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Classiques Garnier

Avant-propos

  • Type de publication: Article de revue
  • Revue: Cahiers de lexicologie
    2007 – 2, n° 91
    . varia
  • Auteurs: Fairon (Cédrick), Lamiroy (Béatrice)
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  • Pages: 5 à 7
  • Année d’édition: 2007
  • Revue: Cahiers de lexicologie, n° 91
  • ISBN: 978-2-8124-0491-7
  • ISSN: 0007-9871
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4343-5.p.0009
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
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AVANT-PROPOS

Né à Bruxelles le 31 juillet 1943, Jean René Klein se trouve aujourd'hui
au seuil de l'éméritat.

En composant ce volume, ses collègues et amis ont voulu saisir
l'occasion pour rendre hommage à l'homme de langue qu'il a toujours été et à
ses contributions scientifiques dans le domaine de la linguistique française.

L'intérêt de Jean Klein pour les langues, romanes en particulier, se mani-
feste dès ses études de romaniste à l'Université catholique de Louvain, qui à
l'époque était encore située à Leuven. Après avoir soutenu une thèse sous la
direction d'André Goosse en 1974, Jean Klein travaillera d'ailleurs pendant dix
ans à la Katholieke Universiteit Leuven, avant de succéder à André Goosse et de
devenir professeur à temps plein àLouvain-la-Neuve.

Sa curiosité pour la langue l'amène dès le départ à s'intéresser au lexique,
intérêt qui ne le quittera plus. Si dans sa thèse de doctorat il se consacrait au
vocabulaire de la vie parisienne, en particulier aux petites dames, biches, grues
et autres lorettes, formes féminines fréquentes dans le langage boulevardier du
Second Empire, ses intérêts actuels portent sur un secteur du lexique français
parfois tout aussi pittoresque, celui de la parémiologie et des expressions figées.
Le travail accompli dans ces deux secteurs par Jean Klein, dans le cadre des
projets DicAuPro et BFQS respectivement, qui visent la constitution de vastes
bases de données informatisées, constitue une contribution essentielle à l'état de
nos connaissances dans ce domaine du lexique français.

Les mots intéressent Jean Klein dans toutes leurs facettes, et dès qu'ils
naissent  : si plusieurs de ses travaux sont consacrés à la néologie lexicale en
général, la créativité spécifique dont témoignent les SMS a fait l'objet d'une
recherche récente qui a mérité toute l'attention des médias. Mais en amont, c'est
l'origine des mots, qui remonte à la nuit des temps, qui interpelle Jean Klein.
Ainsi l'étymologie a été un des objets de prédilection d'un des cours de lexico-
logie dont Jean Klein était titulaire, tandis que les notices étymologiques du TLF
sur les proverbes ont fait l'objet d'une publication récente.

Les mots le fascinent aussi en ce qu'ils ont de commun avec certains jeux
d'enfant, tels la pâte à modeler ou le Meccano  :ils peuvent changer de forme, on
peut leur ajouter des bouts, mais aussi les tronquer d'une ou de plusieurs parties.
On connaît l'existence des morphèmes depuis près d'un siècle, mais on ne
connaît que depuis peu, notamment grâce aux travaux de Jean Klein, celle des
fractomorphèmes, comme inter- dans internaute ou cyber- dans cybercafé  : ce
sont des morphèmes qui se réutilisent dans des séries de mots avec le sens du
mot entier dont ils sont issus. En effet, un internaute est quelqu'un qui navigue
sur Internet, donc en fait un inter-[net]-Haute.

Les mots passionnent Jean Klein également parce qu'ils voyagent. Rap-
pelons le vers de Victor Hugo  : « Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant.  »

Cah. Lexicol. 91, 2007-2, p. 5-7

10 Ainsi, ils peuvent passer d'un pays à un autre, et certains tels flirt ou tennis, on
le sait, font même des voyages aller-retour. Jean Klein a montré à plusieurs re-
prises que la présence de l'anglais en français, interprétée à tort de manière
alarmiste par plus d'un, n'est dramatique ni du point de vue quantitatif ni au
niveau de ce qu'on a pu appeler la qualité de la langue  : contrairement à ce que
croient beaucoup de locuteurs non avertis, mais aussi certains linguistes conser-
vateurs, le français de référence n'est pas menacé par l'intrusion de mots an-
glais. Les mots, en outre, ne vivent pas en vase clos. Naturellement sensibles à
l'influence des voisins, régionaux ou nationaux, ils se caractérisent par la diver-
sité malgré l'unité. C'est en tout cas vrai, comme Jean Klein l'a montré, pour le
français de Belgique.

Jean Klein est un lexicophile au point où il est fasciné même par les sup-
ports matériels qui véhiculent les mots  :plusieurs de ses travaux portent sur les
dictionnaires, que ce soit celui de l'Académie française, des dictionnaires
« usuels  », intéressants du point de vue des régionalismes qu'ils enregistrent (ou
n'enregistrent pas  !) ou encore les chroniques des remarque :rrs sur la langue
française, genre particulier de lexicographie dont la pratique est aussi ancienne
que tenace.

Ayant suivi une formation traditionnelle (dans le sens positif du terme  !)
de philologue, Jean Klein était aussi initié dans le domaine de l'histoire de la
langue et de la linguistique comparée des langues romanes, cours qu'il a ensei-
gnés avec enthousiasme pendant de longues années et pour lesquels il a rédigé
en collaboration avec des collègues, d'ailleurs coauteurs de ce volume, un im-
portant ouvrage bibliographique.

Mais d'autres secteurs de la linguistique, la linguistique appliquée en
l'occurrence, ont occupé Jean Klein tout au long de sa carrière. Ayant enseigné
le français pendant de longues années à des néerlandophones, Jean Klein a ac-
cumulé une expertise en FLE avant la lettre, bien avant que le concept et le
terme n'existent  : particulièrement sensible aux difficultés qu'entraîne l'ensei-
gnement du français à des allophones, il a voué une partie de son énergie profes-
sionnelle àdes travaux portant non seulement sur des aspects contrastifs du
français mais aussi sur les problèmes moins connus que pose l'acquisition
d'aptitudes langagières à des locuteurs dont le français est la langue maternelle,
notamment en milieu universitaire.

Jean Klein a apporté sa pierre, on l'aura deviné, à divers domaines de la
linguistique française, allant de la lexicologie et de la lexicographie à la didacti-
que, en passant par la syntaxe et la morphologie. Au cours des diverses étapes de
sa carrière, c'est plutôt l'un ou l'autre de ces domaines qui a été privilégié, mais
aucun n'a été laissé de côté. Un des moteurs de cette activité scientifique a été,
indéniablement, l'activité d'enseignant universitaire que Jean prenait à coeur
comme ne le font que ceux chez qui l'enseignement correspond à ce qu'on ap-
pelle, de manière un peu surannée, une vocation. Il cherchait à susciter chez
l'étudiant la même passion pour l'activité langagière que celle qu'il ressentait
lui-même, et grâce à un grand talent pédagogique y parvenait souvent.

11 À ses collègues et à ses étudiants Jean Klein apparaît non seulement
comme un homme de langues passionné mais aussi comme une personne pleine
d'élégance, de gentillesse et d'humour.

Il est évident que tous ceux qui auraient pu ou voulu témoigner leur
amitié à Jean en contribuant à ce volume n'ont pas pu le faire, pour diverses
raisons. Nous sommes responsables de l'une d'entre elles  : nous avons été
contraints de limiter le nombre de contributions par la taille du numéro ainsi
que par le délai à respecter impérativement. Les études rassemblées dans ce
volume témoignent toutefois des intérêts polyfacétiques de Jean Klein, tout en
retraçant comme un fil rouge l'essentiel de sa recherche  :son amour de la lan-
gue et des mots en particulier.

La réalisation de ce numéro n'aurait pas été possible sans la ponctualité
des contributeurs qui ont respecté les consignes draconiennes qu'on leur a impo-
sées, ainsi que l'hospitalité des responsables de la revue, Gaston Gross et Gérard
Petit.

Heureusement pour la communauté scientifique (et pour le chercheur), le
parcours d'un chercheur scientifique qui arrive au seuil de la retraite ne prend
pas nécessairement fin. L'avenir reste ouvert et les résultats des divers projets de
recherche dans lesquels Jean Klein est impliqué sont attendus avec impatience.
Nous espérons qu'il verra dans ce volume d'hommages le témoignage sincère de
l'estime et de l'amitié de la communauté scientifique à l'égard de leur destinataire.

Cédrick FAIRON

Université catholique de Louvain

Béatrice LAMIROY

Katholieke Universiteit Leuven