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Paola Perazzolo, « “Un frère est un ami donné par la nature”. Les fraternités problématiques de La Mort dAbel de Gabriel Legouvé »

Créée au Théâtre de la Nation en 1792, La Mort dAbel de Legouvé sinspire du poème homonyme de Gessner. Les variantes transmises par un manuscrit de souffleur témoignent pourtant de lhésitation de lauteur entre la volonté dadhérer au modèle et le désir de renouveler linterprétation augustinienne traditionnelle par la mise en scène dun Caïn humanisé. Bien avant lavènement de la « fraternité verrouillée » de 1793, ressortent les apories dun concept aux facettes ambiguës et multiples. 

Mots clés : Legouvé, Gessner, réécriture biblique, tragédie, fraternité, fratricide, Révolution

Gautier Ambrus, « Quest-ce quécrire une tragédie sous la Terreur ? Poésie et politique dans Timoléon de M.-J. Chénier » 

Linterdiction du Timoléon de Marie-Joseph Chénier au printemps 1794 en a fait lune des rares tragédies de la Révolution rappelée par lhistoriographie. La pièce a conservé la réputation dune œuvre de dissidence contre la Terreur, ce qui a détourné la critique de ses enjeux dramatiques. Interroger cette fausse évidence permet ici déclairer la genèse dune tragédie politique sous la Révolution.

Mots clés : Chénier, Timoléon, Terreur, Robespierre, censure, allusions, culpabilité, fraternité

Éric Avocat, « A Tale of two cities. Politique et éloquence révolutionnaires au prisme du (contre ?) modèle anglais chez Lebrun-Tossa »

Il est difficile dimaginer pièce plus directement en prise sur la politique révolutionnaire au travail que la comédie de Lebrun-Tossa, La Folie de Georges ou louverture du Parlement dAngleterre (janvier 1794), exactement contemporaine 338de son référent, et dun long débat sur lAngleterre tenu aux Jacobins. Le dramaturge opère une hybridation des cultures politiques des deux nations, tout en élaborant une poétique de la rétorsion qui met au goût du jour le principe du castigat ridendo mores.

Mots clés : Lebrun-Tossa, Angleterre, Georges III, Jacobins, comédie politique, satire, rhétorique

Barbara Innocenti, « Naissance et transformations dun “nouveau genre”. Les pièces à auteur (1789-1814) »

Centrées sur la représentation de tranches de vie réelles ou imaginaires des Grands Hommes de la République des lettres, les « pièces à auteurs » connaissent un véritable succès sous la Révolution et lEmpire. Certains dramaturges de lépoque transforment les salles de spectacles en « élysées visibles ». Surnommé « le petit Panthéon », le Théâtre du Vaudeville devient le lieu privilégié où écrivains, dramaturges ou comédiens reviennent à la vie pour le plaisir des spectateurs.

Mots clés : Grands Hommes, Panthéon, pièces à auteurs, vaudeville, Révolution, Empire

Stéphanie Fournier, « Le vaudeville, ou lart de sadapter aux circonstances »

Art de circonstance dont lintérêt réside dans la rapidité dexécution et ladéquation avec lactualité, le vaudeville, genre ancien, se renouvelle et revient au goût du jour pendant la période révolutionnaire, gardant sa liberté et sa légèreté même quand il est instrument de propagande des régimes successifs, jonglant entre volonté de faire rire son public, de se moquer des travers dune époque et nécessité de ne pas déplaire au pouvoir en place.

Mots clés : vaudeville, comique, Révolution, actualité, propagande, censure

Marie-Cécile Schang, « La Cendrillon dÉtienne et Nicolò (1810), une féerie à la mode ? »

Limmense succès de Cendrillon, opéra-comique dÉtienne et Nicolò créé en 1810, est attribué tout au long du siècle au style italien de la musique, à la dimension féerique de lintrigue et au caractère spectaculaire de la représentation. Ces procédés, sils font de Cendrillon une pièce à la mode, servent en réalité un projet dramaturgique plus ambitieux, qui rejoint celui de 339lopéra-comique dAncien Régime : exprimer la nostalgie dun monde perdu et donner voix à la vérité intime de lêtre.

Mots clés : Cendrillon, Étienne, Nicolò, Empire, féerie, théâtre musical, nostalgie, romance

Philippe Bourdin, « Du théâtre patriotique dans le Paris de lan II »

Quelles sont les thématiques du répertoire patriotique entre septembre 1793 et les lendemains de Thermidor, et comment les auteurs et les directeurs de théâtre sadaptent-ils aux modes et aux mots dordre du jour ? Si deux tiers des pièces de la Terreur relèvent du théâtre politique et un tiers du divertissement, genres, formes et enjeux des pièces militantes varient ; quoique les succès durables soient rares, ce théâtre relaie avec entrain la propagande républicaine.

Mots clés : Théâtre patriotique, Terreur, propagande, répertoire théâtral, politique, Révolution

Virginie Yvernault, « “Un tableau sorti de son cadre” ? Le théâtre de Beaumarchais sous le couperet de la Révolution (1789-1799) »

Cet article sinscrit contre la tradition critique et historiographique suivant laquelle les pièces de Beaumarchais auraient été négligées pendant la décennie révolutionnaire au profit douvrages qui semblaient plus directement en phase avec les bouleversements politiques. Tout en expliquant les raisons de telles hypothèques, il sattache à démontrer la grande vitalité du théâtre de Beaumarchais, support dactualisations et dinterprétations diverses et parfois contradictoires pendant toute la période.

Mots clés : Beaumarchais, Révolution, actualisation, réception, théâtre politique

Jacqueline Razgonnikoff, « Les auteurs classiques du xviie siècle au répertoire des théâtres “nationaux” sous la Révolution : choix et renoncements »

Sous la Révolution, les auteurs du xviie siècle nont jamais quitté les premières places du palmarès des représentations : si celles de Racine et de Corneille subissent des fluctuations, Molière reste en tête. Le répertoire est soumis au climat politique et à la présence de comédiens capables de les jouer. Il est donc intéressant danalyser les raisons de la sélection faite en fonction des événements et des goûts des protagonistes, politiques, comédiens et spectateurs.

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Mots clés : Molière, Racine, Corneille, mise en scène, canon théâtral, patrimoine culturel, Comédie-Française

Clare Siviter, « La tragédie “classique” transformée à lépoque napoléonienne »

Fort importante à lépoque napoléonienne, la tragédie compte pour 44 % des représentations à la Comédie-Française entre 1799 et 1815, dont 50 % de pièces du dix-septième siècle. Cet article analyse les transformations qua subies la tragédie « classique », pour remettre en cause ce qualificatif souvent appliqué à des créations de lépoque, souligner sa flexibilité et son caractère problématique.

Mots clés : Racine, Corneille, Empire, réception, censure, tragédie classique, Comédie-Française

Vincenzo De Santis, « La tragédie à Paris en 1809. Débats esthétiques et répertoire théâtral » 

1809 représente une année charnière dans lévolution de lesthétique dramatique et littéraire, et le conflit entre les partisans de la tragédie « classique » et les auteurs shakespearomanes sinsère ainsi dans un panorama dramatique et critique particulièrement complexe.

Mots clés : Racine, Shakespeare, tragédie, réception, Empire, Comédie-Française

Katherine Astbury, « Répertoires traditionnels et répertoire nouveau sous les Cent-Jours »

Cet article jette un regard nouveau sur le répertoire des théâtres parisiens de mars à juillet 1815 afin de mieux comprendre les enjeux esthétiques pendant cette période intense de lhistoire et cerner la spécificité du « théâtre napoléonien » sous les Cent-Jours, dans toute sa variété.

Mots clés : Napoléon, Cent-Jours, répertoire, patrimoine national, Comédie-Française, genres dramatiques

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Romuald Féret, « Linfluence des privilèges ducaux, royaux et impériaux sur lorganisation et la direction des troupes de théâtres »

Suite au décret impérial du 8 juin 1806, lÉtat assigne aux spectacles un projet culturel ambitieux. Ce contrôle de ladministration sur la création et la vie théâtrale sinspire du passé et dépasse le cadre national. Dautres États comme la Savoie, imitant le modèle français, ont construit des privilèges théâtraux au cours du xviiie siècle. Les comédiens itinérants, renouant avec leurs habitudes de lAncien Régime, ont fortement contribué à façonner un nouveau « privilège » théâtral.

Mots clés : Empire, Savoie, privilèges théâtraux, administration de la vie théâtrale, conflit, législation

Cyril Triolaire, « Programmation et diffusion du mélodrame sur les scènes de province (1800-1815) »

Cet article propose dévaluer la programmation du mélodrame en province en étudiant les voies plurielles de sa diffusion et lefficience des circuits et des intermédiaires classiques, le poids du nouveau dispositif impérial du privilège théâtral ainsi que le rôle des directeurs et des comédiens (agissant tels des médiateurs culturels du répertoire).

Mots clés : mélodrame, Empire, théâtre en province, diffusion du répertoire, divertissement, affaires

Thibaut Julian, « Le théâtre à Orléans, Tours et Blois sous la Révolution et lEmpire »

Réunis dans le 13e arrondissement théâtral en 1807, les départements limitrophes du Loiret, du Loir-et-Cher et dIndre-et-Loire offrent un intéressant terrain denquête pour la vie théâtrale sous la Révolution et lEmpire. Dans cette région proche de la capitale, le répertoire est étroitement surveillé et le fonctionnement des troupes réglementé, mais apparaissent des particularités locales.

Mots clés : Orléans, Tours, Blois, Révolution, Empire, répertoire, censure, propagande

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Fanny Platelle, « Répertoires français et allemands dans les théâtres dAix la Chapelle et de Trèves pendant la période française (1794-1814). Entre respect des principes républicains et impériaux et divertissement du public »

Dans le répertoire des troupes qui jouent à Aix-la-Chapelle et à Trèves entre 1794 et 1814 prédominent les auteurs contemporains et les genres divertissants. Les directeurs adaptent le répertoire aux conditions politiques, économiques et culturelles des départements de la rive gauche du Rhin. Comme la majorité des spectateurs maîtrise mal le français et sidentifie peu à la culture républicaine, les directeurs privilégient de plus en plus les genres musicaux et spectaculaires.

Mots clés : Aix-la-Chapelle, Trèves, théâtre allemand, répertoire, genres dramatiques, acculturation, transferts culturels

Cyril Triolaire, « Pierre Antoine Redon et Françoise Bonnet. Une direction théâtrale face aux mutations de la vie dramatique, de la fin de lAncien régime à lEmpire »

Les portraits croisés de Pierre Antoine Redon et son épouse Françoise Bonnet permettent dinterroger la construction de la carrière professionnelle du directeur de troupe de théâtre entre Révolution et Empire. En questionnant le rapport aux structures économiques et juridiques du monde du spectacle vivant, cet article mesure les liens entre projets esthétiques, gestion financière et engagement politique, mettant en lumière les pratiques partagées dune profession aux contours pluriels.

Mots clés : Antoine Redon, Françoise Bonnet, directeur de troupe, économie du théâtre

Katherine Astbury, « Réécrire une histoire du théâtre en province. Les Mémoires et confessions dun comédien de Jean-Edme Paccard »

Cet article analyse les mémoires de Jean-Edme Paccard, acteur de province pendant la Révolution et lEmpire, afin de mettre en relief les conditions de représentation, la pratique théâtrale journalière aussi bien que le désordre qui régnait dans lactivité théâtrale avant les réformes de 1806.

Mots clés : Paccard, acteurs en province, conditions de représentation, Révolution, Empire, entrepreneuriat théâtral