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[Épigraphe du premier chapitre]

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  • ISBN: 978-2-406-07307-9
  • ISSN: 2100-3335
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-07309-3.p.0051
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 14/03/2018
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
51 Râpeuses. Et j'avais beaucoup de
peau nue, les jambes, les bras, les joues.
Doucement râpeuses. De grandes tiges
droites, presque piquantes parfois tant
leurs poils étaient raides, mais les feuilles,
elles, larges, un peu dentelées, pointues
au bout, râpeuses à faite frissonner
comme la langue de ma chatte. Les
fleurs de topinambours, petits soleils, se
tournaient bien au-dessus vers la lumière,
en bas de cette forêt, dans l'ombre où
me touchaient quelques feuilles sèches
et les vertes, je me faufilais entre les
tiges. Depuis la butte ou l'escalier qui
dominent ils appelaient, lançaient vers
buis, choux, rames, poiriers bas "Loup !
Loup !" les plantes serrées du potager se
faisaient ensoleillées toutes immobiles,
je ne bougeais plus. Sûrement j'ai dû
répondre, petite voix claire, émerger du
fouillis des légumes et jusqu'à eux courir,
ma mère ou mon pète, mais je ne me
souviens que des moments forts :ceux
où je demeurais silencieux, m'enfonçant
dans le grand massif de topinambours.
On me voulait pour une corvée, famille
en visite, bêtise découverte :rien, silence
des feuilles, quelquefois je voyais passer
entre les allées leurs yeux qui cherchaient
l'enfant caché, s'attendaient à ce que je
surgisse "coucou!", je ne dévoilais pas
la retraite, feuilles contre mon nez, ma
bouche, râpeuses connues rassurantes.
L'Espace antérieur, p. 123-124.

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