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[Naissance]

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  • ISBN: 978-2-8124-1165-6
  • ISSN: 0241-9890
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-3985-8.p.0007
  • Éditeur: Rougerie
  • Date de parution: 07/12/2012
  • Périodicité: Annuelle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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TRISTAN

POETE DU DEPAYSEMENT



Gentilhomme de vieille souche appauvrie,
fier de cette origine et douloureusement conscient
de tout ce qu'elle impliquait d'obligations et de
devoirs malgré la pénurie et la servitude, Tristan
L'Hermite, dès ses premiers écrits, nous montre
un cceur déchiré entre les valeurs acquises au ter-
roir et celles d'un monde sophistiqué à la dérive.
Esprit franc et libre, il ne pouvait que haïr

... l'émotion

Et la sale passion
Des Ames intéressées

(«  Plainte à la belle banquière  »),

et la prostitution de sa plume et de sa personne
lui fut toujours odieuse

Irais-je m'abaisser en mille et mille sortes,

Et mettre le siège à vingt portes

Pour arracher du pain qu'on ne me tendrait
pas  ?
(«  La Servitude  ».)

On est en droit de se demander pourquoi,
vu ces sentiments, Tristan a continué sa vie durant
à faire «  le chien couchant auprès d'un grand
seigneur  ». C'est qu'il savait qu'un gentilhomme,
pour se frayer un chemin dans la république des
lettres, ne pouvait le faire qu'à une cour royale
ou princière. Esprit indépendant, reconnaissant
dès le début qu'il aurait à subordonner ses pré-
dilections personnelles aux exigences du milieu
dans lequel il espérait survivre, il ne fut jamais

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8 plus qu'un spectateur récalcitrant des jeux affectés
de ses contemporains. Son dégoût était constam-
ment exacerbé par la conscience qu'il avait de
sa propre vâleur, de sa fidélité aux vertus an-
ciennes, et de la dégénération de son prochain.
Obligé de le côtoyer, il en ressentit de plus en
plus la nostalgie du terroir, de

L'Or éclatant dont le Soleil

Vient couronner à son réveil

Le front orgueilleux des Montagnes,

Et l'argent pur qui va coulant

Sur l'émail fleuri des Campagnes.

(«  A M. de Chaudebonne  ».)
Mais il savait que ce refuge —comme 'le repos
qu'il ycherchait —était une chimère, car où
trouver un endroit «  où ce n'est point un crime
que d'aimer 'la fidélité, ... où la sincérité peut
trouver tant soit peu d'estime  »  ? Il savait ce
siècle « ingrat et avare  », et la vertu passée de
mode.

Si ces sentiments se font entendre dès ses
premiers écrits, c'est dans son théâtre et ses Vers
héro'iques qu'ils sont le plus manifestes. S'il invite
le peintre Bourdon à venir le voir dans sa man-
sarde, c'est pour que celui-ci sache

... où se retire

Un homme qui ne désire

Aucun de ces grands trésors

Qu'on ouvre à tant de ressorts,

Un homme qui ne peut être

Flatteur, espion, ni traître,

Ni débiteur de poulets,

Comme tant d'heureux valets,

Mais dont la mélancolie

Ose tenir à f olie

Ce qu'en ce siècle tordu

D'autres tiennent à vertu.

(«  A M. Bourdon  ».)

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