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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-1152-6
  • ISSN: 2269-1456
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-1153-3.p.0171
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 30/05/2013
  • Périodicité: Annuelle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Barbara Bohac, Jouir partout ainsi qu’il sied. Mallarmé et l’esthétique du quotidien, Paris, Classiques Garnier, 2012. 663 p.

Cette étude met en relief l’unité du corpus mallarméen en soulignant l’importance du quotidien non seulement dans les poèmes d’occasion, mais dans toutes les œuvres en vers et en prose. Selon Bohac, « les objets familiers […] sont porteurs d’une beauté nouvelle, fondatrice d’une dimension spirituelle » (23) qui est en rapport avec le « drame solaire » mallarméen tel que celui-ci a été analysé par Bertrand Marchal. En accordant cette nouvelle importance spirituelle au quotidien, « Mallarmé prend ses distances […] avec les fondements de la hiérarchie traditionnelle des arts et des genres » (24), ce qui a des effets sur la démocratisation de l’art, étant donné que par l’intermédiaire des arts décoratifs, « tous les hommes sont appelés à communier dans la conscience de leur génie propre » (613). C’est un Mallarmé humaniste que l’auteur dépeint, un poète qui présente au lecteur, par le biais d’objets quotidiens et décoratifs, « un absolu à la mesure de l’homme » (611). Ce beau quotidien est, à l’instar de Baudelaire, « résolument moderne » puisque « le poète le disjoint de la morale et refuse de le réduire à une pure matérialité » (257). Bohac développe son argument par le biais d’une série d’analyses détaillées qui prêtent une certaine attention aux aspects non seulement sémantiques et thématiques mais aussi phonétiques des œuvres en question ; le livre s’accompagne de 28 illustrations où figurent des images de plusieurs objets ayant appartenu au poète ainsi que des reproductions de quatrains autographes. Puisque dans Poésies le quotidien est « parfois moins valorisé » même s’il n’est « jamais absent » (467), l’auteur consacre une bonne partie de ses analyses aux Vers de circonstances, après avoir tracé le développement historique de la hiérarchie des genres avant Mallarmé et avant de passer à une considération plus brève d’Igitur et des poèmes en prose.

Joseph Acquisto

University of Vermont

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Florent Albrecht, Ut musica poesis. Modèle musical et enjeux poétiques de Baudelaire à Mallarmé (1857-1897), Paris, Éditions Honoré Champion, 2012, 504 p.

Dans cet ouvrage monumental qui fera date, Florent Albrecht nous présente une histoire révisionniste de la poésie française de la seconde moitié du xixsiècle. Alors que ses prédécesseurs n’ont souvent vu dans cette époque d’une extraordinaire effervescence poétique que diversité, factions et querelles d’école entre Décadents, Symbolistes et Parnassiens, sans oublier les vers-libristes, Albrecht, grâce à une approche interdisciplinaire qui lui permet de dresser « un bilan esthétique et philosophique global » (p. 12), y décèle plutôt un fil conducteur qui réunit ces groupements épars dans un effort commun, si parfois fort divergeant dans la pratique, pour réagir au défi lancé par la musique telle que celle-ci s’est présentée, de façon assez limitée, il faut le dire, aux Français grâce aux concerts Colonne, Lamoureux, Guadeloupe et autres sans parler des soirées musicales des salons de l’époque.

À l’appui de sa thèse, dans la première partie de son ouvrage Albrecht remonte jusqu’au xviiie pour éclairer les relations entre la poésie et la musique en France. Cette analyse historique est suivie par une deuxième partie qui, elle, cherche à expliquer comment paradoxalement, leur compréhension fort limitée du modèle musical – Baudelaire et Mallarmé par exemple n’avaient aucune formation musicale – a amené les poètes d’alors à « repenser l’espace poétique en termes neufs ». « La musique en ce sens », ajoute pertinamment Albrecht, « fournit l’argument flou mais vivace qui fait éclater la bulle classique des formes et du langage poétiques ». (p. 187).

Dans la troisième et dernière partie de son ouvrage, après deux chapitres consacrés respectivement au Coup de dés de Mallarmé et à la musicalité de la poésie de Verlaine qui contiennent peut-être les annalyses les plus pénétrantes et révélatrices de toute son étude, Albrecht arrive à la conclusion suivante d’une rare perspicacité : « Puisque la définition de la musique reste conjecturelle et que la connaissance qu’en ont les poètes reste limitée, le défi poético-musical ne peut se mesurer que par rapport à un idéal flou, sorte d’espace fertile et incertain où s’agitent spéculations, désirs, espérances et frustrations des poètes, autour de l’objet poétique » (p. 448).

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Ces sages paroles sont dignes de clôre une étude remarquable tant par sa perspicacité que par son érudition qui renouvelle tout à fait la question importante, essentielle même, dont elle traite.

Gordon Millan