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In Memoriam
Jacques Morel

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  • ISBN: 978-2-8124-1192-2
  • ISSN: 2262-2004
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4013-7.p.0007
  • Éditeur: Rougerie
  • Date de parution: 31/12/2006
  • Périodicité: Annuelle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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IN MEMORIAM

JACQUES MOREL


Les temps sont durs pour les amis de Tristan. En 2004,
notre ami, notre père fondateur, Amédée Carriat nous a
quittés subrepticement, et nous n'avons pas fini de mesu-
rer le vide laissé par cette disparition. En 2005, très exac-
tement le lei juillet, Jacques Morel, celui qui présida dès
l'origine (1979) et jusqu'en 2001, aux destinées de notre
association, s'éteignait au terme d'une longue et doulou-
reuse maladie, qui l'avait contraint à limiter sa présence
dans nos rencontres et réunions dès la fin des années
1990. Les plus anciens diront tous combien alors il nous a
manqué, avec son expérience et l'étendue de son savoir
sur la littérature du XVllr siècle, certes, mais surtout avec
son infinie courtoisie, un humour qui laissait transparaître
à la fois une âme inquiète, sinon mélancolique, et une
inépuisable attention, faite de tendresse et d'inlassable
bienveillance à l'égard de ceux qui l'approchaient. Beau-
coup, parmi ses collègues et parmi ses anciens étudiants,
se souviendront longtemps de ce qu'il leur a apporté, et
reliront ses ouvrages, en particulier son histoire de la lit-
térature publiée par deux fois chez Arthaud, et surtout ses
travaux sur le théâtre (thèse sur Rotrou, édition du théâtre
de Racine, et toutes les études regroupées en 1991 dans le
beau volume intitulé Agréables Mensonges). Volume où
l'on retrouve quelques-uns des nombreux articles qu'il a
confiés, au fil des années, à nos Cahiers. Il sut jouer un
rôle décisif lors de la première entrée de Tristan sur la
scène de la Comédie Française, avec La Mort de Sénèque,
en 1983, et il fut un pionnier dans l'entreprise qui aboutit
finalement, à partir de 1999, à la publication des ouvres
complètes du poète chez Champion. À lui revint l'honneur
— et il le fit avec éclat — de présider la première des mani-
festations organisées en l'honneur de Tristan à Janaillat,
son village natal, le 11 août 1984 : le dévoilement d'une
plaque était accompagné d'une superbe allocution (que je
conseille vivement de relire : elle a été publiée en 1985
dans les Cahiers VII, p. 33-34, et reproduite encore en
2003 dans les Cahiers XXV, p. 100-101), émouvant éloge
de Tristan saisi, si j'ose dire, dans sa rareté, son unicité :


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8 « Son cour est demeuré fidèle à la simplicité des senti-
ments premiers, nai'veté amoureuse, amitié familiale sans
phrases, plaisir goûté aux jeux et auz joies d'un terroir
qui ne paraît semblable à d'autres qu'aux yeux de ceux
qui ne le veulent point connaître...  ». Ces formules,
Jacques Morel les a reprises et amplifiées, lorsque, le
20 novembre 1992, il manifesta son émotion en inaugu-
rant le nouveau nom —Tristan L'Hermite — donné à un
groupe scolaire de La Souterraine, dans la Creuse, autre
manière de concrétiser les retrouvailles du poète avec
son pays natal (voir les Cahiers XV, 1993, p. 62-63 ). Si
Jacques Morel tint à présider la deuxième manifestation
de Janaillat, le 13 août 1994, la maladie l'empêcha
malheureusement d'être des nôtres, lors de la troisième, le
12 août 2001; mais il offrit encore en 2003 dans nos
Cahiers XXV (p. 13) un vibrant hommage à son complice
de vingt années, Amédée Carriat : « Amédée est aussi
l'homme qui sait accueillir : on ne peut faire le compte de
ceux qu'il a encouragés et aidés en s'effaçant toujours
derrière eux [... J Son application et son zèle tristaniens
m'ont permis de rafraîchir et de conforter mon amour du
Grand Siècle, comme l'ouvre de Voltaire a pu le faire en
son temps...  ». Quelle plus belle manière, pour moi, de
terminer en citant ce propos fraternel ! Cela me permet
d'associer à jamais nos deux amis disparus dans notre
indéfectible reconnaissance. Que Madame Denise Morel
et ses enfants et petits-enfants, dans le deuil qui les frappe,
trouvent ici l'expression de la profonde sympathie et de la
reconnaissance de tous les Amis de Tristan L'Hermite.

Jean-Pierre Chauveau










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9 Tristan a encore perdu un de ses amis. Jacques Morel a
rejoint Amédée Carriat dans notre mémoire : si, comme
lui, il fut de la petite Association des Amis de Tristan dès
sa fondation, c'est que, comme lui, il était de ceux pour
qui l'amitié n'est pas un vain mot, au passé ou au présent.
Sa discrétion cachait une grande force d'âme, que seuls
ses vrais amis ont connue sans doute mais dont ses élèves,
dont je fus, ont pu reconnaître les effets dans la bien-
veillance qu'il savait manifester à autrui, et qui affectait
aussi sa manière de lire. Il lisait en sympathie (un mot
devenu aujourd'hui presque grossier !) les poètes du passé
et du présent, et il aimait composer, sans emphase, sans
jamais se prendre au sérieux, quelques vers de circons-
tance qu'il offrait simplement, en guise de discours aca-
démiques. Je le revois sourire doucement en parlant,
lorsqu'il évoquait cette douceur qui, pour lui, était indis-
sociable de la force de la parole poétique. Il fut de ceux
dont la générosité est un état naturel à l'humain, un état
aussi naturel que la mélancolie qui pourtant, chez lui,
était souvent joyeuse. Il eut à souffrir de l'ingratitude des
hommes, il fut tenté de se replier sur les livres, mais il ne
fermait jamais sa porte à ceux qui venaient lui demander
conseil ou assistance. Il aimait enseigner, avec cette
conviction un peu désuète de ceux qui croient que la com-
munication entre les hommes n'est pas marchande. Il
appartenait déjà à un temps révolu, un temps qui peut-être
n'a jamais existé que dans l'imagination de ces individus
qui, tel Tristan lui-même, savent vivre hors du temps, sans
pourtant oublier qu'ils vivent parmi les hommes, et que
l'histoire des hommes se construit dans une problématique
continuité entre passé, présent et futur.

Françoise Graziani

Jacques Morel était né le 22 avril 1926 à Chantreine (Vosges). Après
une scolarité accomplie successivement à Épinal, à Neufchâteau et à
Nancy, il entra en Première Supérieure au lycée Henri IV à Paris en
1944, et fut reçu à l'École Normale Supérieure en 1947. Il en sortit en
1950, professeur agrégé, ce qui lui valut d'enseigner pendant trois ans au
lycée de Chaumont (1950-1952). De 1952 à 1957, il exerça les fonctions
d'agrégé répétiteur à l'École Normale Supérieure, avant de commencer,
en 1957, une carrière universitaire à Lille, où il fut successivement assis-
tant, et chargé de cours. À la même époque, il assuma longtemps avec un
inlassable zèle le secrétariat de la Société d'étude du XVII` si8cle. Après


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10 avoir soutenu sa thèse en 1968, il fut élu en 1970 professeur à la
Sorbonne nouvelle (Université de Paris III), o~ il enseigna jusqu'à sa
retraite en 1994, non sans dispenser son savoir dans des universités
américaines (1964, 1990). Jacques Morel était commandeur des Palmes
académiques. Il fut le président des Amis de Tristan L'Hermite de 1979 à

2001.






























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