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Postface
Le sublime de la rationalité et les audaces de l'intelligence : hommage à Francis Goyet

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  • ISBN: 978-2-406-10393-6
  • ISSN: 2261-1851
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-10393-6.p.0411
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Mise en ligne: 27/05/2020
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
411

Postface

Le sublime de la rationalité
et les audaces de lintelligence :
hommage à Francis Goyet

Premier temps,
le sublime du lieu commun

Jai découvert louvrage de Francis, Le Sublime du « lieu commun », au moment de la rédaction de ma thèse que jai publiée sous le titre – plus téméraire quaudacieux – de Rhétorique et rationalité. Je ne connaissais que la plume. Je ne connaissais pas le visage, ni la voix, ni lincroyable vitalité de cet honnête homme du xxie siècle.

Je mintéressais déjà à lépoque aux liens entre la rationalité du lieu commun et ses possibles modes dexpression en rhétorique. Cest dire que la lecture de lopus de Francis a été un incontournable pour moi. Il y avait les émotions collectives : lhomonoia, pilier de la concorde, et lindignatio, toujours source potentielle de discorde. Lhomme a le sens de la formule. Il dit, dun trait, que le lieu commun est à la fois dogmatique et conflictuel. Le lieu commun est dogmatique en tant quil incarne la pesanteur du collectif. Cest, disons, le côté obscur de lhomonoia, la concorde. Dans lesprit de la Nouvelle Rhétorique de Perelman, la question de la propagande nest jamais bien loin. Mais chez Francis et dans la perspective dérudition historique quil nous propose, le lieu commun est une aventure aussi bien émotive que rationnelle. Le lieu commun est donc, à loccasion, conflictuel en tant quil peut être critiqué (contrairement aux apparences quil se donne le plus souvent). Cest le côté obscur du désaccord, qui, en passant par ce quil peut avoir de plus profond – je pense au deep disagreement théorisé par Fogelin – peut toujours mener à 412la discorde. Voilà pourquoi le lieu commun peut être sublime. Il peut se trouver pris dans ce lieu inattendu où tout bascule, où, dévident, il devient lidole à casser. Alors, la Cité tremble sur ses bases. Dogmatique et conflictuel, le lieu commun, sous la plume de Francis, est un monstre sacré qui inspire fascination, terreur et respect.

Cest alors que jai rencontré lhomme Francis, à un colloque de Grenoble, et que jai eu la jeune audace de lui dire toute ladmiration que javais pour cet opus. Nous avons rapidement sympathisé et les liens ne se sont jamais rompus ni même distendus depuis. Monstre sacré à sa façon aussi, Francis est à la fois lincarnation de lhonnête homme qui vit son érudition avec jubilation, et lincarnation de laventurier capable de relever des défis intellectuels parmi les plus éloignés de sa formation initiale de seiziémiste. Je ne compte plus les jurys de thèse (pour ne citer queux, Benoît Sans, Loïc Nicolas, Victor Ferry) auxquels Francis ma fait lamitié de participer à Bruxelles. Les colloques et journées détude se sont multipliés où loccasion déchanger depuis nos différences de culture et de tempérament nous ont toujours ramené à la ligne claire de lamour de la rhétorique héritée des Anciens : la rhétorique dans toute sa plénitude de discipline éminemment politique.

Deuxième temps,
les audaces de la prudence

À propos des Audaces de la prudence, Francis fait remarquer que la formule du titre est une tautologie pour les Anciens mais un oxymore pour les Modernes. En un sens, le prudent de la tradition est celui qui est capable de se saisir de ce moment où la Cité tremble sur ses bases. Ce moment qui demande la plus grande des audaces, qui demande de saisir dans le ronron de la tradition ce qui pourrait tout faire basculer. Tant que tout roule, le lieu commun ne se fait pas remarquer. En un sens, il est invisible, évident et donc, paradoxalement ineffable. Cet aspect du lieu commun mavait beaucoup fascinée à lépoque de ma thèse. Il y a là un paradoxe de la rationalité : lévidence est ineffable, autant que linédit. Le lieu commun est la catégorie « plan-plan » qui se situe entre 413les deux : ni trop évident, ni trop étonnant. Or le prudent, donc, est celui qui est capable de déceler dans les plis du réel, dans le grain fin des faits, ce qui se présente à sa sagacité comme remarquable, cest-à-dire, au fond, comme le signe de quelque chose. Le regard du prudent transforme la trace imperceptible en indice dun événement remarquable. Voilà pourquoi, nous dit Francis, il faut renouer avec laudace de la prudence des Anciens. Cette prudente audace est lun des meilleurs outils dont se munir face à la merveilleuse monstruosité du lieu commun, lui qui est tantôt dogmatique, tantôt conflictuel.

En 2013, jorganise avec mon équipe un grand colloque international sur les fonctions de la rhétorique à Bruxelles. Jai lidée dy inviter le physiologiste du Collège de France, Alain Berthoz, qui vient décrire un ouvrage sur la simplexité quil décrit comme lintelligence humaine héritée du vivant. La notion mévoque dabord la mètis, cette intelligence rusée qui sait comment tailler le réel à sa mesure, ensuite la phronèsis, la prudence audacieuse de Francis qui sait saisir lenjeu dune situation en un coup dœil sans pour autant sen trouver minéralisé. Avec quelques-uns de mes collaborateurs, nous faisons se rencontrer les deux hommes. Une scène surréaliste au restaurant le Coupe Chou à Paris, à côté du Collège de France, où Alain Berthoz a ses bureaux. Manteau de commandeur, il arbore la médaille de la légion dhonneur à sa boutonnière. Il vient dun hommage à son grand oncle René Cassin, co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de lHomme. Je me dis, comme Cocteau, quil ny a pas de hasard : quil ny a que des rendez-vous. Francis arrive de Grenoble, nous arrivons de Bruxelles. Lenjeu est simple mais crucial. Il faut servir de courroie de transmission entre ces deux hommes aux univers si éloignés et les convaincre quils parlent de la même chose. Notre audace va un pas plus loin. Nous faisons le pari suivant. Chacun pourrait lire lautre afin quils croisent leurs regards sur la description des qualités physiologiques et rhétoriques de la prudence des Anciens à la lumière de la simplexité. Pari réussi. Les deux hommes inaugurent le colloque en mai 2013 après avoir joué le jeu sérieux que nous leur avions proposé. Étonnés mais confiants, ils se sont lancés dans cette aventure humaniste à deux voix qui reste à jamais gravée dans ma mémoire.

Entretemps voit le jour la revue Exercices de rhétorique que Francis dirige avec Christine Noille. Pour notre plus grand bonheur, mon équipe propose un numéro sur notre expérience de lenseignement des exercices de rhétorique 414(numéro édité par Victor Ferry et Benoît Sans). Un autre numéro est actuellement en préparation. Il sintéressera à une question qui, une fois de plus, croise nos réflexions de façon providentielle. Les figures de rhétorique qui sintéressent à la question du regard (ekphrasis, hypotypose, enargeia, evidentia) à une époque où le déni et le narcissisme, ces deux maladies contemporaines du regard, semblent gagner la société tout entière.

Troisième temps,
le regard rhétorique

Cest ainsi que nous arrivons au Regard rhétorique, dernier ouvrage en date de Francis. Des émotions de lindignatio en passant par laudace « simplexe » de la prudence, nous arrivons aujourdhui à ce qui apparaît sous la plume de Francis comme la pierre angulaire de la rhétorique : lexercice du regard.

Il semblerait que lintelligence soit, dans cette perspective dexercice du regard, le quasi synonyme de la clairvoyance. La clairvoyance du prudent, dont Francis dispose comme dun talent inné, mais aussi la clairvoyance acquise dans le temps long de lexercice de rhétorique. Aux pages 31 et suivantes du Regard rhétorique (désormais RR), Francis sappesantit sur la figure de lhypotypose et fait remarquer que la figure est structurante pour le regard. Une description qui a la réputation de placer sous les yeux de lauditoire la scène absente. Cette mise en présence, dit Goyet, passe par un modèle qui est comme une empreinte, un sceau (les images choisies par Francis sont toujours très parlantes et provoquent un plaisir contagieux de la formule juste). Il y a donc, déjà là, dans lintelligence du regard, une capacité à produire du général à partir du singulier. Ainsi, la lecture intelligente du réel, la capacité à voir un indice dans une trace est une création du regard. Elle représente sa fonction heuristique. Le critère de cette lecture intelligente est, comme souvent chez Goyet, lémotion. Lémotion à laquelle il donne des accents mystiques, devient à loccasion le témoin dune communication dâme à âme. La parole devient image et se donne « comme si » elle se jouait des mots. Elle donne lillusion rationnelle de la présence (encore un oxymore). La recette rhétorique est bien connue : une description 415vivante, dynamique et synesthésique fait oublier au public quil est face à des mots : il ne voit plus quune réalité pleine de sens.

De cette réflexion sur la vision à partir de la matière rhétorique, on aperçoit bientôt la différence entre le omnia, le tout en parties, et le totum, le tout « en une fois ». Par lintermédiaire de ce qui fait impression – comme on imprime une forme dans une matière – le type en arrive à se confondre avec son objet. Et la magie rhétorique fait à cette occasion correspondre le vraisemblable au vrai : « Le vraisemblable nest pas le vrai, mais ce qui ressemble à lidée – au type – que le public sen fait » (RR : 57). Et pourtant, note encore Francis, « voir le tout, ce nest pas évident ; ce nest pas tout le temps ; enfin, ce nest pas donné à tout le monde » (RR : 59). Il y a donc de lexercice et son exigence laborieuse. Mais il y a aussi cette aisance de ceux qui semblent avoir reçu, on ne sait comment, la grâce du regard….

Un regard sur la clairvoyance que je me suis risquée à qualifier de prophétique. Quelques temps auparavant, javais fait paraître une réflexion libre sur un poème de Paul Celan, Mandorla1. Ma thèse y était que Celan évoque dans le poème les qualités du regard des prophètes à lancienne, enfouies au fond de notre âme rationaliste, et que certains dentre nous cherchent, à limage de Celan, à ressusciter dentre les ruines.

Quatrième temps, la lecture lente,
la générosité du regard,
le dialogue de lintime

Francis est un homme généreux de sa personne. Il reçoit chez lui comme si on avait toujours appartenu à la famille. Avec sa charmante épouse, Florence, ils font de leurs soirées amicales des moments de partage intellectuel inoubliables. Cette générosité, Francis me la une fois encore offerte dans son commentaire à partir de sa lecture de mon livre sur le poème de Celan.

Un commentaire à usage privé que je décide de reproduire ici pour que chacun puisse en profiter.

416

20 mars 2017

De : Francis Goyet

À : Emmanuelle Danblon

Objet : merci pour ton Celan/Mandorla !

Chère Emmanuelle,

Jai lu dune traite ce week-end ton analyse de Mandorla, dont je te remercie vivement. On est là au cœur de ton amande à toi : petit livre, grands enjeux vitaux. Le tout suscite une émotion très particulière (découvrir que : je te connais, et je ne te connais pas). La poésie est tellement au cœur de toute chose !

Pour en rester à lextérieur de nos intérêts communs, je suis sensible au fait que, dès quil est question de regard, on se retrouve à convoquer le religieux, et dès lors, voir ne peut sécrire ou se dire quavec, mentalement, des guillemets : on ne voit pas, on « voit ». Religieux + « vision » de voyant (et de prophète) = initiation, notre grand étendard commun. Linitiation est très proche de linterprétation (y compris de linterprétation par le critique), mais la grande différence est que cest une expérience, un chemin à prendre, dailleurs sans fin. Lamande ne s« ouvre » (ne sentrouvre) que si on se met dans une disposition desprit ou dâme adéquate.

Je te mets en PS une remarque forme/fond sur la comptine, car cela ma beaucoup intrigué. Remarque au jugé, évidemment : jignore tout (hélas) de la poésie allemande, et du lien que tu poses entre comptines et monde juif. Cela te prouvera au moins que ta lecture a produit des effets dans un certain nombre de mes lobes berthoziens.

Amitiés

Francis

Post-Scriptum sur la comptine

« Amande vide, bleu roi » est donc une « voix venue dailleurs », qui, dit Celan, « parle au nom dun Autre ». Cest tout à fait convaincant. Jajouterais que, pour ma part, jentends le vers, terrifiant, « Mèche de Juif etc. » comme une voix elle aussi venue dailleurs, une forme de prophétie (« une vérité générale et une prédiction », dis-tu p. 17 ; et peut-être dailleurs ne vais-je que reformuler tout ce que tu as déjà dit, ce qui est une manière de dialoguer).

Sur le fond (dun point de vue anthropologique) : jentends ce vers « comme si » cétait une ritournelle entendue dans la rue, un souvenir vif d« avant » (de lépoque du nazisme), dite par des enfants sur le trottoir, dans leurs jeux. Rien de léger là-dedans. Je me rappelle les pages étonnantes de Denis Crouzet dans Les guerriers de Dieu. La violence au temps des guerres de religion : il décrit ces compagnies denfants qui, spontanément, en groupe, vêtus de lin blanc, venaient réclamer que lon démembre et broie les « hérétiques » (les Protestants) déjà en chemin vers le bûcher ; lassistance (la foule présente des adultes catholiques) voyait en eux des anges « innocents » descendus sur terre, levant la grande épée exterminatrice des anges de lAncien Testament. Il y 417avait aussi des compagnies denfants dans le Carnaval (dites « infanterie » à Dijon), etc. La voix de ces enfants se présente comme une forme de vox populi ou mieux de vox Dei : « comme si » cétait, là aussi, une prophétie. Dans le cas du nazisme : ce vers ou formule de « comptine » est, plus quune vérité générale, une « vérité qui sort de la bouche des enfants », à laquelle on ne peut rien opposer discursivement. Les enfants synthétisent en un « flash » (une trouvaille) lair du temps, ce quils perçoivent de ce qui se passe chez les adultes : que les juifs ny survivront pas. Prophétie cruelle : cet âge est sans pitié – et il est pourtant poète/prophète.

Sur la forme (dun point de vue métrique) : la traduction Dominicy est juste, évidemment (« Mèche de juif, tu ne deviendras pas grise »). Mais elle ne rend pas compte, dans sa forme, de leffet comptine. Le texte allemand est bien plus court. Si je transpose sa violence, ce serait « Mèch de juif, pas dvieux os » (3/3, mais sans rapport bien sûr avec le sens littéral, et sans imagination). On pourrait mettre, au moins pour cerner ce que je cherche à dire : « Mèch de juif, tu deviendras/ pas/ grise/ », à condition de le chantonner ou psalmodier comme la fin dUne souris verte : « ça fera/ un escargot/ tout/ chaud/ » (le même 3/4/1/1, et « pas grise » ferait le même effet quen allemand, où le nicht arrive après le verbe, cest-à-dire : à wirst on ne sait pas encore que le verbe va être avec négation). Le fait que ce soit très difficile à décrire par écrit avec les moyens traditionnels de la métrique (française ou allemande) fait partie du problème « prophétie par des enfants ». La métrique peut décrire des effets standard à lintérieur dune culture, par exemple, un parallélisme standard de type 3/3, ou une répétition sw/sw/sw. Dans les comptines, il ny a aucun standard. Chaque comptine est un unicum métrique. On ne peut donc pas deviner le rythme dune comptine écrite, quand on ne la jamais entendue à loral. Et ensuite, on na pas le choix. Il faut répéter à lidentique le rythme quelle impose, sa façon à elle de psalmodier/chantonner (ou pas). Cette obligation et cette oralité veulent dire : il faut adhérer au groupe, à la compagnie denfants, « entrer dans la danse ». La singularité métrique va de pair avec lobéissance totale à cette vérité du groupe, vécue par lui comme une voix venue dailleurs. Métrique brute, sauvage, davant toute métrique cultivée, raffinée. Métrique « idolâtre », qui ne laisse place à aucune liberté interprétative.

Tout ceci ne fait quapporter de leau à ton moulin, en étageant une première prophétie (par les enfants) et une seconde (celle que décrit ton livre). La reprise par « Mèche dhomme » humanise en effet, rectifie, corrige la première prophétie. Celle-ci a sa part de vérité et de fulgurance, les enfants (ou leur « voix ») ont saisi en quatre ou cinq mots quelque chose de la situation. Mais cette première prophétie nest que lécorce de la vérité, du mystère qui se joue. Elle « voit », mais pas très loin. Elle est, comme souvent, une vox populi qui se prend pour une vox Dei. Le poète initie à un mystère plus grand, nous en approche plus, en la « parodiant » au sens propre du mot (en chantant une tout autre chanson sur le même air, mais pour cela il a besoin de la première 418chanson). Ce mouvement même est celui que tu décris partout, entre autres avec tes belles remarques sur lidolâtrie et son nécessaire dépassement. Lidolâtre voit lécorce (ici, pas la tête, mais les cheveux sur la tête, et même la boucle de cheveux : le plus superficiel, le plus accessible aux sens). Le mystère, lui, relève toujours du « vide » (de la kénose, etc.).

Merci, cher Francis.

Emmanuelle Danblon

Université Libre de Bruxelles

419

Annexe

MANDORLA

In der Mandel – was steht in der Mandel ?

Das Nichts.

Es steht das Nichts in der Mandel.

Da steht es und steht.

Im Nichts – wer steht da ? Der König.

Da steht der König, der König.

Da steht er und steht.

Judenlocke, wirst nicht grau.

Und dein Aug – wohin steht dein Auge ?

Dein Aug steht der Mandel entgegen.

Dein Aug, dem Nichts stehts entgegen.

Es steht zum König.

So steht es und steht.

Menschenlocke, wirst nicht grau.

Leere Mandel, königsblau2.

MANDORLA

Dans lamande – quest-ce qui se tient dans lamande ?

Le Rien.

Il se tient le Rien dans lamande.

Là il se tient et se tient.

Dans le Rien – qui se tient là ?

Le Roi. Là se tient le Roi, le Roi.

Là il se tient et se tient.

420

Mèche de Juif, tu ne deviendras pas grise.

Et ton œil – vers quoi se tient ton œil ?

Ton œil se tient face à lamande.

Ton œil, face au Rien il se tient.

Il se tient auprès du Roi.

Ainsi il se tient et se tient.

Mèche dhomme, tu ne deviendras pas grise.

Amande vide, bleu roi.

Traduction de Marc Dominicy

1 E. Danblon, Mandorla de Paul Celan. Ou lépreuve de la prophétie, Lormont, Le Bord de leau, 2017.

2 P. Celan, Die Gedichte, kommentierde Gesamtausgabe in einem Band, herausgegeben und kommentiert von Barbara Wiedemann, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 2003, 142, p. 689-690.

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