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Actes de la journée d'étude du samedi 26 janvier 2008
Tristan L'Hermite et le théâtre de son temps

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  • ISBN: 978-2-8124-1194-6
  • ISSN: 2262-2004
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4015-1.p.0007
  • Éditeur: Rougerie
  • Date de parution: 31/12/2008
  • Périodicité: Annuelle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Actes de la journée d'étude du samedi 26 janvier 2008

TRISTAN L'HERMITE

ET LE THÉÂTRE DE SON TEMPS


Présentation

Nous publions ici les actes de la journée d'étude qui
s'est déroulée à la Sorbonne le 26 janvier dernier et dont
l'une des particularités fut de réunir des universitaires,
spécialistes de la littérature française du dix-septième
siècle, et des comédiens, Gérard Berregard et Dominique
Foucher, de la Compagnie du Théâtre sur la Place, venus
lire des extraits de pièces de Tristan.

En opposition à une tradition critique, qui ne considérait
l'cpuvre dramatique de Tristan qu'en référence au théâtre
« classique » et à la tragédie racinienne en particulier, Jean-
Pierre Chauveau, Daniela Dalla [galle, Roger Guichemerre
et Jacques Morel établirent des rapprochements entre le
théâtre de Tristan et celui de ses contemporains, Corneille,
Rotrou, Scudéry, Cyrano de Bergerac et Grenaille plus pré-
cisément'. Tristan, dont la carrière théâtrale commença en
1636 avec la création de La Mariane, appartient en effet à
la « génération de 1630 », yui entreprit de renouveler les
formes du théâtre, et développa des thèmes (comme celui de
la conspiration, dans La Mort de Sénèque) ou des sujets
(comme celui de la mort de Chrispe, dans la tragédie du
même nom) qui lui avaient probablement été inspirés par
ses contemporains. Une voie nouvelle s'ouvrait ainsi, qu'il
nous a semblé judicieux de prolonger.

Comme le montrent Daniela Dalla valle (« Grenaille,
La Calprenède, Tristan : un croisement de textes et d'au-
teurs dramatiques ») et Florence Orwat (« Genèse d'un
motif : la rêverie au théâtre (1620-1650) »), l'ceuvre dra-
matique de Tristan se situe au coeur d'un réseau de textes,
d'images et de représentations qui caractérisent le théâtre
français des années 1630-1650. L'Innocent malheureux de
Grenaille, qui, quelques années avant La Mort de Chrispe,
retraçait l'histoire tragique du fils de l'empereur Constan-
tin, mais aussi les deux pièces de La Calprenède La Mort

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8 des enfants d'Hérode ou suite de Mariane, et l'Édouard,
une tragi-comédie dans laquelle Tristan semble avoir
trouvé le sujet de La Folie du sage, témoignent ainsi du
rôle complexe d'un auteur qui, tour à tour, a pu influencer
ses contemporains et être influencé par eux. Toutefois,
l'examen du motif de la rêverie, auquel se livre Florence
Orwat, conduit à mettre en lumière la singularité d'un
théâtre qui privilégie volontiers le lyrisme au détriment de
l'action ; sans doute est-ce pour cette raison que d'Aubi-
gnac jugea sévèrement la tragédie de Panthée. Enfin, la
chronologie des pièces de Tristan, que Sandrine Berrégard
compare à celle de Corneille (« Le parcours théâtral de
Tristan au regard de l'exemple cornélien » ), révèle les
contradictions d'un dramaturge qui manifeste la volonté
de se conformer aux pratiques du temps, tout en exprimant
son attachement à des formes ou à des modèles du passé.

Alain Riffaud (« Tristan et les imprimeurs de son
temps ») et Jean-Yves Vialleton (« Quinault héritier de
Tristan : une filiation mystérieuse ») dessinent à leur tour
le portrait d'un auteur singulier et indépendant, mais
leurs analyses, qui ne sont pas proprement littéraires, se
fondent sur des aspects de l'ceuvre ou de la biographie
habituellement négligés par la critique. De manière tout
à fait originale, Alain Riffaud atteste ainsi de l'intérêt que
Tristan accordait à l'impression de ses pièces, et attire
notre attention sur la matérialité des textes, trop souvent
ignorée. Avec non moins d'originalité, Jean-Yves Vialleton
fait état des anecdotes, plus ou moins fantaisistes, rela-
tives à la rencontre de Tristan avec Quinault, présenté
comme son « petit valet », mais aussi comme son fils
caché, auquel la pauvreté lui aurait tout juste permis de
léguer son manteau ( !), et montre en quoi ces représenta-
tions sont révélatrices du caractère saturnien attaché à la
figure du poète mélancolique.

La conjonction de ces différents points de vue illustre
donc la complexité d'une oeuvre qui s'inscrit parfois de
manière paradoxale dans le théâtre de son temps.

Sandrine Berrégard
Université Marc Bloch-Strasbourg 77

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NOTE

' J.-P. Chauveau, « De La Mort de Sénèque à Cinna, ou de la division
à la réconciliation », p. 48-53 dans Du Baroque aux Lumières. Pages à la
mémoire de Jeanne Caztiat, Mortemart, Rougerie, 1986; D. Dalla [galle,
Le Tragedie francesi su Crispo : Grenaille, L'Innocent malheureux, 1639.
Tristan L'Hermite, La Mon de Chrispe, 1645, Torino, A. Me}mier (Textes
littéraires français), 1986 ; R. Guichemerre, « À propos de La Mort de
Sénèque : les tragédies de la conjuration », p. 5-14 dans Cahiers Tristan
L'Hermite, n° 4, 1982, repris dans Visages du théâtre français au XVIIe
siècle, Paris, Klincksieck, 1994, p. 207-215; J. Morel « Amour, mélanco-
lie et vertige de mon : de Grisante de Rotrou (1635) à Panthée de Tristan
(1637-1638)  », p. 42-45 dans Cahiers Tristan L'Hermite, n° 9, 1987.


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