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Deuxième partie
La représentation évangélique de la mort (1511-1554) ou la mort devient intérieure

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  • ISBN: 978-2-8124-5251-2
  • ISSN: 2114-1223
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-5251-2.p.0154
  • Publisher: Classiques Garnier
  • Parution date: 02-28-2007
  • Language: French
Free access
Support: Digital
154 Mourir ce n'est "point seulement en une mort extérieure".
(Traités mystiques, p. 83)
DEUXIEME PARTIE
LA REPRESENTATION EVANGELIQUE DE LA MORT (1511-1554)
OU LA MORT DEVIENT INTERIEURE
- Erasme ; J. Pinelle ; J. Lefèvre d'Etaples et ses disciples (Farel, Leconte de la Croix, Caroli, Vatable) ; Cl. Marot ; Marguerite de Navarre ; G. Briçonnet ; Rabelais.
- Les "libertins qui se nomment spirituels" ; le théâtre de Pierre Du Val ; le théâtre des anonymes de Rouen ; les Traités mystiques ; autres oeuvres anonymes.
155 156 Il ne semble pas y avoir de rupture entre deux périodes, le "Moyen-âge" et la "Renaissance", mais, plutôt, une lente transformation des rapports qu'entretiennent entre elles un certain nombre de figurations et de significations, à l'intérieur de la représentation de la mort. Autrement dit, la Renaissance va poursuivre un mouvement qui se dessine bien avant elle : ramener certaines des figures et des significations de la représentation de la mort à l'espace humain et faire de la mort une affaire, sinon purement humaine, du moins terrestre.
Les Evangéliques interviennent dans la littérature alors que la représentation de la mort y devient plus intérieure et que s'affirme peu à peu une contradiction, ou une incompatibilité, entre une figuration qui reste essentiellement réaliste et une signification qui s'intériorise chaque jour davantage ; contradiction également dans le fait que la mort se réduit progressivement à sa seule réalité physique, tout en demeurant un des éléments de base du récit invariant chrétien.
C'est avec Marot, semble-t-il, que la signification de la représentation de la mort, telle qu'elle a évolué depuis la fin du XIIe siècle, accède à la conscience des hommes de la Renaissance. On voit se regrouper soudain, dans son oeuvre, des figures lentement élaborées au cours des trois derniers siècles. Première esquisse de ce mouvement, le même phénomène s'était déjà produit dans les danses macabres, quelques dizaines d'années plus tôt. Mais, depuis, le progrès accompli a été décisif  : il ne s'agit plus seulement, chez Marot, d'un grand rassemblement de figures devant lesquelles l'homme s'interroge ; avec lui, l'interrogation cesse  : les figures sont accompagnées de leurs significations profondes et présentées en fonction de celles-ci. C'est bien l'oeuvre de Marot qui va montrer que, désormais, la plupart de ces figures, non seulement n'ont plus rien à dire mais, plus encore, voilent des significations et des figures nouvelles qui sont en train d'apparaître. Les oeuvres des autres Evangéliques semblent consacrées à une tâche
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différente  : réfléchir sur la spiritualité chrétienne pour permettre que la représentation de la mort s'intériorise complètement. On peut expliquer cette différence par le fait que Marot est le seul, parmi les Evangéliques, à être poète de métier. Il était ainsi le mieux placé pour prendre en charge la tradition littéraire, en mettre au jour certains modes de fonctionnement pour les utiliser au profit d'un nouveau projet spirituel.
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