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Résumés / abstracts

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  • ISBN: 978-2-8124-0880-9
  • ISSN: 2265-0156
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-0882-3.p.0161
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 24/01/2013
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Résumés / abstracts

Francesco Paolo Adorno, « Le totalitarisme est-il une notion idéologique ? La réponse de Zizek » (« Totalitarianism – an Ideological Concept ? The Zizekian Response »)

Résumé – Le but de cet article est de montrer à travers l’analyse de la pensée de Zizek, que la notion de totalitarisme, utilisée pour définir des régimes aussi différents que le nazisme et le stalinisme, est bien plus problématique de ce qu’il semble à première vue. Étiqueter comme totalitaires des réalités politiques différentes comme les régimes communistes et le nazisme a un sens et une fonction précis qui consiste, dès son utilisation par Hanna Arendt, à délégitimer toute critique de gauche des démocraties libérales. Les analyses de Zizek ont justement la fonction de montrer et de démonter les mécanismes sémantiques et discursifs qui à travers cette notion opèrent en ce sens et de restituer une identité propre tant au nazisme qu’au stalinisme. On essaye de montrer ainsi que des concepts fondamentaux de la philosophie comme vérité, liberté, justice, dignité, sont traités de manière différente par le nazi et par le communisme ce qui interdit de rabattre ces deux régimes l’un sur l’autre.

Abstract – The purpose of this paper is to show, via an analysis of Zizek’s thought, that the concept of totalitarianism, used to define regimes as diverse as Nazism and Stalinism, is far more problematic than it might seem initially. The labeling of political realities as varied as communist regimes and Nazism as totalitarian implies a precise meaning and function which has, from the time it was used by Hanna Arendt, consisted in the delegitimization of all criticism issuing from the left-wing of liberal democracies. To that effect, the Zizekian analysis possesses precisely that function of exposing and dismantling the semantic and discursive mechanisms through which this concept operates, and of restoring the individual identities of both Nazism and Stalinism. We therefore attempt to demonstrate that the basic concepts of philosophy – such as, inter alia truth, freedom, justice, dignity – are treated differently within Nazism and Communism, thus preventing any overlap between the two regimes.

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Mots-clés – idéologie, totalitarisme, nazisme communisme, biopolitique

Keywords – ideology, totalitarianism, Nazism, communism, biopolitic

Étienne Balibar, « Le dieu mortel et ses fidèles sujets. Hobbes, Schmitt et les antinomies de la laïcité » (« The Mortal God and His Faithful Subjects : Hobbes, Schmitt and the Antinomies of Secularism »)

Résumé – Reprenant la question du rapport entre Hobbes et Schmitt à la lumière des débats français actuels autour de la « visibilité » de l’Islam dans l’espace public, on examine trois questions à la suite : comment rapporter à sa doctrine de la personnalité artificielle de l’État l’anticléricalisme de Hobbes ? En quoi la lecture de Schmitt nous permet-elle d’identifier une difficulté relative à l’assujettissement des citoyens à l’autorité de la loi, qui conduit à la sacralisation de celle-ci ? Comment évaluer la tendance de la souveraineté à théologiser la fonction de l’ennemi intérieur de l’État ?

Abstract – Returning to the discussion concerning the relationship between Hobbes and Schmitt, while simultaneously relating it to contemporary debates over the “visibility” of Islam in the French public sphere, we examine three points in succession : How do we reconcile Hobbes’s doctrine of the artificial personality of the State with his militant anticlericalism ? Does the interpretation offered by Schmitt improve our understanding of the difficulty inherent in subjecting citizens to the authority of the law, which leads to the sacralizing of the latter ? How do we evaluate the tendency inherent in political sovereignty to attribute a theological function to the internal enemy of the state ?

Mots-clés – laïcité, corps politique, pluralisme, ennemi public, potestas indirecta

Keywords – secularism, body politic, pluralism, public enemy, potestas indirecta

Didier Delsart, « Platon peut-il nous aider à mieux comprendre le totalitarisme moderne ? »

Résumé – Cet article s’oppose à l’interprétation courante selon laquelle Popper aurait fait preuve d’anachronisme en qualifiant le programme politique de Platon de totalitaire. Une telle interprétation se méprend sur la signification même de La société ouverte et ses ennemis puisqu’elle part du principe que le totalitarisme est un phénomène spécifiquement

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moderne, ce que, justement, Popper conteste. En réalité, l’examen du programme politique de Platon conduit Popper à renouveler en profondeur l’approche du phénomène totalitaire en le concevant comme une réaction à l’émergence de la société ouverte, et donc à la naissance, à Athènes, de notre civilisation occidentale.

Abstract – The following article contests the common interpretation that Popper’s arguments would have turn out to be an anachronism by qualifying Plato’s political program of totalitarian. Such an interpretation is mistaken about the very meaning of The Open Society and Its Enemies because it is based on the principle that totalitarianism is a specifically modern phenomenon, which is exactly what Popper disputes. In fact, the survey of the political program of Plato, leads Popper to renew in depth the approach of the totalitarian phenomenon by conceiving it as a reaction to the emergence of the open society and thus to the birth, in Athens, of our Western civilization.

Mots-clés – totalitarisme, société ouverte, tension, camaraderie, responsabilité

Keywords – totalitarianism, open society, strain, comradeship, responsibility

Céline Jouin, « Droit naturel et État mondial. Réflexions sur les dialogues entre Leo Strauss, Kojève et Schmitt » (« Natural Law and the Supranational Order : Reflections on the Dialogue Between Leo Strauss, Kojève and Schmitt »)

Résumé – Cet article vise à éclairer le double dialogue qui eut lieu entre Leo Strauss et Alexandre Kojève, entre Kojève et Carl Schmitt à propos de l’État mondial. Il montre que le refus commun d’un État mondial, de la part de Leo Strauss et de Carl Schmitt, cache une incompatibilité profonde des « théories de la vérité » de ces deux auteurs, alors que le désaccord de Kojève et de Schmitt sur l’État mondial a pour arrière-plan de nombreuses affinités philosophiques « fondamentales ». Le droit naturel, le rapport à Hegel, la théologie politique et son rapport à la sociologie sont les questions qui servent à révéler la théorie de la vérité de ces auteurs.

Abstract – This article attempts to throw light on the dual dialogue which took place between Leo Strauss and Alexander Kojève, and between Kojève and Carl Schmitt, concerning the supranational order. It demonstrates that the repudiation of the global state, over which both Leo Strauss and Carl Schmitt are agreed, masks the profound incompatibility of their “truth theories”, whereas the disagreement between Kojève and Schmitt regarding

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the supranational order is set against the background of their many “foundational” philosophical affinities. Natural law, the relationship with Hegel, political theology and its connection with sociology : these are the questions which help to reveal the truth theories of the respective authors.

Mots-clés – état mondial, droit naturel, théologie politique, hégélianisme, sociologisme

Keywords – supranational order, natural law, political theology, hegelianism, sociologism

Philippe de Lara, « Sébastian Haffner et le mystère allemand » (« Sebastian Haffner and the German Mystery »)

Résumé – Histoire d’un Allemand (écrit en1938-1940 et publié après sa mort, en 2001), le premier et le plus célèbre écrit de Sebastian Haffner (1907-1999), est le point de départ d’une œuvre abondante entièrement consacré à comprendre et à expliquer la catastrophe allemande. Pourquoi l’Allemagne ? se demande Haffner, autrement dit, quelle est la part de la « tradition spécifiquement nationale » dans le nazisme ? La lucidité exceptionnellement précoce d’Haffner sur ce qu’était le régime nazi et ce à quoi il allait conduire dans Histoire d’un Allemand est approfondie sous des angles variés dans des ouvrages publiés de 1940 à 1989. En dépit de son attention exclusive à l’histoire et à la culture allemande, l’œuvre d’Haffner est une contribution importante à la compréhension d’ensemble du moment totalitaire. Le titre de cet article est inspiré par celui d’un article de Raymond Aron, « Existe-t-il un mystère nazi ? ».

Abstract – Defying Hitler, written in 1938-1940 and published posthumously in 2001, is the first and most famous work by Sebastian Haffner but it is only the first part of a larger body of work devoted to understanding and explaining the German catastrophe. ‘Why Germany ?’ asks Haffner. Or, put another way, what is the bearing of the ‘singular national tradition’ on Nazism ? Haffner’s remarkably prescient insight into the nature of the Nazi regime and its consequences in Defying Hitler was treated in greater depth and from differing perspectives in various books published between 1940 and 1987. Despite its focus on German history and culture, his work is a major contribution towards a comprehensive understanding of the totalitarian era. The title of this article is inspired by the article by Raymond Aron, ‘Is There a Nazi Mystery ?’

Mots-clés – nazisme, Hitler, culture allemande, nation, empire

Keywords – nazism, Hitler, german culture, nation, empire

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Thierry Ménissier, « Vers une connaissance émotionnelle de la domination. Une lecture des Origines du totalitarisme d’Hannah Arendt » (« An Interpretation of The Origins of Totalitarianism by Hannah Arendt »)

Résumé – Les Origines du totalitarisme constituent une œuvre complexe, composite et déroutante, sur la composition de laquelle se penche cet article. Il apparaît que l’idée de totalitarisme proposée par Arendt s’inscrit moins dans le cadre d’une analyse politologique que dans celui d’une phénoménologie du pouvoir et de l’histoire, dans laquelle les émotions que l’auteur transmet au lecteur jouent un rôle important. Ainsi l’on comprend pourquoi les nombreuses critiques adressées à l’ouvrage d’Arendt à la fois sont recevables et ne ruinent pas sa valeur – laquelle repose en partie sur la tentative de constituer une « connaissance émotionnelle de la domination ».

Abstract – This article focuses on The Origins of Totalitarianism, which constitutes a complex and disconcerting work of a composite nature. It appears that the notion of totalitarianism advanced by Arendt is less a function of politicological analysis than of a phenomenology of power and history, in which the emotions transmitted to the reader by the author play a significant role. Thus, we are able to understand why the numerous simultaneous criticisms directed towards this work by Arendt are admissible and do not undermine its value, which is derived partly from the attempt to construct an “emotional understanding of domination”.

Mots-clés – totalitarisme, phénoménologie, autorité, émotions, littérature et politique

Keywords – totalitarianism, phenomenology, authority, emotions, literature and politics

Lucien Samir Oulahbib, « Actualité de Leo Strauss » (« The Perennial Relevance of Leo Strauss »)

Résumé – Leo Strauss avait une conscience si aiguë des limites du libéralisme moderne (par exemple son scientisme) qu’il avait souhaité le ressourcer dialectiquement au libéralisme antique ; ce qui l’a amené à constater que la notion de politique ne se limite pas à la polis, mais peut être étendue à la notion de politeia dans le sens de partage d’un destin commun ; mais jusqu’à quel point ? Ainsi la notion de régime politique n’est pas uniquement saisi dans le sens juridique, mais aussi comme mode de vie qui ne se veut cependant pas total. L’objet final de la philosophie étant pour Strauss de saisir la vérité de la présence humaine sur Terre et non pas de l’imposer.

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Abstract – Leo Strauss was acutely aware of the limits of modern liberalism (its positivism, for example). It is with this in mind that he wished to link it dialectically to ancient liberalism, leading him also to observe that the notion of politics is not limited to the polis, but may be extended to the notion of politeia in the sense of sharing a common destiny ; but to what degree ? The notion of the political cannot be understood exclusively in a legal sense, but as constituting a way of life which does not, however, present itself as all-encompassing. The final object of philosophy is for Strauss to comprehend the truth affecting the human presence on Earth, not to impose it.

Mots-clés – fascisme, politeia, scientisme, générosité, vérité

Keywords – fascism, politeia, scientism, liberality, truth

Tristan Storme, « De la fondation à la conservation de l’État de droit. La notion de violence chez Schmitt et Benjamin » (« From the Foundation to the Preservation of the Rule of Law : Schmitt, Benjamin and the Concept of Violence »)

Résumé – Durant les années weimariennes, Carl Schmitt et Walter Benjamin posent la question de l’origine de l’ordre juridico-politique, ainsi que celle de sa préservation. Les deux auteurs semblent s’accorder sur le fait que la fondation de l’État de droit résulterait toujours d’un acte de violence. Tandis que Benjamin caractérise ce geste inaugural de « violence fondatrice de droit », Schmitt soutient l’idée qu’une « décision politique » originelle qui incomberait au pouvoir constituant serait à la racine de tout ordre juridique. Se déclinant sous la forme de mesures d’exception, la violence se ferait ensuite « conservatrice de droit », elle chercherait à maintenir en l’état l’ordre institué. Cet article vise ainsi à éclairer l’importance que revêt la notion de violence dans les réflexions développées par ces deux penseurs allemands au cours des années 1920.

Abstract – During the Weimar period, Carl Schmitt and Walter Benjamin posed the question of the origin of the political-legal order, as well as that of its preservation. Both authors seem to agree on the fact that the foundation of the rule of law is always the result of an act of violence. While Benjamin characterizes this inaugural act as “law-making violence”, Schmitt supports the idea that there is an elementary “political decision”, incumbent upon the constituent power, which is at the root of every legal order. Initially taking the form of emergency measures, violence would thereafter establish itself as “law-preserving”, and would from then on seek

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to maintain the established state order. This article aims to illuminate the importance of the concept of violence in the reflections developed by these two German thinkers during the 1920s.

Mots-clés – Carl Schmitt, Walter Benjamin, État de droit, violence politique, ordre juridique, état d’exception, décision politique

Keywords – Carl Schmitt, Walter Benjamin, rule of law, political violence, legal system, state of exception, political decision

Valentina Tirloni, « Le langage du totalitarisme. Victor Klemperer et George Orwell » (« The Language of Totalitarianism : Victor Klemperer and George Orwell »)

Résumé – Le pouvoir totalitaire ne se dévoile jamais autant que par son utilisation du langage. L’étude des deux textes (le roman 1984 d’Orwell et le carnet Lingua Tertii Imperii de Klemperer) permet de reconstituer les techniques rhétoriques et leurs fondements philosophiques. Aidé par un système bien organisé de rites et rituels, le langage totalitaire finit non seulement par créer une réalité en apparence convenable, mais aussi par déshumaniser les sujets et annihiler toute liberté.

Abstract – Totalitarian power is mostly apparent in the use of language. By studying these two texts (the Orwellian novel 1984 and Lingua Tertii Imperii by Klemperer) we are able to reconstruct the underlying rhetorical techniques and their philosophical foundation. Supported by a well-organized system of rites and ceremonies, totalitarian language succeeds not only in creating an outwardly respectable reality, but in dehumanizing its subjects and in entirely extinguishing every freedom.

Mots-clés – totalitarisme, rituel politique, nominalisme, empirisme, Orwell, Klemperer

Keywords – totalitarianism, political rite, nominalism, empiricism, Orwell, Klemperer

Jean-Jacques Wunenburger, « Figures de l’absolutisme et reconfiguration sociologique du totalitarisme » (« Absolutist Tropes and the Sociological Reconfiguration of Totalitarianism »)

Résumé – La catégorie du totalitarisme ne devrait pas être confondue avec les formes de tyrannie. Ne serait-ce pas l’État démocratique moderne qui a permis, en se libérant du théologico-politique ancien, de faire émerger

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l’État totalitaire, dans ses paradoxes internes même ? Préfiguré déjà dans l’écriture des utopies, celui-ci ci ne semble pourtant pas avoir réussi à s’installer réellement dans l’histoire. Mais ne serait-il pas, de nos jours, en train de se métamorphoser sous des formes post-étatiques en se capillarisant dans la collectivité sociale elle-même ?

Abstract – The category “totalitarianism” ought not be confused with the various forms of tyranny. Is it not the modern democratic state that, by liberating itself from the theologico-political discourse of the ancients, has facilitated the emergence of the totalitarian state, even as the result of its own internal contradictions ? Although foreshadowed in utopian writings, it does not appear to have succeeded in establishing itself properly in history. However, is it not currently in the process of being transformed through “post-state” structures and osmosis into the community itself ?

Mots-clés – absolutisme, theologico-politique, utopie, démocratie, servitude volontaire

Keywords – absolutism, theologico-political, utopia, democracy, voluntary servitude