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[Hommage]

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  • ISBN: 978-2-8124-1190-8
  • ISSN: 2262-2004
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4011-3.p.0007
  • Éditeur: Rougerie
  • Date de parution: 07/12/2012
  • Périodicité: Annuelle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
7 Adieux à un Ami.
Bonjour, « Médée ».

Je suis venu te retrouver dans la moire du passé loin-
tain où s'écoula notre jeunesse, relisant avec émotion les
pages, modestes dans leur présentation, de la Creuse Lit-
téraire et du Limousin Littéraire dont la qualité cependant
appela l'attention d'une presse jouissant d'une plus ample
notoriété que la nôtre. Une qualité signalée, par exemple,
dans la défunte Gazette des Lettres et qui en devait l'es-
sentiel, bien plus qu'aux miennes, aux vertus de ta plume
et de ton talent.

J'ai retrouvé l'évocation d'un « Tristan, Poète de
l'Amour » dont l'hommage à lui adressé, affectueux et cri-
tique, prélude à la naissance de l'æuvre et des nombreuses
publications que tu lui as si heureusement consacrées.

Modestement, tu ne t'es pas attribué le mérite exclusif
de son retour en grâce, citant les travaux de Jacques
Madeleine (Textes français modernes 1909); Les plus
belles pages de Tristan L'Hermite, Van Bever (Mercure de
France, 1909); Les Amours et autres poésies choisies,
Pierre Carno (Garnier, 1925); « Le Promenoir des deux
amants », poèmes choisis par Max-Pol Fouchet (Alger,
Revue Fontaine, 1945). Mais tu en es essentiellernent l'in-
citateur, l'initiateur.

N'est-ce pas à toi, aussi, que nous devons la publica-
tion d'inédits de Raymond Christoflour, Gabriel Audisio,
Hervé Bazin, Pierre de Boisdeffre, Pierre Bouchardon,
René Guy Cadou, Georges-Emmanuel Clancier, Jean-
Louis Curtis, Luc Decaunes, Luc Estang, Maurice Fom-
beure, Marcel Jouhandeau, Robert Margerit, Henri
Pourrat, Michel Ragon, Jean Rousselot, Pierre Seghers ?...
Est-il d'autre part nécessaire de rappeler.l'ampleur de tes
travaux, ton « Dictionnaire des Auteurs Creusois », tes
méticuleuses recherches d'archives, tes nombreuses et
documentées publications ?

Entre 1943 et 1945, dans ton douloureux exil en Alle-
magne, tu as chanté en vers ta nostalgie et tes regrets
d'être si loin de ta Creuse natale, de ses eaux vives, de sa
douceur agreste et de ses horizons. Édité aux Presses du
Massif Central, le recueil de la « Compagnie des Ombres »


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8 a reçu la consécration du Prix Maurice Rollinat décerné
en 1946 pour la première fois. Concurremment à la Presse,
Roger Denux, dans sa chronique littéraire de l'École Libé-
ratrice, en révéla l'événement, saluant la publication d'une
poésie familière, de cette même savoureuse et savante sim-
plicité qui fait le charme d'un Francis Jammes, d'une poé-
sie sachant aussi, parfois, trouver l'accent humain, amer et
doux, des adieux de la bergère de Charles Péguy à la
Meuse endormeuse.

Discrétion ? Pudeur ? Tu as trop peu, je crois, oeuvré en
poésie. Et nous pouvons le regretter. Citerai-je de toi
quelques vers ?

« La voix qui exaltait l'amour, la voix s'est tue »
Et puis :

« Grande paix à tous ceux qui dorment sous la terre
« Les larmes des vivants n'émeuvent pas les morts »

Adieu, Ami.
Yvan Germain


















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