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Comptes rendus

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Giovanni Dotoli, Le Dictionnaire de la langue française. Théorie, pratique, utopie, préface de Danièle Morvan, Paris, Hermann, 2012, 440 p. (« Vertige de la Langue »).

Quoi de plus captivant, passionnant, enrichissant que la conversation amoureuse et philosophique sur le « livre du monde » (p. 11), symbole même de la réalité, qui nest autre que le dictionnaire. Giovanni Dotoli nous invite une fois de plus1 de dialoguer sur ce « texte-miroir du passage par ce monde » en focalisant toute son attention sur « le dictionnaire de la langue française », « miroir de la langue de France et des nombreux pays qui lont choisie en partage » (p. 11).

En France dont la tradition lexicographique remonte au xvie siècle et qui possède actuellement un immense potentiel dans ce domaine – selon Jean Pruvost « aucun pays en à peine trente ans (1964-1994) ne peut se targuer de disposer de six grands dictionnaires2 », la métalexicographie devient, durant les dernières décennies, un lieu de plus en plus privilégié de la recherche linguistique. Il suffit dy mentionner des ouvrages fondamentaux de Josette Rey-Debove, Alain Rey, Bernard Quemada, Jean Pruvost pour montrer la véritable ampleur de ce phénomène.

Dans ce cadre « loriginalité de la démarche de Giovanni Dotoli relève de cette fécondation, instillation, insémination du savoir par la poétique – et aussi du sens de la formule, illustré dans tant dautres de ses œuvres. Déjà, lordre des sujets abordés, de limprévu au nécessaire, du particulier au plus général, bouscule, voire inverse les perspectives3 ». Ce livre volumineux de 400 pages propose non seulement

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une large réflexion sur de différentes facettes « du dictionnaire du sens total » (p. 179) – dictionnaire général monolingue – décrivant, daprès Josette Rey-Debove, « un ensemble de sous-langues représentées par des regroupements didiolectes ayant en commun des habitudes de langage, notamment et surtout lexicales4 », tels que les langues régionales (espace – ii, x), les langues sociales (milieu – i, ii, iii, v), les langues thématiques (activité – v, viii, ix, xi) et les états de langue (temps – vi, xvii), mais aussi des observations pertinentes sur des ouvrages lexicographiques plus spécialisés, destinés à mettre en relief un des aspects du langage (ix – dictionnaire et culture, xv – dictionnaire et sport).

Le discours passionné sur la lexicographie française, proposant « en forme déventail les thèmes propres au dictionnaire, définitions ou terminologies5 », ne se borne pas aux sujets purement linguistiques. Les deux chapitres (xii et xiii) sont consacrés aux « artistes et artisans du dictionnaire » (p. 214). Tout dabord, à Alain Rey, symbole-même de la lexicographie française du xxe siècle, cet « artiste à plain titre », dont « la linguistique dictionnairique appartient plus à lart quà la banalité sublime de la construction du dictionnaire » (p. 216), puis à Henri Meschonnic, lexicographe, traducteur, poète, pour lequel « le dictionnaire de la langue française est sens du discours, dialogue et communication, ouverture sur le monde et sur les mondes », unissant « loral et lécrit, les littéraires et les linguistes, les théoriciens et les poètes, les philologues et les écrivains » (p. 236).

Mais en fait, existe-il le tandem le plus naturel et le plus sacré que celui de lécrivain et du dictionnaire ? Le livre de Giovanni Dotoli nous apporte la réponse bien documentée et argumentée à cette question. Dans le chapitre xvi, en sappuyant sur des témoignages captivants et parfois surprenants, lauteur dévoile, pas à pas, comment à partir du xviie siècle, « le dictionnaire de la langue française se confirme lami de lécrivain, linstrument de la connaissance, la source de lenchantement, de la découverte et de la croissance culturelle » (p. 316). Le dictionnaire devient pour lécrivain sa principale source de référence : cest dans « le dictionnaire quil découvre le rythme de sa création, la force daller et dinventer, le champ de lépopée des mots » (p. 317) 

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Lanalyse fine et exhaustive de différents aspects du langage dans le dictionnaire tels que sa normalisation, la formation et la description du sens des mots, la définition synonymique, lordre des mots dans la nomenclature etc., conduit lauteur vers un des problèmes les plus épineux de la lexicographie et de la métalexicographie contemporaine : celui du « non conventionnel » dans le dictionnaire (ii).

« La langue non conventionnelle est celle qui ne rentre parfaitement pas dans la convention générale », « cest en somme la langue de linterdit » (p. 19). Daprès G. Dotoli, il ne sagit pas du tout ici dargot ou de langue secrète ou marginale : cest « la langue de tous les jours et la langue de notre vie ouverte et secrète qui est mise en cause ». Comme le souligne Josette Rey-Debove, « le domaine tabou par excellence est la sexualité – au sens freudien –et tout ce qui sen approche6 ». Certes, le but du dictionnaire général nest pas de fixer tous les « mots-scandales » (terme dAlain Rey) possibles ; il ne tient pas non plus à rivaliser avec les ouvrages lexicographiques spéciaux qui traitent exclusivement le lexique de ce type. En même temps, le dictionnaire qui se veut objectif « nest pas un manuel de catéchisme » (p. 19) : trop de « respect de la norme sociale a une action profondément désorganisatrice qui nuit à la fidélité de la description linguistique7 ». Laperçu historique des dictionnaires français amène Giovanni Dotoli à conclure que même à nos jours, malgré « la grande libération de la parole qui sest produite en mai 68 », elle « na pas encore débouché dans le dictionnaire de la langue française » (p. 32). Il sen suit donc « la proposition tout à fait naturelle » de lauteur de faire retourner dans le dictionnaire de la langue française les mots injustement taboués. Dans ce cas-là, « il ne sagit uniquement de restituer à la langue son expressivité et sa vérité, ni dune libération langagière, mais de libérer la langue du dictionnaire de son caractère conventionnel, de ses si je peux me permettre, si jose dire, et de ses guillemets, qui sont une sorte de pardon avant la lettre » (p. 32).

Le mérite incontestable de ce livre consiste dans son intérêt particulier accordé au dictionnaire bilingue. Ce « parent pauvre » du dictionnaire monolingue se tient le plus souvent à lombre de sa gloire, délaissé (ou presque) par les métalexicographes les plus éminents. Pourtant, il nen est pas moins vrai que ce « gigantesque territoire des mots flottant entre

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les cultures, accessoire infini mais toujours insuffisant de la traduction, pont entre les victimes de Babel, nest pas un lieu de rigolade, mais de réflexion, sûrement8 », et « toutes les techniques utilisées dans les meilleurs dictionnaires bilingues [] sont précieuses pour la lexicographie générale » et « la connaissance des sociétés [] très différentes des nôtres trouve dans ce type douvrages un instrument dinvestigation irremplaçable9 ». Des réflexions sur le dictionnaire bilingue proposées dans ce livre sont dautant plus précieuses quelles résultent dune fructueuse expérience personnelle : Giovanni Dotoli est concepteur et directeur dun projet national de vaste envergure Lessicografia e metalessicografia : il dizionario bilingue. La costruzione di un nuovo dizionario bilingue francese-italiano / italiano-francese et di nuovi dizionari di specialità. Cette entreprise de longue haleine a pour son but de bâtir une vision nouvelle du dictionnaire bilingue : le bilingue qui « se voit régulièrement qualifié d outil [], cest-à-dire dun objet qui permet dexécuter un travail » et qui est classé dans la catégorie des usuels10 », est considéré ici comme « un poème de la langue, un poème en prose qui fait toujours rêver » (p. 253), « cest un dictionnaire qui souvre sur le monde, charpenté entre le passé et le futur : un miroir du temps et du cœur » (p. 257).

Le style du livre, poétique et harmonieux, parsemé de points dinterrogation, incite le lecteur au dialogue inter pares. Cest à ce titre que louvrage de Giovanni Dotoli devient, comme le dictionnaire de la langue française lui-même, « le livre dallongeails possibles, ad libitum, dans le livre et hors du livre » (p. 338). Cela confirme une fois de plus la pensée brillante de Claude Lévi-Strauss daprès laquelle « le savant nest pas lhomme qui fournit de vraies réponses ; cest celui qui pose les vraies questions ».

Danguolė Melnikienė

Université de Vilnius

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Danguolė Melnikienė, Le Dictionnaire bilingue : un miroir déformant ?, préface de Giovanni Dotoli, Paris, Hermann, 2013, 182 p. (« Vertige de la Langue »).

Louvrage de D. Melnikienė est, à ma connaissance, la monographie qui met le plus clairement en évidence les spécificités du dictionnaire bilingue, ce “parent pauvre” de la lexicographie qui exige, pourtant, la prise en considération simultanée des données de deux traditions lexicographiques, ainsi que des moyens appropriés pour les mettre en rapport.

Le livre souvre sur une Introduction (en guise de chapitre i) qui analyse, entre autres, la question des rapports délicats entre lexicographie bilingue et lexicographie monolingue. Il sagit dun texte très bien documenté, car lauteur maîtrise plusieurs traditions métalexicographiques et sappuie de façon pertinente sur leurs grands auteurs. Parfois, et cest à regretter, jusquau point de laisser un peu dans lombre son irremplaçable expérience en tant quauteur des dictionnaires bilingues de référence pour sa communauté linguistique.

Le chapitre ii est un historique passionnant et unique (du moins en langue française) de la lexicographie bilingue lituanienne. Nous y découvrons un Immanuel Kant féru de langue lituanienne et sommes renseignés sur les rapports, souvent difficiles, des Lituaniens avec les Polonais, les Prussiens et les Russes. Nous apprenons aussi jusquà quel point lUnion Soviétique conditionnait le dessein des dictionnaires bilingues et nous assistons à léclosion de la lexicographie bilingue qui a fait pendant à lIndépendance lituanienne restituée. Si le lituanien-russe jouait un rôle majeur à une certaine époque, la langue de choix est désormais langlais, suivi de lallemand, le français, le polonais… Il est intéressant de constater quentre 1990 et 2012 on produit presque autant de dictionnaires bilingues lituanien-espagnol (6,12 %) que de dictionnaires lituanien-russe (7,14 %), que les dictionnaires lituanien-letton sont très peu nombreux (1,02 %) et quil nexiste par de dictionnaire lituanien-estonien pour cette période. Mais ce nest pas tout : nous découvrons un bilingue anglais-lituanien de plus de 100 00 entrées ! (Bronius Piesarskas).

Nous trouvons également dautres produits rares : un dictionnaire dencodage lituanien-norvégien (Jakaitiene ; Berg-Olsen, dirs) ; une tentative dobtenir un bilingue parfaitement bidirectionnel (Piesarskas et

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Svecevicius) avec une séparation soignée des acceptions du mot-vedette et de très nombreux exemples. Mention à part mérite, bien entendu, la lexicographie bilingue franco-lituanienne. Elle est dominée, jusquaux premières années du siècle en cours, par des dictionnaires de lépoque soviétique, vieillis et peu adaptés aux besoins actuels. La situation est redressée par lœuvre du propre auteur (Melnikienė, 2001 et 2006), qui se cache par modestie derrière des sigles quil résulte parfois un peu malaisé de suivre (p. 49).

Le chapitre iii est un rendez-vous avec la mauvaise conscience de (presque) tout auteur de dictionnaire bilingue. Ščerba (que D. Melnikienė a lu dans le texte11) a raison : la structure dun dictionnaire bilingue doit opter soit pour la version, soit pour le thème. La synthèse nest pas vraiment possible, puisque les informations à offrir dans chaque cas sont différentes. Il faut, donc, quatre dictionnaires bilingues pour traiter une paire de langues donnée : un dictionnaire dencodage pour chaque langue cible et un dictionnaire de décodage pour chaque langue source. Or, difficilement un lexicographe trouvera un éditeur prêt à financer, dabord, et à mettre sur le marché, ensuite, quatre dictionnaires pour une seule paire de langues12. En effet, tout éditeur répugne à reconnaître que son dictionnaire est optimisé seulement pour le thème ou pour la version. La tentation est forte dessayer de faire croire que lon a réussi la synthèse, que le dictionnaire résultant serait en même temps le meilleur outil pour lencodage en langue cible et pour le décodage de la langue source (et, dans la même veine, quil serait le meilleur à la fois pour le lycéen, pour létudiant universitaire, pour le traducteur…).

La bidirectionnalité relève de lutopie signale, très à propos, Danguolė Melnikienė. En tout cas sur support papier (et sur support numérique cela reviendrait à afficher alternativement deux dictionnaires ou certaines parties de deux dictionnaires ; le travail lexicographique reste à faire, de toute façon, pour lencodage et pour le décodage). D. Melnikienė ne se contente cependant pas de ces constatations générales et sinterroge sur les moyens de réussir, du moins, une bidirectionnalité partielle. Les aperçus grammaticaux donnés en annexe de certains bilingues ne sont

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certainement pas la réponse. Dabord, parce quils doivent se trouver parmi les pages les moins lues au monde, qui sait si devant ou derrière les licences de logiciel et les notices dutilisation des voitures. Il ne semblerait pas que dautres types dannexes (toponymes, proverbes, etc.) contribuent non plus à une bidirectionnalité réelle.

Pour ce qui est de la macrostructure, la macrostructure à nid nest pas non plus une solution dans la mesure où elle exige une compétence considérable de la part de lutilisateur. Certaines lemmatisations (par exemple, présenter une forme supplétive comme lemme avec renvoi à la forme canonique) peuvent aider lutilisateur pour qui la langue source est la langue étrangère, mais elles sont inutiles pour le natif de cette langue. En microstructure, le fait de présenter, à côté de lentrée, son paradigme ou une partie de son paradigme morphologique constitue encore une aide non négligeable pour celui qui a la langue source comme langue étrangère. Par contre, les définitions permettant de distinguer les différentes acceptions du lemme seront les bienvenues pour lutilisateur qui a la langue cible comme langue étrangère. Finalement, la langue choisie pour présenter lappareil métalangagier (abréviations, gloses…) peut se révéler crucial, spécialement si les deux langues sont typologiquement éloignées.

Le paradoxe reste entier : on sait quil nest pas possible de produire un dictionnaire bilingue parfaitement bidirectionnel, mais on essaye pourtant sans cesse.

Le chapitre iv nous surprend agréablement, il est consacré aux ištiktukas que lon peut rapprocher des onomatopées, sans que les deux réalités coïncident. Forte dune tradition qui compte sur des ouvrages comme le Dictionnaire du lituanien contemporain (2000), avec plus de 400 onomatopées, Melnikienė nous offre une intéressante étude sur le traitement de ces formes dans cinq dictionnaires bilingues lituaniens de grande couverture.

Le chapitre v aborde la question des mots-tabous (ou « mots-scandales », savoureuse dénomination que lauteur emprunte à Alain Rey). Les traditions lexicographiques ne se valent pas : la tradition anglo-saxonne et la russe sont nettement plus restrictives que la française à cet égard. La lexicographie lituanienne (lhéritage soviétique pesant lourd) ne commence à accueillir les mots-tabous quà partir de lan 2000. Le bilingue français-lituanien se trouvera, donc, mieux pourvu que le

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lituanien-français, car la caution des dictionnaires monolingues français légitime ces entrées. Au-delà de la présence dans la macrostructure, la microstructure mérite aussi lattention de D. Melnikienė. Léquivalent lituanien du mot de Cambronne fait lobjet dune analyse lexicographique comparée qui met en évidence de grandes différences de traitement.

Le chapitre vi pose le problème de la divergence culturelle et de sa conséquence, la non-équivalence en langue cible. « Aliénismes » (concrètement « aliénismes intérieurs ») est le terme que lauteur retient pour les formes qui désignent un réel existant uniquement dans lunivers culturel de la langue de départ. D. Melnikienė aborde une grande variété de ces aliénismes (depuis les noms désignant des ustensiles de ménage jusquaux plantes, les vêtements, etc.). Comment « transporter » en français kisielius, par une définition succincte, par un hyperonyme ? La question reste ouverte et elle est à reposer pour chaque entrée lexicale. Parfois, on peut avoir recours à une « culture-pont », et proposer kwas pour gira, la forme russe étant plus familière que la lituanienne pour un lecteur français. Certains pragmatèmes et clichés constituent un cas particulier de ces « aliénismes ». Ne quittez pas ! exige une équivalence fonctionnelle : Nepadékite ragelio ! (ne posez pas le récepteur téléphonique).

Le dictionnaire bilingue : un miroir déformant ? possède aussi sa propre mégastructure. Les conclusions à la fin de chaque chapitre sont une aide précieuse pour la lecture et la consultation. Un glossaire regroupant un petit nombre dentrées bien choisies complète le livre de façon très pertinente.

Je ne peux que conseiller vivement la lecture de cet ouvrage (dont la brièveté est un des charmes). Il constitue la seule porte dentrée, pour le lecteur non baltique, à un jardin secret dont Danguolė Melnikienė nous offre la clé. Un livre-bijou, en ambre, bien entendu.

Xavier Blanco Escoda

Universitat Autònoma de Barcelona

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Maria Centrella, Le Vocabulaire de linformatique : de la norme à lusage, Paris, Hermann, 2012, 212 p. (« Vertige de la langue »).

La modernité, affirment Josette Rey-Debove et Alain Rey dans leur préface au Nouveau Petit Robert, « pénètre la langue dans toute son épaisseur : les mots, certes, mais aussi les significations, les contextes demploi, les locutions, et les allusions qui sont les témoins et les signaux de notre époque ». Cette remarque ouvre létude de Maria Centrella, puisquencore plus pertinente en ce qui concerne le domaine de linformatique et des nouvelles technologies, par lesquelles, comme laffirmait Jacques Bureau en 1972, en préfaçant son Dictionnaires de linformatique, lhomme est entré dans « lère logique », celle où il « meurt dans un monde différent de celui qui la vu naître », et où, « dans lespace allongé dune vie, le temps sinfléchit », le progrès devenant « exponentiel ». Linformatique prenait alors son essor, avec une progression qui allait savérer, elle aussi, exponentielle, tout comme celle de son vocabulaire qui, comme le remarquait Pierre Morvan en 1981, « plus que celui de toute autre discipline, a connu ces dernières décennies, connaît aujourdhui, et connaîtra encore demain un enrichissement prodigieux » ; un enrichissement qui se place en France sous le double signe de lemprunt et de la créativité lexicale.

En examinant du point de vue lexicologique et terminologique le vocabulaire officiel de linformatique, létude de Centrella sinterroge sur les différentes façons par lesquelles le lexique français a été saisi par la révolution informatique, des officielles et normatives à celles de lusage courant, à travers une analyse qui suit deux axes principaux : la norme et lusage. Comme le souligne Silvestri dans sa préface, se référer aux deux grandes attitudes linguistiques, la norme et lusage, représente un choix particulièrement heureux et pleinement cohérent par rapport aux deux grandes et complémentaires dimensions de chaque langue, la dimension officielle et institutionnelle dune part, la dimension spontanée et en situation de lautre.

Dans la première partie, consacrée à la norme, lauteur étudie les procédés morphologiques et sémantiques sous-jacents à la création des termes de linformatique qui ont reçu un statut officiel de normalisation de la part de la Commission générale de terminologie et de néologie, en examinant une riche documentation commentée par des observations linguistiques opportunes et minutieuses en marge de cas particuliers.

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Dans la liste des termes recommandés par la Commission, émergent 362 entrées concernant linformatique, sur lesquelles lauteur conduit une enquête ponctuelle dont le but est dobserver, à partir dune analyse rendant compte des situations dinterférence linguistique avec langlais, la « qualité linguistique » de ces néologismes, reconnue par Michel Chansou (2003) comme une condition privilégiée pour limplantation dun terme auprès des locuteurs.

Tout en montrant la présence très réduite demprunts directs à langlais, Centrella souligne opportunément le facteur favorable dune composante latine ou « anglolatine » dans les lexèmes de départ ; dans le cas des emprunts assimilés, elle démontre le rôle décisif joué par la conformité structurale des termes de la langue de départ et de ceux de la langue darrivée, sans négliger enfin une analyse des sigles et acronymes. Un large espace critique est consacré aux calques, qui représentent le matériel lexical le plus abondant et le plus important et que lauteur examine à la loupe en proposant une distinction entre calques structuraux, calques syntagmatiques, calques sémantiques, calques transpositionnels, tout comme aux synthèses néologiques, dans lesquelles se déploie le caractère dynamique et créatif de la Commission et qui font lobjet de commentaires métalinguistiques ponctuels et réfléchis.

Dans la deuxième partie de louvrage, très riche et intéressante, lauteur sinterroge sur limplantation des termes officiels dans lusage réel de la langue, à divers niveaux de spécialisation, linformatique étant un secteur qui pénètre de façon massive tous les domaines de la vie, aussi bien collective que privée, dun grand nombre de parlants. Comme le remarque encore Silvestri, « lexploration de dictionnaires, de guides et manuels techniques et dun corpus de presse spécialisée, suivant un gradient opératif particulièrement sagace, permet à lauteur de passer, graduellement et tout en respectant pleinement la réalité linguistique, dun usage de la norme (la consultation des dictionnaires) à la normalité de lusage (la presse spécialisée), en mettant au centre, comme articulation interactive, une textualité tout à fait particulière (avec la lecture continue ou décousue des guides et des manuels techniques) ».

Lauteur se concentre tout dabord sur les dictionnaires (le Nouveau Petit Robert et le dictionnaire Larousse dans sa version en ligne), quelle situe opportunément entre norme et usage : puisquils attestent lintroduction et la lexicalisation des termes et des expressions, ils leur donnent, comme

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laffirment Pruvost et Sablayrolles (2003), une « consécration lexicographique », participant ainsi à linstallation dun terme ou dune expression dans lusage courant des parlants (Depecker 1997). De la collection très ponctuelle de données et de leur analyse soignée on comprend pourquoi presque la moitié seulement des termes recommandés, divisés encore une fois suivant les catégories illustrées dans la première partie de ce travail, sont accueillis dans les dictionnaires en question.

Lanalyse se poursuit par lexamen des guides et manuels techniques, qui représentent une typologie particulièrement représentative de textes de vulgarisation, qui sadressent à un utilisateur non-spécialiste dans le but dasseoir, à travers un langage clair et un vocabulaire précis, les toutes premières bases de la communication entre lhomme et la machine. Lauteur est ici également cohérente dans sa réutilisation des catégories mentionnées ci-dessus et dans son analyse, déjà proposée pour les dictionnaires, du balancement entre les termes français et anglais dans la praxis des manuels, en soulignant très opportunément une émergence plus fréquente des termes purement anglais dans ce type de textes.

Dans le chapitre consacré à la presse spécialisée, le parcours cognitif dans lusage réel des termes de linformatique atteint son maximum. Le corpus recensé ici, tiré de deux quotidiens en ligne, dépasse largement le million de mots et lexpansion du matériel linguistique paraît saccroître de façon exponentielle ; on remarque ici une qualité ultérieure de ce livre, à savoir la qualité de nous plonger progressivement dans un espace linguistique de plus en plus vaste, tout en restant en même temps toujours ponctuel et précis dans son discours métalinguistique. Dans ce cas aussi la procédure dexposition est celle qui a été rodée efficacement dans les chapitres précédents et qui nous montre ici une augmentation ultérieure de la terminologie purement anglaise, ce qui ne surprend pas dans cette typologie textuelle.

Dans la partie finale de son travail, Centrella tire les conclusions de sa recherche, en parvenant à atteindre une vue théorique densemble sur la base de la solidité et de la variété des données prises en examen (on apprécie dautant plus, en ce sens, les annexes qui enrichissent la partie finale du livre). Lanalyse des résultats obtenus pour chaque corpus analysé prouve la difficulté de juger de limplantation dun terme de façon globale, puisque celle-ci varie en fonction des types et des situations de discours. Les dictionnaires généraux manifestent, par exemple, une attestation pas

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particulièrement bonne des termes officiels de linformatique, auxquels ils préfèrent parfois les anglicismes équivalents, et ils ouvrent leurs portes surtout aux emprunts directs ou aménagés. La comparaison du corpus des guides et manuels avec celui de la presse spécialisée montre, en revanche, la corrélation inverse, soulignée par Gouadec (1993), entre le taux de normalisation et le degré de technicité dun texte : les termes officiels, en effet, sont dautant moins utilisés que les documents sont techniques et quils sadressent à un public averti.

Lauteur en arrive alors à des réflexions dordre plus général : la langue de linformatique, à cause de son énorme diffusion auprès de différents publics et à cause de ses multiples niveaux dusage, tend à se soustraire aux intentions de normalisation institutionnelles, occasionnant ainsi souvent une discordance entre les prescriptions officielles et lusage réel dans la pratique courante.

La rémanence de langlais est largement constatée et attribuée, dans le sillage des études de Gouadec, à plusieurs facteurs : elle vient de son antériorité, de sa situation « acquise » dans le domaine de linformatique, le français se voyant souvent dévolu au statut de langue secondaire, voire subalterne, de linformatique ; elle dérive aussi de langlicisation des objets et des véhicules de linformatique, de la « présence de langlais sur loutil », qui a été observée surtout dans la presse spécialisée ; enfin, certaines désignations anglo-américaines, telles que les sigles et acronymes, en se lexicalisant, ont perdu la marque de leur provenance, devenue imperceptible ou insensible pour le locuteur français.

Dautre part, le succès de certains termes recommandés de linformatique, qui peuvent être considérés comme bien implantés ou en voie dimplantation, nen est pas moins mis en relief par lauteur, qui lattribue non seulement à des facteurs extra-linguistiques, à savoir les différentes forces sociales et économiques qui sexercent sur la langue, mais aussi à des facteurs internes, proprement linguistiques, à savoir les possibilités dadaptation des néologismes au système de la langue et aux principes du lexique (Chansou 2003). Ces facteurs internes sont lobjet des réflexions dordre lexicologique et terminologique qui concluent ce livre particulièrement réussi, où lauteur en arrive à proposer, en reprenant Depecker (1997), certains critères morphosémantiques pouvant contribuer à la « qualité linguistique » dun terme de linformatique et à son implantabilité dans lusage : la motivation du terme français, son

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inscription dans le fil de lhistoire de la langue, la création de paradigmes dérivationnels, le bon recouvrement du concept par sa désignation, la simplicité de la désignation française, la transparence du terme français, sa brièveté et sa proximité avec le terme anglais correspondant, ladéquation connotative de la désignation au concept auquel elle renvoie.

Létude de Centrella, construite sur une recognition fine et intelligente de trois catégories textuelles particulièrement représentatives du vocabulaire de linformatique, propose une plus large réflexion dordre lexicologique, voire lexiculturel, concernant la création lexicale institutionnelle dans le domaine de linformatique, ambitionnant de vérifier si cette discipline, encore capable de susciter de grands débats, possède vraiment, en français, une langue « claire et numérique ». Loin de prétendre à une quelconque exhaustivité concernant une matière aussi riche et en évolution constante, cette sorte de « radiographie ajournée qui met en lumière cette partie importante du lexique français contemporain » se propose plutôt de stimuler la recherche, en servant de base à des travaux complémentaires, plus approfondis et circonstanciés, concernant une langue de spécialité qui « bouge » énormément, puisque son mouvement, comme le souligne Grenié (1997), « témoigne la perpétuelle évolution des technologies et de leurs usages ».

Celeste Boccuzzi

Université de Bari Aldo Moro,
LaBLex

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Jacqueline Lillo (édité par), Les Best-sellers de la lexicographie franco-italienne. xvie-xxie siècle, avant-propos de Jean Pruvost, Roma, Carocci editore, 2013, 236 p.

Une des plus intéressantes publications de vulgarisation scientifique, parues au début de cette année, est représentée par Les best-sellers de la lexicographie franco-italienne. xvie-xxie siècle. Conçu comme moyen de réflexion et de recherche dans le domaine de la lexicographie bilingue français-italien, il constitue le lieu privilégié où les évènements historiques, le progrès économique et les transformations sociales et culturelles sentrecroisent et sentremêlent, en donnant origine à un véritable chef-dœuvre qui donne un cadre complet de lévolution des dictionnaires au fil du temps. Voilà, donc, un trésor lexicographique permettant à son lecteur de chevaucher les siècles depuis le xvie jusquà xxie, en découvrant les raisons qui ont déterminé la naissance, le développement et le succès de chacun des dictionnaires pris en considération.

Lédition de ce « coffret séculaire » a été suivie par Jacqueline Lillo, professeur de langue française à lUniversité de Palerme. Spécialiste de lhistoire de lenseignement du français langue étrangère, elle a publié des études sur les grammaires pédagogiques et les dictionnaires bilingues. Les rédacteurs des chapitres qui composent ce livre sont des chercheurs provenant de différentes universités italiennes. Animés par une fervente passion pour lunivers des mots, ils décrivent avec une grande clarté tout ce que lon souhaite savoir sur lhistoire et les mutations des dictionnaires bilingues français/italien. En utilisant un style direct et concis, ils ont le mérite davoir opéré une simplification bien réussie de leurs connaissances et compétences, qui est le résultat détudes attentives ainsi que dune activité de recherche minutieuse, en offrant loccasion au grand public dentrer en contact et de se passionner à la lexicographie.

Conçu pour un usage pratique et efficace, cet ouvrage sadresse aux étudiants italiens et français désireux denrichir leur bagage de connaissances en ce domaine et, en général, à tous ceux qui, ne bénéficiant pas dune formation spécifique, approchent pour la première fois cette science. Cest un outil de référence indispensable pour ses utilisateurs, simple et précieux à la fois, facile à consulter, bien organisé. En effet, il présente une structure en quatre parties, divisées par chapitres, dont chacun aborde un siècle et lauteur du dictionnaire qui la marqué, se

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prêtant à une lecture aisée et immédiate, compréhensible même aux nouveaux adeptes. Chaque chapitre souvre par une introduction énonçant le siècle et lœuvre traitée, suivie dun cadre général, partagé en sections dont la première est constituée par le cadre historique, socio-économique et culturel, donnant un aperçu complet et exhaustif de la France et de lItalie à lépoque concernée et des rapports entre les deux Pays. Le cadre général poursuit par la biographie de lauteur du dictionnaire et le tableau de ses éditions au cours des années. Par la suite on entre dans le vif de lanalyse du dictionnaire, en prodiguant des informations précises sur ses sources, des descriptions détaillées et techniques sur le paratexte, la nomenclature et la microstructure. Chaque chapitre se termine en illustrant les nouveautés introduites par lauteur dans son dictionnaire et en fournissant une liste complète des éditions, les années dédition et les éditeurs. On trouvera enfin une bibliographie générale bien nourrie, englobant des dictionnaires de langue autres que ceux qui sont cités en fin de chapitre, et les ressources électroniques utilisées. Ces dernières témoignent, dailleurs, de la haute valeur scientifique du travail effectué et de sa méthode qui, tout en étant ancrée à la tradition et aux documents du passé, savère avant-gardiste dans lexploitation des nouvelles technologies modernes, mises à la disposition de tous les usagers anxieux dapaiser leur soif de connaître et de satisfaire leurs curiosités.

En établissant un rapport constant entre histoire, société et lexicographie, ce livre expose et explique les facteurs historiques, socio-économiques et culturels qui tournent autour du monde des dictionnaires et donne toutes les clés pour les comprendre sans difficultés et pour employer à bon escient les données fournies. Il renseigne sur-le-champ les gens qui, à un titre quelconque, entrent en contact avec la lexicographie franco-italienne, désirant consolider leur maîtrise à cet égard.

Lavant-propos de Jean-Pruvost, spécialiste de lexicographie française de renommée internationale, professeur à lUniversité de Cergy-Pontoise, directeur de léquipe LABEX et auteur, entre autres, du manuel Les dictionnaires français outils dune langue et dune culture, situe le berceau des dictionnaires monolingues et bilingues dans la Renaissance italienne, période aux effets déterminants sur la pensée, la culture et les arts. Il souligne limportance actuelle de disciplines comme la lexicographie et la métalexicographie qui touchent notre vie dans tous ses aspects quotidiens. Il manifeste son enthousiasme pour la participation à linitiative

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organisée par Jacqueline Lillo et estime la lecture de cette œuvre très instructive et caractérisée par lélégance de la pensée et de lécriture, la pertinence de lanalyse et louverture à de nouveaux horizons. Daprès lui le dynamisme de ce livre est ouvertement déclaré à partir de son titre, contenant le néologisme « best-seller », qui na pas déquivalent en langue française et dont Pruvost profite pour mentionner lexemple de la Bible, tiré du Grand Robert de la langue française. Il considère un symbole de renaissance le désir et la capacité de ces érudits pleins de talent, qui par leur écriture ont su transmettre six siècles dhistoire des dictionnaires. À ses yeux Jacqueline Lillo, étoile polaire de cette équipe détudes, incarne la joie permanente de la recherche où la tradition et lexpérience du passé sont toujours au service dun présent en constante transformation.

Dans son introduction, Jacqueline Lillo elle-même révèle lobjectif ambitieux poursuivi dans ce livre, de reparcourir lhistoire de la lexicographie bilingue du xvie siècle à nos jours. Par des envolées rapides à travers les différents siècles, elle donne des avant-goûts au lecteur et lui fait savourer ce qui lattend, en lintroduisant petit à petit dans une exploration captivante. Le but est celui de laccompagner dans un voyage aventureux, à la fois historique, social et culturel au long de plusieurs époques, par le biais aussi des portraits dhommes, qui ont consacré toute leur vie aux dictionnaires avec dévouement et ferveur, en nous laissant en héritage des œuvres dune inestimable valeur, fruit de leur infatigable travail. Ces personnages presque héroïques fascinent le lecteur et constituent des exemples à suivre pour encourager et soutenir les nouvelles entreprises lexicographiques du temps présent. En commençant par Pierre Canal et Giovanni Veneroni pendant les xvie et xviie siècles, en continuant par Francesco Alberti di Villanuova au xviiisiècle, Cormon et Manni, Ferrari et Ghiotti au cours du xixe siècle, pour conclure par Augusto Caricati, Pierre Rouède, Antonio Chanoux et Giulio Cumino, Aldo et Livio Garzanti, Raoul Boch aux xxe et xxie siècles, le lecteur est impliqué au point de sidentifier avec ces hommes si passionnés et revivre leurs émotions et sacrifices, satisfactions et joies pour les succès obtenus. Ces dictionnaristes ont déjà la conscience de rendre un grand service à lhumanité par leurs œuvres, dont les empreintes marqueront dentières générations de père en fils et dont les traces resteront à jamais. Comme le fait justement remarquer

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Jacqueline Lillo, la biographie des auteurs permet de découvrir des aspects surprenants de leur vie et de leur personnalité. Elle précise aussi que jusquà la moitié du xxe siècle, ils publient tous autre chose que le dictionnaire éponyme.

Récit entre histoire et lexicographie, ce manuel offre de nombreuses références aux personnages historiques et politiques, de Catherine de Médicis et Henri II à Louis XIV et Marie-Thérèse dAutriche ou aux hommes de lettres tels que Molière, Racine et Alphonse Daudet ou aux savants comme Andrea Dardi ou comme les académiciens de la Crusca et leur Gran Vocabolario della Crusca ainsi quà Diderot et dAlembert et à leur Encyclopédie. Ce livre décrit les changements des dictionnaires et de leurs tâches, en les représentant au lecteur presque comme des êtres vivants subissant des métamorphoses en fonction du temps qui sécoule et des exigences toujours nouvelles du public, reflet des conjonctures politico-sociales des différentes périodes historiques. Cest pour cette raison, par exemple, que Jacqueline Lillo affirme quau xviiie siècle la préoccupation fondamentale dAlberti est de mettre à la disposition de la classe bourgeoise, très laborieuse et pratiquant les arts mécaniques, une langue technique, enrichie de néologismes et dune terminologie des arts et métiers. En outre, Lillo met en évidence que lauteur dans son Dictionnaire « universel » bilingue montre un souci particulier pour la précision des définitions, les équivalents synonymiques et la construction méthodique des articles. De même Monica Barsi dans lanalyse des dictionnaires italien-français / français-italien publiés chez Garzanti fait remarquer lattention de plus en plus croissante dédiée à la mise en page sur deux colonnes ainsi quaux critères de sélection des lemmes et procédés de lemmatisation et aux appendices, expression du but de divulgation se fondant sur un principe de clarté linguistique respectant scrupuleusement la norme. Dans le même sillage de Lillo et Barsi, Michela Murano illustre les nouveautés des dictionnaires de Raoul Boch telles que le dégroupement des homonymes de facto, la fréquence dusage ou le choix des exemples. Il ne faut pas négliger la splendide analyse de Marie-France Merger du Nouovo dizionario comparativo delle lingue italiana e francese et du Vocabolario scolastico delle lingue italiana e francese de Candido Ghiotti qui, en ligne avec la méthode comparative introduite à lépoque, ont un indiscutable succès restant en librairie tout au long du xxsiècle.

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Les pages de cet ouvrage sont parsemées des noms qui ont fait la législation scolaire en France et en Italie comme Guizot et Goblet ou Casati et Gentile avec sa célèbre réforme, lesquels ont exercé une inévitable influence sur lévolution des dictionnaires. Les auteurs de ce livre se font porteurs et interprètes de cette influence, en décrivant ses effets et du point de vue du contenu, par laugmentation de la nomenclature ou par lintroduction de la prononciation de Pierre Rouède, et sous laspect typographique et formel, visant une meilleure lisibilité et consultation pour un public denseignants et détudiants. En se faisant porte-parole du but de rendre de plus en plus clairs et accessibles à tout usager ces outils pédagogiques, devenus désormais indispensables à la didactique et à lapprentissage du français langue étrangère, les rédacteurs de ces chapitres annoncent lintroduction dinnovations, comme les illustrations et légendes du dictionnaire Caricati, de celui de Rouède et du Petit Larousse illustré ou les encadrés grammaticaux et culturels du dictionnaire Boch, qui sont déterminantes pour leur succès éditorial, marqué de plusieurs rééditions sans cesse revues et corrigées. À ce propos Jacqueline Lillo fait ressortir que la véritable liberté de presse et dexpression saffirme seulement avec les gouvernements démocratiques, après une longue et épuisante période où éditeurs et auteurs sont soumis à un chantage permanent par les anciens régimes politiques. En outre, elle invite à réfléchir sur le fait que, comme au début de la lexicographie bilingue les coûts très élevés de publication obligeaient les éditeurs à proposer des éditions partagées, de la même façon aujourdhui la mondialisation force les éditeurs à collaborer entre eux pour rester sur le marché.

La lecture enivrante de cette étude, doù jaillit une multitude de détails et curiosités encore inconnus, données scientifiques dune rigueur inattaquable, observations et remarques résultant dune réflexion méditée et attentive, suscite une attention et une participation voraces. En effet, le lecteur est capturé et entraîné par les mouvements tourbillonnants dune inondation omnidirectionnelle, envahi par la poussée dune marée bouleversante. Cet ouvrage pédagogique exemplaire est comme un volcan en pleine éruption qui enveloppe le lecteur dans son magma incandescent, toujours luisant de nouvelles suggestions, réflexions et comparaisons, un ouragan qui envoûte son usager, ravi, presque ensorcelé et hypnotisé par ses vertiges lexicographiques.

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À laide dune présentation graphique aérée et parfaitement ordonnée le lecteur est emmené à la compréhension et interprétation des best-sellers de la lexicographie franco-italienne par une approche progressive et de plus en plus confidentielle. Au fur et à mesure quil avance, en feuilletant ses pages, il est complètement englouti par ce gouffre représenté par les recherches historiques et lexicographiques conduites par ses auteurs, séduit par ses dédales encore inexplorés, impliqué et attiré dans lorgie de termes, combinaisons de mots et dimages, noms de personnages, explications et éclaircissements de nature différente, pendant les phases de ce voyage infini et de cette recherche incessante, dont Jacqueline Lillo est la figure de référence fiable et rassurante, qui permet de décoder de façon correcte et optimale les données et informations contenues dans ce manuel.

En conclusion, on peut considérer cet ouvrage un instrument fonctionnel, aisément consultable et utile à tous ceux qui ont la nécessité pour leurs études ou pour des raisons professionnelles de décrypter les phases de la vie des dictionnaires bilingues français/italien dans tous les renseignements offerts par la compétence scrupuleuse de ses auteurs. Par sa rédaction impeccable et son aboutissement scientifique et pratique à la fois, il se confirme comme un outil essentiel. Dun autre côté il représente un guide presque « amical », qui donne accès à une recherche avancée, infatigable et sans arrêt, capable de stimuler la curiosité de son usager. Ce dernier est poussé à se doucement plonger dans la mer de ce monde par moments féerique et légendaire, et à poursuivre un chemin fascinant dans ses parcours labyrinthiques. Cet ouvrage accompagne à vol doiseau le lecteur, en le conduisant à sa destination finale, à savoir la connaissance ponctuelle de la naissance et évolution des dictionnaires, ces gros livres consultés à chaque moment de la journée par grands et petits, témoins importants de la quotidienneté, reflet de la vie sociale et réelle et de ses changements au cours des siècles.

À lépoque de la digitalisation et des dictionnaires en ligne, effets de la révolution technologique de la lexicographie et de la dictionnairique commencée à la fin du xxsiècle, cette œuvre magistrale évoque la puissance de la tradition et suscite lenvie presque nostalgique de revenir au passé. Elle nous invite à ne pas oublier lhéritage quil nous a laissé et à trouver en lui toujours un élan denthousiasme pour construire dune façon plus solide notre présent. Cela dans la perspective optimiste dun

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avenir plus rose, qui actuellement trop souvent nous apparaît si incertain, en trouvant toujours dans lexpérience et dans le zèle de ceux qui nous ont précédés une confiance renouvelée dans la vie et dans nos semblables.

Carmela Rizzi

Université de Bari Aldo Moro,

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Alain Duchesne et Thierry Leguay, Dictionnaire insolite des mots oubliés, Paris, Larousse, 2013, 286 p.

Publié par Larousse, le Dictionnaire insolite des mots oubliés est un des cadeaux offerts durant la première moitié de cette année à tous les lecteurs passionnés du séduisant domaine du langage, à la redécouverte et récupération des merveilles lexicales désormais disparues de la langue française courante ou qui, de moins en moins utilisées, risquent ce triste destin. Alain Duschesne et Thierry Leguay, auteurs de cet ouvrage, précédemment publié sous le titre de Turlupinades & tricoteries, dictionnaire des mots obsolètes, introduisent leur travail par une dédicace à la mémoire de Roland Barthes et par une citation de Ferdinand Brunetière, où les mots sont comparés aux acteurs dun théâtre. Cela révèle déjà lempreinte qui caractérise ce manuel, où ils invitent les usagers à une promenade pittoresque au pays féerique dantan, en redonnant force et vigueur à termes et expressions à présent surannés, et en leur restituant la juste valeur et dignité compromises ou perdues.

La préface, intitulée « Le désir de la langue », débute par lencouragement dÉmile Littré à lutter contre la désuétude de mots méritant dêtre conservés et par la confidence de Flaubert qui nous rappelle que la langue, comme nimporte quel autre être vivant soumis aux lois naturelles, peut un jour cesser son existence. Par rapport aux langues anciennes disparues, évoquées par Georges Dumézil, la langue française semble se renouveler sans cesse par de nouveaux termes qui ont parfois une vie brève, tandis que dautres meurent silencieusement.

Ce dictionnaire manifeste le regret dassister à labandon des mots considérés obsolètes ou désormais inutiles par notre société moderne. Dune façon voilée ses auteurs dénoncent lappauvrissement du lexique, déterminé par la disparition de ces mots, et sadressent à deux monuments lexicographiques, le Littré et le Nouveau Larousse illustré, points de repère pour la rédaction de leur ouvrage. En effet, ils puisent à la multitude de citations et subtilités sémantiques du Littré et au trésor dillustrations des graveurs du Larousse ainsi quaux vignettes de Leblond ou Dessertenne avec leurs images saisissantes et énigmatiques. Duschesne et Leguay nous mettent face à la nécessité dêtre prudents et modestes, car limperfection des livres comme des individus est porteuse de vérité et suscite très souvent une attirance captivante. Ils font allusion

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aux polémiques et aux débats sur la langue, à lutilisation sauvage des termes anglais comportant un déclassement de notre langue et à celui dun langage de plus en plus abstrait, qui nous éloigne de la réalité et nous empêche de penser. En mettant en évidence la diffusion dun puritanisme hypocrite qui rejette des mots en les qualifiant de vulgaires, ils incitent le public à aimer la langue plutôt quà suivre ses règles, à établir un rapport daffection vive avec les paroles, en les choisissant avec discernement, à réveiller tous les sens et ramener à une nouvelle vie des termes tombés dans les oubliettes.

Lieu de réflexion sur la superficialité et la dissimulation qui dominent notre temps, notre société et nos relations humaines, louvrage sadresse aux étudiants désireux denrichir leur bagage lexical et à tous ceux qui, après plusieurs années dexpérience, regrettent la perte de certains mots sous lavancée tourbillonnante de lapparence et de labsence vertigineuse qui marquent la langue actuelle. Les auteurs affirment que le langage sert souvent de paravent pudique pour éloigner et exorciser la violence de la réalité qui nous entoure et subit un processus de dépersonnalisation, devenant progressivement neutre et vide démotions. Cette situation est le reflet de laffaiblissement des valeurs et des principes moraux du passé, qui ont succombé devant la souveraineté des choses matérielles. En effet, à notre époque les objets triomphent sur les individus, en les réduisant à sidentifier avec eux au gré des formes et de la mode, laquelle nest que le masque frivole de la mort. Ce livre pousse les lecteurs à prendre conscience de lobsession du changement qui envahit nos esprits et de la tendance à déprécier nos semblables, en les qualifiant par des adjectifs doù dépend leur sort et, par conséquent, à craindre le même traitement.

Ce dictionnaire est structuré en six sections (Décors, Acteurs, Affections, Manières, Discours et Coulisses), dont chacune donne ses entrées par ordre alphabétique. Les définitions sont presque toujours accompagnées de citations des grands noms de la tradition littéraire et philosophique, de Lamartine et Gautier à Beaumarchais et Rousseau, de La Fontaine et Montaigne à Corneille et Voltaire. En parcourant ses pages, les utilisateurs sont enivrés par une présentation graphique bicolore très agréable à la vue, caractérisée par des encadrés riches en images diverses et complétés par des légendes synthétiques. On passe des différents types dobjets (brosses, éventails, filtres, lanternes, plumes) aux différentes coiffures et barbes ou aux vêtements pour hommes et pour dames (pantalons,

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chapeaux, berthes, palatines). Les lecteurs peuvent se délecter aussi en observant les dessins des moyens de transport, des plus familiers aux plus bizarres comme le vélocimane, le wiski, le porte-fainéant ou le palanquin. Très intéressantes sont les illustrations représentant les exercices de gymnastique suédoise ou les phases de lapprentissage de la natation au régiment, celles plus scientifiques comme létude de latome ou encore les procédés, outils et remèdes médicaux tels que les bigophones et le respirateur ou le lavage de lestomac et les exercices de mécanothérapie. La curiosité des usagers est capturée par les images dinstruments de musique comme le batyphon, lharmoniflûte ou loctobasse ainsi que dinstruments de supplice comme les buies ou des machines et appareils destinés aux usages les plus variés (télautographe et télémètre, goudronnier et bigraphe, pèse-bébé et pouponnière). Enfin très amusantes sont les scènes décrivant des jeux comme la roue, le pet-en-gueule, le trou-madame, le passe-boule, le jeu de la main chaude ou celui des Grâces. La liste dobjets étranges ou cocasses, comme le ramasse-monnaie ou le ramasse-miettes, la baignoire-sabot ou la sambue, pourrait continuer à linfini. Leur abondance témoigne du dévouement des auteurs et de la volonté de transmettre leur passion au public des lecteurs grands et petits.

Duschesne et Leguay montrent aussi un souci particulier aux subtiles différences de signification entre deux ou plusieurs mots, en parsemant les pages de leur œuvre de jolis encadrés nommés « le sens de la nuance » (un exemple indicatif est celui qui explique les nuances des termes concupiscence – cupidité – avidité – convoitise), où ils mentionnent des éclaircissements, en les tirant du Littré et du Larousse.

En outre, dans ce livre ne manquent pas les références à la psychanalyse de Freud ou à la pensée de Nietzsche, ainsi quà la fonction phatique de Roman Jakobson et au désir de contact quon éprouve lorsquon établit une conversation. Les mots sont comparés à des caresses ; dans la société daujourdhui, où le souci de lefficacité lemporte sur le déploiement sensuel du langage, la littérature est la seule qui réussit à le guérir de ses affections par la réconciliation du verbe et du silence. Elle soccupe aussi des refoulés de la linguistique (métaphores, onomatopées, mots enfantins, interjections, gros mots, jurons et insultes), systématiquement négligés par les grammaires, qui trouvent leur place dans les textes littéraires et dans les dictionnaires.

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Dans la postface Émile Littré fait ses considérations finales sur lopportunité présumée et éventuelle de rayer de la langue vivante des mots tombés en désuétude ou désormais anachroniques pour le temps présent. Il affirme que trop fréquemment des termes inaccoutumés sont rejetés parmi les classements des archaïsmes, du langage gothique ou gaulois. Paladin de la survivance de la richesse lexicale de la langue française, il déclare que bien des termes quon croyait enterrés, savèrent encore vivants dès quon change de région, dentourage ou de profession. En alléguant lexemple de résurrection de mots vieillis dans le terrain prolifique des dictionnaires, il adresse une chaleureuse invitation aux lecteurs à ne pas gaspiller les ressources lexicales qui font la richesse dune langue. Ce manuel se termine par un index général et par un index des illustrations, permettant de mieux se repérer en facilitant sa consultation.

Pour conclure, par cette moisson de mots oubliés, Duschesne et Leguay essaient daccomplir la tâche hardie de faire renaître des paroles devenues désuètes et insolites par négligence, qui, nayant pas de remplaçants, pourraient revenir encore utiles dans notre vie quotidienne. Ils perçoivent la peur qui angoisse lhomme de la modernité, à la fois source et reflet des changements sociaux et des métamorphoses de la langue. Ces dernières se réalisent dun côté par lintroduction de néologismes concernant les nouvelles technologies et les habitudes, le style et la conception de vie des sujets sociaux, de lautre par la disparition souvent injustifiée de termes de bon aloi. Par la défense des mots oubliés, ils se font porteurs dun message symbolique despoir et de solidarité universelle.

Carmela Rizzi

Université de Bari Aldo Moro,

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Mariadomenica Lo Nostro, La dictionnairique bilingue. Analyses et suggestions, préface de Giovanni Dotoli, Paris, Hermann, 2012, 228 p.

Lorsquon entend parler de dictionnairique on se trouve face à plusieurs réactions contradictoires, et il est donc difficile de savoir entourer ses limites et son rôle scientifique.

Cest pour cette raison que nous avons eu le plaisir de retrouver dans nos mains un livre dont, comme laffirme Giovanni Dotoli dans sa préface, « Cest peut-être le premier livre qui introduit le mot “dictionnairique” dans son titre, à la une, en reconnaissant donc la légitimité de ce mot inventé par Charles Nodier, repris par Bernard Quemada et défendu par Jean Pruvost » (p. 10).

Mariadomenica Lo Nostro, membre fondamental de léquipe du Nouveau dictionnaire général bilingue italien-français / français-italien dirigé par Giovanni Dotoli, a le grand mérite davoir « pris le risque [d]introduire [cette discipline à part et toutefois complémentaire à la lexicographie] en société » (p. 19). Pour cette raison, nous convenons tout à fait avec lavis de lauteur de la préface lorsquil affirme : « Cétait un livre indispensable, absolument à inventer, et selon le schéma quelle a suivi : entre la profondeur et le sérieux de la science, et la nécessité dêtre clair et bref, en sadressant aux chercheurs aussi bien quaux étudiants de lUniversité, et je dirais au grand public lui-même. Mme Lo Nostro adopte une lignée originale. Elle ne quitte jamais la tradition de la lexicographie, celle qui naît lors des premiers grands dictionnaires de la langue française, à la fin du xviie siècle, et qui continue son triomphe avec les grandes réalisations dAlain Rey et de Bernard Quemada. Mais elle ouvre portes et fenêtres au nouveau, avec un équilibre rare quand on se lance vers lavenir. [] Celle de Mme Lo Nostro nest plus une dictionnairique fermée, mais ouverte, qui ne soppose jamais à la lexicographie, et qui se situe sur la lignée de laventure merveilleuse de tout dictionnaire. [] Mme Lo Nostro suit une méthode qui englobe et qui ne divise jamais. Cest la méthode du partage, de la langue qui est lexpression de lâme commune, du peuple, disait-on autrefois » (p. 9-10).

La dictionnairique, comme le dit lauteur de ce livre, a donc le grand mérite de porter la lexicographie sur un plan de réalité, où la recherche peut se rencontrer avec les exigences du public.

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En partant dun très aimable entretien avec les deux pères contemporains de la dictionnairique (Bernard Quemada et Jean Pruvost), lauteur introduit le lecteur vers ce domaine très pratiqué et pas encore systématiquement analysé.

Ce volume, accompagné dune riche et très utile bibliographie, en cohérence avec les compétences de lauteur, déjà coauteur de la Bibliographie thématique et chronologique de métalexicographie. 1950-2006 (Schena, 2007), offre des pistes claires et passionnantes. Lâme du lexicographe se manifeste déjà par le choix de commencer, comme sil sagissait dune très longue entrée du dictionnaire, par la définition du mot dictionnairique. Pour continuer, après avoir exploré les différents outils actuellement sur le marché, en se focalisant sur un produit parmi les plus difficiles à organiser et à rendre lisibles : le dictionnaire bilingue grand format, considéré souvent un sous-produit de la lexicographie et toutefois le plus recherché par le public.

En affirmant que quelques-unes des questions les plus traitées ces dernières décennies par les plus grands experts lexicographes (les limites, la validité de lordre alphabétique, le choix de la taille, du type et du format dictionnaire, ainsi que les éléments réellement souhaités par les différentes typologies de public), sans avoir la prétention doffrir des solutions univoques et définitives, lauteur a le grand mérite darticuler la lexicographie sur trois axes innovateurs (p. 25) et didentifier une dictionnairique interne et externe (p. 49).

La sensibilité du lexicographe (la recherche) et les contraintes du dictionnariste (le temps, la conception, la confection et la consultation) trouvent ici leur point de rencontre et dachèvement. Ces deux domaines ne sont plus en compétition, ne se superposent plus : ils deviennent complémentaires, pour ouvrir lavenir à une étude à lunisson où les différentes complexités pourront retrouver leur simplicité dans une approche unitaire. Le réalisme – manifesté par louverture vers les nouvelles technologies et la conscience de leurs possibilités futures ainsi que les manques actuels et la nécessité de réinventer la manière de concevoir les dictionnaires – portent lauteur à des réflexions très innovatrices et enthousiasmantes dans la confection du paratexte (p. 64) et de la typographie (p. 70), avec un penchant vers le choix du caractère de police apte à tous genre de public, en partant de lemploi dun caractère plus lisible pour un public dyslexique et donc aussi plus aisé pour tout public (p. 77),

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pour ne pas parler des tables des verbes, très recherchées dans les doutes de composition et toutefois pas toujours aisément consultables (p. 81). Il nest pas surprenant de trouver les encadrés (p. 85) et les illustrations (p. 191) à la place dhonneur, étant donné quils constituent deux des chevaux de bataille de lauteur, ici systématisés et approfondis. Pour ces raisons-là, et aussi pour dautres éléments que nous ne citons pas, pour laisser au lecteur le goût de la découverte, nous sommes tout à fait daccord avec le préfacier : « Cest un livre à lire et à pénétrer, pour faire avancer la recherche dans la science du dictionnaire ».

Celeste Boccuzzi

Université de Bari Aldo Moro,

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1 Giovanni Dotoli, Alain Rey artisan et savant du dictionnaire, Fasano-Paris, Scena – Hermann, 2010 ; Giovanni Dotoli, La Construction du sens dans le dictionnaire, préface dHenri Meschonnic, Fasano, Schena Editore, Paris, Hermann, 2008 ; Giovanni Dotoli, Dictionnaire et littérature. Défense et illustration de la langue française du xvie au xxie siècle, préface dAlain Rey, Fasano, Schena Editore, 2008 ; Giovanni Dotoli, La Symphonie du temps dans le dictionnaire de la langue française, préface de Jean-Claude Chevalier, Fasano, Schena Editore, 2011 ; Giovanni Dotoli, La Mise en ordre de la langue dans le dictionnaire, Paris, Hermann, 2012, etc.

2 Jean Pruvost, Les Dictionnaires français outils dune langue et dune culture, Paris, Éditions Ophrys, 2006, p. 88.

3 Danièle Morvan, « Le dictionnaire, une passion multiple », Giovanni Dotoli, Le Dictionnaire de la langue française. Théorie, pratique, utopie, Paris, Hermann, 2012, p. 8.

4 Josette Rey-Debove, Étude linguistique et sémiotique des dictionnaires français contemporains, Paris, Mouton, 1971, p. 91.

5 Danièle Morvan, Op. cit., p. 9.

6 Josette Rey-Debove, Op. cit., p. 104.

7 Ibid., p. 105.

8 Alain Rey, Dictionnaire amoureux des dictionnaires, Paris, Plon, 2011, p. 172.

9 Alain Rey, « Les dictionnaires bilingues des différences culturelles à luniversel », Le dictionnaire bilingue, tradition et innovation, sous la direction de G. Dotoli, C. Boccuzzi, M. Lo Nostro, Fasano, Schena Editore, Paris, Alain Baudry et Cie, 2012, p. 7.

10 Élisabeth Ridel, Réflexions autour des dictionnaires bilingues et multilingues, 2009, p. 1. www.unicaen.fr/recherche/mrsh/…/Intro-Ridel_0.pd…

11 D. Melnikienė signale que Opyt obshchei teorii leksikografii (1940) na pas été traduit, ni en anglais ni en français. Nous nous permettons de corriger lauteur sur ce point, il existe bien une traduction anglaise de 1995.

12 De tels dictionnaires sont possibles seulement par un travail indépendant des contraintes du marché.