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Quatrième partie
La représentation de la mort dans la littérature des protestants de langue française de l'institution de la religion chrétienne de Calvin aux Tragiques d'Agrippa d'Aubigné (1541 - 1616)

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  • ISBN: 978-2-8124-5251-2
  • ISSN: 2114-1223
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-5251-2.p.0518
  • Publisher: Classiques Garnier
  • Parution date: 02-28-2007
  • Language: French
Free access
Support: Digital
518 QUATRIEME PARTIE
LA REPRESENTATION DE LA MORT DANS LA LITTERATURE DES PROTESTANTS DE LANGUE FRANCAISE
DE L'INSTITUTION DE LA RELIGION CHRETIENNE DE CALVIN AUX TRAGIQUES D'AGRIPPA D'AUBIGNE (1541 - 1616)1
1 1541 est la date de publication de l'Institution de la Religion Chrestienne de Calvin ; 1616, la date de publication des Tragiques d'Agrippa d'Aubigné.

519 520 La littérature d'inspiration protestante n'offre pas une représentation de la mort qui lui soit entièrement spécifique et pourrait la caractériser dans son ensemble'. En utilisant des figures communes à tout un siècle, les écrivains réformés participent à une mentalité générale, qui transcende les diversités idéologiques et, en même temps, permet leur expression.
On étudiera ici ce que la littérature des protestants apporte d'irremplaçable à la représentation de la mort au XVIe siècle. Elle lui apporte un certain nombre d'achèvements et d'acquis définitifs. Par sa rigueur soudaine et sa constante volonté d'affirmation, elle permet de comprendre ce qui l'a précédée. C'est avec elle que l'on peut voir clairement en quoi la pensée évangélique de la mort prépare la pensée réformée, tout en étant véritablement autre. D'autre part, sans qu'il y ait, apparemment, de bouleversements, il s'effectue, dans la littérature des protestants, des évolutions décisives, sous le voile d'expressions ou de figures inchangées depuis les Evangéliques. Ces évolutions permettront notamment, à leur tour, à la représentation de la mort comme néant de prendre forme explicite chez un certain nombre d'écrivains de la fin du siècle. En attendant, avec la Réforme, par l'intermédiaire,
Bien qu'on distingue des tendances réformées dans la littérature française à partir de 1540, on ne peut guère parler de littérature proprement réformée avant la prise d'armes de Condé, en mars 1562. La littérature réformée comprend surtout des pièces dramatiques, des oeuvres poétiques (poésie de méditation, de prière) et théologiques, des traductions ou des paraphrases des Livres Saints et des oeuvres en prose, essentiellement des méditations.

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essentiellement, de la notion de prédestination, l'homme va parvenir à une conscience extrême et presque exacerbée de la réalité individuelle de la mort en même temps qu'il en saisira la signification totalement terrestre. Avec la Réforme, la mort s'inscrit sans réserves dans le monde et dans l'Histoire2.
2 Notre travail est fondé sur les oeuvres figurant dans notre bibliographie. La thèse de J. Pineaux, La poésie des protestants de langue française, 1559-1598, Paris, 1971, est indispensable à tous ceux qui s'intéressent, d'une façon ou d'une autre, à la littérature des protestants français. Sur quelques auteurs  : 1) U. T. Holmes, J. C. Lyons, R. W. Linker, ne voyaient en du Bartas un protestant de ferme confession qu'à la maturité de sa carrière (The Works of Guillaume de Salluste Sieur du Bartas, Chapel Hill, 1935-1940, 3 vol.). A. Baïche, dans son édition critique de Judit, a corrigé ce point de vue  : dès le moment où du Bartas compose Judit, son appartenance à l'Eglise réformée est certaine ; l'orthodoxie de sa foi également (éd. critique, Toulouse, 1971, pp. LVIII et suiv.) ; 2) Pour R. Lebègue, l'inspiration religieuse de de La Taille est "plutôt chrétienne qu e catholique ou protestante" (La tragédie religieuse en France. Les débuts, 1514-1573, Paris, 1929, p. 407). De La Taille nous a pourtant semblé imprégné de calvinisme, notamment par ses idées sur la prédestination, sans qu'il le professe toujours avec netteté; 3) Enfin, nous partageons la position de J. Pineaux sur l'inspiration de l'oeuvre de Sponde (op. cit., pp. 10-11). Né protestant, Sponde compose son oeuvre poétique avant sa conversion de 1593. Mais, dès 1584, on peut légitimement douter de la profondeur de ses convictions réformées (cf. la lettre de Th. de Bèze, citée par Fr. Ruchon, in Essai sur la vie de Jean de Sponde, p. 39). Les persécutions et la solitude aboutissent, chez lui, à un résultat inverse à celui de ses coreligionnaires qui passent par les mêmes épreuves  : il se convertit. Il nous semble, avec J. Pineaux, que "dans ces conditions, (...) ses poèmes chrétiens de 1588 étaient le fait d'une âme religieuse mais pas fondamentalement protestante ; quand Dieu l'illumine, Sponde se tourne vers le catholicisme".

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