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Résumés

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  • ISBN: 978-2-8124-1200-4
  • ISSN: 2271-7234
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-1200-4.p.0199
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Mise en ligne: 03/07/2013
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Résumés / Abstracts

Bruno Godefroy, « Hans Blumenberg : l’eschatologie désamorcée » (« Hans Blumenberg: defused Eschatology »)

Résumé – Dans le quatrième chapitre de la Légitimité des Temps modernes, Hans Blumenberg développe une critique de la « théorie de la sécularisation » à partir d’un ouvrage de Rudolf Bultmann, Histoire et eschatologie. La notion d’eschatologie est au centre du débat, Blumenberg cherchant à remplacer l’idée d’une sécularisation de l’eschatologie chrétienne dans la philosophie de l’histoire par le modèle de l’Umbesetzung, la réoccupation. Cet article propose une lecture critique de l’analyse de l’eschatologie dans la Légitimité des Temps modernes. Il montre en quoi Blumenberg s’appuie sur une lecture partielle de Bultmann, la critique de la sécularisation visant davantage Karl Löwith, et en quoi cette critique elle-même n’est que peu convaincante. En abordant l’eschatologie sous son aspect politique, cet article cherche en outre à souligner la proximité entre Blumenberg et Löwith quant à la neutralisation de l’eschatologie, tout comme les limites liées, d’un point de vue général, au thème de la sécularisation.

Abstract – In the fourth chapter of the Legitimacy of the Modern Age, Hans Blumenberg develops a critical approach to the “secularization’s theory” by using Rudolf Bultmann’s History and Eschatology. The concept of eschatology plays a decisive role in this controversy, considering Blumenberg’s attempt to replace the scheme of the secularization of Christian eschatology in the philosophy of history by his own one, the Umbesetzung (reshuffle). This article proposes a critical appraisal of Blumenberg’s analysis of eschatology in the Legitimacy of the Modern Age, showing the partiality of Blumenberg’s interpretation of Bultmann and to what extent this critique of secularization, which actually attacks Karl Löwith, is not very convincing. Focusing on the political meaning of eschatology, this article further stresses the surprising proximity between Blumenberg and Löwith regarding the neutralization of eschatology, as well as the general limits of the secularization debate.

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Mots-clés – eschatologie et politique, philosophie de l’histoire, Bultmann, Löwith, Taubes.

Keywords – eschatology and politics, philosophy of history, Bultmann, Löwith, Taubes.

Thierry Gontier, « Entre revendication de sécularisme et “théorème de sécularisation” : le statut de la modernité philosophique » («Between Secularism and a “Theory of Secularization”: The status of philosophical modernity »)

Résumé – Si le terme de sécularisme est souvent employé pour signifier quelque chose comme une « sortie de la religion », celui de sécularisation est plus ambigu, signifiant (en son sens moderne) à la fois le passage du religieux au séculier et la permanence refoulée du religieux dans ce même séculier. Le « théorème » de sécularisation, ainsi que la formule de Hans Blumenberg, prend ici son sens polémique, désignant une forme de mystification de la modernité prétendue laïque. Nous voulons ici retracer quelques grandes étapes de la « querelle » (Jean-Claude Monod) de la sécularisation depuis Carl Schmitt jusqu’à Hans Blumenberg et au-delà, en passant notamment par Erik Peterson et Karl Löwith. La question posée, à travers ce parcours historique, est celle d’une permanence assumée (qui ne soit donc pas de l’ordre de l’automystification) du religieux dans nos sociétés contemporaines laïques.

Abstract – If the term of secularism is often used to mean something like an “outcome of religion”, the term “secularisation” is more ambiguous, and, in its modern usage, describes a breaking out from the religious into the secular as well as the inhibited permanency of the religious in our allegedly secular societies. I will here relate some of the most important stages of the “quarrel” (Jean-Claude Monod) of secularisation, from Carl Schmitt to Hans Blumenberg, by way of Erik Peterson and Karl Löwith in particular. The issue that I wish to examine, through this historical development, is that of an assumed perennity ? (which does not accordingly represent an auto-mystification) of the religious in our contemporary secular societies.

Mots-clés – sécularisme, sécularisation, religieux (permanence du), Blumenberg (Hans), Schmitt (Carl), Peterson (Erik), Löwith (Karl).

Keywords – secularism, secularisation, religious (permanency of), Blumenberg (Hans), Schmitt (Carl), Peterson (Erik), Löwith (Karl)

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John Harding, « La sécularisation et l’étude de la religion dans les universités nord-américaines » (« Secularization and Study of Religion at North American Universities »)

Résumé – Cet article examine la manière dont les sciences religieuses universitaires se sont développées en parallèle de la sécularisation et dans le cadre d’influences sociales et culturelles. En Amérique du Nord, il a existé une relation symbiotique entre la sécularisation et études religieuses. Ce domaine d’études universitaires a connu une croissance rapide au cours des cinquante dernières années, mais est souvent mal compris. Il n’a pas établi de manière convaincante de claires et cohérentes normes disciplinaires. Les réflexions menées sur les relations de ce champ avec la théologie, le rôle de la comparaison, les menaces extérieures, les tensions internes, et les variations régionales et institutionnelles illustrent l’absence d’unanimité disciplinaire à l’égard de la théorie, de la méthode et des objectifs des dites sciences religieuses. Elles ont néanmoins survécu montrent des signes prometteurs de vitalité et de maturation en cours, incluant un engagement réflexif sur des considérations disciplinaires.

Abstract – This essay examines how the field of religious studies has developed in tandem with secularization and related social and cultural influences. In North America, there has been a symbiotic relationship between secularization and religious studies. This frequently misunderstood area of academic study has experienced rapid growth in the past fifty years. However, it has not convincingly established clear and consistent disciplinary norms. Reflections on relations with theology, the role of comparison, external threats, internal tensions, and regional and institutional variation illustrate a lack of disciplinary unanimity with regard to theory, method, and objectives. Nevertheless, religious studies has survived and there are promising signs of its ongoing vitality and maturation including thoughtful engagement with disciplinary considerations.

Mots-clés – sciences religieuses, sécularisation, Amérique du Nord, universités, méthodologie

Keywords – religious studies, secularization, North America, universities, methodology

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Daniel-Odon Hurel, « La sécularisation en milieu monastique : réalité historique et concept historiographique » (« Secularization in the monastic milieu: historical reality and historiographical concept »)

Résumé – Sur la base d’un matériau historique et textuel, cet article explore les sources religieuses de la sécularisation, tout autant que son impact sur le milieu monastique en France – celui-là même dont le terme est issu. Exposant les sources textuelles et les interprétations du séculier, dans sa tension au régulier, l’article montre la complexité des significations, processus, conditions, secteurs touchés par une sécularisation de l’ordre monastique dans le contexte français des xvie, xviie et xviiie siècles. Une période durant laquelle le sens du terme « sécularisation » s’étend du monastique au politique, puis à la pensée sociale. En retour, la notion échappe au vocabulaire monastique pour prendre le chemin intellectuel qui l’a amené à désigner une réalité hors du monde religieux.

Abstract – On the basis of textual and historical material, this paper explores the religious sources of secularization as well as its impact on the monastic orders in France –the milieu where the term has first been coined. The paper exposes the textual sources and the interpretations of the secular, as it is opposed to the regular, and attempts to unveil the complex meanings, processes, conditions and sectors affected by a secularization of the monastic order, in the context of France, in the 16th, 17th, and 18th centuries. During this period, the meaning of the term “secularization” has been extended from the monastic sphere to the political one, before being prolonged to public thought. In return, the notion has escaped the repertoire of monasticism and taken an intellectual road by which it was finally led to depict a reality beyond the religious world.

Mots-clés – sécularisation, monastère, sources textuelles, histoire

Keywords – secularization, monastery, textual sources, history

Barry Kosmin, « L’inattendu essor de la sécularité aux États-Unis 1990-2008 » (« The Unexpected Rise of Secularity in the United States 1990-2008 »)

Résumé – Depuis deux siècles, maintenant, deux traditions historiques et deux visions de la nation ont recherché une hégémonie de pensée sur le corps politique et sur la société aux Etats-Unis : une république séculière et une nation chrétienne. Il est maintenant à la mode de critique la thèse de la sécularisation en soulignant le retour de la religion et des conflits religieux

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dans le monde contemporain. Pour autant, la rhétorique de la politique et de la vie publique américaines ont en effet changé après 1976 et ce fut toujours plus le « discours de Dieu », la situation actuelle du droit et au plan de la société illustrent parfaitement ce changement. Cette situation reflète l’impasse créée par une nation « 50/50 rouge/bleue » où l’élite intellectuelle, et une grande partie de l’élite du business ne souscrit pas à l’agenda de la droite religieuse. En fait, au fil de la « guerre culturelle », les revers subis par la religion traditionnelle et ses demandes ont été nombreux. Il y a eu un indéniable et mesurable déclin de la religiosité dans l’audience, l’influence de la religion sur les sphères économique et sociale aux États-Unis.

Abstract – For two centuries two distinct historic traditions and visions of the nation have striven for hegemony over the American body politic and American society –a Secular Republic and a Christian Nation. It is now fashionable to criticize the secularization thesis by pointing to the resurgence of religion and religious conflict in the contemporary world. Though the rhetoric of American politics and public life did indeed change after 1976 and there was more “God talk”, the actual situation in law and on the ground in society has not mirrored this change. This situation reflects the logjam created by a divided “50-50, red/blue nation” where the intellectual elite, and much of the business elite, do not subscribe to the agenda of the religious right. In fact in the course of the “culture war” the reversals suffered by traditional religion and its claims have been manifold. There has been a measurable decline in religiosity among the public and also in religion’s influence and impact on the economic and social spheres in the U.S.

Mots-clés – sécularisation, guerre culturelle, État et Église, croyances, American Religious Identification Survey (ARIS)

Keywords – secularization, Culture War, Church and State, beliefs, American Religious Identification Survey (ARIS)

Jean-Claude Monod : « La pensée post-métaphysique face au “défaitisme de la raison”. Une discussion de Entre naturalisme et religion, de Habermas » (« Post-metaphysic thought facing the “defeatism of Reason”. A discussion of Habermas’ Between Naturalism and Religion »)

Résumé – La série d’essais récents que Habermas a consacrés à la place de la religion dans les démocraties contemporaines suggère celles-ci devraient inciter les citoyens « séculiers » ou athées à s’ouvrir davantage aux ressources

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éthiques et symboliques des grandes religions monothéistes, pour faire face à deux périls : la perte de solidarité qui accompagne l’essor du capitalisme néolibéral, et les perspectives de manipulation indéfinie du vivant par les biotechnologies. Cet article discute la pertinence des arguments de Habermas et s’interroge sur l’évolution qu’a suivie l’auteur de la Théorie de l’agir communicationnel, qui semble aujourd’hui gagné par ce qu’il déplorait jadis comme un « défaitisme de la raison » : la rationalité séculière ne peut-elle fournir elle-même des normes éthiques et politiques susceptibles de répondre aux dangers évoqués ?

Abstract – Habermas’ late reflections about the role of religions in the public sphere of the contemporary democracies want to incite the « secular » or atheist citizens to open themselves more broadly to the ethic and symbolic resources of the monotheistic religions, in order to face mainly two threats : the loss of solidarity in the neoliberal capitalism, and the possibilities of manipulation of the living beings through the biotechnologies. In this paper, we discuss the relevance of Habermas’ arguments, and we wonder about the evolution of the author of the Theory of communicational acting. Indeed, Habermas seems today overcome by what he called previously a “defeatism of reason”: Can’t the secular rationality supply ethical and political norms likely to face the dangers pointed out by Habermas?

Mots-clés – sécularisation, rationalité, démocratie, Habermas, solidarité

Keywords – secularization, rationality, democracy, Habermas, solidarity

Lionel Obadia, « Le sécularisme… encore ? Prolégomènes pour une approche pluridisciplinaire » (« Secularism… again ? Prolegomena for a multidisciplinary approach »)

Résumé – Cet article vise à reprendre l’épineux dossier de l’approche du sécularisme dans les sciences humaines et sociales. Concept singulier, le sécularisme ne se réduit pas à d’autres termes (athéisme, laïcité…), et s’inscrit dans le cadre d’un projet politique, associé à la sécularisation, ce qui lui confère un caractère distinctif dans le champ sémantique des termes entourant le vaste domaine des faits séculiers. En retraçant quelques-uns significatifs développements théoriques récents autour du sécularisme, il s’agit ici de cartographier les pistes de la réflexion académique, d’identifier les impasses, et surtout d’essayer de poser les contours d’un cadre pluridisciplinaire, d’ailleurs énoncé dans des termes différents selon le contexte (nord-Américain, européen, autre…), pour un concept par nature transdisciplinaire.

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Abstract – This paper aims at vise reexamining the study of secularism in social sciences and humanities, which is all but simple to cope with. Secularism is a singular concept not reducible to other close terms like atheism or laïcité. It is associated with a political project and follows the course of a broader process, i.e., secularization. This is why secularism is conferred a distinctive feature in the semantic field and among the different terms relating to secular facts and issues. This paper traces back some of the most significant theoretical developments regarding the study of secularism. It attempts to map the major and most recent lines of the reflection in academic milieu, to point at the intellectual dead ends, and above all to attempt to draw the outlines of a multidisciplinary frame, otherwise expressed in rather different terminologies depending on the context (North-American, European, other). Still, secularism remains a concept located at the crossroads of disciplinary fields.

Mots-clés – sécularisme (théorie), contextes nationaux, pluridisciplinarité

Keywords – secularism (theory), national contexts, multidisciplinary approach

Lionel Obadia – « Le sécularisme comme objet anthropologique ? » (« Secularism as an anthropological subject-matter ? »)

Résumé – Forgées à partir du vocabulaire confessionnel, de la pensée sociale et des vicissitudes historiques du christianisme, les notions de sécularisme et de sécularisation ont très rapidement été généralisées à la situation de « la » religion dans le « monde moderne ». À l’épreuve de la réalité historique, ce modèle signale bien ses soubassements monothéistes et ethnocentrés. Alors que l’anthropologie s’intéresse toujours plus à un domaine du séculier longtemps abandonné à d’autres disciplines, elle doit pour opérer une conversion de regard sur ses objets tout en conservant ses méthodes : l’ethnographie et le comparatisme. À quoi pourrait ressembler une anthropologie du sécularisme, donc ? À la suite des réflexions de Talal Asad (2003) et d’autres anthropologues, cet article tente de poser quelques bases à un champ émergent qui implique de désoccidentaliser l’approche du sécularisme.

Abstract – Framed in the religious terminology, in the social thought of Christianity, and reinvented in a time of profound changes in the environment of religions, the notions of “secularism” and “secularization” first applied to Christianity but have quite quickly been generalized to the broader situation of “religion” (as a whole) in the “modern world”. In face

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of historical realities, this model reveals the underlying monotheistic and ethnocentric structures of secularism. The interest of Anthropology toward the domain of the secular is growing –although the study of the secular has long been left for other disciplines– and the old tradition must operate a conversion of perspective on its subject-matters but preserve the ethnographic and comparative methods. What could anthropology of secularism look like, then? Following Talal Asad (2003) and other anthropologists’ reflections, this paper attempts to lay a few basic points about an emerging field of knowledge, aiming at de-westernize the approaches of secularism.

Mots-clés – anthropologie, sécularisme, théocentrisme, méthode et perspective

Keywords – anthropology, secularism, theocentrism, methods & perspectives

Claude Prudhomme, « Les historiens français du fait religieux et la sécularisation » (« French historians of religion and secularization »)

Résumé – Cet article fait le point sur les usages de la notion de sécularisme dans le champ de l’histoire en France. Il retrace la généalogie des idées et la mise en place d’instances scientifiques pour l’étude des processus de sécularisation, ainsi que les influences entre disciplines qui ont impacté cette thématique en histoire, malgré la résistance des historiens. L’identité du champ a d’abord été circonscrite par l’élaboration d’un vocabulaire spécifique et pose un certain nombre de problèmes à l’investigation historique, évoqués ici. Une fois acceptée la théorie de la sécularisation, la contribution des historiens a été majeure, même si une telle unanimité ouvre elle aussi à un ensemble d’autres problèmes.

Abstract – This paper portrays the uses of the notion of secularism in the field of French academic history. It traces back the genealogy of secular ideas, the establishment of specific scientific institutions for the study of secularization processes, as well as the influences from other disciplinary areas that have had an impact on this theme in history –and despite the resistances of historians themselves. The very identity of the field has first been circumscribed by the creation of a specific terminology but addresses a number of problems relating to historical investigation, that are at the very heart of this paper. Once accepted the theory of secularization, the historians’ contribution to the field has been a major one, even if such unanimity about secularization paved the way to other problems.

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Mots-clés – histoire, sécularisation, méthodes historiques, influences transdisciplinaires

Keywords – history, secularization, historical methods, multidisciplinary influences

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