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Présentation des auteurs et résumés

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  • ISBN: 978-2-8124-2556-1
  • ISSN: 2103-5636
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-2558-5.p.0529
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 26/03/2014
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Présentation des auteurs
et résumés

Introduction par Martial Poirson, Il était une fois la Révolution

En marge des politiques institutionnalisées de la mémoire, la Révolution française féconde les arts, pratiques et représentations populaires dans de nombreux pays aujourd’hui : ils s’approprient, détournent, voire subvertissent le grand « récit national » afin de jouer avec la plasticité de son « mythe » fondateur. Cette introduction suit l’émergence et le devenir historique des « mythologies » associées à la Révolution française depuis l’événement historique jusqu’à nos jours. Elle pose les bases d’un questionnement renouvelé sur un champ fécond de l’historiographie, dans un contexte ambivalent de stigmatisation et d’exaltation des vertus de l’insurrection citoyenne où sont tour à tour jugulées et exacerbées les valeurs républicaines.

From its origins through modern time, the historical event that is the French Revolution has inspired art, as well as rituals, symbols and popular practices the world round. These Revolution-inspired manifestations flourished outside of the official politics of memory, and grew into what can be seen as a subversive way to envision this “myth” that is the Revolution. Far from comparing the construction of a myth to the creation of a critical historiography, this work explores the different geneses of the mythologies that originated with the French Revolution. In todays world, republican values at the heart of any popular uprising are both stigmatized and glorified, resulting in a contradictory social dynamic. This introduction aims at furthering the dialogue started by the ever growing field of historiography.

Pascale Pellerin, La Révolution française : un modèle pour les indépendantistes algériens ?

Pascale Pellerin est chercheuse à l’UMR LIRE-CNRS. Après une thèse sur les Lectures et images de Diderot de lEncyclopédie à fin de la Révolution, elle travaille aujourd’hui sur la réception des Lumières dans la colonisation de l’Algérie. Elle a

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publié deux ouvrages et une quinzaine d’articles, dont Les Philosophes des Lumières dans la France des années noires (Paris, 2009).

Au début du xxe siècle, la Révolution est une référence incontournable dans plusieurs journaux algériens et constitue, chez les indépendantistes de la première heure, comme Messali Hadj, un modèle. La France coloniale symbolise à leurs yeux l’Ancien Régime : il faut abattre les bastilles coloniales. Le déclenchement de la guerre transforme les données, même si les références à la Révolution demeurent chez les combattants indépendantistes. En 1984, Kateb Yacine consacre l’une de ses pièces à Robespierre, preuve que la mémoire de la Révolution n’a pas quitté l’Algérie.

At the beginning of the xxth century, the Revolution was a recurrent point of reference for several Algerian newspapers. For the freedom fighters of the first hour like Messali Hadj, the Revolution served as a model. In their eyes colonial France symbolized the Ancien Régime whose colonial fortresses had to be destroyed. The beginning of the war changed the colonial question, even if the Revolution remained a point of reference for the freedom fighters. In 1984, Kateb Yacine dedicated one of his plays to Robespierre, proof that the memory of the Revolution remained alive in Algeria.

Sadek Neaimi, Comment la révolution égyptienne redéfinit le mot « peuple » emprunté à Voltaire

Sadek Neaimi, né en 1963 en Égypte, est professeur adjoint, écrivain et historien des idées. Il est l’auteur de LIslam au siècle des Lumières (Paris, 2003) et de La Superstition raisonnable, Représentation de la mythologie de lÉgypte ancienne au xviiie siècle, à paraître en 2014. Il est aussi l’auteur de plusieurs articles en français et en arabe sur l’histoire des idées.

Quelles sont les nuances du mot peuple chez Voltaire, à la lumière d’un événement d’actualité tel que la révolution égyptienne de 2011 ? Le terme peuple est un mot inventé pour consolider les sentiments nationaux. Mais peut surgir un moment, un instant historique précis suscité par les élites éclairées. On assiste alors à la création, avec le soutien d’un quart de la population, d’un inattendu de l’histoire. Cet inattendu n’est pas le fait du hasard, mais le fruit du travail d’une élite comparable à celle à qui Voltaire adresse ses écrits, à condition qu’elle puisse éclairer une partie importante de la masse que le philosophe appelle « populace ».

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How can we nuance Voltaires use of the word “people” (people) in light of current events such as the 2011 Egyptian revolution? The term “people” was invented in order to create a sense of national identity. But history is littered with pivotal moments, kindled by the enlightened elites who create, with the support of a quarter of the population as in the recent Egyptian context, an unexpected turn of events. This unexpected moment is not a coincidence, but the result of the work of an elite, closely resembling that to which Voltaire addresses his writings, on the condition that it can illuminate an important part of the mass that Voltaire called the “mob”.

Amel Ben Amor, De la Révolution française à la révolution tunisienne. Entre appropriations des valeurs et distanciation culturelle

Amel Ben Amor enseigne la littérature française à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis. Elle a publié une thèse sur Madame de Genlis romancière et narratrice : entre fiction et histoire. Elle est notamment l’auteur de « Madame de Genlis romancière et pédagogue », Écrits de civilités et déducation dans lEurope des Lumières, Le Spectateur européen, no 9, 2007 ; « La quête de l’idéal dans Un hiver à Majorque », à paraître dans les Actes du colloque « L’idéal : la recherche de George Sand » (juin 2013, Louvain-la-Neuve).

Le 14 janvier 2011, le peuple tunisien se soulève contre la tyrannie en scandant les slogans de « liberté », « égalité », « justice », termes évoqués dans la Déclaration des droits de l’homme et de la citoyenneté adoptée par l’Assemblée constituante de 1789. Les mêmes causes (misère, abus et injustice) produisant les mêmes effets, les révoltés des premiers temps s’approprient par le discours les valeurs désormais universelles de la Révolution française. Néanmoins, le peuple puise dans sa culture et son histoire pour forger des revendications qui lui sont spécifiques en se référant aux pères fondateurs de la Tunisie moderne, penseurs et hommes politiques.

On 14 January 2011, the people of Tunisia rose up against tyranny and chanted slogans of “freedom”, “equality”, and “justice”, terms that are mentioned in the Declaration of Human and Civic Rights that was adopted by the Constituent Assembly of 1789. Poverty, cruelty and injustice are the recurrent themes that have consistently produced similar outcomes; the rebels of earlier times embodied the universal values of the French Revolution in their discourse. Nevertheless, the Tunisian people drew from their history and culture to forge their own claims while referring to the founding fathers – thinkers and politicians – of modern Tunisia.

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Serge Bianchi, Représentations de la Révolution française dans les établissements scolaires de lacadémie de Versailles lors du Bicentenaire. Mobilisations, pratiques, bilans

Serge Bianchi est professeur émérite des universités (Rennes 2). Ses travaux portent sur les bouleversements politiques et culturels issus de la Révolution française (La Révolution culturelle de lan II, Paris, 1982) ; la politisation des campagnes (La Première République au village, Paris, 2003) ; et les cultes révolutionnaires (Héros et héroïnes de la Révolution française, Paris, 2012).

La commémoration du Bicentenaire a touché largement les collèges et les lycées professionnels de l’Académie de Versailles, créant un « choc » sans commune mesure avec les manifestations officielles. Près de 100 000 élèves et 3 000 enseignants ont pris part à des travaux collectifs pluridisciplinaires centrés sur la décennie révolutionnaire, donnant naissance à des représentations focalisées sur l’histoire locale ou adaptant les idéaux universalistes de 1789 et 1793 aux problèmes contemporains. Loin des fastes d’un bicentenaire médiatique, les relectures de l’événement par les équipes pédagogiques ont abouti à célébrations où les élèves « sans-culottes », coiffés de bonnets phrygiens, ont planté des arbres de la liberté et joué des spectacles conciliant l’art, la pédagogie et l’histoire, en communion avec les idéaux et les valeurs de la Révolution et de la Première République.

The bicentennial of the French Revolution was commemorated in many high schools and middle schools in the Versailles School District, well outside the scope of the official celebrations. Nearly 100 000 students and 3 000 teachers took part in pluridisciplinary workshops about the Revolutionary decade. Researchers generated plays based on local history as well as adaptations of the 1789 ideals of human rights to contemporary issues. Far from the auspicious media coverage of the bicentennial, students, dressed as “sans-culottes”, planted liberty trees and put on plays mixing art, pedagogy and history to celebrate the ideals of the Revolution and of the First Republic.

Michel Biard, « Vous ressemblez à Saint-Just ! Vous êtes prêt à faire marcher la guillotine ? » Les références à la Révolution dans les débats parlementaires français des années 2000

Michel Biard est agrégé d’histoire, docteur de l’université Paris I – Panthéon-Sorbonne où il a soutenu en 1993 une thèse sous la direction du professeur Michel Vovelle. Il est professeur d’histoire du monde moderne et de la Révolution française à l’université de Rouen. Ses recherches portent sur l’histoire politique et culturelle de la Révolution française, ainsi que sur le théâtre au xviiie siècle.

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Nombre d’élus aiment manier des références historiques et la Révolution n’est pas la dernière à leur fournir un matériau où chacun d’eux peut puiser. Noms de protagonistes fameux, noms de lieux chargés de symboles, références majeures à la Révolution résonnent souvent au sein des deux Chambres. Ils constituent un témoignage sur la vulgate à propos de la Révolution, illustrent la manière de mettre à profit son évocation pour faire passer des idées politiques, enfin figurent en bonne place parmi les insultes qui s’échangent souvent entre élus de bords politiques opposés. S’appuyant sur des dépouillements volontairement restreints aux années récentes (avant tout la décennie 2000), cet article s’attache à « sonder » le maniement politique des références à la Révolution par les élus.

This article studies allusions made to the French Revolution during parliamentary debates in the early 2000s. In both well-polished speeches as well as during the heart of parliamentary debate representatives and senators are eager to quote the Revolution though not always very carefully so. They provide a lively testimony of the stereotypes circulating about the main figures of the Revolution, as well as an interesting sample of the ways in which Revolutionary events and figures can be re-appropriated and realigned along current political agendas.

Stéphanie Loncle et Olivier Ritz, L’Humanité et « le souffle de la Révolution française ». Année 2009

Stéphanie Loncle est maître de conférences en arts du spectacle à l’université de Caen Basse-Normandie et membre de l’UMR CRHQ-CNRS. Elle est l’auteure d’une thèse intitulée Libéralisme et théâtre. Pratiques économiques et pratiques spectaculaires à Paris (1830-1848) et de plusieurs articles sur les liens entre politique, économie et théâtre de la Révolution française à la période contemporaine, publiés notamment dans M. Poirson (dir.), Le Théâtre sous la Révolution. Politique du répertoire (1789-1799) (Paris, 2008).

Olivier Ritz enseigne le français au lycée de Montreuil. Doctorant à l’université Paris IV – Sorbonne sous la direction de Michel Delon, il étudie les métaphores naturelles dans le débat sur la Révolution. En explorant le corpus des textes qui débattent de la Révolution entre 1789 et 1815, il s’est intéressé à des questions rhétoriques, aux rapports entre sciences et politique et aux transformations de ce qui commence alors à s’appeler littérature.

Pendant l’été 2009, le journal communiste LHumanité publie chaque jour le portrait d’un personnage de la Révolution. Ces textes sont l’occasion d’étudier les rapports entre l’écriture de l’histoire, le journalisme et le militantisme

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politique. Pour LHumanité, la commémoration de la Révolution reste un engagement révolutionnaire. Mais à côté de textes engagés dans la tradition robespierriste et marxiste s’élèvent désormais des voix inattendues qui témoignent d’un débat ouvert, tant sur l’héritage de la Révolution que sur son historiographie.

During the summer of 2009, the communist newspaper L’Humanité published daily a narrative portrait of a figure of the French Revolution. Through an analysis of these portraits, this paper aims to study the relationship between history, journalism and activism. For L’Humanité commemorating the French Revolution remains a revolutionary commitment. But alongside texts inspired by Marxist and Robespierist tradition, other voices arose as testimony to an open debate on the heritage of the French Revolution and its historiography.

Jean-Clément Martin, Mythologies, histoire et mémoire : la Contre-Révolution en mutations ? À propos de la Vendée, du Tyrol et de la Navarre

Jean-Clément Martin est professeur émérite à l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, après avoir dirigé l’institut d’histoire de la Révolution française. Spécialiste de la Contre-Révolution il a, depuis ses thèses consacrées aux faillites aux xixe siècle, à la guerre de Vendée ou à la Terreur révolutionnaire, étudié les interactions entre mythes, luttes politiques et réalités sociales.

Les souvenirs de la Contre-Révolution connaissent, comme ceux de la Révolution, une évolution récente qui affaiblit leur signification idéologique et politique. Elle autorise toutes les citations et usages inattendus, à commencer par la muséification et le divertissement. La démonstration de cet article s’appuie sur trois exemples : le Puy-du-Fou en Vendée, le musée Andréas Hofer dans le Tyrol italien et le musée carliste d’Estella dans la Navarre en Espagne.

Much like revolutionary mythologies, counter-revolutionary stories have changed over the past, few decades, losing their ideological and political significations, and allowing for unexpected citations, conservation through museum exhibitions as well as entertainment. Three illustrative examples will be referenced in this article: Le Puy du Fou in the French Vendée, the Andreas Hofer museum in Italys Sud Tyrol, and the carlist museum in Estella, in Spains Navarre region.

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Paul Chopelin, Bienheureux martyrs, féroces bourreaux. Mises en scène de la violence révolutionnaire dans limagerie catholique contemporaine (xixe-xxie siècles)

Paul Chopelin est maître de conférences en histoire moderne à l’université Jean Moulin – Lyon III. Ses travaux portent sur l’histoire politique et religieuse des xviiie-xixe siècles, principalement sur les liens entre catholicisme et Contre-Révolution, ainsi que sur les représentations de cette période dans les cultures contemporaines. Il a récemment coordonné une synthèse sur les visions du Siècle des lumières dans la bande dessinée, à paraître en 2014 chez Karthala.

De 1793 à 1801, le clergé réfractaire diffuse en France et en Europe des martyrologes exaltant le sacrifice des catholiques victimes de la justice révolutionnaire. À partir des années 1830, le « témoignage » écrit est relayé par des images reproduisant deux archétypes scénographiques : le « martyr » face à ses juges et le « martyr » montant à l’échafaud. L’étude de leurs multiples supports de diffusion (images pieuses, livres de colportage, livres de jeunesse, bandes dessinées, roman, théâtre, cinéma) permet de comprendre comment ils ont pu, des années 1880 à nos jours, alimenter l’hostilité de certains catholiques à l’égard de la République, tout en entretenant une mémoire purement victimaire de la Révolution. L’analyse des images produites à l’occasion de la béatification de la sœur Marguerite Rutan (19 juin 2011) permet de saisir les enjeux actuels de cette iconographie sacrificielle.

From 1793 to 1801, resistant clergy distributed in France and across Europe martirologies exalting the sacrifice of Catholic victims of revolutionary justice. From the 1830s, written testimony is replaced by images, reproducing two scenographic archetypes: the martyr facing his judges and the martyr mounting the scaffold. Studying these numerous and diffuse media representations (pious images, peddlars books, childrens books, comics, novels, theater, cinema) enables us to understand how they could, from the 1880s to today, sustain some Catholics hostility towards the Republic, contributing at the same time to perpetuating a purely victimized memory of the Revolution. The analysis of images produced at the time of Sister Marguerite Rutans beatification (June 19, 2011) is an opportunity to understand the current stakes of that sacrificial iconography.

Michel Delon, La reine du peuple

Michel Delon est professeur à l’université de Paris IV – Sorbonne. Il a travaillé sur la Révolution en relation avec le tournant des Lumières et dirigé le Dictionnaire européen des Lumières (Paris, 1997), LIdée dénergie (Paris, 1988), Le Savoir-vivre libertin (Paris, 2000), Le Principe de délicatesse. Libertinage et mélancolie au xviiie siècle (Paris, 2011), Diderot cul par-dessus tête (Paris, 2013).

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Les Adieux à la reine de Chantal Thomas (2002) et LEnfant léopard de Daniel Picouly (1999) se focalisent sur quelques heures ou quelques jours de la Révolution : en 1789 ou bien 1794. Les deux romans écartent le roi et, avec lui, la grande Histoire des historiens, pour faire entendre certains silences du passé : les relations amoureuses entre femmes, la présence de noirs et de métis dans la société française. Dans la retenue et le raffinement stylistique ou dans l’outrance du feuilleton, dans la reconstitution minutieuse ou dans l’anachronisme, ils transforment notre image de l’événement révolutionnaire pour donner la parole à des minorités refoulées.

Les Adieux à la reine by Chantal Thomas (2002) and L’Enfant léopard by Daniel Picouly (1999) focus on a few hours or on a few days of the Revolution, in 1789 or in 1794 respectively. Both novels shift their focus from the King, and, with him, from the official History told by historians, in order to give voice to the silences of the past: amorous relations between women, the presence of African and mixed-race people in France. Whether in stylistic refinement or in soapy exaggeration, through minute reconstitution of historical events or through anachronism, they alter our common images about the Revolutionary period by providing a minority perspective.

Gérard Gengembre, La révision par la fiction. Le roman historique contemporain et la Révolution française

Gérard Gengembre est professeur émérite de littérature française à l’université de Caen et professeur à l’université de New York à Paris. Il a notamment publié Le Roman historique (Paris, 2006), « Le roman historique : mensonge historique ou vérité romanesque ? », Études, tome 413, no 4, octobre 2010, « Histoire et roman aujourd’hui : affinités et tentations », Le Débat, no 165, 2011.

S’il revient sur le sort de la famille royale (Thomas, Chandernagor, Donner), le roman historique privilégie les aspects les plus tragiques de la Révolution, s’intéressant tantôt aux destins des individus pris dans la tourmente, tantôt à la terreur de masse, aux massacres, génocide et fanatisme, dont la Révolution serait la matrice (Monteilhet, Guillaume, Fontenaille, Bigot, Bordage). On y verra un symptôme littéraire de nos interrogations et de nos interrogations renouvelées sur les fondations de notre modernité.

While evoking the fate of the royal family (C. Thomas, F. Chandernagor, Ch. Donner), the French contemporary historical novel focuses on the most tragic side of the Revolution. It stages both individual characters caught up in turmoil as well as massacres, genocide and zealotry of which the Revolution is the principal matrix (H. Monteilhet,

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G. Guillaume, É. Fontenaille, Ch. Bigot, P. Bordage). Such an approach could be construed as a literary symptom of our own questioning of the foundation of modernity.

Isabelle Durand, Représentations de la violence révolutionnaire dans le roman policier historique

Isabelle Durand est maître de conférences HDR en littérature comparée à l’université de Bretagne-Sud (Lorient). Elle a publié Le Moyen Âge des romantiques (Rennes, 2001), Images du Moyen Âge (dir., Rennes, 2007), Le roman historique (Paris, 2008), Charlemagne, empereur et mythe dOccident (en collab. avec B. Ribémont, Paris, 2009), Le roman de la Révolution : écritures romanesques des révolutions de Victor Hugo à George Orwell (Rennes, 2012), ainsi que des articles en relation avec ces différentes questions.

La Révolution française fait partie des périodes troubles que le roman policier historique, sous-genre de plus en plus constitué, aime à explorer. Ce genre populaire, au carrefour du divertissement et de l’érudition, apparaît comme un instrument efficace d’évaluation des représentations répandues de certains épisodes historiques. Au travers de l’analyse de quelques exemples français et anglais, il s’agit par cet article de montrer comment sont exploités des stéréotypes liés à la violence révolutionnaire, en partie hérités de représentations romantiques de la Révolution.

The French Revolution is a period of instability that the historical detective story, an increasingly represented and established sub-genre, likes to explore. At the crossroads of entertainment and scholarship, this popular genre thus appears to be an efficient tool for evaluating the widespread representations of certain historical events. By analyzing a few French and English examples, we will see how stereotypes linked with the violence of revolutions are exploited; these stereotypes are in some way a legacy from the Romantic representations of the Revolution.

Martial Poirson, Voies théâtrales pour le Bicentenaire. Rejouer ou déjouer le patrimoine révolutionnaire ?

Martial Poirson est professeur à l’université de Grenoble 3 et directeur de l’UMR LIRE-CNRS de Grenoble. Il travaille notamment sur l’actualisation de la Révolution et des Lumières dans les cultures populaires et la production artistique, à laquelle il a consacré Le Théâtre sous la Révolution française (Paris, 2008), LÉcran des Lumières (Oxford, 2009), Filmer le 18e siècle (Paris, 2009), La Terreur en scène (Louvain, 2014). Il est commissaire scientifique de l’exposition « Culture populaire et Révolution française » (2013-2014) et conseiller cinéma au musée de la Révolution française.

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Parmi les célébrations du Bicentenaire, le spectacle fait exception : mémoire vivante d’un patrimoine culturel immatériel, il est constitué de paroles et de gestes révolutionnaires transmis à travers une succession de filtres déformants et réappropriations partisanes. Il entretient avec l’institution une relation ambivalente, qu’il s’inscrive dans une perspective commémorative, même décalée (Goude, Hossein, Béjart, Royal de Luxe) ou dans une avant-garde artistique et militante, même ambigüe (Planchon, Mnouchkine, Aillaud, Gatti, Chartreux, Jourdheuil et Sobel, Creuzevault). Abstraction faite des initiatives de living history ou de reenactment, cet article met en évidence le double tropisme visant, tantôt à rejouer, tantôt à déjouer la Révolution au sein de spectacles oscillant entre consécration mémorielle, ostentation marchande et posture d’émancipation.

Performance holds a special place amongst the various celebrations of the Bicentennial. It enacts an abstract cultural event in a very lively way, using gesture and discourse that are believed to be from the revolutionary period. However, these devices are in fact presented through the distorting lenses of ideology and bias representations. Performance thus has an ambiguous relationship with the powers that be, even when the nature of the performance varies between a commemorative spance (Goude, Hossein, Béjart, Royal de Luxe) to an avant-garde or activist one (Planchon, Mnouchkine, Aillaud, Gatti, Chartreux, Jourdheuil and Sobel, Creuzevault). Setting aside living history and reenactment technique, this article highlights the double displacement of playing on or against the revolutionary heritage. This has translated into forms of spectacle varying between commercial display, freedom fight posturing and honoring cultural memory.

Antoine de Baecque, Robespierre au cinéma

Antoine de Baecque est professeur d’études cinématographiques à l’université Paris Ouest – Nanterre – La Défense. Historien et critique de cinéma, il a travaillé sur la culture politique des Lumières et de la Révolution française (Le Corps de lhistoire, Paris, 1993 ; La gloire et leffroi, Paris, 1997 ; Les éclats du rire, Paris, 2001). Il est spécialiste des rapports du cinéma et de l’histoire (LHistoire-caméra, Paris, 2008).

La lumière fossile de Robespierre brille encore, le cinéma comme le théâtre l’ont souvent captée. Robespierre est dans le cinéma mondial des origines au Bicentenaire, le leader révolutionnaire le plus représenté, fort de plus de trente interventions partagées entre films français (10), anglais (6), américains (6), italiens (4), allemands (2) ou soviétiques (2). Cette filmographie marque une nette préférence pour la représentation morbide de Robespierre, associé à la guillotine, que ce soit pour y trancher les têtes ou y perdre la sienne. Elle

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réduit systématiquement Robespierre à la Terreur, sans aucun espace pour faire exister une autre image de l’Incorruptible. Le cinéma contribue à sa légende noire, alors qu’au théâtre la poétique robespierriste se déploie plus volontiers. Robespierre tyran correspond à l’image du cinéma forgée à partir de la tradition thermidorienne.

Until 1979 Robespierre was the character of the French Revolution who had been the most often depicted on-screen and on-stage, with 10 French films devoted to him, 6 British, 6 American, 4 Italian, 2 German and 2 Russian. Most of them revel in the morbid depiction of Robespierre, closely associating him with the Terror and with the guillotine: the deathly machine where he sent people to meet their end before eventually facing it himself. Cinema seems to be narrowly limited to the dark side of Robespierre-the-tyrant, in direct continuity with the Thermidorian tradition, while theatrical stages seem more open to display Robespierres poetical dimension.

Jean-Claude Bonnet, Les « Marseillaises » dAbel Gance

Jean-Claude Bonnet est directeur de recherche émérite au CELLF-CNRS de l’université Paris IV – Sorbonne. Il est l’auteur de Naissance du Panthéon (Paris, 1998) et le maître d’œuvre de l’édition des œuvres de Mercier (1994-2014, dont le Théâtre complet, Paris, 2014, 4 vol.). Il a écrit pendant dix ans pour la revue Cinématographe, animé le séminaire d’où sont issus La Carmagnole des muses (Paris, 1988) et LEmpire des Muses (Paris, 2004). Il a codirigé, avec Philippe Roger, La Légende de la Révolution au xxe siècle (Paris, 1988).

Entre 1927 et 1982, le Napoléon de Gance a hésité entre le muet et le parlant. Le cinéaste a pu illustrer un thème cher à Edgar Quinet : celui du passage d’une épopée bruyante au monde assourdi de l’Empire. De Griffith à Gance et à Sacha Guitry, les grands cinéastes ont inventé chacun leur mode d’héroïsation cinématographique. La fameuse séquence de « La Marseillaise » renoue avec le moment révolutionnaire et fait écho aux grandes mises en scène des pièces de Romain Rolland dans les années trente.

From 1927 to 1982 several versions of Gances Napoléon, some of which were silent, were created. The director thus illustrates one of Edgar Quinets favourite themes, that of the passage from an ebullient and noisy epic to the muffled world of the Empire. From Griffith to Gance and Sacha Guitry, each great director invented his own way of presenting heroes on the screen. The famous sequence of the Marseillaise ties up with the revolutionary moment and echoes the spectacular stagings of Romain Rollands plays in the thirties.

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Philippe Bourdin, 1789 et la bande dessinée. Les Patriotes selon Giroud et Lacaf

Philippe Bourdin est professeur d’histoire moderne à l’université Blaise-Pascal. Il y dirige le centre d’histoire « Espaces et Cultures ». Spécialiste de l’histoire culturelle et politique de la Révolution française, il est l’auteur ou le directeur de plus d’une vingtaine d’ouvrages portant sur le Directoire, les noblesses, l’écriture immédiate de l’histoire. Il travaille actuellement sur le théâtre en France et dans les départements étrangers entre 1789 et 1799.

L’article analyse le rapport à la réalité historique d’une bande dessinée qui a pour décor le Dauphiné entre 1789 et 1792. Il montre comment se mêlent à un récit de cape et d’épée, riche de sentiments et de passions, des idéaux vécus et des mutations sociales proprement révolutionnaires. La pédagogie de leur propos impose aux auteurs des analyses parfois sommaires et des personnages stéréotypés. C’est surtout le cas lorsque la situation politique à décrire est complexe et qu’elle se traduit par de grands déchirements nationaux.

This article analyzes the comic books relationship to historical reality during the period from 1789 to 1792 in the Dauphiné. It shows how a story of swashbuckling, full of feeling and passion, mixes the experience of ideals with the reality of revolutionary social transformations. The message behind their words forces the authors into shortened analyzes and stereotypical characters. This is especially the case when the described political situation is complex and results in major national rifts.

Romain Buclon, La publicité impériale. Limage de Napoléon dans la publicité entre 2000 et 2011

Romain Buclon est doctorant en cotutelle auprès de l’université Pierre Mendès-France – Grenoble 2 et de l’université de Naples LOrientale. Ses recherches s’inscrivent dans une perspective historiographique d’histoire culturelle du politique centrée sur l’étude du rôle de Milan dans les stratégies de représentation du pouvoir napoléonien (1796-1814).

Les images de Napoléon Bonaparte évoluent selon les périodes de sa vie, quoique les publicités télévisuelles n’en tiennent pas compte. L’Empereur qui est mis en scène dans les réclames, la main dans la veste, le chapeau, la tenue militaire et la redingote grise. La mise en scène diffère selon les pays : les publicités françaises se gardent d’écorner son image, alors que les anglo-saxons créent l’humour par le décalage de situation en la malmenant. Napoléon représente aussi l’Histoire dans les publicités, prenant la place de Clio, quitte à expliquer l’Histoire avec dérision, comme dans certaines publicités actuelles.

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Although images of Napoleon Bonaparte evolve considerably over the various periods of his life, television advertisements have seemingly adopted a more static view of the Emperor: the stereotypical Napoleon is represented as an emperor, with his hand in his jacket, a hat on his head, and donning his military suit and grey redingote. That being said the way in which Napoleon is represented differs by country: whereas French advertisements tend to respect his image, Anglo-Saxons advertisers tend to make a mockery of him, placing him in some unconventional situations. Napoleon also takes Clios place in advertisements as a visual representative of History even if it means explaining History with humor as is the case in certain advertisements today.

Joël Mak dit Mack, Un curieux « oubli ». Comment interpréter la quasi-absence de la Révolution française dans lindustrie vidéo-ludique ?

Joël Mak dit Mack est docteur en histoire et enseignant dans le secondaire. Ses travaux portent sur les corpus documentaires issus de la massification des productions culturelles (BD, cinéma de science-fiction de la guerre froide, jeux vidéo…), dont il cherche de nouveaux éclairages épistémologiques et didactiques. Il est l’auteur, notamment, de « Discours idéologiques et regards sur l’histoire dans les jeux vidéo depuis la fin des années 1980 » (colloque Images, médias et politique, INA/ISCC-CNRS, 18-19-20 nov. 2010).

Cette étude porte sur les jeux stratégiques ou d’aventures qui ne cessent d’accroître leur prestige auprès du public et qui intéressent également un champ d’étude universitaire majoritairement anglo-saxon. Or, dans le dédale des jeux de toute sorte, il est surprenant de noter la pauvreté des allusions à la Révolution française. Cette quasi-absence révèle, en filigrane, de véritables « discours » idéologiques ou culturels implicites pertinents à décrypter.

This study focuses on increasingly popular strategic or adventure video games that have also attracted the interest of university study albeit primarily Anglo-Saxon. Yet in the vast industry of video games, it is surprising to note the dearth of allusions to the French Revolution. This quasi-absence of Revolutionary allusions would thus reveal, between the lines, real ideological or cultural “positions” that are seemingly relevant to decipher and understand.

Catriona Seth, Marie-Antoinette : manipulations, modélisations et médiatisations

Catriona Seth, professeur à l’université de Lorraine et World Leading Researcher à Queen’s (Belfast), est l’auteur, entre autres, de Marie-Antoinette. Anthologie et Dictionnaire (Paris, 2006), Les Rois aussi en mouraient. Les Lumières en lutte contre la petite vérole (Paris,

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2008) et La Fabrique de lintime. Mémoires et journaux de femmes du xviiie siècle (Paris, 2013). Elle a édité Les Liaisons dangereuses en « Pléiade ».

Marie-Antoinette est utilisée, de nos jours encore, pour stigmatiser deux catégories de personnes : les riches qui n’ont pas le sens des réalités auxquelles tout un chacun est confronté et, surtout en France, les femmes qui osent s’aventurer dans la sphère politique. Il s’agit d’une figure fantasmée et non du véritable personnage historique. Marie-Antoinette est ainsi à la fois la plus célèbre et peut-être la moins connue des reines de France.

Even nowadays, Marie-Antoinette is a symbol used to stigmatise two types of people: the rich who have lost touch with everyday reality and, particularly in France, women who dare to enter the political sphere. Obviously this is not the historical character, but a figure of fantasy. Marie-Antoinette is thus both the most famous though possibly the least well-known of all the queens of France.

Dorothée Polanz, Marie-Antoinette, icône suprême du marketing au xxie siècle

Dorothée Polanz est chargée de cours en études françaises et en théâtre à l’université de Virginie. Après avoir travaillé sur les représentations de Sade dans le cinéma populaire anglo-saxon, elle analyse celles-ci dans la bande dessinée française et étrangère. Dans un livre à paraître, elle explore les éléments de théâtralité à l’extérieur du théâtre (roman libertin, peinture orientaliste, cinéma).

Depuis le film de Sofia Coppola en 2006, l’image de Marie-Antoinette connaît une diffusion considérable en termes de merchandising. Objets de luxe en édition confidentielle ou productions de masse, objets sérieux ou saugrenus (la figurine « décapitable »), déguisements ou maquillage ont fait de Marie-Antoinette une star internationale reconnaissable à quelques signes, sans que ces produits dérivés ne renvoient de façon systématique au même référent.

Since the release of Sofia Coppolas film Marie Antoinette in 2006, the image of the French queen has become a major merchandizing item. From luxurious, limited-edition objects to mass produced junk, either serious or silly (the “ejector head” figurines), Halloween costumes or makeup have raised Marie-Antoinette to the status of an easily recognizable, highly stylized international superstar, although this vast commercial production is not systematically based on a consistent point of reference.

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Guy Spielmann, Initials M. A. Marie-Antoinette et ses avatars

Guy Spielmann est enseignant-chercheur à l’université de Georgetown (Washington DC). Il travaille sur les arts du spectacle à l’aube des temps modernes, en particulier la scénographie et les genres non-littéraires. Passionné de culture populaire, il étudie les rapports entre connaissance savante et diffusion de masse, notamment des représentations des xviie-xviiie siècles (cinéma, bande dessinée, roman). Il a publié une soixantaine d’articles ainsi que Le Jeu de lOrdre et du Chaos : Comédie et pouvoirs à la Fin de règne, 1673-1715 (Paris, 2002), et un livre sur les « parades » du xviiie siècle (Paris, 2006).

Dans le discours savant comme dans l’expression commune, « Marie-Antoinette » renvoie à la fois à une personne et à une figure historique, à partir desquelles on a élaboré un personnage de fiction. Or, dans la culture matérielle qui prend le relais des média traditionnels, une nouvelle entité, qu’on nommera « M. A. », se substitue aux précédentes et les éclipse. Réduite à quelques éléments définitoires (telle l’apocryphe réplique « Qu’ils mangent de la brioche ! »), M. A. n’est ni une personne ni un personnage, mais un type : celui de l’aristocrate décadente, qui joue le rôle de première fashion victim de l’histoire et d’égérie du luxe « made in France ».

In scholarly discourse as well as in common parlance, “Marie-Antoinette” refers both to a person and a historical figure, the intertwining of which has created a fictional character. Yet in the consumer culture that supersedes traditional media, a new entity – lets call it “M. A” – replaces and obviates these previous incarnations. With a modicum of defining features (such as the apocryphal quip “Let them eat cake!”), M. A. is neither a person nor a character, but a type, the decadent aristocrat who gets to play the part of historys first fashion victim and poster girl for French-made luxury goods.

Tomoko Takase, La Rose de Versailles, ou la Révolution de la femme dans lunivers des mangas

Tomoko Takase enseigne à l’université Meiji (Japon) et prépare une thèse intitulée « Théâtre des femmes pendant la Révolution française ». Elle a récemment écrit « Évolution de la figure féminine dans le théâtre des femmes-auteurs pendant la période révolutionnaire », dans Le Théâtre sous la Révolution (M. Poirson dir., Paris, 2008) ; « Voltaire au Japon ou Candide en Extrême-Orient au xxie siècle », Cahiers Voltaire, no 9, 2010.

La Rose de Versailles, manga de Riyoko Ikeda (1949-), est publié en feuilleton entre 1972 et 1973 dans la revue hebdomadaire pour jeunes filles Margaret.

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L’auteure est inspirée de la Marie-Antoinette de Zweig et son personnage principal est à l’origine la reine elle-même. Cependant, ses jeunes lectrices éprouvent un intérêt particulier pour Oscar François de Jarjayes, personnage inventé par l’auteure. Dès lors, l’histoire se concentre davantage sur ce personnage fictif, femme vêtue d’un uniforme militaire qui se dévoue à la cause du peuple en quittant ses fonctions au milieu des événements révolutionnaires. À travers l’analyse de ce personnage, s’exprime à la fois la révolution intérieure de l’individu et la révolution graduelle de la culture populaire dans la société.

The Rose of Versailles, a manga by Riyoko Ikeda (1949-), appeared weekly, in the girls manga-magazine, Margaret, from 1972 to 1973. The author sought inspiration for this story from Marie Antoinettes life and character but eventually created a new heroine, Oscar François de Jarjayes, a woman wearing a military uniform and fighting for the lower-class people in the age of the French Revolution. Analyzing the heroines character will therefore provide us insight in understanding her internal revolution (her spiritual growth) and the revolutionary rise of the status of pop culture in Japanese society.

Nathalie Alzas, Du roman-feuilleton à « lanimé » japonais, limage mythique du peuple en révolution

Nathalie Alzas est rattachée à l’UMR Telemme (Aix-en-Provence) et docteur en histoire (La liberté ou la mort. Leffort de guerre dans lHérault pendant la Révolution française, Aix, 2006). Elle poursuit ses travaux sur l’effort de guerre, le patriotisme et le don en Révolution, et sur les diverses représentations du peuple et de la démocratie dans les œuvres de fiction centrées sur la Révolution.

Cet article s’interroge sur les mutations des représentations du peuple de la Révolution française envisagées à partir d’œuvres littéraires puis cinématographiques depuis le xixe siècle. Tout en prêtant des traits fantasmatiques aux faits historiques, ces représentations rencontrent les préoccupations de leur temps : quelle est la place du peuple dans les démocraties en construction au xixe siècle, dans les démocraties représentatives en proie au doute au début du xxie siècle, et enfin dans un monde qui vit avec l’ombre pesante des totalitarismes du xxe siècle ?

This is a study on the way the French nation and its people, during the Revolutionary period, were represented, through literary works and film from the xixth century until today. These visual documents are the testimonies of their times and incite debate about democracy.

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Christophe Cave et Norio Mihara, De La Rose de Versailles à Lady Oscar de Jacques Demy. Film et manga, deux représentations révolutionnaires

Christophe Cave est maître de conférences à l’université Grenoble 3 et membre de l’UMR LIRE-CNRS. Il travaille sur Voltaire (sa correspondance, ses biographies, son rapport aux médias), ainsi que sur la presse d’Ancien Régime (éditeur scientifique des Mémoires secrets). Il a notamment publié Lesprit des journaux, anthologie de la presse de 1793 (en collab. avec D. Reynaud, Saint-Étienne, 1993).

Norio Mihara, diplômé de l’université Waseda (Tokyo), enseigne les sciences humaines, en particulier la langue et la civilisation japonaises à l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon. Ses principaux thèmes de recherche sont Crébillon fils, les théories de l’homme au xviiie siècle, les idées du beau, le multiculturalisme et les morales de la « frugalité ».

Dans son manga La Rose de Versailles, Riyoko Ikeda ajoute à l’histoire de la vie de Marie-Antoinette le personnage d’Oscar, fille « travestie » qui joue un rôle essentiel dans la représentation du processus révolutionnaire, en particulier par la prise de conscience progressive, chez Oscar, de la pauvreté et des injustices liées aux privilèges de la noblesse. Jacques Demy choisit de centrer son film « simplifié » sur Lady Oscar, mais il affaiblit le rôle positif du personnage aristocrate (comme il affaiblit son ambiguïté sexuelle), pour transférer sur son valet André, issu du peuple, le principe révolutionnaire.

In her manga La Rose de Versailles, Riyoko Ikeda introduces Oscar to the narrative of Marie-Antoinettes life. Oscar is a transvestite girl who plays a central role in the representation of the revolutionary process particularly through Oscars progressive realization of poverty and injustice stemming from nobility privilege. Jacques Demy chooses to center his film on Lady Oscar, but diminishes the positive role of the aristocrat (as he diminishes her sexual ambiguity) and embodies the revolutionary process in the valet André, a commoner.

Cyril Triolaire, Lady Oscar. Révolution française, manga et série animée de masse

Cyril Triolaire est maître de conférences en études théâtrales à l’université Blaise Pascal. Il s’intéresse aux pratiques culturelles et artistiques au cours des années révolutionnaires et impériales, et interroge les représentations populaires (théâtrales, iconographiques, animées) de la Révolution française. Il a récemment publié Le Théâtre en province pendant le Consulat et lEmpire (Clermont-Ferrand, 2012) et a dirigé le colloque La Révolution française au miroir des recherches actuelles (Paris, 2011).

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Ikeda triomphe dès 1972 avec La Rose de Versailles. La mangaka consacre la figure de la femme travestie et aborde la problématique du genre dans le shôjo manga en suivant la trajectoire d’Oscar François de Jarjayes, jeune femme élevée en garçon, capitaine de la garde royale de Louis XVI chargée de la protection de Marie-Antoinette, confrontée à la Révolution française. Le manga est adapté au petit écran avec Lady Oscar dans un animé de 40 épisodes réalisé par Tokyo-Movie-Shinsha et diffusé dès 1979, avant d’arriver en France six ans plus tard. L’étude des neuf derniers épisodes consacrés au prélude de la Révolution permet d’interroger la représentation animée du récit révolutionnaire. Vecteur de masse, le manga animé Lady Oscar participe à l’élaboration d’une véritable culture populaire de la Révolution française, en France et à l’étranger.

Ikeda triumphs with The Rose of Versailles. The mangaka establishes the figure of a female transvestite and tackles the issue of gender in the shôjo manga. It follows the path of Oscar François de Jarjayes, a young woman raised as a boy who becomes Captain in the royal guard of Louis XIV. She is in charge of the protection of Marie-Antoinette and has to face the French Revolution. The manga is adapted for television along with Lady Oscar. The 40 episode cartoon is made by Tokyo-Movie-Shinsha and first broadcasted in 1979 arriving in France six years later. The study of the last 9 episodes, which are devoted to the prelude and the beginnings of the Revolution, allows for an examination of the construction of the revolutionary narrative as well as its animated representation, by measuring the place given to the erudite culture and to the peoples images. A vehicle for mass culture, the animated manga Lady Oscar takes part in the creation of a true peoples culture of the French Revolution in France and abroad.

Pascal Dupuy, La Révolution française dans la musique populaire. Ou linstrument symbolique sans frontière (1950-2010)

Pascal Dupuy est maître de conférences en histoire moderne à l’université de Rouen. Ses recherches sont au croisement de l’histoire culturelle et politique. Elles portent sur la Révolution française, les images satiriques et la Grande-Bretagne à la fin du xviiie siècle. Il a notamment publié Caricatures anglaises. Face à la Révolution et lEmpire (1789-1815) (Paris, 2008) ; La Révolution française (en collab. avec C. Mazauric, Paris, 2005) ; La Révolution française. Dynamiques, influences, débats (1787-1804) (en collab. avec M. Biard, Paris, 2004 ; éd. revue et corrigée, 2007).

L’article s’attache à faire découvrir un monde musical, largement anglo-américain et francophone, qui utilise, depuis plus de cinquante ans, la Révolution

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française dans ses titres et ses textes de chansons ou encore sur ses pochettes de disques. Porteuse d’espoir politique et de progrès sociaux pour les uns, période qui permet d’enfiler à la fois clichés et costumes pour d’autres, la Révolution française possède de multiples atouts que les musiciens, en se référant d’ailleurs parfois à son passé musical, utilisent avec habileté afin d’envisager la société dans laquelle ils vivent, de parler d’eux tout en évoquant l’Histoire.

Our paper will endeavor to identify a musical world, primarily Anglo-American, but also Francophone, which, for more than fifty years has employed the French Revolution in its titles, in the lyrics of its songs, and on its album jackets. For some, the French Revolution inspires hope for political and social progress; for others, it was a period synonymous with clichés and costumes. Whatever the reason, the French Revolution contains a myriad of symbolic possibilities for musicians which allows them to envisage the society in which they live all while recounting History.

Julia V. Douthwaite, Les martyres de Marat et de Sebastião. Une légende révolutionnaire mise à jour

Julia V. Douthwaite est professeure à l’université Notre Dame. Elle est notamment l’auteure de The Frankenstein of 1790 and Other Lost Chapters from Revolutionary France (Chicago, 2012), trad. Le Frankenstein français et la littérature de lère révolutionnaire (à paraître), The Wild Girl, Natural Man, and the Monster (Chicago, 2002), « Le roi pitoyable et ses adversaires », RHLF (2010) et « On Candide, Catholics and Freemasonry », Eighteenth-Century Fiction (2010).

S’inspirant du martyre de Jean-Paul Marat, on explore les échos entre le portrait de Marat par Jacques-Louis David et Marat (Sebastião) par l’artiste brésilien Vik Muniz. On étudie d’abord la création du mythe de Marat-le-martyr de son vivant (et de sa plume), puis après sa mort dans les objets de mémoire consacrés à l’Ami du Peuple. On se penche ensuite sur le cas de Vik Muniz qui, dans le tableau Marat (Sebastião), fait revivre Marat dans la peau d’un collecteur d’ordures habitant l’un des plus grands bidonvilles de Rio de Janeiro.

This article takes its inspiration from the martyrdom of Jean-Paul Marat to reveal how Brazilian artist Vik Muniz repurposes the legend in Marat (Sebastião) (2008). After delving into the martyr myth as imagined by the revolutionary in his own words, we look at commemorative objects created after his death, including Davids Marat’s Death (1793). Then we see how Vik Muniz recast Marat as a man of our time, in the guise of a garbage collector in one of Rio de Janeiros largest ghettos.