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Présentation

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  • ISBN: 978-2-406-07721-3
  • ISSN: 2103-5636
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-07723-7.p.0007
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 06/04/2019
  • Langue: Français

  • Article de collectif: 1/28 Suivant
Accès libre
Support: Numérique
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Présentation

Ce volume collectif prend son origine dans la tenue de deux colloques internationaux consacrés à lévolution du concept dimagination à lintérieur du système des savoirs et des pratiques littéraires au cours du xxe siècle en France1. Ce projet est né de lexigence denquêter sur la pluralité des définitions et des usages du concept dimagination, et vise à linterroger à nouveaux frais selon un axe à la fois théorique et historique. Il est ainsi question dexpliciter les différents aspects du concept dimagination à partir de son positionnement dans le contexte culturel, tout en menant une enquête sur les éléments qui permettent de penser lunité des diverses théories qui ont été proposées à ce sujet. Une attention particulière a été accordée, dans cet horizon, aux dimensions esthétique et littéraire de la question, et plus particulièrement à larticulation du questionnement sur limagination avec la redéfinition de lidée de littérature.

Le présent volume, composé de vingt-quatre contributions de spécialistes du sujet, se caractérise par une approche résolument interdisciplinaire. Le cadrage problématique proposé par Jean-Jacques Wunenburger dans lintroduction générale opère une synthèse des théories de limagination au xxe siècle, en identifiant et en explicitant les axes de recherche fondamentaux qui seront déployés dans les diverses contributions : lopposition traditionnelle de limagination reproductrice et de limagination créatrice, linfluence des paradigmes issus des sciences humaines et sociales sur la conception de limagination, la dialectique de limagination comme réservoir de formes et sa valorisation en tant que force, la vexata quaestio des rapports entre imagination et raison.

Le volume se compose de trois grandes sections. Dans la première, intitulée « Limagination dans lentre-deux-guerres : un moment fondateur », 8une attention spécifique est accordée à la période et aux auteurs qui constituent les « racines » du retour massif de la réflexion esthétique et philosophique sur le concept dimagination. La théorie surréaliste constitue dans cette perspective une référence incontournable, comme le soulignent létude proposée par Henri Béhar, construite sur une analyse lexicographique menée sur un vaste corpus, mais aussi celle dÉmilie Frémond, qui sinterroge sur les divergences existant entre les surréalistes orthodoxes et les dissidents de la revue Documents. Cependant, il convient aussi de pointer en direction dun archipel dauteurs qui, malgré des formations distinctes et des objectifs différents, reviennent avec insistance et régularité sur la baudelairienne « reine des facultés ». Cest le cas de Gaston Bachelard, dont il est question avec Julien Lamy, qui sefforce de montrer que la théorie bachelardienne de limagination excède lapproche psychologique initiale du philosophe des sciences, pour aborder une Métaphysique de limagination, dont le sens demeure à élucider. Cest le cas également de Roger Caillois et de son ambition de fonder une « phénoménologie générale de limagination », capable de reconduire les phénomènes imaginatifs à une racine unique, comme le met en évidence Anna Maria Laserra. Il est aussi question dArmand Petitjean qui, comme le montre Riccardo Barontini, explore, dans sa trajectoire « météorique », les rapports entre imagination, dynamisation psychique et langage. Ou encore de Jean-Paul Sartre, qui prépare les instruments de sa psychanalyse existentielle, explicitée dans LÊtre et le Néant, en les mettant à lépreuve dans létude de la conscience imageante : à la première phase de sa production intellectuelle sont consacrés les textes de Vincent de Coorebyter, qui enquête sur ses sources romantiques à partir dun de ses ouvrages de jeunesse, et de Frédéric Fruteau de Laclos, qui analyse ses textes à travers la lecture critique quen fait Philippe Malrieu.

Le deuxième section, intitulée « Imagination et nouveaux champs du savoir », se concentre spécifiquement sur les modifications que le concept dimagination subit face aux approches de la connaissance qui émergent au cours du xxe siècle. Le lecteur y trouvera les enquêtes menées par Renato Boccali, qui analyse l« espacement phénoménologique de limagination » chez Merleau-Ponty et Sartre, et par Stéphane Massonet, qui construit autour de la notion d« imagination agressive » une histoire révisée de lintroduction de la phénoménologie en France. 9Étienne Klein problématise quant à lui le rôle de limagination dans les sciences contemporaines, notamment la physique mathématique, en abordant la question de lorigine des idées et des découvertes scientifiques. La rencontre de limagination avec les sciences humaines et sociales est présentée dans les textes de Ionel Buse, qui explore les approches anthropologiques de Mircea Eliade et de Gilbert Durand, mais aussi de Daniel Proulx, qui met en évidence linfluence de Jung et de Koyré sur Henry Corbin ; sans oublier Nicolas Piqué, qui sarrête sur létude du symbolique tel quil est envisagé chez Cornelius Castoriadis.

Dans la dernière section du volume, intitulée « Héritages imaginatifs : perspectives de 1945 à aujourdhui », le lecteur trouvera des études qui sefforcent danalyser la postérité, dans laprès-guerre, des changements survenus au cours de lévolution du concept dimagination, et qui ouvrent une réflexion sur son actualité. Florian Jehl se concentre sur la persistance de la pensée surréaliste dans lœuvre du poète André Frénaud, tandis que François Noudelmann reprend le discours sur lœuvre de Sartre, en analysant les changements qui affectent sa théorie de limagination après 1945. Ludovic Duhem, quant à lui, présente les travaux de Gilbert Simondon qui, dans le sillage de Bergson, Bachelard et Merleau-Ponty, engage une réflexion critique sur les rapports entre imagination et invention. Jean-Pierre Pierron se concentre de son côté sur léthique de limagination chez Ricœur, en lenvisageant comme la « fonction du possible pratique ». En conclusion de cette section, Christian Chelebourg nous propose dexplorer les territoires de lextrême contemporain, avec une enquête sur lapplication des théories « mythocritiques » aux études culturelles des fictions de jeunesse, tandis que Claude-Pierre Pérez nous livre une réflexion sur le futur de la notion d« imagination », et sa crise dans la période postmoderne.

Nous avons par ailleurs réservé, au terme de ce volume, un espace de réflexion spécifique, à un « chassé-croisé Bachelard-Caillois ». Les textes de ces deux auteurs centraux sont abordés ici par des membres de l« Association des amis de Roger Caillois », qui se sont associés à notre projet de recherche en participant à lun des deux colloques organisés à Lyon. Valeria Chiore sintéresse ici au rapport de limagination matérielle et du fantastique naturel. François Py analyse pour sa part larchétype de la maison chez Bachelard et Van Gogh, pendant que Jean-Claude Lambert nous propose un parcours libre sur le thème de loiseau Phénix, 10et que René Passeron sinterroge de son côté sur léthique bachelardienne, à partir dune réflexion sur lidée d« anti-nature » et lopposition entre science et imagination.

Toutes ces contributions ont pour objectif de donner au lecteur un ensemble de repères historiques et conceptuels permettant de sorienter dans le vaste territoire des théories contemporaines de limagination, ce qui est inédit à lheure actuelle, et viendra combler un manque certain dans les études littéraires et philosophiques. Elles inaugurent un horizon de réflexion ouvert doù émergent des lignes de force, des sources communes et des perspectives convergentes : en particulier, une préoccupation spécifique se démarque concernant le rapport existant entre le dynamisme créateur attribué à limagination et les retombées éthiques de son action, entre limagination entendue comme force novatrice et la fondation des modèles dhumanisme qui sillonnent le siècle. Nous disposons ainsi, grâce à une enquête pluraliste et interdisciplinaire sur lhistoire de limagination au cours des cent dernières années, dun point de vue privilégié pour apprécier les différentes stratégies qui, en réhabilitant limportance et la puissance féconde de la « folle du logis », repensent la valeur du savoir littéraire et humaniste.

Riccardo Barontini
et Julien Lamy

1 Les deux colloques se sont déroulés à Lyon les 19-20 juin 2013 et les 17-18 avril 2014, grâce au soutien du CELLF-UMR8599, de lInstitut de Recherches Philosophiques de Lyon, du Labex OBVIL, de lANR et du service daide à la recherche de lUniversité de Lyon 3.