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Préface

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Préface

Est-ce à cause de Péguy violemment antimoderne et originaire, comme lui, dOrléans ? Michel Raimond sest toujours passionnément intéressé au regard que les écrivains ont pu porter sur la modernité en train de se développer depuis le xixe siècle. Ses anciens étudiants se souviennent de la manière dont il revenait régulièrement sur le sujet dans ses cours ou son séminaire, à propos de Proust, de Céline ou de Montherlant. Ils ne furent donc guère étonnés quand, au moment de sa retraite, il décida de satteler à la question et de lui consacrer un ouvrage. Ils le furent davantage en lentendant plaisanter : « Je me lance dans une autre thèse ! » La Crise du roman des lendemains du naturalisme aux années vingt ne venait-elle pas dêtre encore rééditée ? Et, près de trente ans après sa parution, ne demeurait-elle pas toujours un ouvrage de référence qui faisait autorité ? Michel Raimond reprit, en tout cas, le chemin, qui lui était si familier et si cher, de la rue de Richelieu. Avant le déménagement de la Bibliothèque Nationale, il tenait, entre autres, à dépouiller les principales revues des années trente – notamment Esprit et Europe –, afin de pouvoir replacer dans le contexte des débats intellectuels de lépoque sur le machinisme, le désarroi de lhomme moderne et sa carence de spiritualité un certain nombre de textes littéraires quil entreprit également de relire dune manière systématique. Tout ce travail déboucha sur la rédaction dÉloge et critique de la modernité, qui parut aux P.U.F. en 2000.

Michel Raimond ne fut toutefois pas satisfait de ce premier travail. Il remit bientôt « louvrage sur le métier » et rédigea un second livre totalement différent. Malgré le mot sur une autre thèse, il souhaitait proposer à ses lecteurs autre chose quun ouvrage de type universitaire : un essai, plus ramassé, où lérudition soit la plus discrète possible et dont lallure échappe aux contraintes habituelles. Cest cet essai, quil avait pris la peine de faire dactylographier, que nous publions aujourdhui sous la forme quil avait souhaité lui donner.

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Outre le fait quelles traitent dun sujet toujours actuel, lintérêt principal des pages que lon va lire est non seulement de restituer de manière très précise le débat qui a opposé modernes et antimodernes entre 1900 et 1950 mais, plus encore, de faire dialoguer représentations romanesques ou poétiques du monde moderne et réflexions philosophiques ou prises de position politiques de ces partisans et adversaires de la modernité. Mais, à tous ceux qui ont connu et aimé Michel Raimond, ce texte permettra également de le retrouver avec son enthousiasme communicatif, sa curiosité intellectuelle, ses auteurs préférés – Proust, Céline, Giono, Paul Morand, Jules Romains, pour nen citer que quelques-uns –, et son goût aussi bien pour les idées que pour des détails concrets comme la vitesse des nouveaux moyens de transport et les changements quils apportent à notre perception du monde. On sera aussi particulièrement sensible à ces instants, désormais précieux entre tous, où il nous fait part de son admiration devant lemploi dun mot, ne dissimule pas son opinion personnelle sur lengagement dun écrivain ou nous confie son émotion face à lattitude adoptée par tel autre.

Vital Rambaud

Cet essai est le fruit dun travail auquel mon père a consacré ses dernières années. Il tenait beaucoup à ce livre, qui clôt sa carrière. Le temps ne lui a malheureusement pas été donné de le faire éditer. Je tiens à remercier Vital Rambaud, son fidèle disciple et ami, den avoir établi la version finale.

Jean-Michel Raimond