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Préface

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  • ISBN: 978-2-8124-1138-0
  • ISSN: 2105-9950
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-1140-3.p.0013
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 22/08/2013
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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PRÉFACE

La publication à Bâle en 1494 du Narrenschiff (La Nef des fous)1, satire véhémente des folies du monde, composée par le Strasbourgeois Sebastian Brant (1457-1521), marque un événement dans l’histoire de la culture allemande du début des temps modernes, sinon de l’Occident chrétien. De nombreuses éditions, traductions, adaptations, imitations et même des plagiats réalisés en latin et en plusieurs langues vernaculaires dont il fut l’objet en fournissent les preuves2. La Nef des folles selon les cinq sens de nature3, imprimée pour la première fois à Paris entre 1498 et 1501, occupe une place à part au sein de ce vaste corpus. Avatar français du Narrenschiff qui tend à orienter ses attaques vers les défauts des femmes, ce texte représente une véritable somme de la littérature consacrée à la folie, au sein de laquelle s’entrecroisent plusieurs types

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de culture, moyennant une translatio studii dont il convient d’apprécier la complexité : d’une part, grâce à la contribution du traducteur Jehan Drouyn, elle rend accessible une œuvre emblématique du premier humanisme, les Stultiferae naves (1501), l’une des sources de l’Éloge de la folie (1511) d’Érasme, composée en latin par le célèbre imprimeur, éditeur et auteur, Jodocus Badius Ascensius ; d’autre part, elle joint à sa matière plusieurs chapitres provenant d’une traduction en prose française de la Stultifera navis, la première adaptation latine du Narrenschiff, renouant, ne fût-ce qu’indirectement, avec le texte originel. Livre de conduite à l’usage des femmes, La Nef des folles offre une synthèse des approches théologiques, didactiques et esthétiques de la folie, mais aussi des enjeux théoriques et pratiques de l’appropriation, de la réécriture et de la diffusion des savoirs humanistes et populaires qui se développent au passage du Moyen Âge à la Renaissance grâce à l’appui désormais indispensable de l’imprimerie qui met en place un nouveau type de collaboration entre auteurs, traducteurs, imprimeurs et lecteurs.

Cette édition n’aurait pu voir le jour sans deux bourses qui m’ont été décernées par la Renaissance Society of America et la Bibliographical Society of America. Que les personnels de ces organismes trouvent ici l’expression de ma vive gratitude. Je sais gré ensuite aux conservateurs des bibliothèques que j’ai fréquentées au fil des années, en particulier à Mme Emmanuelle Toulet, conservateur en chef, bibliothèque du musée Condé, Chantilly, à M. Nicolas Petit, conservateur en chef, réserve des livres rares (bureau des incunables), Bibliothèque nationale de France, et à M. John Bidwell, conservateur en chef, Pierpont Morgan Library, New York, pour leurs renseignements utiles concernant les éditions de La Nef des folles. Je tiens à remercier enfin M. Richard Lear, Mmes Ihssane Loudiyi, Mary Toulouse et Christine Verdier pour leurs précieuses contributions à la réalisation de ce travail.

1 Six éditions originales et sept éditions pirates publiées du vivant de Brant seront suivies de quatorze éditions supplémentaires entre 1521 et 1574 (A.-L. Metzger-Rambach, « Le Texte emprunté » : étude comparée du “Narrenschiff” de Sebastian Brant et de ses adaptations (1494-1509), Paris, Champion, 2008, p. 21-36 et p. 21, n. 21).

2 Pour une approche chronologique de ces ouvrages, voir F. Zarncke, Das Narrenschiff, Hildesheim, Georg Olms, 1961 (éd. orig. Leipzig, 1854), p. lxxx-xcviii et p. c-cxvi ; A. Pompen, The English Versions of the ‘Ship of Fools’ : A Contribution to the History of the Early French Renaissance in England, New York, Octogon Books, 1967, p. 7-19 ; T. Wilhelmi, Sebastian Brant Bibliographie, Berne, Peter Lang, 1990, p. 70-88. ; B. Quillet, « Le Narrenschiff de S. Brant, ses traducteurs et ses traductions aux xve et xvie siècles », Culture et Marginalité au xvie siècle, Paris, Klincksieck, 1973, p. 111-124 ; A.-L. Metzger-Rambach, op. cit., p. 21-36. Le 550e anniversaire de S. Brant fut l’occasion de nouvelles publications sur le Narrenschiff, comme, par exemple, Sebastian Brant und die Kommunikationskultur um 1500, Actes du colloque tenu à Wolfenbüttel (15-17 octobre 2007), éd. K. Bergdolt, J. Knape, Anton Schindling, G. Walter, Wiesbaden, Harrassowitz, 2010. – Pour une version du Narrenschiff en français moderne, voir S. Brant, La Nef des fous, adaptation française par M. Horst, avec une préface de Philippe Dollinger, Strasbourg, Éditions La Nuée Bleue, 1977.

3 La Nef des folles selon les cinq sens de nature composés selon l’Evangille de Monseigneur Saint Mathieu des cinq vierges qui ne prindrent point d’uylle avecques eulx pour mectre en leurs lampes, Paris, Petit Laurens pour G. de Marnef (s.d.). Voir plus loin le chapitre « Tradition textuelle », p. 78-79.

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