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Compte rendu

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  • ISBN: 978-2-8124-0355-2
  • ISSN: 0241-9890
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-3986-5.p.0123
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 06/02/2012
  • Périodicité: Annuelle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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COMPTE RENDU


Charles Mazouer, Le Théâtre français de l'âge classique II
L'apogée du classicisme, Paris, Champion, 2010, 757 p.

Cet ouvrage fait suite au volume que C. Mazouer, en 2006, avait
consacré au théâtre du premier dix-septième siècle', et s'inscrit plus
lazgement dans une vaste Histoire du théâtre français, que l'auteur
a entreprise en 2002 avec Le Théâtre français de la Renaissance et
qui devrait s'achever, sous sa direction, avec Le Drame romantique
et le théâtre bourgeois (1830-1870). Comme l'explique C. Mazouer
dans l'introduction, la période des années 1650-1680, qu'il se propose
ici de traiter, offre une réelle unité du point de vue de l'histoire en
général —avec la fin de la Fronde, la mort de Mazarin et l'accession
au pouvoir véritable de Louis XIV —mais également du point de vue
de l'histoire du théâtre, avec l'éclosion d'une nouvelle génération
d'auteurs dramatiques, qui fait l'éclatante démonstration de ses capa-
cités d'invention.

De même que dans le précédent opus, C. Mazouer se donne pour
but de rendre compte de tous les aspects du théâtre, des réalités ma-
térielles, sociales et économiques jusqu'à l'élaboration des oeuvres
elles-mêmes. L'étude se divise ainsi en deux grandes sections, la pre-
mière ayant pour titre «  la vie théâtrale dans la société classique  »,
et la seconde proposant un panorama des textes dramatiques et des
différents genres auxquels ils appartiennent. Le rappel du plan détail-
lé àl'intérieur du développement contribue, en outre, à la clarté de
l'exposé. La première partie examine successivement les rapports que
le théâtre entretenait alors avec les pouvoirs (l'État et l'Église, en par-
ticulier) —l'occasion, pour C. Mazouer, de s'attarder sur la querelle de
la moralité, qui continua d'opposer les détracteurs et les défenseurs du
théâtre —les circonstances précises dans lesquelles se déroulaient les
représentations, et enfin les positions théoriques développées paz les
auteurs eux-mêmes à propos du théâtre. Ce premier volet se termine par
deux chapitres, consacrés respectivement aux dramaturges, c'est-à-dire
à leurs origines sociales et à leurs conditions de vie —c'est ainsi que
C. Mazouer attire l'attention sur ceux d'entre eux qui exerçaient égale-
ment le métier decomédien — et aux jugements qui s'exprimaient alors,
de la pazt d'un public dont est rappelé le caractère composite.

La seconde partie, quant à elle, invite le lecteur à (re)découvrir le
répertoire théâtral, et le désir d'exhaustivité, qui anime C. Mazouer,
le conduit à évoquer, à côté des grandes figures que sont évidemment
Corneille —qui poursuit ainsi sur sa lancée —Racine et Molière, toute
une pléiade d'auteurs plus ou moins secondaires, qui, à des degrés
divers, témoignent de l'extraordinaire vitalité du théâtre classique.
C. Mazouer procède ensuite de façon très méthodique en étudiant, tour
à tour, les quatre grands genres que sont la pastorale —dont 1 Amarillis
de Tristan, jouée en 1652, représente un des derniers exemples, mais
dont les motifs se retrouvent dans d'autres formes, comme le théâtre
à machines ou le théâtre musical — la tragi-comédie, qui elle aussi


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autres, aux chefs d'aeuvre de Corneille et, surtout, de Racine, et, enfin,
la comédie, qui se distingue par la variété de ses formes et qui, comme
le remarque C. Mazouer, atteint son point culminant avec le génial
Molière. Mais le dernier chapitre montre que l'historien n'oublie pas
pour autant les relations, riches et complexes, qui unissaient alors le
théâtre et la musique, en particulier dans le genre, encore inédit, de la
comédie-ballet.

L'ouvrage comprend, par ailleurs, une bibliographie, qui dresse
une liste très fournie des travaux les plus récents portant sur le sujet,
et deux index (un index des noms et un index des pièces), qui, à n'en
pas douter, constituent des outils de travail précieux. Et, comme pour
mieux associer les principes du docere et du placere, chers au classi-
cisme, un cahier d'illustrations central permet au lecteur de se faire une
idée plus précise de ce que fut le théâtre de cette période, jusques et y
compris dans sa dimension spectaculaire.

On l'aura compris, l'ouvrage de C. Mazouer est une véritable
somme, et le lecteur ne manquera pas de partager l'enthousiasme de
son auteur pour une période qu'avec raison il définit comme l'apogée
du classicisme.

Sandrine BERRÉGARD


1 Voir le compte rendu que nous en avions fait dans le numéro XXX

des Cahiers Tristan L'Hermite  :Tristan L'Hermite et le théâtre de son temps,

2008, p. 79-84.
















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