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[Pièces liminaires : Le prélude, À l'honneur de Sylvie et À Monsieur de Montauron]

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  • ISBN: 978-2-8124-1178-6
  • ISSN: 2262-2004
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-3999-5.p.0005
  • Éditeur: Rougerie
  • Date de parution: 07/12/2012
  • Périodicité: Annuelle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Portrait de Sylvie dans le manuscrit des Plaintes d'Acante (1633).
Dans le cartouche, lire

Ce bel objet lance une (lame

Qui ne doit brusler que  !es Dieux ;

Car les Vertus sont dans son Anae

Comme l'Amour est dans ses yeux.

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LE PRELVDE

SONNET



le n'escry point icy l'embrazement de Troye,
Ses larmes, ses soupirs, &ses cris éclatans,
Ny l'ef Troy qui saisit ses tristes habitans

Lors que des Grecs vainqueurs ils se virent la
proye.


l'y dépeins seulement les pleurs dont ie me noye,
Le feu qui me consume, &les deuoirs constans
Qu'auecque tant de soing i'ay rendus si long temps
A celle dont l'orgueil au sepulcre m'enuoye.


Aussi ie n'atten pas que le bruit de mes vers,
Portant ma renommée au bout de l'Vniuers,
Estande ma memoire au delà de ma vie


l'en veux moins acquerir d'honneur que d'amitié  ;
Les autres ont dessein de donner de l'enuie,
Et le point où l'aspire est de faire pitié.

TRISTAN.










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A L'HONNEVR DE SYLVIE

STANCES



Sauantes Filles de Memoire,

Qui d'un espoir de gloire

Sur vostre double Mont, f latez les beaux esprits ;
le n'ay point de regret d'auoir suiui vos traces,
Et vous cens mille graces

Des celestes secrets que vous m'auez apris.


Sans doute mes vers sont plus rares
Que ceux de ces Barbares

Qui pour vous obliger font d'inutiles voeux

Et certain . desormais qu'ils ont de l'excellence,
le puis sans insolence

Permettre qu'un Laurier me presse les cheueux.


Quelle plume au siècle où nous sommes
Du simple auceu des hommes

Pourroit auec raison f later sa vanité  ?

Et ie voy toute-fois, que ma fortune est telle

Qu'une voix immortelle


Asseure mes escrits de l'immortalité.


Mes chansons ont charmé l'oreille

D'une ieune Merueille

Dont l'aymable presence enchante tous les coeurs
Elle treuue en mon stille une douceur extresme
Et confesse elle mesure

Que i'ay beaucoup de grace à monstrer ses
rigueurs.



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9 Certes, ses bontez sont estranges ;
le n'ay mis ses louanges

Qu'au Tableau que i'ay fait des rigueurs de ses

lois
Cependant à ma gloire elle dit mille choses

D'vne bouche de Roses

Qui pourroit d'vn seul mot fauoriser des Rois.


Il faut confesser que Syluie

Est la honte et l'enuie

De tout ce que l'on void de parfaictes Beautez
Et que ce rare Objet a bien plus d'auantage
Sur le plus beau visage

Que le Soleil n'en a sur les moindres clartez.


Mais ses vertus incomparables

Sont vrayment adorables ;

Rien n'est égal aux dons qu'elle a receus des

Cieux
Et quelques doux apas que tout le monde y loüe,

Il faut que l'on auoüe

Que son ame est encor plus belle que ses yeux.


Maistres de la Terre et de l'Onde,
Venez dac bout du Monde

Voir ces Beautez sans nombre et sans compa-

raison
Amour est mon tesmoin, si je dis que ses f lames

En surprenant vos ames,

Ne leur sçauroient donner de plus belle prison.

TRlSTAN.




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A MONSIEUR

DE MONTA URON


ODE

MONTA URON, les Edi f ices
Du plus beau marbre éclatans,
Sont de pompeux Sacrifices
O f f erts à la faux du Temps.
Les Dieux avoient basty Troye
Qui bien tost servit de proye
A de grands embrazemens
Et de ses Palais superbes,
A peine les fondemens

Se treuvent parmy les herbes.

Mais les vers du grand Homere
Sont encore glorieux,

Malgré la Parque severe

Et les ans injurieux.

Par eux on void comme Achille
Traine à l'entour de la ville
Le corps d'Hector terracé

Et fait d'un bras redoutable
De son amy trépassé,

La vangeance memorable.

Le Temps a détruit de Rhodes
Le grand Colosse d'airain
Mais non pas gasté les Odes
De l'agreable Thebain.

Et quoy que Mars ait pû faire
Pour se rendre tributaire

Ce Lieu qui fut sans pareil ;
Une chançon plus qu'humaine
Nous apprend que le Soleil
En fit son premier Domaine.


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11 Ces Ouvrages magnifiques
Apres vingt Siecles passez,
Marquent des noms herôiques
Qui ne sont point effacez.
On connoist par cette Muse,
Le prince de Syracuse
Dont le coeur fut relevé
Et les lumieres secrettes
De l'Enfant qui fut trouvé
Sur un lit de violettes.

Aussi les grands Personnages,
D'un désir de gloire épris,
Ont souhaité leurs Images

De la main des Beaux Esprits.
Mesme le grand Alexandre
Dont le cæur osa pretendre
L'Empire de l'Univers  ;

Soupira par fois d'envie

De voir peints en de beaux Vers
Les Miracles de sa vie.

Mais si les .sons de ma LYRE
Sont heureusement goustez
Le Sort n'aura point d'empire
Sur le nom que vous portez.
Par ce digne tesmoignage
Qu'estimera d'Age en Age
Toute la Postérité

J'establiray la memoire

De la generosité

Qui vous donne tant de gloire.

TRISTAN.





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