerne le discours direct et par conséquent lautonymie. Rapporter le discours de lautre signifie se lapproprier.

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Chercheurs, antiquisants, littéraires, linguistes et stylisticiens fixent lhétérogénéité énonciative des illusions autonymiques dans le discours direct de lAutre.

La fidélité littérale serait-elle une illusion ? Est-il vraiment possible de transcrire le discours de lAutre ? La spécialiste de lautonyme Josette Rey-Debove écrit de façon claire : « Prenez un signe, parlez-en, et vous aurez un autonyme » (Le métalangage : étude du discours sur le langage, Paris, A. Colin, 1977, p. 144). Le fait autonymique est un discours sur le signe lui-même. Cest la langue qui parle delle-même. Le langage humain se prend alors pour objet. Il réfléchit sur sa propre nature.

Daprès les linguistes, cest une spécificité du langage humain. Roman Jakobson lavait déjà compris, en parlant de « fonction métalinguistique ». Émile Benveniste lui aussi, lequel observe en profondeur : « La langue peut prendre pour objet nimporte quel ordre de données et jusquà sa propre nature » (Problèmes de linguistique générale II, Paris, Gallimard, 1974, p 97).

Daprès ce dernier, cest là le pouvoir majeur de la langue, qui sénonce en continuation. Langage sur le langage. Cest un véritable sous-système de la langue, daprès Josette Rey-Debove. Il faut revenir à la « langue comme système ».

La langue se parle hic et nunc. Sa connotation autonymique est unique. Les animaux nont pas cela. « Lautonyme a [] pour caractéristique de prendre le signe tout entier en référence » (p. 8). Cela bloque la synonymie, même si lautonyme « nest pas innocent » (Josette Rey-Debove, cit., p. 109-110).

Il y a une non-textualité de lautonymie, et une « perception du discours comme produit de linterdiscours » (p. 10) : « ça parle », « avant, ailleurs et indépendamment » (Michel Pêcheux, Les vérités de La Palice, Paris, Maspero, 1975, p. 147).

Ainsi ce livre peut-il traiter de la littérature antique et de la moderne, du discours sur létranger, de la subversion du discours autre, et de son assimilation. Parmi les cas cités, à retenir : Jean de La Bruyère, Octave Mirbeau, Charles Nodier, Aloysius Bertrand, Marcel Proust, éierre Loti, Hélène Cixous.

Cest un livre fort utile pour les linguistes aussi bien que pour les littéraires. Il ouvre de nouveaux espaces à lanalyse du discours.

Celeste Boccuzzi

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Xavier Blanco, Salah Mejri, Les pragmatèmes, préface dAlain Rey, Paris, Classiques Garnier, 2018, 214 p., « Domaines linguistiques ».

En préfaçant le livre de X. Blanco et S. Mejri récemment paru, Alain Rey qualifie le pragmatème comme un « hellénisme moderne » qui est toutefois « mystérieux pour limmense majorité des francophones » (Rey, p. 7). Conçu par Igor Melčuk dans le cadre de la Théorie Sens-Texte à lépoque de ce « remue-ménage conceptuel » que les sciences du langage ont connu au xxe siècle, le concept de pragmatème reste toujours enveloppé dun mystère, et non seulement pour les francophones. Et pourtant il ne sagit nullement dun phénomène marginal, mais dunités linguistiques dont chaque langue comporte plusieurs milliers, certaines avec une fréquence demploi très élevée. Nous nous en servons quotidiennement, dans les contextes les plus différents, par exemple, en lisant le mode demploi dun produit, en écrivant des messages ou, tout simplement, en prononçant Au revoir ! ou Ne quittez pas. Il est donc difficile de surestimer limportance de louvrage pionnier de Xavier Blanco et de Salah Mejri, consacré entièrement aux pragmatèmes. Par son exhaustivité, la diversité des thèmes abordés, la richesse dexemples analysés, il constitue une source dinformation extrêmement importante pour tous ceux qui sintéressent aux universaux du langage.

La recherche de Xavier Blanco et de Salah Mejri est structurée en quatre chapitres principaux : le premier aborde les questions définitoires, le deuxième et troisième se concentrent sur les problèmes du recensement et du traitement des pragmatèmes dans les dictionnaires ainsi que dans les ouvrages dapprentissage et de référence, et, enfin, le dernier, nous offre un inventaire lexicographique de ces unités linguistiques particulières.

Le premier chapitre, qui sert de base théorique pour cette monographie, repose sur les trois points essentiels suivants. Partant du constat que « seul lusage est à lorigine des pragmatèmes » (p. 26), les auteurs estiment, en premier lieu, quen tant que sous-classe de phrasèmes, les pragmatèmes sont des énoncés autonomes non libres, fondamentalement 417polylexicaux (même si les pragmatèmes monolexicaux ne sont pas tout à fait marginaux). Ils partagent, à ce titre, un certain nombre de caractéristiques phraséologiques, mais ils ont un sens souvent compositionnel. En deuxième lieu, les chercheurs attirent lattention sur le fait que les pragmatèmes prototypiques, à la différence des autres classes de phrasèmes restreints, sont « en plus ancrés dans la situation de communication » (p. 35) et ils maintiennent avec elle des relations déictiques. Celles-ci peuvent être temporelles (À demain, Bonne journée, Joyeux anniversaire !), spatiales (Entrée interdite, Issue de secours, espace fumeurs), instrumentales (Allô ?), etc. Enfin, le dernier point, dune importance majeure, concerne, selon les auteurs, « la ritualisation » des pragmatèmes. Il sagit dun processus diachronique « qui est en fait un produit non seulement linguistique, mais également de nature anthropologique (voir les indications sur les produits alimentaires et les médicaments, les panneaux de signalisation, les formules de salutation, etc.) » (p. 22).

Les trois dernières parties du premier chapitre sont consacrées aux pragmatèmes dans la typologie générale des phrasèmes. Les auteurs de louvrage prêtent une attention particulière à une distinction qui est fondamentale pour leur étude, à savoir la distinction entre phrasèmes sémantico-lexicaux et phrasèmes lexicaux. Appartenant avec les clichés (des énoncés du type Quelle heure est-il ? Cest la vie !) et les parémies (proverbes, phrases proverbiales, dictons) à une des trois classes majeures des phrasèmes sémantico-lexicaux, les pragmatèmes ont une structure sémantique qui nest pas choisie librement par le locuteur. Liée inséparablement à un certain contenu conceptuel, elle reste toujours le moyen privilégié dexprimer ledit contenu. Ainsi, afin dadresser les vœux de Noël à quelquun, on se sert dun phrasème sémantico-lexical « Joyeux Noël ! », même si dautres combinaisons de mots (Jespère que vous passerez un Noël fort agréable ou Que les fêtes de Noël vous soient douces) seraient, à priori, compréhensibles dans ce contexte-là.

Le deuxième chapitre de ce livre concerne la lexicographie monolingue, bilingue et spécialisée. Sa première partie est consacrée au traitement des pragmathèmes dans les grands dictionnaires monolingues du français. Elle sappuie sur la recherche empirique précédente de Xavier Blanco qui consistait à consulter de façon systématique le recensement et la description lexicographique des pragmatèmes dans le Trésor de la Langue Française informatisé (désormais TLFi) et dans le Grand Robert de la Langue 418Française version électronique (désormais GRLFi), à partir dune liste de 250 pragmatèmes auparavant établie. Pour la commodité de la présentation, les auteurs ont regroupé les observations en quatre sections qui correspondent aux différentes configurations morphosyntaxiques des pragmatèmes étudiés. Ainsi, il sagit de syntagmes nominaux, formés par Nom + Adjectif (Accès interdit ; Eau non potable ; Service compris), Adjectif + Nom (Libre service ; Pur coton), Nom + Préposition + Nom (Danger de mort ; Issue de secours) ainsi que de formules du type Défense de [] ou Prière de [] (Défense de fumer ; Prière de ne pas déranger), de syntagmes nominaux, plus complément (Liquidation totale avant cessation dactivités ; Stationnement autorisé dimanche et jours fériés ; Tarif réduit sur présentation dun justificatif), de syntagmes adjectivaux (Lavable en machine ; Interdit à []) et, finalement, de syntagmes verbaux (Attachez votre ceinture ; Servir chaud ; Entrez sans frapper). Lanalyse effectuée dans cette partie de louvrage a permis aux auteurs de tirer des conclusions peu optimistes et assez alarmantes. Même le TLFi et le GRLFi, ces deux dictionnaires excellents et reconnus universellement, « non seulement ne décrivent pas de façon adéquate les pragmatèmes mais, dans la plupart des cas, ne les mentionnent même pas » (p. 70). Il sest trouvé quà peine 30 % des unités du corpus élaboré peuvent être considérées comme présentes dans au moins un des deux grands dictionnaires consultés : les lexicographes ont « tendance à les considérer, à tort, non comme des unités linguistiques, mais comme des formations syntagmatiques libres » (p. 60). Daprès Xavier Blanco et Salah Mejri, ceci est dû au fait que le pragmatème nest pas encore reconnu et identifié comme une unité linguistique particulière.

Un examen, même un peu sommaire, des dictionnaires spécialisés du français ou incluant le français comme une des langues de description, a offert aux auteurs du présent livre un panorama plutôt décevant concernant le traitement des pragmatèmes. Toutefois, comme le soulignent Blanco et Mejri, « la consultation fréquente de ces ouvrages permet de “dénicher quelques perles” » (p. 94).

La lexicographie bilingue, paraît-il, est beaucoup plus accueillante aux pragmatèmes, car leur encodage ne peut pas être considéré comme « allant de soi pour des raisons évidentes » : ce processus met « en relief le caractère restreint, et donc non prévisible, des pragmatèmes » (p. 72). Et pourtant lanalyse des meilleurs échantillons de la lexicographie 419bilingue français-anglais (le Grand Dictionnaire Hachette-Oxford, 2007, Le Robert & Collins, 2010) et de la lexicographie bilingue espagnol-français (le Diccionario Larousse Español-Francés, 2003 et le Diccionario Espasa Grand, español-francés, 2000) a permis aux auteurs de mettre en relief plusieurs cas problématiques dans le traitement des pragmatèmes. Comme le soulignent Xavier Blanco et Salah Mejri, ces énoncés autonomes, ayant un ancrage à la fois lexical et situationnel, ritualisés, croisant généralement des faits relevant de la performativité, de la stéréotypie langagière et comportementale, dépassent dans certains cas le cadre strictement linguistique pour engager une dimension anthropologique, et cest cette dernière dimension qui pose le plus de difficultés pour les lexicographes. Les équivalences proposées dans les dictionnaires sont le plus souvent des équivalences approximatives et non parfaites, et elles nimpliquent nécessairement ni les mêmes contenus sémantiques ni les même contraintes énonciatives. Cest pourquoi assez souvent les dictionnaires bilingues ont du mal à apporter des solutions satisfaisantes pour la traduction des pragmatèmes.

Le troisième chapitre du livre de X. Blanco et de S. Mejri est consacré à lanalyse des manuels de FLE, des grammaires et des guides de conversation, destinés aux apprenants des langues étrangères. Le matériel quils contiennent et les tâches communicatives quils prévoient correspondent le plus souvent au Niveau de découverte (A1) ou au Niveau de survie (A2) daprès le Cadre Commun Européen de Référence pour les Langues. Et pourtant, à un certain degré, il sagit douvrages qui, par leur lecteur cible et même par leur contenu, sapparentent aux dictionnaires bilingues, même si ces derniers sont dhabitude ciblés sur le Niveau intermédiaire avancé (B2) et le Niveau élevé de maîtrise de la langue (C1). Nous trouvons très intéressante la partie de ce chapitre qui traite des guides de conversation. Dhabitude ils attirent peu dattention des linguistes : perçus comme des produits strictement utilitaires, ils sont traités de la même manière suspecte que toutes les « méthodes miracle » dans lapprentissage. Malgré tout, un guide de conversation de bonne qualité peut savérer fort utile pour lusager car il peut lui permettre darriver à produire et à comprendre des mots-clés, des expressions les plus courantes et même des phrases plus spécifiques, liées à ses besoins particuliers ou des situations concrètes. Létude synchronique extrêmement riche des pragmatèmes dans les guides de conversation du 420russe, de lallemand, de lespagnol et du français qui sappuie sur les recherches précédentes de Xavier Blanco est sensiblement approfondie par létude diachronique des pragmatèmes français dans des Manières de langage, recueil de dialogues-modèles de la fin du xive et du début du xve siècle. Du premier point de vue, cet ouvrage ne devrait certainement pas ressembler aux guides de conversation actuels, car les dialogues présentés étaient destinés à être appris par cœur et utilisés selon le besoin. Et pourtant, comme le soulignent les auteurs, leur plan général est comparable à celui des guides de conversation de nos jours. On y trouve, par exemple, des rubriques Partir en voyage, Les préparatifs de voyage, Le repas dadieu, En route : demander son chemin. Ayant organisé la présentation des pragmatèmes des siècles reculés par actes de parole (Saluer, remercier, Inviter, demander et proposer), les auteurs nous offrent des observations très intéressantes en montrant comment ces phrasèmes sémantico-lexicaux font revivre, en quelque sorte, une époque disparue.

Enfin, le dernier chapitre du livre est consacré à linventaire lexicographique des pragmatèmes. Le mot inventaire remplace ici le mot dictionnaire qui, de nos jours, est devenu un certain « passe-partout », nommant des ouvrages qui ne sont pas strictement lexicographiques. Les auteurs y recourent afin de montrer que le pragmatème comme une unité de type phrastique exige un format de description différent de ceux qui sont appliqués pour des unités lexicales. En circulant avec X. Blanco et S. Mejri par les structures principales de louvrage lexicographique, à savoir la macrostructure (lensemble des lemmes formant la nomenclature), la microstructure (larticle lui-même qui inclut le pragmatème) et la mésostructure (les éventuelles sous-entrées et la mise en relation des pragmatèmes en langue source avec des pragmatèmes en langue cible), nous prenons conscience de tous ces problèmes extrêmement complexes, des difficultés incontournables, liées au traitement lexicographique des pragmatèmes.

Finalement nous voudrions nous arrêter sur les deux derniers points qui nous paraissent importants. Premièrement, sur la partie conclusive du livre. Il est bien évident que le texte principal de louvrage est suivi, comme cela est dusage dans les recherches, de conclusions argumentées et convaincantes. Ce qui est vraiment inattendu et prometteur, ce sont des questions « en suspens » qui suivent les conclusions et sur lesquelles, il faut lespérer, reviendront X. Blanco et S. Mejri un jour.

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Deuxièmement, nous voudrions attirer lattention des lecteurs sur lindex alphabétique des pragmatèmes principaux. Réunis sur une douzaine de pages, ils seront de valeur inestimable non seulement pour les lexicographes mais aussi pour les traducteurs et les enseignants du FLE.

La recherche de Xavier Blanco et de Salah Mejri qui, chapitre après chapitre, décortique plusieurs aspects relatifs à la nature, au fonctionnement et à la présentation des pragmatèmes, en montrant leur rôle majeur pour la lexicographie, lenseignement, la traduction et le traitement automatique des langues, est, sans aucun doute, un des événements linguistiques les plus remarquables et originaux des dernières années qui servira de référence incontestable dans toute étude ultérieure des phrasèmes.

Danguolė Melnikienė

Université de Vilnius, Lituanie

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Giovanni Dotoli, Le dictionnaire historique de la langue française dAlain Rey, préface de Danièle Morvan, Paris, Hermann, 2018, 107 p., « Vertige de la langue ».

On le sait parfaitement : plus un ouvrage est dense, étoffé, novateur, plus la tâche du chercheur, tenté de lanalyser, est compliquée. Il se retrouve face aux dizaines et dizaines de problèmes à décortiquer, afin de pouvoir les présenter au lecteur dune manière concise et claire. Il avance néanmoins, chapitre par chapitre, et cest la structure elle-même du livre qui le mène et qui lui sert de fil conducteur.

Mais comment procéder à lanalyse dun dictionnaire, cette immense mosaïque de langue qui éclate en dizaines de milliers de mots-morceaux, 422dont chacun « raconte une histoire, souvent romanesque et pittoresque, toujours révélatrice1 » ? Comment trouver cette approche transversale, susceptible de relever toute envergure dun projet lexicographique ? Giovanni Dotoli détient, de toute évidence, la clé de ce secret, car il se lance hardiment « dans laventure dun commentaire » (formule de Danièle Morvan) à louvrage qui est le véritable monument lexicographique du xxe et du xxie siècle. Il sagit du Dictionnaire historique de la langue française dAlain Rey, notamment de sa septième édition de 2016 que G. Dotoli considère comme une « synthèse unique [] de dix siècles du voyage fascinant de la langue française, lhistoire merveilleuse et détaillée de 60 000 mots, leur généalogie, avec des surprises inattendues » (p. 29-30).

Afin de relever au lecteur lessence de ce « travail dune vie » qui, dailleurs, à part de nombreux comptes rendus, na été lobjet que de deux essais pour les éditions précédentes2 et pour replacer « cette entreprise colossale » dans un vaste contexte historique, Giovanni Dotoli structure son livre en huit chapitres. Cette organisation de son étude ne laisse rien au hasard : elle offre dabord la vue panoramique sur lensemble des ouvrages qui sont ou prétendent être des dictionnaires historiques, puis elle se focalise sur le projet du Dictionnaire dAlain Rey, ses particularités méthodologiques, larchitecture de son corpus, lanalyse du mot, perçu comme « le résultat de la fabrique du temps » (p. 51), et aboutit enfin au chapitre conclusif, intitulé, Une œuvre dart. Un titre paradoxal ? Pas du tout, car « le dictionnaire est un véritable texte, à tous les effets » (p. 84), contenant « lhistoire, la mémoire, la musique, le film du savoir, la vision du monde, le roman poétique de la langue, le voyage par un documentaire de mentalités » (p. 83).

Le premier chapitre, Le dictionnaire historique, commence par une phrase qui, à un premier coup dœil, peut paraître inattendue mais qui sert, à notre avis, dune parfaite introduction à la problématique. Ainsi lisons-nous : « le dictionnaire historique de la langue est un genre qui 423fait peur au linguiste, à lhistorien et au chercheur lui-même » (p. 13). Lanalyse minutieuse des sources lexicographiques, effectuée par lauteur, le confirme pleinement. Malgré quelques tentatives3 ou des projets qui se sont bloqués4, les dix volumes du premier dictionnaire historique de la langue française ne fera sa parution quentre 1875 et 1882, sous le titre Dictionnaire historique de lancien langage français ou Glossaire de la langue française depuis son origine jusquau siècle de Louis XIV. Réalisé pendant la seconde partie du xviiie siècle par Jean-Baptiste de Lacurne de Sainte-Palaye, ce dictionnaire est « un pot-pourri, un mélange de textes, de vocabulaires de langues, détats de la langue ancienne et de celle de Michel de Montaigne, bourré de manuscrits, hélas sans renvois dune forme à lautre » (p. 16). Et pourtant, il est « dune grande utilité » : cette « mine de citations » restera un ouvrage incontournable pour les dictionnaires historiques ultérieurs.

Dans ce premier chapitre, Giovanni Dotoli présente également dautres dictionnaires importants du xixe et du xxe siècle à contenu historique, tels que le Dictionnaire de lancienne langue française et de tous ses dialectes du ixe au xve siècle (1881-1902) en dix volumes de Frédéric Godefroy, le Dictionnaire général de la langue française (1889-1901) en deux volumes dAdolphe Hatzfeld, Arsène Darmesteter et Antoine Thomas, le Dictionnaire étymologique et historique du gallo-romain (1952-2002) en 25 volumes et 160 fascicules de Walter von Wartburg, enfin, le Dictionnaire étymologique et historique de la langue française (1938) dAlbert Dauzat. Malgré la richesse dinformation y incluse, ces dictionnaires restent plutôt centrés sur létymologie et non sur lhistoire des mots depuis leur origine jusquà lépoque de leurs créateurs. Il ny a rien détonnant donc qu« à la fin du siècle dernier, la langue française ressentait la nécessité dune synthèse temporelle, après mille ans dexistence » (p. 21). Et voilà quune telle synthèse, se situant sur la lignée de ses devanciers, paraît 424en 1992, aux éditions le Robert, sous la direction dAlain Rey et avec la collaboration de Marianne Tomi, Tristan Hordé et Chantal Tanet.

Comme le souligne G. Dotoli, au début du deuxième chapitre, le Dictionnaire historique de la langue française dAlain Rey a connu un succès énorme : plus de 200 000 exemplaires vendus depuis 1992. Quelles sont les raisons de ce triomphe lexicographique, jamais connu pour ce type douvrage spécialisé ? Les chapitres qui sen suivent nous donnent des réponses bien argumentées et réfléchies.

Tout dabord, comme le souligne G. Dotoli, cest un dictionnaire extrêmement érudit, puisant ses forces dans une grande tradition de la recherche française et européenne de plusieurs siècles, dans les dictionnaires anciens et modernes à contenu historique et rendant hommage aux « admirables chroniqueurs de la culture que furent les poètes-chanteurs du Moyen Âge », « aux savants exaltés de la Renaissance », « aux moines qui sy sont consacrés toute une vie, aux historiens de la langue et aux étymologistes, même les plus fous » (p. 20) (chapitre ii, Le dictionnaire historique de la langue française dAlain Rey).

Puis, cest la rigueur de la méthodologie, qui fait la force de ce dictionnaire et permet déviter le danger de la confusion, qui guette toujours, face à limmense quantité de matériaux à décrire. Lauteur de ce livre cite la Préface à la première édition où Alain Rey expose lessence de sa méthode « simple ». Elle prévoit le découpage de larticle en deux ou trois parties. Si le mot na aucun dérivé, il est traité en deux paragraphes, le premier concernant ses origines, avant le français, le second son histoire. Quand dans larticle il sagit dune forme héritée, venue du latin populaire des Gaules ou du germanique, ceci est indiqué respectivement par (L) ou (G). Si ces symboles dans larticle sont absents, on est face à lemprunt, au latin, au grec ou à une langue vivante. Enfin le point dinterrogation montre que létymologie du mot français est inconnue ou très controversée. Giovanni Dotoli souligne que cette simplicité de la structure témoigne aussi de la clarté et de la précision, qualités indispensables à tout dictionnaire de grande qualité (chapitre iii, Méthode).

Une des choses les plus importantes dans lévaluation dun dictionnaire, cest lenvergure du projet. La septième édition dont la mise à jour a été réalisé par Alain Rey tout seul, pour des raisons dharmonisation générale, est le résultat dune recherche menée sur plus de 400 000 textes issus de Gallica, le site de la Bibliothèque nationale de France. Ce 425sont plus de 10 000 mots, expressions et sens décrits ajoutés, 200 pages daugmentation totale par rapport aux six éditions et réimpressions précédentes.

Quels mots, non enregistrés avant, sont insérés dans la nouvelle version du dictionnaire ? Il faudrait probablement mentionner que pour lutilisateur moyen le dictionnaire historique est le plus souvent associé aux mots, venus jusquà nous depuis la nuit des temps. En évoquant le lexique nouvellement introduit dans ce Dictionnaire, Dotoli montre combien ce point de vue est erroné : les nouveaux ajouts au dictionnaire représentent, au contraire, les mots nouveaux du français moderne qui correspondent aux divers aspects du langage. Il sagit de lexèmes appartenant aux différentes sous-langues, telles que les usages régionaux du français (espace : ambianceur, bidous, bobettes, sépivarder, etc.), les langues sociales (milieu : bader, bédi, bolos ou boloss, foutraque, se murger, buzz, buzzer, femen, hipster, etc.), les langues thématiques (activité : broker, pitch, casting, bug, Facebook, hashtag, numérique, etc.), etc. Un autre aspect très important de ce Dictionnaire, mis en relief par lauteur du livre, concerne la structure des articles qui peuvent se lire « comme des arbres généalogiques ». « Ce sont des schémas qui illuminent la langue, et la recherche du linguiste. Derrière chaque mot, Alain Rey révèle un monde, de la vie et des rêves engendrés par le mot » (p. 39, chapitre iv, Corpus de larbre).

Selon Giovanni Dotoli, le Dictionnaire historique de la langue française dAlain Rey « est louvrage le plus avancé réalisé à ce jour sur létymologie de la langue française » (p. 45). En intégrant les recherches de ses fameux prédécesseurs, tels que Friedrich Christian Dietz, Auguste Scheler, Oscar Bloch et Walter von Warburg et Albert Dauzat, « létymologie du lexique français y atteint une exactitude exemplaire » (p. 52). Et pourtant, daprès lauteur du livre, « létymologie tout court ne suffirait pas pour montrer le temps du mot » (p. 52). Un immense mérite du dictionnaire dAlain Rey est de « saxer sur le temps du mot, à travers létymologie » (p. 56), car « le voyage du mot est éternel, et quil renaît même quand il semble mort depuis très longtemps » (p. 54). Finalement, daprès Dotoli, louvrage dAlain Rey témoigne que derrière le temps du mot et son étymologie, il y a une philosophie, et un plan de mentalité. « Cest grâce à ce sens du temps quil est possible de quitter lâge dor du français pour en arriver à la réalité daujourdhui, époque du 426plurilinguisme, qui pour la langue française et un nouveau défi face à lavenir » (p. 64)(chapitres v, vi, vii, Sémantique du temps, Récit du mot, Le français en mouvement).

Enfin, la nouveauté majeure du Dictionnaire historique de la langue française dAlain Rey, qui est largement appréciée par le grand public et qui rend ce dictionnaire vraiment démocratique, est exprimée par une phrase de sa présentation promotionnelle que Giovanni Dotoli évoque quelques fois dans son livre. « Un dictionnaire à lire comme un roman », cest un dictionnaire qui nest pas alourdi par le métalangage sophistiqué, destiné aux happy fews. Cest un dictionnaire dont le but est « décrire avec les mots de tous, dans un français lisible, létymologie et lhistoire des mots français5 ».

Et en finissant ce compte rendu, nous voudrions passer la parole à Danièle Morvan, qui a signé la magnifique préface du livre de Giovanni Dotoli. Daprès cette grande lexicographe et métalexicographe française, qui a vu tous les états du dictionnaire naissant, « y compris les premières bribes du texte6 », le livre de G. Dotoli « donne à voir des qualités qui sont en général évacuées par des commentaires utilitaires, des critiques ponctuelles ou même des admirations sans arguments. En cela, son livre, livre dadmirateur, livre dun poète, livre damitié, est aussi un livre qui peut ouvrir des pistes de recherche et de réflexion, pour qui sait que, en plus de lintelligence, du savoir, de la volonté et du courage au travail, le lexicographe peut avoir du style7 ».

Il ne nous reste quajouter que le livre de Giovanni Dotoli servira, sans aucun doute, de cicerone dune érudition et dune expérience impressionnante à celui qui voudra approcher le Dictionnaire historique de la langue française dAlain Rey, ce « monument ouvrant les portes du rêve » (p. 90).

Danguolė Melnikienė

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Émilie Née, sous la direction de, Méthodes et outils pour lanalyse des discours, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2017, 250 p., « Didact Méthodes ».

« Les chercheurs en Sciences humaines et sociales (SHS) disposent aujourdhui dune masse de données textuelles immédiatement disponibles via linternet, et le traitement de ces données les confronte à des questions nouvelles : quels outils statistiques et informatiques utiliser, quelles méthodes mettre en œuvre (comment organiser ces données en corpus par exemple), mais aussi, dans quel cadre théorique ? » (p. 9).

Cest ainsi que souvre ce collectif écrit à six mains (Émilie Née, Christine Barats, Serge Fleury, Jean-Marc Leblanc, Frédérique Sitri, Marie Veniard).

On essaye de répondre à ces questions capitales, sous un angle particulier, « celui de lanalyse du discours ». Le lecteur ne peut pas ne pas choisir une méthode, en affrontant les grandes questions de constitution dun corpus, du choix des logiciels, de linterprétation des phénomènes observés.

Analyse informatique et analyse du discours marchent de pair. On analyse les types de discours les plus courants, la fonctionnalité des logiciels, lhistoire des concepts, selon des points de vue différents : science politique, informatique textuelle, linguistique informatique, énonciation, sémantique.

Cest un livre très important pour les sujets traités, presque en avant sur les grands thèmes linguistiques de notre temps : statistique linguistique et lexicale, analyse du discours en dialogue avec la lexicométrie, textométrie, sémantique interprétative, analyse de données textuelles, traitement automatique des langues, linguistique de corpus.

« Cet ouvrage se situe globalement dans le courant danalyse du discours qui sest développé en France à partir des travaux de Jean Dubois, avec laccent mis sur lancrage social et politique du mot et sur le retour, dans un discours, de séquences posées comme équivalentes, 428et à partir des théorisations élaborées par Michel Pêcheux et, dans une certaine mesure, par Michel Foucault » (p. 12).

Opérations parfaitement réussies. On en sait plus sur lanalyse du discours.

Mario Selvaggio

Université de Cagliari

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Les mots disparus de Pierre Larousse, avec une introduction de Bernard Cerquiglini et une présentation de Pierre Larousse par Jean Pruvost, Paris, Larousse, 2017, 222 p.

Nous sommes face à un livre important. À plusieurs titres : lintroduction fondamentale de Bernard Cerquiglini, la présentation sublime de Jean Pruvost, le vocabulaire des mots disparus de Pierre Larousse.

Larousse est léducateur du peuple français. Il affirme quaprès la révolution de 1789, son peuple a besoin dun vrai dictionnaire du peuple et pour le peuple. Le Dictionnaire de lAcadémie ne peut pas remplir cette tache éducative, parce quil traite le bon usage de lhomme cultivé.

Confiant dans la richesse et la générosité de la langue française, Pierre Larousse publie dès 1856 son Nouveau dictionnaire de la langue française, un an avant la parution de Madame Bovary et des Fleurs du Mal. Baudelaire la-t-il consulté pour corriger les épreuves de son chef-dœuvre ? Cest possible. Il adorait les dictionnaires, comme son maître Théophile Gautier.

Il sagit dun soi-disant « dictionnaire manuel », pour le grand public : on laura compris, cest lancêtre vivant du Petit Larousse, dont la première édition paraîtra en 1905.

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La méthode de Pierre Larousse est capitale pour comprendre ce dictionnaire de « mots disparus ». Il faut « daguerréotyper » – néologisme à lui – la langue française. Donc un dictionnaire de la langue contemporaine, la vraie, celle de lusage concret : synchronie pure.

Ainsi à peine 10 % des mots de 1856 résulte en sommeil ou périmé. À ce tableau du xixe siècle, correspond celui dune France qui nest plus de nos jours, « un parler vigoureux » (p. 12), par rapport au Grand Littré, qui comporte de nos jours vingt-cinq mille mots périmés.

Pierre Larousse est en avant sur son temps. Il nest pas loin de nous. Ces mots disparus ont la couleur du temps, mais aussi la force de la vérité et de la correspondance avec la société : par exemple, stéréotypeur, spiritiste, sous-diacre, décréditer, dégouttement, lustreur, locomobilité, liturgiste, lamourette, sous-aide, servilisme.

Mario Selvaggio

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Maria Leo, La terminologie de la bourse et des organismes qui la côtoient, Paris, Hermann, 2016, 262 p., « Vertige de la langue ».

Un bel ouvrage, clair et utile

Passionnée par la recherche lexicologique dont elle est aujourdhui une fine spécialiste, lItalienne Maria Leo qui est titulaire dun Doctorat en lexicologie française, sest consacrée, dans louvrage quelle a publié, en 2016, à Paris, aux prestigieuses éditions Hermann, à létude scientifique de « La terminologie de la Bourse et des organismes qui la côtoient ».

Sappuyant sur une solide bibliographie tout aussi fournie que variée et conduisant son investigation à lintérieur-même du système financier et économique relatif à la Bourse (Bourse de commerce et 430Bourse des valeurs) quelle semble connaître sur le bout du doigt, Maria Leo, après avoir reconstruit très clairement lhistoire de cette vieille institution qui remonte au xive siècle et creuse ses racines dans lAntiquité romaine et dans le troc, sest livrée, dans la 2e grande partie de son ouvrage, à un examen tant minutieux que méthodique du vocabulaire spécifique usité spécialement par les courtiers, les commissionnaires et les agents commerciaux, dans ce vaste domaine déchange, dachat et de commerce, et qui constitue, à lui seul, une espèce de langue spécialisée dont la construction et le fonctionnement sont ceux de la langue en général, cest-à-dire de cet « organisme vivant » animée par une constante dynamique de reproduction, de consolidation, de transformation, de siglaison, de métaphorisation et dauto-enrichissement permanent. Une belle dynamique permettant à la langue de toujours sadapter à lépoque quelle exprime et aux nouvelles découvertes scientifiques, technologiques et culturelles de lHomme. Et cest bien cette dynamique-là que Maria Leo, en analyste attentive, a su reconnaître dans cette langue boursière, quelque peu ésotérique, qui, bien que hautement technique comme un métalangage ou un langage codé, est loin dêtre figée. Suivant une démarche onomasiologique, cest-à-dire une démarche évoluant de lidée ou le concept vers lexpression ou le mot, Maria Leo démontre en effet que cette langue évolue régulièrement avec lévolution de lInstitution quelle représente et exprime et quelle se laisse gouverner par les mêmes principes qui président à lévolution et à lactualisation de tout système de représentation et dexpression. Ainsi est-elle constituée de termes techniques, argotiques, connotatifs, métaphoriques ou imagés et demprunts (surtout à langlais vu la prééminence économique et politique américaine) et de sigles (exemples : « AMF » (Autorité des marchés financiers), « COB » (Commission des opérations de Bourse), « CECEI » (Comité des établissements de crédit et des entreprises dinvestissement), « SCPI » (Société Civile Immobilière), « OMC » (Organisation mondiale de commerce), etc.

En bonne connaisseuse de son domaine de lexicologie, Maria Leo pénètre la structure sémique de tous ces termes constituant ce vocabulaire boursier, la dissèque et la décrypte afin de circonscrire leur nature et la façon dont ils sont constitués. Il y a là un véritable travail de « chirurgien » du langage aux résultats tant utiles que limpides, 431malgré le flou ou lobscurité même qui enveloppent une partie de cette terminologie plutôt inaccessible pour le profane.

En vue de mieux lexaminer et le définir, Maria Leo traque aussi ce vocabulaire boursier dans les meilleurs dictionnaires de la langue française tels le « Grand Robert », le « Petit Robert », le « Grand Dictionnaire Terminologique », le « Littré », le « Dictionnaire de lAcadémie Française » ainsi que de nombreux dictionnaires numériques. Son examen la conduit à affirmer la validité de ces dictionnaires en matière de définitions de ce vocabulaire, mais aussi leurs limites.

Méthodique, claire et écrit dans un français aisé et fort peu compliqué, ce livre de Maria Leo est somme toutes un ouvrage très utile pour tous ceux qui désirent en savoir davantage sur cet « ésotérique » langue qui est celle de la Bourse.

Ridha Bourkhis

Université de Sousse, Tunisie

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Giovanni Dotoli, Dictionnaire et jardin, Alberobello, Paris. AGA, LHarmattan, 2018, 144 p., “LOrizzonte”.

Dès les premières lignes du Dictionnaire et jardin, nous nous retrouvons confronté à un paradoxe ; celui de la surabondance dinformations de ces deux univers et une question nous vient immédiatement à lesprit : « Où est-il né ce lien entre dictionnaires et jardins ? ». Cette argutie, presque invraisemblable, accompagne le lecteur tout au long du texte ; un lecteur curieux, désirant, lui aussi, découvrir dun côté, les affinités électives du monde rigoureux et exigeant des dictionnaires, et de lautre, celles de linstabilité et la fluctuation des jardins, gouvernés par les 432lois dune nature qui se métamorphose tout au long des saisons. Mais quont-ils en commun et pourquoi ?

Il nest cependant point aisé de répondre aussitôt à cette question. Ainsi, faudra-t-il arriver à la fin de lœuvre pour comprendre que “le dictionnaire et le jardin vont sorchestrer”, quécrire cest jardiner”, cest imiter la structure dun arbre qui part de ses racines, en passant par le tronc central, pour en arriver à ses branches, à ses rameaux, à ses feuilles ; et que le classement des mots dun dictionnaire correspondent à la structure dun arbre ; les processus sont les mêmes. Toute classification des mots se présente sous forme darbre. Parcourir un jardin cest parcourir un dictionnaire. Un jardinier et un auteur sont tous deux des créateurs dordre du chaos. Le premier utilise les ciseaux pour prendre soin de son jardin, le second, se sert dun dictionnaire pour soigner son esprit.

Quoique Giovanni Dotoli nous explique demblée que le champ lexical et le champ dun jardin revêtent la même structure organisationnelle exemplaire, nous ne sommes quau début dun chemin qui conduira le lecteur à la découverte de ces deux mondes. La démarche que Giovanni Dotoli a adoptée pour y parvenir partira de la mise en relief de toute une série de faits objectifs inhérents au monde de la linguistique saussurienne et des traités de la langue française. Nous entrons ici dans le domaine scientifique de la langue et du structuralisme. Ce domaine exige de la rigueur. Le texte est la recherche minutieuse de relations entre langue et nature ; les propositions théoriques et méthodologiques permettent dexpliquer les points de convergence et les principes unificateurs de ces deux mondes. Dans dictionnaire et jardin lauteur parcourt minutieusement lhistoire de la langue française et le support des domaines fondamentaux de la science du langage donnent de la rigueur et de la certitude à ce parcours.

Nous arrivons de la sorte à une analyse arborescente des sens et des mots, à une structure équivalente de dictionnaire et jardin. Dictionnaire et jardin ont une mémoire historique. Lire un dictionnaire, cest lire lhistoire du sens des mots. Observer un jardin, cest étudier ses traditions. Ces deux mondes fixent un ordre, un catalogue : dans le domaine du jardin, plantes, fleurs et herbes sont situées sous un code unique, un système dunité, daprès une cohérence, une forme, une nomenclature, une macro et microstructure et cest exactement ce qui se passe pour la classification des mots dans un dictionnaire.

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Giovanni Dotoli, poète de la langue, explorateur des parcours linguistiques, célèbre, avec sa capacité dobservation et danalyse de situations de terrain, un mariage original, le premier pourrions-nous affirmer, entre dictionnaires et jardins. Tout au long du texte le Dotoli linguiste salterne au Dotoli poète. Mais le Dotoli poète nous accompagne toutefois dans le domaine linguistique, suscitant des émotions, éveillant des sentiments dans le domaine des structures objectives qui déterminent le monde des dictionnaires en particulier, et de la langue en général.

« Comme les feuilles tombent sur le déclin des années et des autres naissent, il en est même des mots : les plus anciens passent, les nouveaux fleurissent ». Là, cest le poète qui parle et qui nous explique la naissance des innovations linguistiques apportées par les néologismes. Il explore le monde de lonomatopée avec son histoire, et continue à créer cette union entre langue et nature. Les mots dun dictionnaire possèdent leurs propres sons là où voyelles et consonnes représentent la musique des mots. Et le jardin, quant à lui, possède ses propres notes musicales. Les feuilles et les fleurs sont les instruments musicaux orchestrant harmonieusement le jardin.

La spécificité et loriginalité de lœuvre amènera le lecteur a une acquisition guidée de ce lien fort entre dictionnaire et jardin. Le lecteur deviendra, lui aussi témoin de lunion de ces deux mondes en évolution et il sera conscient quils possèdent tous deux une synergie structurale, significative et sensorielle. Lâme dun dictionnaire, résultera dès lors, plus compréhensible, sa structure, son classement moins obscur et mystérieux. Consulter un dictionnaire signifiera de ce fait parcourir un grand jardin et les paysages lexicographiques et naturels napparaîtront plus si éloignés.

Marilia Sabatino

Lexicographe

1 Dictionnaire historique de la langue française. Lœuvre dAlain Rey dans une nouvelle édition exceptionnelle, Paris, le Robert, 2016, p. 2.

2 Rosa Maria Palermo di Stefano, Le dictionnaire historique de la langue française, in Giovanni Dotoli (sous la direction de), Alain Rey. De lartisanat du dictionnaire à une science du mot, actes du colloque international, Université de Bari Aldo Moro, 12-13 février 2010, Fasano/Paris, Schena/Hermann, 2010 ; Giovanni Dotoli, La symphonie du temps dans le dictionnaire, préface de Jean-Claude Chevalier, Fasano/Paris, Schena / Alain Baudry et C, 2011, p.

3 Au xixe siècle lAcadémie française lance un projet de Dictionnaire historique qui reste inachevé : au lieu de quatre volumes prévus, on na publié que les deux premiers, en 1865 et en 1884. En 1842, Pierre-Marie Quitard édite son Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française : en rapport avec des proverbes et des locutions proverbiales des autres langues, mais ce dictionnaire ne concerne que les proverbes et les locutions adverbiales. Enfin, lEssai dun dictionnaire historique de la langue française de Paulin Paris, paru en 1847, ne représente quune plaquette de 56 pages.

4 Charles Nodier rêve dun dictionnaire historique de la langue de François Villon à Victor Hugo, mais ce rêve ne sera jamais réalisé.

5 Danièle Morvan, Préface. In : Giovanni Dotoli, Le Dictionnaire historique de la langue française dAlain Rey, Paris, Hermann Éditions, 2018, p. 9.

6 Ibid., p. 5.

7 Ibid., p. 12.

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