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  • ISBN: 978-2-8124-2078-8
  • ISSN: 0007-9871
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-2079-5.p.0009
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 19/12/2013
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
9
PRÉSENTATION




La recherche en sémantique nominale connaît depuis quelques années
un essor d'autant plus intéressant qu'il se manifeste, non pas tellement dans les
domaines bien connus, car bien arpentés, que sont ceux de la détermination, de
la dichotomie massif/comptable, de l'opposition abstrait/concret, etc., mais sur
des terres typologiques et classificatoires peu fréquentées et donc encore peu
défrichées  :comment organiser et répartir les noms à l'intérieur de la catégo-
rie nominale ? Quels traits, quels critères, quelles dimensions mettre en avant ?
L'entreprise, comme le montrent des travaux de ces dernières années, se révèle
assurément difficile, mais passionnante. Sans prétendre à l'exhaustivité, on peut
citer ici la lignée classificatoire ontologique basée sur la hiérarchie-être (IS A) et
utilisée surtout par les linguistes informaticiens. Sur le versant linguistique, les
essais de classification ont donné lieu à des typologies diverses, toutes utiles pour
entreprendre des investigations au sein de la classe des noms. On doit à Gaston
Gross (1994, 2012, etc.) un outil original et robuste de classification des substan-
tifs, àsavoir la notion de classes d'objets. Les classes d'objets représentent des
ensembles «  de substantifs sémantiquement homogènes  », qui sont « construits
sur des bases syntaxiques et déterminés par la signification des prédicats  » (Gross
2012 :94). Il faut également citer la typologie des noms dressée par Nelly Flaux
et Danièle Van de Velde (2000), plus directement empreinte de sémantique compo-
nentielle, tout en étant fondée sur des critères exclusivement formels, au sens
de syntactico-morphologiques. Ces auteures postulent en effet que tout change-
ment syntactico-morphologique (et/ou phonologique) recouvre un changement
sémantique.

Ces entreprises « globales  », bien loin de fermer la porte aux recherches
dans le domaine nominal, invitent à évaluer les différents critères et dimensions
classificatoires mis enjeu et représentent une stimulante invitation à entreprendre
des études plus spécifiques destinées à mettre au jour des traits classificatoires
et donc des catégories et sous-catégories de noms stables et pertinents. Il n'est
donc pas étonnant si, ces dernières années, ont vu le jour, à côté de ces descrip-
tions et classifications générales, une multitude de travaux portant sur des secteurs


Cah. Lexicol. 103, 2013-2, p. 9-12

10 plus particuliers de la catégorie des noms et que l'on peut diviser en deux grands
groupes. Il y a, d'une part, celles consacrées à des (sous)-catégories de noms,
comme les noms de propriétés (Koehl 2010, Whittaker 2013, etc.), les noms
d'affects (émotions et sentiments), les noms de qualités et d'activités (Beauseroy et
Knitte12011, etc.), les noms d'espace (Huyghe 2009), les noms d'événements (Van
de Velde 2006), etc. Et, d'autre part, des études consacrées à des noms peu mis
sur la sellette, à cause de leur généralité. Ces noms, en quelque sorte marginaux,
forment une classe hétérogène, rassemblant aussi bien des substantifs qui sont
au sommet des hiérarchies nominales comme matière, odeur, couleur, sentiment,
espace, silence, etc., que des substantifs qui rechignent à figurer dans une classifi-
cationhiérarchique, mais qui sont par contre utiles du point de vue fonctionnel, tel
fois, quantité, chose, fait, etc. On peut parler, pour rester le plus prudent possible,
de « noms généraux  » (cf. les general nouns de Mahlberg 2005) ou pour, certains
d'entre eux, de shell nouns (Schmid 2000), ou encapsulating nouns (Conte 1996)
ou encore noms sommitaux (cf. le n° 26 de Scolia, 2012  : Questions de sémantique
nominale').

Les textes réunis dans ce numéro des Cahiers de lexicologie s'inscrivent
dans ce double mouvement de recherche nominale. Tout en étant unis par leur
volonté d'éclaircir un point précis relevant de l'étude du lexique nominal, ils se
distinguent par l'étendue et la diversité de leur « matière première  », qui relève
soit du premier type d'études, soit du second.

Ainsi, certaines des contributions se concentrent sur une sous-catégorie
de noms, au sens le plus restreint du terme. C'est le cas des réflexions proposées
par E. Moline et D. Van de Velde. La première contribution montre notamment
que mode se distingue de manière et façon par le choix de ses compléments, alors
que la seconde, en défendant l'idée que le fait que p est une structure équative
descriptive, démontre que la conjonctive en que n'est pas le nom propre d'un fait.

D. Trotter et E. Jacquey, ont, chacun de leur côté, porté leurs efforts sur une
sous-catégorie particulière de noms, celle des noms d'oiseaux et celle des noms
déverbaux d'action. Si tous deux entreprennent une étude tout à la fois lexicolo-
gique et lexicographique, celle de D. Trotter est centrée sur des états de langue
anciens, le latin, l'anglo-normand et l'anglais, attirant ainsi l'attention sur un
problème mêlant dénomination et classification, alors que l'orientation du travail
d'E. Jacquey est tout autre, puisqu'elle est subordonnée à une question de métho-
dologie  :comment analyser les acceptions possibles des noms déverbaux produits
par suffixation comportant au moins une acception de type « éventualité  » ?

D'autres contributions, en l'occurrence celle de D. Capin et M. Biermann
Fischer et celle d'E. Hilgert, ont focalisé leur travail sur un nom particulier, le
nom goût pour les premières, le nom identité pour la seconde. Et si le travail des

1 Le choix des références bibliographiques de ce paragraphe est à dessein sommaire.

11 premières conjugue des données relevant de la diachronie et de la synchronie,
pour mettre au jour l'ambivalence sémantique, référentielle et fonctionnelle du
nom goût, celui d'E. Hilgert décrit avec minutie les caractéristiques syntactico-
sémantiques du nom identité, en les reliant aux problèmes logico-philosophiques
qu'il soulève. Quel que soit l'angle d'approche adopté, ces deux études sont des
contributions aux recherches menées actuellement au sujet de ces noms atypiques,
qui résistent à toute hiérarchie, du fait de caractéristiques sémantico-référentielles
et d'un fonctionnement syntactico-discursif tout à fait particuliers (cf. plus haut).

The last but not the least, G. Kleiber et M. Herslund enfin envisagent une
partie du lexique de la catégorie nominale sous un angle conceptuel puisque le
premier s'interroge d'une manière jusque-là inédite sur l'opposition existant entre
les noms massifs et les noms comptables à travers la notion d'occurrence et que le
second porte un regard inattendu sur la typologie des noms français et allemands.
M. Herslund cherche plus particulièrement àexpliquer les différences existant dans
la réalisation des syntagmes nominaux propres à chacune de ces deux langues.
L'intérêt de l'une et de l'autre de ces contributions réside dans la vision résolument
novatrice qu'elles ont sur des problématiques assez bien connues des linguistes.


En définitive, les travaux, présentés par ordre alphabétique dans le cadre de
ce volume, enrichissent le débat autant par les démarches adoptées que par l'ori-
ginalité des sujets traités. Au final, les uns comme les autres portent un éclairage
nouveau sur certaines facettes de la catégorie nominale, et, s'ils témoignent de la
vitalité de la recherche dans le domaine de la sémantique nominale, ils prouvent
aussi qu'il y a encore du grain à moudre.


Céline BENNINGER et Anne THEISSEN

Université de Strasbourg

LILPA / Scolia (EA 1339)

benninge@unistra.fr

theissen@unistra.fr




BIBLIOGRAPHIE

BEAUSEROYDelphine et KNITTELMarie-Laurence (2011)  : « Distribution et interprétation

des noms de qualité et d'activité  :une comparaison  », Lexique, 20, p. 43-72.

CONTEMaria-Elisabeth (1996)  : « Anaphoric encapsulation  », Belgian Journal ofLinguistics,


10, p. 1-10.

FLAUX Nelly et VAN de VELDE Danièle (2000)  :Les noms en français  : esquisse de
classement, Paris, Ophrys.

GROSS Gaston (1994)  : « Classes d'objets et description des verbes  », Langages, 115,
p. 15-30.

12 — (2012)  :Manuel d'analyse linguistique. Approche sémantico-syntaxique du lexique,
Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion.

HUYGHE Richard (2009)  :Les noms généraux d'espace en français, Bruxelles, De
Boeck / Duculot.

KLEIBER Georges et LAMMERT Marie (dir.) (2012)  : Questions de sémantique nominale,
Scolia, 26.

KOEHL Aurore (2010)  : « Les noms de propriété adjectivale en -eur et -esse  : un modèle

évolutif original  », in F. Neveu, V. Muni Toke, T. Klingler, J. Durand, L. Mondada

et S. Prévost (dir.), Actes du Congrès Mondial de Linguistique Française – CMLF

2010, La Nouvelle-Orléans, Paris, Institut de linguistique française, p. 991-1007.
MAHLBERG Michaela (2005)  :English General Nouns; a corpus theoretical Approach,

Amsterdam / Philadelphia, John Benjamins.

SCHMID Hans-JSrg (2000)  :English abstract Nouns as conceptual Shells, Berlin /New
York, Mouton de Gruyter.

VAN DE VELDE Danièle (2006)  :Grammaire des événements, Villeneuve d'Ascq, Presses
Universitaires du Septentrion.

WHITTAKER Snnniva (2013)  :« L'intensification des noms de propriété  », Langue française,

177, p. 127-140.

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