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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-0206-7
  • ISSN: 2262-0346
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4144-8.p.0237
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 16/12/2010
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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COMPTES RENDUS

WILLEM5 Martine (dir.), Pour l'amour des mots. Glanures lexicales,
dictionnairiques, grammaticales et syntaxiques. Hommage à Michèle Lenoble-
Pinson, Bruxelles, Facultés universitaires Saint-Louis, 2009, 284 p.— ISBN  : 978-

2-8028-0187-2.

Michèle Lenoble-Pinson a consacré une part importante d'une longue et industrieuse
carrière aux différents aspects du lexique du français. Il est donc agréable d'ouvrir le recueil
d'articles réunis par ses collègues et ami(e)s et de constater que la quasi-totalité des études
concerne directement la lexicologie sous ses différents aspects, surtout ceux que la dédicataire
avait elle-même illustrés. Dans certains cas, les études s'appuient très directement sur
ses propres travaux, scientifiques et pédagogiques. Tanguy Logé et Marie-France Renard
ouvrent le volume avec un bref mais vibrant hommage parfaitement factuel qui retrace
ses nombreuses réalisations dans les multiples sphères d'activités où elle s'est investie.
Même ceux qui croient bien connaître ses publications feront des découvertes  :qui savait,
par exemple, que sa thèse, publiée en 1977, s'intitule Le langage de la chasse. Gibiers et
prédateurs. Étude du vocabulaire français de la chasse au ~ siècle ? Cette introduction
est complétée par une bibliographie qui rassemble une vingtaine d'ouvrages, plus de cent
articles, des travaux de terminologie et de nombreuses émissions de radio.

Michèle Lenoble-Pinson est une linguiste engagée, et plusieurs études reprennent
des thèmes susceptibles d'un traitement à la fois scientifique et militant, à commencer par
la question de la féminisation des noms de métiers. Anne Dister et Marie-Louise Moreau
dans « Les masculins en -eur  :peut-on mettre les pendules à l'heure  ?  » font une proposition
concrète pour le traitement de la féminisation des noms en -eur, qui abandonne l'ambition
impraticable de la formulation de règles qui rendent compte de la totalité des cas pour se
concentrer sur celles qui sont les plus efficaces. Elles arrivent à en formuler cinq qui rendent
compte de 97,3 %des cas ;les autres font l'objet d'un traitement à part. Christine Jacquet-
Pfau pour sa part examine l'usage constaté dans les annonces d'emplois, où les astuces
adoptées par les différents scripteurs sontplus diverses que l'on auraltpu imaginer. Son article
« Dans le sillage de la gondolière. Féminisation des noms de métiers  :usages, ambiguïtés,
stratégies  », après avoir retracé l'histoire des initiatives de féminisation des noms de métiers
en France, analyse les stratégies mises en oeuvre dans les annonces, où les exigences de
féminisation et d'égalité des sexes ne font pas nécessairement bon ménage. Vsiblement,
de nombreux scripteurs auraient profité de la consultation du Guide de féminisation publié
en 1999 par l'INaLF.


Cah. Lexicol. 97, 2010-2, p. 237-242

238 La pédagogie du français, langue maternelle ou langue seconde, une autre passion
de Michèle Lenoble-Pinson, trouve plusieurs échos dans les pages de ce recueil. Écho
lexicographique dans le cas de «  La contribution de la lexicographie pédagogique du français
langue étrangère ou seconde (FLES) à la dictionnairique du français langue maternelle
(FLM)  » de Jean Binon et Serge Verlinde, qui expliquent comment ils comblent l'écart pris
pour le français entre les outils conçus pour les francophones et ceux qui sont destinés aux
apprenants allophones. Marinette Matthey examine en tenues pédagogiques le tournant
pris dans les années 1970 entre l'apprentissage du vocabulaire et l'acquisition du lexique.
Dans « Enseignement-apprentissage du vocabulaire en Suisse romande  :coup d'oeil dans le
rétro  », elle explique pourquoi les listes de «  mots à savoir  »persistent dans l'enseignement
du français en Suisse, qui participe au rattrapage des élèves n'ayant pas — ou ayant peu — la
fameuse « connaissance intuitive de la langue  ».

L'orthographe a des incidences lexicales et des répercussions pédagogiques. Ces
dernières ont fait l'objet d'études systématiques depuis plus de quarante ans sous l'aeil attentif
de Michèle Lenoble-Pinson. Le vaste corpus pédagogique qu'elle a constitué depuis 1967
sous la forme de dictées proposées aux étudiants sera bientôt plus facilement exploitable grâce
aux efforts de Cédrick Falron et Anne-Catherine Simon, qui en ont informatisé les fiches
minutieusement préparées par la dédicataire. Dans «  40 années de pratique orthographique
(1967-2008)  », ils décrivent la méthode employée pour l'informatisation, et nous livrent
quelques tendances constatées à la fois au niveau du type de faute constatée (les erreurs
sont réparties dans quatre catégories  :grammaire, usage, ponctuation et transcription) et
de l'évolution de la performance des étudiants. Le niveau lexical représente celui qui attire
le plus de fautes. Cet aspect retient l'attention de Claude Gruaz, qui continue de militer
pour une orthographe plus rationnelle. Dans l'article intitulé « Vers une rationalisation
des mots composés  », il propose des principes qui devraient gouverner l'emploi du trait
d'union et de la soudure dans cette catégorie assez hétérogène, dans l'optique de refléter
dans l'orthographe le degré de lexicalisation. Il propose d'identifier la synapsie par l'emploi
du trait d'union, distinguant ainsi queue-de-cheval (coiffure) et queue de cheval au sens
propre. Il examine également la question liée àcelle-ci, la place de la marque du pluriel, et
examine les conséquences de l'application des différents principes évoqués.

Le vocabulaire de la chasse a une longue histoire dans les langues européennes, mais
c'est sans doute le français médiéval qui l'a le plus exploité au point qu'il figure encore
comme l'une des sources privilégiées de la créativité lexicale. Dans le seul article historique
du volume, « De l'épervier à l'émerillon  :images de la chasse au vol dans les romans de
Chrétien de Troyes  »,Baudouin Van den Abeele analyse le rôle, souvent métaphorique, que
le vocabulaire de la fauconnerie et de la vénerie joue dans Erec et Enide et dans les autres
romans de Chrétien de Troyes. Cet article plonge le lecteur dans les mondes merveilleux
de la littérature médiévale et de la philologie romane. Pour sa part, Henriette Walter, dans
un article intitulé « Nommer autrement  :quelques tabous lexicaux  », poursuit sa réflexion
sur les noms d'animaux en évoquant ses avatars lexicaux à travers plusieurs langues.

La terminologie est représentée par un seul article, celui de Loïc Depecker, «  La
terminologie  : ouverture d'un champ disciplinaire  ». L'histoire institutionnelle de cette
discipline, en France et dans les aires francophone et latinophone, fait l'objet d'une première
présentation, qui ouvre la voie à un panorama des activités qui caractérisent le paysage
de la terminologie française d'aujourd'hui. L'auteur salue la contribution des orientations
sociolinguistiques données par des chercheurs de Rouen, tout en faisant mention d'autres

239 recherches de type universitaire, mais il attache plus d'importance à l'adhésion des acteurs
de la société et de la vie économique du pays. Ces derniers découvrent en effet ce que la
terminologie est susceptible de leur apporter, à travers des groupements comme le Club
informatique des grandes entreprises françaises, et surtout grâce aux actions de la Société
française de terminologie.

Les proverbes sont souvent considérés comme faisant partie du lexique d'une langue,
mais ils posent des problèmes particuliers de classement et, comme le laissent entendre
Monique Coppens d'Eeckenbrugge, Jean-René Klein etJean-Marie Pierret, d'identification.
Il est en effet difficile de savoir si l'on a affaire à une variante d'un même proverbe, ou de
deux, voire de plusieurs proverbes différents. Dans « Réflexions sur l'identité des proverbes  »,
les auteurs décrivent la typologie des proverbes à des fins de classement, dans le cadre du
projet Dictionnaire automatique et philologique des proverbes français, ou DicAuPro, base
de données lexicale dont la parution est prévue sous forme de CD-ROM.

Michèle Lenoble-Pinson dit de Maurice Grevisse qu'il « était méticuleux et
perfectionniste  » ;elle aurait pu le dire également de son directeur de thèse — et successeur
de Grevisse —, André Goosse. Il illustre lui-même ces qualités dans l'article intitulé « Pour
la quinzième édition du Bon usage  » en présentant un échantillon de vingt et une retouches
ou corrections qu'il a apportées à cette dernière édition, allant de l'orthographe et de la
prononciation à la syntaxe des verbes, en passant par les néologismes, les archaïsmes et
les langues de spécialité. Encore une fois, on voit que le lexique comporte des difficultés
spécifiques, mais que la plupart d'entre elles sont inextricablement liées aux autres niveaux
d'analyse linguistique.

Deux articles concernent avant tout la syntaxe  :l'un, signé de Georges Legros,
«  "Une des femmes qui ont bien mérité de la langue française" Petite glane entre norme,
grammaire et usage  »,pour expliquer l'accord du verbe après la construction illustrée dans
le titre, et l'autre de Marc Wihnet, « Deux ou trois choses que je sais de quelque)  », qui
présente une analyse linguistique des différents quel et quelque.

Comme tout recueil de circonstance, celui-ci comporte son lot de redites et de
formulations convenues, mais la gamme de sujets couverts est suffisamment large et
proche des préoccupations des lexicologues pour que la plupart des lecteurs des Cahiers
de lexicologie puissent s'attendre à faire des découvertes. À la mesure de la largeur d'esprit
de la dédicataire.

John HUMBLEY

LDI, Université Paris 13 Nord

et Université Paris 7Denis-Diderot

hurnbley@eila.univ-paris-diderot.fr


240 PÂLFI Lorând-Levente, Leksikon over ordbeger og leksika, Copenhague,
Frydenlund, 2010, 432 p.— ISBN 978-8-7788-7837-3.

Le lecteur des Cahiers de lexicologie serait en droit de s'étonner de la présence dans
ces pages d'un compte rendu portant sur un ouvrage destiné uniquement aux « locuteurs
natifs du danois  », comme il est bien précisé dans le texte. Mais nous ferons ici abstraction
de son contenu — ou presque —pour nous focaliser sur les fonctions et les ambitions de cet
ouvrage très original, qui dépassent de loin le cadre du public visé.

Il s'agit d'un leksikon, terme danois qui désigne un ouvrage situé entre le dictionnaire
et l'encyclopédie. Son objectif est de fournir des renseignements sur les ouvrages de référence
rédigés en danois ou comportant cette langue au niveau des équivalences. Les publications
recensées, au nombre de 1400, pour la plupart parues depuis 1990, se répartissent en
dictionnaires spécialisés, souvent de type terminologique (plus de 800), dictionnaires de
langue générale — le plus souvent bilingues — (environ 400) et dictionnaires de langue
mais de types particuliers, comme les dictionnaires de mots croisés (200). On peut, à cette
occasion, exprimer son admiration devant une telle production lexicographique destinée
à quelque cinq millions de lecteurs. Bien entendu, cette richesse est relative et tous les
ouvrages ne comportent pas le même degré de sérieux, car on passe du dictionnaire des
poupées Barbie au monumental bilingue français-danois/danois-français de Blinkenberg &
H~ejbye (1999) (un million d'équivalences du français vers le danois, soit, selon l'auteur, un
record absolu pour un dictionnaire bilingue concernant le français). Ce dernier dictionnaire
est un des rares connus en France, car il avait fait l'objet d'une collaboration avec l'Institut
national de la langue française (INaLF) lors de sa dernière réédition (décrite et chiffrée dans
l'ouvrage de Pàlfi), sous la direction de J. Rasmussen. On attend avec impatience l'édition
électronique dont il est question depuis un certain temps. Par ailleurs, les dictionnaires
comportant le français sont distancés dans cet ouvrage par ceux où figure l'anglais ou
l'allemand, mais on relève ici et là des titres connus ; par exemple, sous la rubrique des
dictionnaires visuels, celui de Jean-Claude Corbeil et d'Ariane Archambault, proposé aux
lecteurs danois, en combinaison avec les langues les plus pratiquées (anglais, allemand,
français et espagnol). En plus d'une présentation plus ou moins circonstanciée en fonction
de l'importance du dictionnaire, les articles comportent, pour les ouvrages marquants,
des références bibliographiques avec renvois aux comptes rendus, dont l'importance en
métalexicographie est souvent méconnue.

L'auteur, dans son introduction, présente l'ouvrage, un dictionnaire de dictionnaires
— avec maintes précautions rhétoriques —comme le premier de son genre, du moins pour le
danois. Il aurait pu prétendre, sans craindre la contradiction, occuper cette place pour les langues
en général  : il existe en effet très peu d'ouvrages métalexicographiques qui se présentent sous
une forme qui soit précisément... lexicographique  !Ceci s'explique en partie par les traditions
qui diffèrent dans les diverses aires culturelles  : ce genre d'ouvrage s'apparente davantage
dans les pays de langue française à des bibliographies analytiques. Toutefois, la plupart des
bibliographies consacrées aux dictionnaires sont plutôt de type signalétique, dans la mesure
où elles fournissent des précisions sur le contenu et la typologie des ouvrages mais sans en
donner une appréciation quelconque, comme c'était le cas de celles de l'Office (québécois)
de la langue françalse, publiées dans le cadre du Réseau international de néologie et de
terminologie (RINT), désormais connu sous le nom de Réseau international francophone
d'aménagement linguistique (http://www.rifal.org/cahiers/index.html). La différence peut

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également être attribuée à la définition très large de la lexicographie que donne l'école
danoise regroupée autour de Bergenholtz et Tarp, et qui prône un traitement uniformisé
d'inspiration lexicographique de tout ouvrage de référence (de la langue ou du monde), qui
doit être structuré selon les besoins supposés des utilisateurs.

C'est ce deuxième aspect méthodologique de ce dictionnaire qui retient notre attention
une défense et illustration de la nouvelle lexicographie de tendance «  accessologique  ».
L'auteur commence par constater un besoin  : on ignore, même au Danemark, toute la richesse
de l'offre dictionnairique, en particulier lorsqu'on est lycéen, étudiant, voire professionnel. À
partir de ce constat, tout est calibré d'après une analyse graduée des besoins. Ceci explique
par exemple que les terminologies publiées par l'instance officielle de la normalisation
dans ce pays (DS), qui sont on ne peut plus autorisées, ne figurent pas dans l'ouvrage.
Comme celles de son homologue français, l'AFNOR, elles sont très chères et de ce fait
très difficilement accessibles aux utilisateurs visés, et constituent donc une catégorie qui
n'est pas prioritaire  :elles ne figurent donc pas dans l'édition qui vient de paraître, mais il
est prévu de les intégrer dans une prochaine réédition.

Quarante pages sont consacrées, au début de l'ouvrage, à la présentation de la
méthode et de sa justification, à sa place dans le paysage lexicographique contemporain.
Un guide d'utilisation le complète bien utilement. Les notes enfin d'ouvrage constituent
une analyse de l'offre dictionnairique danoise telle qu'elle se présente aujourd'hui. Pour
plus de précisions sur la démarche, on renvoie le lecteur aux articles publiés dans les
Cahiers de lexicologie par Patrick Leroyer (2008) et au compte rendu de Bergenholtz &
Tarp (2009).

La lecture —systématique ou aléatoire — de cet ouvrage, très original, comme ces
quelques propos le laissent entendre, ne manque pas de susciter de nombreuses interrogations
d'ordre méthodologique. Nous nous bornons ici à en indiquer deux. La première concerne le
format papier choisi pour la publication ; la plupart des lexicographies de taille importante
recensées dans ces pages se présentent sous forme électronique et on se demande pourquoi
l'auteur n'a pas, pour son propre ouvrage, privilégié cette option en vue d'en faciliter l'accès.
Outre les avantages bien connus d'une mise à jour facile et d'une navigation améliorée entre
les « entrées  » et la recherche d'information dans les notices, le format électronique permet
à bien davantage de lecteurs potentiels de connaître et de profiter de son contenu. On peut
considérer en effet que le premier frein concernant l'exploitation des dictionnaires spécialisés
est leur diffusion trop restreinte. Il y a vingt ans, lorsque des dictionnaires du français de
l'informatique commençaient à apparaître en France et au Québec, les traducteurs danois
continuaient à se débrouiller avec les petits dictionnaires rouges de la langue générale tout
simplement parce que les terminologies —sur support papier— qui leur auraient été de la plus
grande utilité ne se trouvaient nulle part, ni en librairie, ni en bibliothèque. Si l'on se soucie
d'accessibilité, le premier pas est de rendre accessible l'ouvrage lui-même, notamment en
retenant une présentation électronique et en le fournissant par exemple comme extension
de la bibliographie des bibliothèques populaires (www.bibliotek.dk).

La deuxième question que l'on peut se poser concerne la portabilité de la méthode,
comme diraient les informaticiens, c'est-à-dire sa transposition à d'autres langues. Si l'on
considère que le nombre de francophones est de l'ordre de vingt fois celui des locuteurs
du danois, on pourrait extrapoler quelque 28 000 ou 30 000 dictionnaires ou apparentés
comportant le français parus depuis 1990. Il semble peu probable qu'une seule personne
puisse réaliser un travail comparable à l'ouvrage que nous examinons ici, et de toute façon le

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format papier serait rédhibitoire. Il serait toutefois envisageable de reprendre les bibliographies
du RINT sous une forme électronique, en s'inspirant des innovations proposées, mais sans
doute en se rapprochant d'une bibliographie signalétique systématique.

Références

LEROYER Patrick, « Les renvois aux sources comme ressources lexicographiques fonctionnelles  » ,
dans Cahiers de Lexicologie, 93/2, 2008, p. 27-54.

BERGENHOLTZ Nielsen, Tarp (dir.), Lexicography at a Crossroads, 2009. Compte rendu par Jolm
Humbley dans Cahiers de lexicologie, 26, 2009, p. 233-239.

BLINKENBERG Haybye, Dansk-Fransk Fransk-Dansk ordbog, NNF A. Busck, 1999.

John HUMBLEY

LDI, Université Paris 13 Nord

et Université Paris 7Denis-Diderot

hurnbley@eila.univ-paris-diderot.fr